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JEAN III DE BRABANT II

besoin à implorer leurs bons offices. Ainsi qu'en Jean P' ce qui domine chez lui, c'est le caractère brabançon. Tout en poursuivant les intérêts de sa dynastie, il ne perd jamais de vue ceux de ses sujets. De son règne datent les débuts de la grandeur d'Anvers et les chartes célèbres qui fixèrent les grands traits de la constitution politique du duché.

Jean III se proposa tout d'abord, continuant exactement la politique de son père et de son grand-père, d'assurer sur les bords de la Meuse les conquêtes du Brabant. Il commença par s-'attaquer à Renaud de Fauquemont, représentant avancé sur les frontières des Pays-Bas des Rauhritter de la vallée du Rhin. Il se fit céder par lui Heerlen et Sittard, puis, l'ayant fait prisonnier sur parole, lui assigna comme résidence la bonne ville de Louvain (131 8). Des arrangements avec le comte de Hollande lui procurèrent un peu plus tard les places de Heusden (13 19) et de Drongelen (1321), et il acquit Grave du sire de Kuyck (1323) (i). Ainsi le Brabant possédait tout le long de la Meuse de solides points d'appui, et le transit entre les régions rhénanes, l'Angleterre et la Flandre, qu'entravaient les droits d'étape perçus par Dordrecht à l'embouchure du fleuve (2), s'orienta de plus en plus vers Anvers.

Ces résultats étaient à peine obtenus que Jean III se vit aux prises avec une coalition formidable.

A Henri III de Luxembourg mort sur le champ de bataille de Worringen, avait succédé son fils Henri IV. Trop faible pour continuer la guerre contre le Brabant, il s'était réconcilié avec Jean I^"", dont il avait épousé la fille Marguerite en 1292. Depuis lors, occupé de ses querelles avec le comte de Bar et de soutenir son frère Baudouin dans l'archevêché de Trêves, il avait négligé de relever les prétentions de sa famille au duché de Limbourg (3). Mais son élévation inattendue au trône d'Allemagne en 1308 et bientôt après (13 10) le mariage de

(1) E. de Dynter, CAron. rfwc. Brabant., éd. P. F. X. de Ram, t. II, pp.496, 5o6, 536, 542 (Bruxelles, 1834).

(2) B. van Rijswijck, Geschiedenîs van het Dordtsche stapelrecht (La Haye, 1900).

(3) H. Brosien, Heinrich VII als Graf van Luxembourg {Forschungen ^ur Deutschen Geschichte, t. XV [1876]. pp. 748-511).

son fils Jean (Jean l'Aveugle), avec l'héritière de Bohême, portèrent brusquement sa maison au rang des premières dynasties de l'Empire.

Henri ne chercha pas, il est vrai, à mettre à profit dans les Pays-Bas cette brillante fortune. Son petit comté de Luxembourg, isolé dans les âpres collines de l'Ardenne, ne formait plus qu'une annexe insignifiante des vastes domaines qu'il venait d'acquérir dans le bassin de l'Elbe. A quoi bon d'ailleurs entamer une guerre avec le Brabant? L'Allemagne avait renoncé depuis longtemps à intervenir dans les affaires des princes lotharingiens, et Henri, tout à la noble et chimérique ambition de restaurer en Italie le prestige impérial, eut bien soin de ne pas se créer d'interminables embarras en rouvrant une vieille querelle. Bref, le roi des Romains oublia les injures du comte de Luxembourg.

Mais il en fut tout autrement sous son fils. Ce condottiere couronné, cet éternel faiseur de projets, ce brouillon incorrigible, ce batailleur enragé que fut Jean l'Aveugle ne pouvait manquer l'occasion d'étendre aux Pays-Bas le réseau des intrigues compliquées dont il fatigua l'Europe pendant trente ans. Il était né d'une princesse brabançonne et il n'en fallait pas davantage pour lui permettre de provoquer, quand il le voudrait, un conflit avec Jean III. Il n'y manqua pas dès qu'il en eut le loisir : en 1324 il revendiquait, du chef de sa mère, une partie de l'héritage du duc. Celui-ci se borna à lui opposer la coutume constante dans les Pays-Bas de l'exclusion des filles au profit des descendants mâles et l'indivisibilité des fiefs territoriaux (i). Dès lors la guerre était certaine.

Mais réduit à ses propres forces, Jean l'Aveugle ne pouvait rien contre le duc. Ce roi de Bohème n'était dans les Pays- Bas qu'un comte de Luxembourg. Entre ses ressources et celles du duc de Brabant, qui le comptait d'ailleurs pour les fiefs d'Arlon et de La Roche au nombre de ses vassaux, la disproportion était évidente (2). Totalement dépourvu de grandes

(1) Dynter, loc. cit., p. 543.

(2) Dynter, loc. cit., p. 548. — Pour la potentia du duc, cf. Hocsem, Gesta episcop. Leod., éd. Chapeaville, Gesta ep. Leod., t. II, p. 407 (Liège, i6i3).

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