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GAND EN

et les espérances du comte. A mesure que la lutte se prolongeait, il voyait venir à lui de nouveaux adhérents. Les tisserands ne purent bientôt plus compter que sur eux-mêmes. Ils perdent Ypres, où Louis de Maie en fait bannir et pendre une quantité (i) et oblige les autres à livrer leurs armes. Enfin Gand, devenu leur dernière citadelle, est assiégé.

Cette grande ville attire alors vers elle l'attention passionnée de tous ceux qui, dans l'occident de l'Europe, luttent contre l'envahissement du pouvoir monarchique ou souffrent de ses abus. A son exemple et sur ses exhortations, Malines, Rouen, Paris s'insurgent (2); les Liégeois lui envoyent des vivres (3). Pleins de confiance d'ailleurs dans leurs forces et dans la sainteté de leur cause, ses habitants comptent sur le triomphe final. Investis trois fois de suite pendant l'espace de deux ans, ils tiennent tête aux armées du comte, et leurs sorties sont si nombreuses qu'ils semblent plutôt des assaillants que des assiégés. Leurs fourrageurs s'avancent jusqu'en Brabant assurant, malgré la fermeture de l'Escaut et de la Lys, le ravitaillement de la placel Par bravade, les vantaux de ses portes ont été dépendus, si bien que Gand, entouré d'ennemis, reste ouvert (4), sachant qu'on n'osera l'attaquer de vive force. Loin de l'abattre, l'idée de son isolement l'enorgueillit et le rend plus acharné à la défense des franchises. Dans des vers empreints d'une exaltation mystique, le poète Baudouin Van der Loren le compare à une vierge persécutée défendue par le Christ et par les saints (5). La fièvre obsidionale qui s'empare du peuple et qui, le rendant féroce, lui fait mettre en pièces les prisonniers tombés entre ses mains (6), soutient en même temps son énergie et la porte à son paroxysme. En 1382, lorsqu'un troisième blocus l'a enfin acculé à la famine, au lieu de parlementer et d'implorer le pardon du

(1) Vandenpeereboom, op. cit., t. VII, p. 457.

(2) Olivier de Dixmude, op. cit., p. 7. Istore et Croniqiœs de Flandre, t. II, p. 175. Chronique du Religieux de SaintDenys, t. I, p. i32.

(3) Radulphus de Rivo, Gesta pontif. Leod., éd. Chapeaville, t. III, p. 48.

(4) Walsingham, Historia angUcana, éd. Riley, t. I, p. 439-40

(3) Ph. Blommaert, Oudvlaemsche gedichten, t. II, p. io3 (Gand, 1841). Cf. Kervyn de Lettenhove. Histoire de Flandre, t. III, p. 468. (6) C/tron. comit. Flandr., loc. cit., p. 23g.

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prince, il rassemble ce qui lui reste de forces pour un dernier combat.

C'est le fils du premier Artevelde qui dirigea cette suprême tentative (i). Né vers 1340, il semble avoir vécu pendant longtemps dans l'obscurité, pratiquant, d'après des renseignements à la vérité assez peu sûrs, la vie ascétique des Lollards. Mais le prestige de son nom devait, au milieu de la crise qu'ils traversaient, attirer sur lui l'attention de ses concitoyens. Nul ne semblait plus indiqué que lui pour établir entre la Flandre et l'Angleterre une nouvelle alliance, et, dès 1381, on le voit entreprendre des démarches dans ce sens (2). Revêtu le 24 janvier de l'année suivante des fonctions de premier capitaine de la commune (3), c'est lui qui fit adopter, s'il faut en croire le récit de Froissart, l'expédition qui devait décider entre le comte et Gand.

Sortie de la ville bien décidée à n'y plus rentrer ou à n'y rentrer que victorieuse, l'armée gantoise pousse droit sur Bruges. Cette ville ne servait pas seulement à cette époque de résidence de Louis de Maie, elle était encore, on l'a vu, le centre des partis des « bons » et l'ennemie la plus acharnée des tisserands. En marchant contre elle, Philippe Van Artevelde indiquait nettement l'intention de mettre fin à la guerre civile par une victoire ou une défaite également décisives. Il arriva le 3 mai devant ses murs, sur le Beverhoudsveld. C'était précisément le jour où l'on honorait par une procession solennelle les reliques du Saint-Sang, jadis rapportées de Jérusalem par Thierry d'Alsace. La nouvelle de l'approche des Gantois surprit la population au milieu des plaisirs et de l'ivresse de la fête. Le comte eût voulu remettre le combat au lendemain, mais l'impatience de la bourgeoisie, comptant avoir facilement raison d'un adversaire affaibli par la famine, le décida à risquer la bataille. Reçus à coups de bombarde, puis vigoureusement assaillis par les Gantois, les hommes d'armes qui précèdent la masse confuse

(1) Sur Philippe Van Artevelde, voir le travail de J, Vuylsteke cité plus haut, p. J04, n,

(2) Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XX, p. iSg.

(3) Rekeningen der stad Gent, t. IV, p. 3 10.

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