‹ Histoire de BelgiqueChapitre 97 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Monstrelet raconte que Philippe le Hardi, sentant venir la mort, aurait recommandé à ses fils d'être « bons, vraix, loyaux et obéissants envers le roi Charles de France, sa noble génération, sa couronne et tout son royaume (i) ». On sait comment Jean sans Peur suivit ces conseils. Trois ans plus tard, il faisait assassiner le duc d'Orléans, et, de concert avec la reine Isabeau de Bavière, devenait le tyran de la France en attendant le moment de s'allier contre elle avec les Anglais. Chez \ lui, le Valois a fait place complètement au Bourguignon. La puissance que lui a léguée son père est trop grande, ses intérêts débordent déjà trop largement hors des frontières du royaume, pour qu'il puisse conserver vis-à-vis de la couronne les allures d'un vassal. Avec sa femme bavaroise, sa fille épouse d'Adolphe de Clèves, sa sœur mariée en Autriche, son frère mari d'Eli- * sabeth de Gœrlitz, ce petit homme à la tête massive et écrasée, sans finesse ni grâce, parlant avec difficulté, se

(i) Edit. Douet d'Arcq, t. I, p. 88 (Paris, 1857).

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présentant mal, négligé dans sa mise, ne risquant jamais de grosses sommes au jeu, mais doué d'un tempérament politique et positif et ne reculant devant rien pour arriver à ses fins, ne présente plus guère ni le caractère, ni les mœurs, ni les tendances d'un « prince des fleurs de lys (i) ». Ne raconte-t-on pas d'ailleurs que, comme pour s'isoler de la cour, il avait fait sa devise des deux mots flamands : ik hou (je tiens)? Retiré dans ses pays du Nord comme dans une forteresse, quand ses adversaires, ses crimes ou ses intrigues lui rendaient trop dangereux le séjour de Paris, il s'y sentait inexpugnable et libre de combiner à l'aise de nouvelles entreprises (2).

Ses ennemis cherchèrent à l'y atteindre. Déjà, dans les dernières années de Philippe le Hardi, le duc d'Orléans vise à s'introduire dans les Pays-Bas pour y contrebalancer la puissance bourguignonne. En 1397, il entre en relations avec Huart d'Autel, sénéchal du duché de Luxembourg, territoire donné en engagère depuis 1388 par le roi Wenzel à son cousin Josse de Moravie. L'année suivante, il négocie le mariage de son fils aîné avec Elisabeth de Gœrlitz, nièce de Wenzel, enfin en 1402, moyennant 100,000 écus puisés dans le trésor royal, il acquiert les droits de Josse et prend le titre de « mambourg et gouverneur des païs et duché de Luxembourg et comté de Chiny (3) ». Ajoutez qu'un peu plus tard, en 1405, il fait conclure une alliance entre le duc de Gueldre et Charles VI (4). Ces tentatives dans une région où Jean sans Peur était résolu à ne tolérer aucun rival, ont dû contribuer largement à pousser celui-ci à l'assassinat du 2'^ novembre 1407. Ce crime ne le débarrassait pas seulement en France du chef des Armagnacs : il abattait encore le seul obstacle qui pût s'opposer efficacement à de nouveaux progrès de la maison de Bourgogne dans les Pays-Bas.

(i) Voir un portrait de Jean au musée de Chantilly, cabinet Clouet.

(2) Voir le portrait excellent que fait de lui A. Coville, Les Cabochiens et l'ordonnance de 1418 , p. 29 et suiv. (Paris, 1888).

(3) A. de Gircourt, Documents luxembourgeois à Paris concernant le gouvernement du duc Louis d' Orléans . Publications de l'Institut de Luxembourg, t. XL [i88u],p. 55,63,65,73,77,91.

(4) Jarry, op. cit., p. Sao. — Le duc épousa une cousine du roi, Marie d'Harcouri.

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