ALLIANCE ENTRE BAVIERE ET BOURGOGNE
terre préparait à ce moment l'union de Guillaume, fils et héritier présomptif du duc Albert de Bavière, régent des comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande, avec la fille du duc de Lancastre (i). Ce mariage, en introduisant de nouveau dans les Pays-Bas l'influence anglaise, eût opposé un adversaire redoutable à la puissance bourguignonne. Pour l'empêcher, il fallait attirer vers la France la maison de Wittelsbach par l'appât d'avantages plus considérables que ceux qu'elle pouvait attendre de l'Angleterre, bref, agir vis-à-vis d'Albert comme Charles V avait agi jadis vis-à-vis de Louis de Maie pour le détacher de Richard II. La cour de Paris, dont l'intérêt était ici évidemment solidaire de l'intérêt du Bourguignon, se prêta à la combinaison qu'il avait imaginée. Elle réussit complètement. Par l'entremise de Jeanne de Brabant, Jean, comte de Nevers, fils aine de Philippe, épousa Marguerite de Bavière le même jour (12 avril 1385) où sa sœur Marguerite recevait pour mari Guillaume de Hainaut et de Hollande. Le mariage conclu quelques mois plus tard (18 juillet) entre le roi Charles VI et Isabeau (Elisabeth) de Bavière, achevait de rapprocher les Valois et les Wittelsbach. Ces événements répondaient sans doute au vœu de Charles V mourant, de multiplier les alliances entre la dynastie française et les princes allemands (2). Mais ils eurent surtout pour résultat de rendre inexpugnable la situation de Philippe dans les Pays-Bas. La grandeur même des services qu'il avait fournis au duc Albert soumettait complètement ce prince à son influence. î
Ce n'était là pourtant que l'avant-coureur d'une opération plus profitable encore.
Peu de temps après la mort de Wenceslas, des incidents de frontières . avaient mis aux prises le Brabant et la Gueldre. Après une série de revers, Jeanne avait imploré l'arbitrage du roi de France, tandis que le duc Guillaume, cherchant à provoquer entre la France et l'Angleterre un conflit qui, bouleversant les Pays-Bas, lui permettrait de donner libre cours à son
(i) Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. X, p. 307. (2) A. Leroux, Nouvelles recherches critiques sur les relations politiques de la France avec l'Allemagne de iS-jS à 1461, p. 46 (Paris, 1892).
humeur belliqueuse et à son esprit d'entreprise, prêtait serment à Richard II et envoyait une lettre de défi à Charles « qui se dit roi de France » (lo juillet 1387) (i), La stupéfaction fut grande à Paris à la réception de ce cartel. Plusieurs même, dans le premier moment, se refusèrent à croire à tant d'outrecuidance. Philippe de Bourgogne n'hésita pas à se poser en défenseur de la majesté ro3^ale offensée et à exiger un châtiment exemplaire de l'insolent. Il triompha des répugnances qu'une expédition lontaine et coûteuse contre un petit prince sans importance inspirait à bon nombre de conseillers de la couronne. Il représenta avec force que l'humiliation du duc serait un coup droit porté à l'Angleterre, et fonderait dans le nord des Pays-Bas, et en Allemagne même, le prestige de la France. Ce qu'il se gardait de dire, c'est qu'il escomptait à l'avance la reconnaissance de Jeanne et que, peut-être, un traité secret, annulant les promesses faites jadis à l'empereur Charles IV, lui garantissait son héritage. Le crédit du duc sur son faible neveu l'emporta. Une fois de plus, l'armée française allait combattre pour la Bourgogne et le roi payerait les frais de la guerre.
Pour épargner le Brabant, Philippe, qui avait dicté le plan de la campagne, achemina les troupes par les routes difficiles et détournées de l'Ardenne et de l'Eifel. Les soldats du reste ne furent pas dupes de ses manœuvres. Ils comprirent qu'ils n'étaient que les instruments du duc, et ce ne fut pas trop de toute l'éloquence de Philippe pour apaiser leurs murmures. Se montrant aussi bon psychologue qu'il avait été habile politique, il feignit d'attribuer à la crainte l'attitude des troupes, qui, blessées dans leur amour propre, n'hésitèrent plus à marcher. L'expédition ne fut d'ailleurs qu'une pénible promenade militaire. Philippe ne tenait pas à combattre. La saison était déjà fort avancée quand on parvint en Gueldre, et, devant l'attitude résolue de Guillaume, Charles VI se contenta de courtes
(1) Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XIII, p. 335. — Sur la guerre de Gueldre, voy. Th. Lindner, Geschichte des Deiitschen Reichs unter Konig 'Wen:{el, t. I. p. 8) et suiv. (Brunswick, 1875). Add. L. Schaudel, Campagne de Charles VI en i3SS contre le duché de Gueldre (Montmédy, 1900).