LA REVOLTE DE1379 ICI
n'osèrent plus s'aventurer dans les rues (i). Comme à l'époque d'Artevelde, Gand entretenait et secondait partout le mouvement. Yoens, à la tête de troupes armées, parcourait la Flandre, s'assurant des petites villes et y plaçant des capitaines et des beleeders qui répondaient de leur obéissance. Les gens du plat-pays, malgré leur répugnance, furent obligés d'envoyer leurs contingents à l'armée des communes (2).
Surpris par la rapidité de cette révolte qu'il n'avait pas prévue, Louis de Maie ne pouvait songer à une résistance sérieuse. Les fuyards des grandes villes qui s'étaient groupés autour de lui, les nobles, dont une bonne partie renfermée à Audenarde y étaient assiégés par les Gantois, quelques auxiliaires levés en Allemagne à prix d'argent, et environ deux cents hommes d'armes bourguignons que lui envoya son gendre (3), ne lui constituaient pas une armée capable d'affronter les masses populaires des grandes villes soulevées. Suspect à bon droit au roi de France, il n'en pouvait attendre aucun secours. Il se résigna à traiter. Le i^"" décembre 1379, il déclara confirmer toutes les franchises du pays, et consentit à l'institution d'une commission de vingt-cinq personnes (neuf de Gand, huit de Bruges et huit d'Ypres), chargées de faire enquête sur les abus dont se plaignaient les révoltés (4). Du reste, le traité ne spécifiait ni l'étendue, ni la nature des privilegien, costiimen, iisagen ende vryheideii dont il garantissait l'observation. Soit de parti pris, soit que l'on eût été pressé par le temps, il déclarait simplement, sans chercher à concilier ces termes, que le comte resterait un vrij hère et ses sujets des vrije lieden. En réalité, rien n'était tranché : chacun des partis restait sur ses positions.
Pendant deux mois de violences et de pillages^ les goeden
(1) ... Nuls ne oysoit aler Sur les ruwes lui monstrer, Qui riche fu ou de boin lignage.
Le Glay, Chronique rimée des troubles de Flandre, p. 66.
(2) Ibid., p. 48. — Pour un exemple caractéristique de la manière dont les grandes villes traitaient les campagnes, voy. ibid., p. 54.
(3) J. de la Chauvelays, Les armées des trois premiers ducs de Bourgogne, Mémoires de l'Acad. de Dijon, t. VI [1880], p. 97.
(4) Rekeningen der stad Gent, t. IV, p. 442 et suiv.
et les kwaden s'étaient trop ouvertement traités en ennemis pour que la réconciliation entre eux fût concevable. La paix du i""" décembre ne pouvait marquer qu'une courte pause dans le duel à mort qu'ils se livraient. Il fallait qu'entre les deux classes sociales et les deux conceptions politiques en présence, une solution nette et définitive intervînt.
Les opérations des enquêteurs firent surgir tout de suite de nouvelles discordes. La mutilation de bateliers gantois par des partisans du comte ralluma la guerre. Les tisserands reprirent aussitôt les armes dans les trois villes. Les petits métiers qui avaient tout d'abord embrassé leur cause ne les suivirent plus cette fois avec le même enthousiasme. Sans doute, ils étaient complètement d'accord avec eux pour revendiquer une pleine indépendance municipale, pour maintenir l'hégémonie des grandes villes sur les smale steden et sur le plat-pays, pour ruiner la juridiction souveraine qui s'opposait à l'extension de l'autonomie urbaine. Mais ils n'entendaient pas sacrifier leurs intérêts à ceux des artisans de la draperie, et ils répugnaient à soutenir une politique qui soumettait les autres corporations à la volonté d'un seul groupe, les réduisait au rang de sujets et aboutissait en définitive à la négation même de ces franchises dont elle se réclamait (i). A Bruges surtout, où, moins nombreux que dans les deux autres grandes villes, les tisserands ne se maintenaient que grâce à l'appui de Gand, on ne les supportait plus qu'avec impatience. Se sentant menacés^ ils appelèrent les Gantois à leur secours. L'arrivée de ceux-ci fut l'occasion d'une furieuse mêlée où les courtiers, les poissonniers et les bouchers, secondés par la plus grande partie des autres artisans, taillent en pièces les tisserands et leurs auxiliaires (29 mai 1380) (2). La rupture de Bruges avec le parti dominant dans les deux autres villes, ranima le courage
(i) Sur l'hostilité des courtiers contre les tisserands. Voy. plus haut, p. i8i, n. 2. — Les bouchers ne les haïssaient pas moins. Voy. De Potter, Gentvan den oiidsten tijd tôt heden, t. H, p. 894 (Gand, s. d.). A Ypres également, la plupart des métiers s'opposent z.\\yi wevers et vullers. Olivier Van Dixmude, loc. cit., p. 4.
(2) Le Glay, Chron. rimée des troubles de Flandre, p. 81 et suiv. Chron.comit. Flandr., Corpus chron. Flandr., t. I, p. 236. — La date exacte de l'événement est fournie par une lettre écrite par les marchands allemands de Bruges à la ville de Thoin, Hanse?-ecesse, I2S6-I430, t. II, p. 284.