CHAPITRE yill
Coup dVil rétrospectif sur la Suède. — Fautei» de Gustave IV. — iDTasioa de la FiolaDde par la Russie. — Révolution à Stockbolm et détrdneflttfit 4e GasIavelV. — Les regards de la Saède se portent sar BarM* dotte. — lutriguea. — Les deux, candidats. •— Électioa d*Oerék>ro. —
— Attitude neutre de Napoléon. — L'élection oie Bemadotte triomphe par rinflneoce d'un banqueroutier. — La vérité sur les causes de cet événenait. — Eiaman des rapporta de la France avee la Saède, à eaMa époi|ae. — Beroadotle demande à KapoMon la pernUuiùH tTélre ni*
— Détails curieux. — Lettres d'émancipation — Pressentiments de Napoléon. — Il prête on million II Bemadotte. — Séparation. — If craint le aâégnpbe. --▼oyage piéeipfité* — Pfemieri inUoea de Méetloo.
Pour Meo apprécier Téfénement qui va changer la fiwrittne de Bernadette et les destinées de l'Eu* rope, îl faut reporter ses regards sur les dernières années de i'histoîre de Suède. En ouvrant, le B dé* cembre 4804 , l'entrée de la Poméranie aux Anglais, et en traitant, le ià janvîet* suivant, avec la Russie, le eabinec de Stockbolm avait commencé cette longue série de convemions secrètes et de menées diplex mattques qui renouvelèrent et organisèrent la guerre de la coalition de i805. Gustave IV, quf joua si folle^ ment sa couronne et dont la démence précipita son pays dans un abt me, s^était constitué le champion ofll* eieldela bmûsou de Bourbon. Par une note du 46 mars de la mëOMaaniée, rambutsadeor suédois à la cour
168 HISTOIRE DE BEHNADOTTE ,
de Saint-Pétersbourg, avait formellement exprimé ies^ sentiments de son maître pour le rétablissement du trône des Capets. Après la paix de Tilsitt , Gustave, persistant toujours à regarder la restauration de la monarchie de Saint-Louis, comme devant être l'objet d'une éternelle croisade , resta seul en guerre contré Napoléon. Le 21 juin 1807 il écrivait encore au roi de Prusse, que, pour arriver au rétablissement de Tordre général, il fallait avant tout s'intéresser a la cause légitime de la maison de Bourbon , et se déclarer publiquement pour elle. Vainement, Frédéric -Guillaume, s'efTorçant de ramener ce prince à un sentiment plus juste de sa situation, le conjure-t-il de ne pas recommencer les hostilités contre l'Empereur des Français, qui, malgré son ressentiment personnel contre Gustave, ne demande pas mieux que de rester en paix avec* la nation suédoise, « laquelle, par sa position géo- » graphique, ne pouvait jamais être l'ennemie de la » France (1). » Sourd à ces sages conseils et aussi étranger aux hommes qu'aux choses de son temps, Gustave IV ose proposer au maréchal Brune de jouer le rùle de Monck. Il ne veut entendre à aucun accommodement; il dénonce l'armistice de Schiatkow; au milieu même des négociations de .Tilsitty il refuse d'attendre, |K>ur lé reprise des hos-
(I) Lettre da roi de PniMe à Gustave IV, tô juitlet 1807.
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lilités, que le mois stipulé par un article additionnel , soit écoulé; il veut que les combats recommencent dans dix jours, et, sans autre allié, contre Napoléon , qiîe l'Angleterre qui le délaisse, il défie seul les vainqueurs de Friediand.
Provoquée, poussée à bout par cetle extravaganle bravade, l'armée française passa la Peene le 43 juillet, et acheva, le 45, l'investissement de Straisund. C'était au moment où, aux termes de la |)aix de Tilsitt, les troupes prussiennes quittaient cetle forteresse. Le résultat no pouvait être douteux. Le 20 août, Straisund ouvrit ses portes aux Français, et, dix-sept jours plus tard, le roi de Suède leur abandonnait nie de Rûgenpar capitulation. Cependant, l'obstination de ce malheureux prince résista à cette sévère leçon. Rentré en Suède, il se montra encore le plus ardent des alliés de l'Angleterre,, le plus implacable des ennemis de Napoléon. Dès ce moment la politique de Gustave, ennoblie quelquefois par lin peu de courage, ne présente, le plus souvent, que les actes d'une imagination en délire. Enivré par sa haine pour Napoléon, il va combattre, tour à tour et même simultanément , les deux alliés de la France dans le Nord, la Russie et le Danemark; il va essayer de conquérir un royaume vcfisin, tandis que son ennemi naturel lui enlève la plus belle province de ses États; se livrer à d'inqualifiables violences contre ses sujets et son armée ,
170 liISTOIB£ DS BBHNADOTTE,
ot fioir par perdre sa couronne dans la plus légîtime des révolutions^ celle d'un peuple qui périt s'il ne brise le sceptre qui Topprime et l'épuîse.
A la suite des conveation6 de TUsitt, Napoléoa, s'élant enfin résigné à laisser frapper la Suède, pour ruiner les intérêts anglais dans la Baltique, gourmandait la lenteur du cabinet russe à eotrepronélFe l'expédition de Finlande. En cela. Napoléon se mon^ trait sans doute infidèle au vieux système fédératîf de la France; mais n'y était-il pas entraîné par rûn- |>éricuse nécessité de réduire enfin le pliK dévoué et le plus opiniâtre des alliés de la. Grande-Breta* gne? Cependant, après l'incendie de Gopenhagoe Alexandre avait pressé le cabinet suédois^ de se joindre à lui pour soutenir le principe que la Baltique est une mer fermée, et la garantir de toule^ hostilité. Pour toute réponse, Gustave IV notifia au Gzar l'invitation d'unir ses forces i celles de la Suède , afin de chasser les Français de la Bal« tique, et de rouvrir les ports de l'Ailettiagiie a« pavillon britannique. Le 8 février, il renouvela an» alliance avec la Grande-Bretagne, et la question foi remise au sort des armes* Le21 , une armée rasaa^ . commandée par le général Buxbowden , pénétra «a Finlande sur trois pcMntsdififérenI», el, quoique les Suédois se défendisaent avee intrépidité ^ les pta^es deTawastus^ Uelsiagfors, Abo et la ferlerasae de Sweaborg tombèrent aueçesaivamanl au pMfoîr de
CBARLBS XIV. i71
ce redoutable enneini. Bientôt les Iles de Gothldad et d'Aland éprouvèrent le même 8ort. Mais ici la fortaoe des armes se déclare poar les Suédois. L'armée, qui 8*était bo.oorablemeDt retirée devant les forces russes , les attaque à son tour et les rejette en dehors de la Bothnie orientale. On voit alors de courageux paysans, réunis à une poignée de soldats, disputer pied à pied le sol de la Finlande à un adversaire formidable. Mais, tandis que dix-sept millç braves défendaient le territoire national contre soixante mille Russes, Gustave IV occupait vingt mille boraraes de ses meilleures troupes à une vaine entreprise contre la Norvège. Il voulait conquérir un royaume, quand il ne pouvait même pas protéger le tiers de ses États insultés par Tennemi. Le gouvernement de Copenhague répondit à cette agression insensée par une déclaration de guerre , et Gustave demanda aux Anglais un parc d'artillerie, pour aller attaquer les Danois jusque dans leur capitale. Le cabinet de Saint-James lui accorda un corps de douze mille auxiliaires, mais il exigea que ses soldats ne seraient point employés dans une expédition en Seelande. Le roi de Suède voulut éluder cette condition, en retenant le général anglais prisonnier près de sa personne (4); mais cet officier parvint àr
(1) Le géoëral Moore.
172 HiSTOint; de dkrnadotte,
regagner la flotte qui rentra immédiatement dan$( les ports de la Grande-Bretagne.
C'est ainsi que Gustave IV perdit les avantages d'un armement qui, tel faible, qu'il fAt, pouvait lui être d'une grande utilité dans les circonstances critiques où il se trouvait placé , et qui eut au moins prolongé sa résistance. Cependant , le mois d'août fut favorable aux Suédois dont les armées de terre et de mer obtinrent quelques avantages considérables; mais, tandis qu'elles s'épuisaient dans des combats incessants, les Russes recevaient chaque jour de nouveaux renforts. Battue à Kàrlauna et à Oriwaïs, après une lutte désespérée, l'ar-» mée suédoise fut contrainte enOn de demander un armistice, et d'abandonner aux Russes la province d'Lléaborg. Ces événements se passaient à la fin de novembre 1808. Alors une déclaration du cabinet de Pétersbourg annonça que la Finlande ferait désormais partie intégrante de Tempire moscovite.
La conduite insensée de Gustave IV, triste effet du despotisme usurpé par son père sur les lil>erlés nationales (1); son obstination dans les plus folles entreprises et la violence de ses procédés avaient fini par épuiser la longanimité de la nation. < Nulle part, dit un historien^ ni dans Tarmée ni dans le civil, il n'y avait de conspiration véritable, mais
(1) Révolution de 1772.
CHARLICS XI'/. i73
partout une irritalion toujours croissante, et qui ne demandait que l'occasion d'éclaler. » Cette occasion se présenta tout nalur^lement , et Taffranchissement de la Suède devint l'œuvre de l'armée. Après avoir complètement ruiné le royaume et décimé la population, Gustave se refusait obstinément à toute proposition de paix. Cependant, deux armées ennemies marchaient à grandes journées sur Stockholm. Quelques semaines encore, et lacapilaie du royaume était abandonnée aux Russes, comme Stralsund et TUede Rûgen l'avaient été aux Français. La paix avait été aussi désastreuse que la guerre. Au dedans comme au dehors, la Suède ne présentait 4|oe des ruines. Sa principale ressource, le produit des mines, était tarie par l'encombrement des ma- <;asins et l'absence de débouchés; le passage des troupes, qui se croisaient dans tous les sens, avait ruiné les plus riches provinces du royaume; la dépréciation du papier-monnaie élevait à un prix exa- {;éré les denrées de première nécessité; une dette de 12 millions de thalers absorl>ait les faibles resj^ources de l'État; et, pour comble de maux. Tin* suffisance des céréales rendait la disette imminente. Dans cet état de choses, la déposition de GustavelV «rtait devenue une question de vie ou de mort pour la patrie suédoise. Le mouvement libérateur partit de Tarmée de l'Ouest. Dans les premiers jours de mars, le colonel Adlesparre quitta les frontières
m IIISTOIAB DE BBRMADOTTE,
de la Norvège eC se dirigea vers Stockholm, procla- .mani sur sa route la déchéance de Gusta-ire IV. A cette nouvelle, qui lui parvint le 12, le roi s'enferme .dans son palais, avec la résolution apparente de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le but réel de ce prince, qui, malgré quelques témérités, ne brillait ni par le mépris des dangers ni par le génie des batailles, était de s'éloigner après s'ôtre emparé des fonds de l'État déposés dans les caisses de la Banque. Mais cette honteuse tentativeéchoua devant la fermeté des gouverneurs de cet établissement . Ils répondirent que, nantis de ces fonds en vertu d'une loi, ils no s'en dessaisiraient que sur un ordre ties états*généraux du royaume. Gustave n'en persista pas moins à vouloir quitter la capitale, pour aller sans douto solliciter les hasards de la guerre civile. H essaya d'entraîner avec lui son oncle, le duc de Sudermanie, qui GAait exercé la régence pendant sa minorité, et dont les vertus et la haute sagesse faisaient encore l'espoir des Suédois. Cependant, après quelques ridicules démonstrations de résistance, le roi fut ^^irrèté par les officiers de son palais et conduit au château de Drontingholm, avec tous Icségards dus 9ti rang qu'il venait de perdre.
Ainsi finit le règne de Gustave IV ; règne dont les premières années avaient fait concevoir à la nation les plus belles espérances , mais dont la fin restera coqome un monument de ce que la démence d'un
CUAtttGS KIV. 475
hofflMBe feiM, amasser de calamilés et de douleurs sur un peuple. Cette révolution s'aeeomplît par la feree des dioses, sans désordre, sans secousse, sans effusion de sang. Quelques heures après l'arrestatmi de Gustave IV, le duc de Sudermanie prit les rftaesdu gouvememenl, comme administrateur promoire du royaume, et convoqua les états pour le 6 mai suivant. Dans l'intervalle, le monarque détrôné avait signé son abdication , < convaincu , » disait-il, qu'il ne pouvait plus continuer sa mis- »sion royale et conserver la tranquillité dans \v » royaume. » Mais les états , voulant faire un grand acte de souveraineté nationale, déclarèrent qu'tfj? fw reg&rdakhl pas celte abdication comne nécessaire^ H le 9 mai ils prononcèrent la déchéance de Gustave, dans les termes suivants: « Nous abjurons, »par le présent acte, toute fidélité et obéîssan:e » que nous devions, comme sujets, à notre roi Giu- >tave IV, jusqu'à présent roi de Suède, et le dc- » clarons, ainsi que ses héritiers déjà nés et à naltrr, • pour le présent et à jamais, déchus de la cou-* » ronne et du gouvernement de Suède. »
Les états s'occupèrent ensuite à reconstituer la «onardiie sur de nouvelles bases, à raffermir les libertés nationales et à donner des garanties au pays, contre la nécessité d'une révolution nouvelle. La constitution suédoise de i809 est incontestablement une des moins illibérales de l'Europe monarchique ;
i76 lilSTOlBE DE BERNADOTTE,
ci le réunit les formes antiques de la représeniation Scandinave aux formes modernes exigées par Tialérèt de la liberté (1). Enfin, le 5 juin 1809, le duc de Sudermanie fut proclamé roi de Suède, sous le nom de Charles XIII. Mais ce prince, dont les travaux et les chagrins avaient usé la vie, était chargé d'ans et d'infirmités, et la Suède ne devait |)as es* pérer de jouir long-temps des bienfaits de son règne. Les clats sentirent donc la nécessité de choisir, sans délai, un successeur à Charles Xlll; et, le 14 juin i809, le prince Auguste de Holsiein-Augustembourg fut élu, par la diète, prince ro;al de Suède, sous le nom de Charles-Auguste.
Le prince royal se rendit à la cour de Stockholm au commencement de janvier 1810, mais un accident fatal devait bientôt l'enlever à sa patrie adop* tive. Le 28 mai, au moment où il passait, près d'Helsingborg, la revue d'une division de cavalerie, Charlçis-Auguste succomba à une attaque d'apoplexie foudroyante. Des troubles graves furent la . suite .de cette mort soudaine que le peuple attribua au poison; et, injustement accusé de ce crime, le comte de Fersen, grand-maréchal du palais, fut massacré dans les rues de Stockholm , au moment où il ramenait dans cette capitale les dépouilles mortelles du prince royal. • «
(t) V. Pièces JQStiflcatiTes, n» 9.
CHARLES XIVi 177
La mort de Charles-Auguste remettait tout en question ; la santé de Charles XIII devenait chaque jour plus chancelante; l'inquiétude et l'agitation étaient dans tous les esprits, et chacun sentait que de la nouvelle élection d'un prince royal dépendait l'avenir du royaume. Les États généraux furent réunis dans la petite ville d'Oerébro, pour nommer l'héritier présomptif du trône de Suède. Deux can didats étaient en présence :.le prince d'Augustembourg , frère de Charles Auguste ,. et Frédéric VI , roi do Danemark. Agréable à la nation, le prince d'Augustembourg était aussi le candidat avoué du gouvernement; antipathique à tous les partis, et peu désiré par la cour, Frédéric VI n'avait que des chances fort incertaines. Alors retentit tout à coup, au milieu de la diète, le nom du capitaine célèbre qui, en i8(H>, avait couvert de sa haute protection un corps suédois fait prisonnier à Lubeck; qui, en 1809, avait, sans l'autorisation de son souverain, accordé un armistice à ces mêmes Suédois, et qui , pendant ses gouvernements du Hanovre et des villes anséatiques, avait montré les plus vives sympathies pour le peuple Scandinave. Ce nom était celui de Bernadette.
Vn des officiers auxquels ce maréchal avait montré tant d'égards désintéressés^ le comte de Moerner, accourut à Paris, pour y sonder les intentions du prince de Ponte- Corvo, et revint annoncer à ses
478 niSTOIMS.UE BEANAUOTTE,
frères d'aroieB que l'illiistpe ami 'deila fiuéde, le BuipéehalfiernadoUe, s'indiBeraildetant la vokmié nationale^ si elle jugeait convenable de le oondamner aux soucis d'une cduronDe. Yoei les détails .de cette entrevue.
En juin i8i0, M. de Moerner, devenu colonel, se fait aniMMicer chez Bernadette auquel il «demande à parler en particulier ; admis aupirèS'dQ > maréchal, il lui tfait part des vues que tquelqiss Suédois ont sur lui, pour remplacer le prince royal qui vient de mourir frappé d'apoplexie. Bemiadette reçoit cette ouverture en riant et sans paraître y attacher d'importance , résolu de ne faire aucune démarche au- \i¥ès du gouvernement français, »vant d'avoir reçu des communications plus catégoriques à ce sii^et. Quelques jours après, le baron de Wrede, envoyé extraordinaire de Suède, vient voir Bernadotle, coniirme ce qu'a avancé le colonel Bloevoer, et demande une réponse. C'était un samedi. Le leademain Bei^nadotte aurive à Saint*Ck>ud aiiant la messe, et .rend compte à rËm|)ereur de oe «qui «e passe. <« Je sais tout, répond Napoléon; je vous laisse île tmaltre d'acoepter ou de refuasr ; je ferai à cet égard ce que vous voudrez. J'avais oepeu^ dant d'autres vues. J'avais cliargé 4lqttier de pro- ()oser uae régence et d'attendre Jes événements : le fils du dernier roi aurait pu ôtre «appelé plus tard.; mais on ne veut plus en Suéde ide vootle fit-
ÛHARLES XIV. 479
«Hle. i*aii»e taieux «vous voir là ifiie ioui autre. Je vdus açpuietski de aiott coneenteffiBeot ; faîles vm àé~ marehes. > AIcnts Bernadotte envoie à Slûckhokn ma jôoiie pareM de II* Signeul, coni&ul de Suède à Paris, pour s'enlea^e avec ses partisans, et leur promettre tout l'argent nécessaire (1).
On sait les évéaenients qui suivirent, et q«e *sur la proposîtioD de Charles XIII aux États généraux, portant « que la douoeur et la loyavté de 1 Bei^nadotte J'avaieat £iit chérir et respeeter, «lêNse » par des nations ennefiûes ; et que les rapporcs » que les gnersiers suédois avaient eus avee lui, par » suite des malheurs de la guerre, leur avaient hk • connaître rattacbecaent «de ce jeune prince pour »iiR peuple q«' il ne combcUtail qu'à reflet; » — le priaeede Ponte-Corvo fut élu prince royal de Suéde, le 2i mAi ISiO, sous le nom de Charles-Jean.
Avani de déiM3lo^per les conséquences de cet éféoement, il &ui résoudre «n point lnstori<:]Uc eacare tndécis pour beatiosup de aïonde.
L'éloclion du prince de PonteCor^o fuUelle due à on «élafi national du peuple suédois, ou amenée {)ar l'influence passive de la France et déterminée par la condescendance de Napoléon? Presque tous les bioi^raphes «e rangent à la premicTc de ces opinions, mais les historiens soutiendront la
(1) Méneval, Ségar, Goargaud, etc.
180 HISTOIRE I).: BEUNADOTTE,
seconde , et ils auront pour eux Tautorité des faits. Quelle était, en 1810, la situation de la Suède par rapport à la France? Après la signature du traité conclu le 6 janvier, entre les deux États, la politique de Charles XIII fut de chercher auprès de la France, un appui contre la Russie; et, quoique Napoléon, lié par des engagements avec cette puissance, n'eiit pu préserver la Suède de la perte de la Finlande , le cabinet de Stockholm n'en persista pas moins à vouloir se placer sous sa protection. Il sollicita de l'Empereur la cession de la Norwége, offrant en retour une alliance offensive et défensive contre la Kussie. Puis (en février 1810) le prince royal, Charles- Auguste, témoigna au ministère français le désir de s'allier à une princesse de lu famille impériale (1). Napoléon déclina Tune et Tautre ouverture, la première comme pouvant donner de l'ombrage au cabinet de Pétersbourg, la seconde comme attentatoire aux droiis de son allié le roi de Danemark. En ce qui concernait la Russie, «il ordonna, le 25 février, à son ministre des ailaires étrangères « de repousser toute idée d'hos-
(1) On lit à ce sujet dans les Mémoires de Napoléon : « Le roi de Suède -• demanda à Napoléon un prinoe fronçai». On désirait le -vice^roi ; mais ' Se changement de religion fut un obstacle sine quo non- Il ne restait 9) plus que le prince de Ponte-Corvo, et il fut accordé, après de longues » négociations qui furent suivies à Paris^ par le général suédois comte de H Wiede. w
» tilités contre cette puissance, et de blâmer tout » armement que voudrait faire la Suède (1). » Tel était aussi le sens des instructions données à M. Alquier, ministre de France à Stockholm.
Cependant, le gouvernement suédois n'en continua pas moins ses efforts, pour renouer les anciennes liaisons de ce pays avec la France. Après la mort du duc d'Augustembourg et la convocation des États généraux, à l'effet d'élire un nouveau prince royal, Charles XIII s'empressa de recourir à l'amitié de Napoléon, à qui il écrivait, le 2 juin 1810 : « La > Suède, sauvée par miracle, se voit tout à coup re^ » placée dans une situation où le présent n'offre » d'autre garantie que la durée incertaine de mes
• jours, et où l'avenfr ne présente au patriote et au » bon citoyen, aucun objet déterminé pour ses affec- » tions et ses vœux. A qui puis-je mieux confier ma » douleur qu'à Votre Majesté impériale? C'est de » vous, monsieur mon frère, que je réclame iin
• appui et des conseils./... » Il parle ensuite du choix du prince de Holstein-Augustembourg, beaufrère du roi de Danemark , comme de nature à amener, entre cette puissance et la Suède, une union conforme aux vues de l'Empereur. Napoléon donna son assentiment à cette combinaison et répondit à Charles XIII, que le projet de resserrer les liens de
(1) lettre au doc de Gadore.
182 Hf ST01R£ DE BCRNADOTTE ,
la Suède avec le Daneoiark lui poraîasaii avoir des avantages spéciauxVourr la Suède. Cepeodsmt il e^ vu avec plaisir rétectioa du roi de Dattemark, corame plus £ivorable encore à la réui^ioa destrofs royajumes du Nord Jsous un nrôm^ sceptre; mais, puisque la p^rélëreice de Charles Xlil était pour le prince d'Auguâlenbourg , l'Empereur ne voulait pas qu'on mi lui supposer Tinteniion d'im* poser l'un plu^a que l'autre. Aussi, quoiqu'il eut nommé un mnîstre pour le représenter en Suède, il s'abstien/pail. de l'y envoyer jusqu'à ce que l'éieetion fàt consommée. A ceHe époque , la France n'avait, en efiet, à Stockholm, qu'un simple secrétaire de légattioii, qui,, le 22 juin, écrivait à son gouveraement : « Le colonel Suremainest venu me dire, » de la part du roi, q:ae je pourrais m'adresser di- » rectemenl à Sa Majesté, loutes les fois que je le ju- • gérais con^venable. Chartes XUl recevra avec re- » connaissance le noi, quel qu'il soit, que l'Ëaipe- » reur lui présentetta». . . »Que r£mpereur, m'a dit le » eolonely nous dusHÈne un de ses rais, et la-Suède » se eroira sauivée; qu'il écrive au roi : Votre con- » sliluiion ne vacil rien, et ce setil mot suffira au » 0oi pour }a modifier , sans eraîndi*e d'opposition » de la part de La diète. » Autorisées par lo roi , ces expressions du coiond Suremain attestent évidemmenl qu'il dépendait de l'empereur Napoléon de décider seul de l'élection. Ma4s cet empiétement
GBAKLES xiy. 483
D*eitfiak pu daDs ses idées, et il l«ii e6d répogné de perler atteinte au libre arbiUre^ du roi et de la na«lîoD suédoise (1).
Cepeadjnit H*. Désaugier», secrétaire d'ambassade à Stockholm, oe cessait d'écrire qu'un seul mot de rEo^creiir déterminerait le choix du roi, et même réIectioD de Frédéric VI , quelque impopulaire qu'elle fût eo Suède. « Il serait possible à Sa Mbj^^lé » impériale, mais à Sa Majesié seule, ajoutait ce di- » ptomate , de réunir les trois couronnes sur la tête • in roi de Danemark. » Les relations de M, Désau* giersa'vec un membre de la diète, et soii' insistance poor Élire intervenir Tinflaence française dans Téleetiott d'un prince royal de Suède, déplurentà l'Ëmpeneur qui ordonna à son ministre des atTaires étrangères, de rappeler cet agent. Mais tout cela constate qv'il ne fiftttail' qu'un signe de Napoléon, pour fiiire pstiefaer In. balance en faveur du candidat qui avait •es voeux, et, comme on la vu par tout ce qui précède, ce candidat n'était point le Prince de Ponte-Corvo.
Tel était Téiati des< choses au commencement du mois d'août. AJorsJe coi et l'immense majorité de la Bdtbn étaient pour le prince d'Augustembourg , une psnie da clergé pour le roi db Danemark , et |>our Bemsdoite l'avmée;. C!est sone l^empire de ces incertitudes que la diète générale forma, conformé-
i84 HISTOIRE DE BERNADOTTE,
menl à la loi , un comité électoral composé de douze membres, auquel Charles XIH présenta trois compétileurs : Frédéric VI, le duc d'Augustembourg et le prince de Ponte-Gorvo. Le roi de Danemark fut écarié, le duc d'Augustembourg obtint onze voix sur douze, el le maréchal Bernadotte une voix seulement.
Cette presqu'unanimité du comité secret en faveur du candidat préféré par le roi, exprimait le vœu national au 14 août, et commandait nécessairement le vole ultérieur et définitif de la diète. Le travail électoral en était là; la diète, Charles XIII , Napoléon, Frédéric VI lui-même, étaient d'accord lorsqu'une volonté obscure, une intrigue de bas étage, vinrent changer la face des choses et le sort prochain de T Europe. Nous avons déjà dit que les États généraux n'attendaient pour se prononcer, qu'un indice de la volonté de l'Empereur. Or, après le premier choix du comité secret , que tout le monde croyait conforme à la politique de Napoléon, un Français obscur, établi à Gothenbourg où naguère il avait fait faillite, arrive tout à coup à Oerébro. Cet individu, sans titre, sans mandat, sans considération personnelle, s'attribue un rôle politique qu'il n'a pas (1), et fait adroitement circuler le bruit que
(1) La surprise fut grande à Paris quand on apprit par quel moyen s'était faite l'élection du prince de Ponte^orvo. £a adressant à M. Désaogiers
les vœux secrets de Napoléon sont pour le prince de Ponte-Corvo. C'en est assez pour tout changer. Les propositions du comité électoral en faveur du duc d'Augustembourg, sont annulées; Charles XIII pré* sente une seconde fois Bernadette à la diète, comme le candidat sur lequel tous les suffrages doivent se réunir; un nouveau comité électoral est institué, et dix voix, sur douze, sont données au maréchal français dont, quelques jours après, la diète confirme la nomination.
Évidemment, dit un historien, ce prince ne fut pas élu sur la volonté de Napoléon , mais sur la seule présomption que telle était cette volonté. Bernadotte ne doit donc pas de reconnaissance à la personne de TEnopereur ; il n'en doit qu'à sa puissance et à cette grandeur de l'Empire français, qui fait de ses premiers soldais des candidats naturels pour les royautés en déshérence. « Cet hommage, écrivait le roi » de Suède à Napoléon, cet hommage rendu à la
nne note sur les antécédents peu recommaodables du personnage qui avait jooé uo si incroyable rôle à Oerébro, le ministre des relations extérieures loi écrirait : « Je ne pois croire que cet individu ait eu l'imprudence de
• se dire investi d'une mi>sion quelconque, ou chargé de faire la moindre tt insinuation de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui a voulu
• laisser la ualion suédoise à toute la liberté de son choix , ett]ui n'a réeN a lemeot pris aucuo parti dans une délibération qu'il regardait coosme » devant élre déterminée par les intérêts nationaux dont il n'est pas le
• ji>gc> ne serait, dans aucoo cas, descendu à prendre on pareil individu > pour organe de ses intentions. •
i86 HISTOIRE DK fiSANADOTTE ,
» gloire militaire, aux qualtlés esUmables ,. ans (an- » leois distingués du prince de Ponte-C<N?vo , de^en^ » dra ua oouiveau monument du règne <le iiaife Ifor » jfesié. »
Le 6 septembre, Napoléon répondilà GharJes XHf, gu*U était peu préparé à celle nawoeUej puisque le roi lui avait .montré l'intention de proposer à h diète le choix d'un frère du feu prîoee noyai; que cependant il appréciait les senlimenis qui avaient porté la nation suédoise à donner ceUepreum d'ei- Ime à soHvpeupIe et à son armée, et qa'ii amorîsait le prince de Ponte-Gorvo à accepter le iténe <m i'ap»pelait le vœu maui de Charles XIII et des Suédois.
Tel fut le revirement étrange qui |>osa«ia couronne de Suède sur la tète du prince de Poaâe-Coirvo^ mais, l'élection de Bernadotle une fois accomplie, Mapoléon ne la considéra plus que par son cùtésé^ rieux et honorable : il lui prêta fmnohement soo appui, et iit même tout ce qu'il put pour dissipet* les craintes que cet événement aurait pu inspirera la Russie (1). L'ambassadeur français à Pétersbourg eut ordre de représenter l'élection d'Oerébro comme n'ayant rien de contraire aux intérêts de Tempereur Alexandre. L'âge auquel était parvenu le prince de Poute-Corvo, les fatigues qu'il avait éprouvées, la
(1) CorrespoDdaace du miaibtre.des rel*lums exléricures avec lé dac de ViceDce.
CKAIttC» KIT. 187
gMre qu'if airM acqiiîae el le repos dont it avait besMB, avaient, dimit rfapo^n, éteint cet esprit ifenmpetiK et guerrier qui aurait pu inqméter la Roasie. Satisfait de sa haute position, le prince roy^l porterait, au contraire, son aclitilé sur les qoeslietts intérieures, et comprimerait Tanarchie qui désok^t la Suè4ee€ menaçait la tranquillité des ÊtaH^ioisiiis. Hélas t quand Napoléon employait tous ces moje»^^ peur concilier à Bernadotte la bienveilkMiee de la Russie, fl ignorait q«e cette puissance B'a^t pas besoin d'être rassurée sur les conséquences de-cet événement. A^anl soit départ de Paris, ke priiice de Ponte-Corvo avait iburni à M. de Gzertitelieff toutes les garanties désirables à cet égard.
C'est vers la fin du moisd^aoât 4840, que Bernadotte reçut Taete de la diète, qui l'appelait à la succession du trône d^ Suède (I), ainsi que celui par lequel Charles XI41 Padoptait pour' (ils. Bernadotte communiqua cet événement à T Empereur Napoléon, dans les termes suivants : ♦ Sire, j'ai T honneur de » rendipe compte à Volrc Majesté, que la dièle con- » voq«ée à Oerébro m'a élu, le 24 aoét, prince » royal et successeur au trône de Suède. Je mets » sous les yt\à\ de Votre Majeslé, la lettre i>ar la- » q«eliè le roi m'annonce cette élection, il me
(l)yo!r aax pièces justiGcatîTe.s u<> 10.
» reste maintenant à prendre les ordres de Votre » Majesté, pour savoir si elle m'autorise à accepter » la dignité que m'offre la nation suédoise. Si ma » destinée est de m'éloigner de Votre Majesté, jo la » supplie de croire qve ni le temps ni la distance » ne pourront affaiblir, dans mon âme, le souvenir • de ses bontés et les sentiments dont je suis i)é- » nélré pour son auguste personne. Je me rappelle* » rai toujours qu'une élévation aussi inattendue n'est » duo qu'à l'estime dont Votre Majesté a daigné )» m'honorer. Une seule chose peut me rendre celte » séparation moins pénible ^ c'est la pensée que toute » la nation suédoise est animée de la plus haute vé- » néraiion pour Votre Majesté ; et j'espère pouvoir » encore, quoique éloigné de vous. Sire, maistouj» jours près de vous par mes vœux et ma pensée, » contribuer au progrès du grand œuvre conçu par » votre génie pour le bonheur de l'Europe (1). »
On a vu par" quelles considérations et en quels termes, l'Empereur autorisa le prince de Ponie- Corvo à accepter le rang suprême que lui offi*aitla nation suédoise. La bienveillance de Napoléon ne s'arrêta pas là. Pour mettre Bernadotte à même de faire face à des dépenses c£u'il n'avait point prévues, ot d entourer son arrivée en Suède d'un éclat conforme à sa haute dignité, il lui (it avancer, par la
(I) Lettre da 7 septembre 1810.
CHARLKS XIV. i80
caisse de service, un million que, peu de temps après, il prie à la charge de sa liste civile. L'Empereur cependant avait un vague pressentiment des conséquences fatales que Télection de Bernadotte devait avoir pour la France, et ce pressentiment se manifesta dans les rapports qui eurent lieu entre ces deux hommes, dans le court intervalle qui s'é« coula entre l'élection du prince et son départ pour la Suède. Il éclata surtout la :veiile de leur réparation. Bernadotte étant venu réclamer ses lettres d'émancipation, dont l'expédition se faisait attendre depuis un mois, Napoléon lui annonça que, d'après une décision du conseil, ces lettres ne lui seraient délivrées que lorsqu'il aurait signé l'engagement de ne jamais porter les armes contre la France. Cette déclaration fut un coup de foudre pour Bernadotte qui allouait sa qualité de sujet du roi de Suède, lorsque, l'interrompant brusquement. Napoléon s'écria : « Eh bien! partez, et que nos destinées s'ac- » complissent. » Le prince feignant de ne point comprendre :« Partez, dis-je, reprit l'Empereur, et »^ que nos destinées s'accomplissent. » Puis , abordant la question politique, il lui rappela qu'il n'avait fait la paix avec la Suède qu'à la condition, acceptée par cette puissance, d'adhérer au système continental et de fermer franchement ses ports à l'Angleterre; qu'il avait rendu la Poméranie pour èlre agréable à Charles XIII, mais non pour que
i90 HISTOIRE BE EERNABOTTE,
cette ppcKvinioe derkit an emrepôl ouvert au corn— meroe britaani^vc; que, cependant, mh^ prétexie de i^ecevoîr du eel , la Suède ^eontînoait ses oomnMtoicatîottfi »vec T Angleterre; que la Suède^it tin fajer de contrebande; ^lue le p^rt de G^ilienlKmrg était encombré de bâtinkents ebargés de tnarchaMUses anglaîdes qui , de là , ee répondaient dans tous les états de la Aakiqoe; enfin , qu'il fallait «que le Irailé du 6 janvier s'acoompUt sans réserve; maie que, par égard pour la situatiott exeeplùaniiette éo prince de Ponte^Corvo, il ajournerait ifoeicfiie temps TexpifessMiMi de ses justes griefe nonire le go»vernement suédois.
Bernadotte répondi^t à cetie brusque sortie, par les plus ardentes protestations de dévouement à la j)olitique de Napoléon; mais il demanda quelques mots, pour étudier les intéi<èts administratifs et eom«er«* ciaux de sa nouifelle patrie. < Vokmtaerfi, dit i'fim^ • peroiir; mais, après, |)l«s de tergiversations: ami » 04I <mnemi franobamenit. » C'est s<Mia TimpmMan de ces paroles révères, que le prince «de l^onte-Canp» se sépara éa héros qui avait Stà sn &>iimie^4u souverain qu'il ne devait plos revoir.
Le jour du dëf^art de Beraadetie, r£nq)eiieiii*, voyant entrer dans son appartement le graod-mai^ckal fiuroc, lui dît : « Eh bien! le primse rayai » de Siiède est parti? — Aujourd'hui mème^ Sire. » — Ne regrette-t-U ()as la Framœî —Oui, sana
CHJitLL£S IIV. 191
• douée, Strë. — tEt moi, j'avrais élé difirmé c^u'il
»«n'eûl pas aoeepté^ mm que voulez vous! »
Après àrvoâr réfléebi un instaiHt, Napoléon f epriC : ff Au resie, il »e oi'aifBie pas. » Et coosme Diifoc cherebahàledififioader d'une telle pensée, TËmpereor, iatarpompant •son grandr-naaréchal , continua ainsi : « Nous ne nous sommes pas «eDlendus : à pré- »seniiliest trop iard. Il a ses tnlérêis, sapoFili-
>f}ue moi, j'ai la mienne.... > Et NapoléoB ac«
cooapftgna ces moès d'un geste qui signifiait : W en arrivera «ce qui poerra (i).
Cependant, telles étaient les anxiétés de Beraadotle, que, malgré qu'il eût accepté une iaivikH tien du sénat de Hambourg, il refusa de s'arnÀter dans cette vaille. Il -savait, dit un de ses kiogra* I^es, que le Aélégrapfae^devançait les fius rapides attelages^ .et que Napeléon pouvait l'atteindre :ju6* qulMii oofiAns de Danemark (^). Il précipita sa mardKtetarrivn^à Elsenemr le é9 oet»fere ISiO.
(t) Toocliard-Lafosse.
(«)(€» «M* ce«f»|«t'éiins»Rf1ivra<iemiMlnne cte Slvêr, qui M rtnstigirteor le ,rlii8.aid«Bt de U. défèctioaik CiMdtt Jtaii. : « Utn qfw N9|MH
> léoo eût souhatlé qu'il fût choisi par la nation 8tié4Joiiie, il en était très-
> raéconteitt, et Bernadotte avait raison de craindre qu'il ne le laissât pas » sortir de Fraoee. Bernadette a beancoap de hardiesse à la guerre, mais » il ast^iadMt'daM teiii aeqsi'tientè-la fotiti^ne; et» ndiant très^biari • aoadar le tanniA, il nemardiecirec force que vers le but dont la ftirtuie » loi oavB la«ra«te: Depo-'s phMieurs aniiéea, il s'était adroMcnMUit mafn-
> leDo, taprès de \'Em\ ereur des Français^ entre la faTcar el la diinstAce ;
En Iraversaol Copenhague, Bernadôtte avait dit au ministre de France que l'Angleterre était disposée à la paix et que, si l'Empereur la voulait, il lui serait facile de l'obtenir. Napoléon vit, dans cette communication, l'indice d'une intelligence préexistante entré Bernadette et ses ennemis. Cette imputation était-elle fondée? La patrie, cette terre de France qui , naguère encore, embrassait tout ce que la nature a de plus saint et plus cher pour l'honnête homme : ses aïeux, ses enfants, sa femme, ses amis, les lois, les autels, les tombeaux de ses. pères; la France, oii il avait senti se développer ses premières affections, où il avait fait l'essai de son génie, où il avait cueilli ses premiers lauriers, jeté les bases de sa fortune, et savouré les premiers enivrements de la gloire; cette patrie enfin qui, après Dieu, est tout pour un bon citoyen, n'était-elle déjà plus qu'une* ombre aux yeux de Bernadette? Non, rinçage sacrée de la France vit encore au fond du cœur de ce soldat. Cependant Bernadette a dépouillé le vieil homme; le prince royal de Suède \a se faire une philosophie, une morale façonnées aux calculs de son ambition, à l'usage de ses intérêts personnels; il va tourmenter sa conscience pour se
» mais ayant trop cTesprit poor être considéré connue an des mililaireâ » formés à robéissanre aveugle, il était, toujours plus ou moins suspect à » Napoléon qui n'aimait pas à troaver réunis, dans le même liomme , un » sabre et one opinion. •
persuader qu'un sceptre est une patrie, que là sont le berceau, la religion, le foyer paternel, les alfectiens de l'enfance, la piété filiale, l'amitié, l'amour, la tombe, lout ce qui constitue la patrie : il ne sera plus que Suédois.
i9i HISTOIRE Di;. WfilfADOTTE ,
CHAPlTaE IX.
Arrivée de Bemadotfe en Suède. — Il se fait luthérien. — Sa théologie. — Sear premiers rapports avec les Suédois. -«> Emphase de aea harangues.—Allusions blessantes à la politique de Napoléon. — Sa oorrespoadance avec ce monarque. — Les dotations. — Lettre curieuse à Napoléon. — DIS|)osition8 hostiles de Beroadotte contre la France. -^ La Suède s'affranchit chaque jour davantage de ses engagements. — Explications entre Napoléon et le rainisti^ suédois. — Guerre simalée entre la Suède et la Grande-Bretagne. — Dissimulation de Beroadotte. ^ Il s'éloigne secrètement du système frauçiis. — Ses intelligenoes avec la Russie. — Cfernicheff. — Lettre d'Alexandre. — Dévouement * en partie double. — Bernadette et le roi de Rome. — Duplicité* — L'ennemi commun. — Symptômes d'une rupture entre la France et la Russie. — Conduite de Bernadette. — Occupation de la Poméranie.
Bernadotte a franchi le Sund. Plus de craintes désormais qu'un souffle de la volonté impériale vienne changer la destinée de prince royal de Suède : la Baltique le sépare de Napoléon.
Dès ses premiers pas sur le sol étranger, Bernadotte, soulagé d'une longue et pénible contrainte, \a exhaler un esprit délirant d'indépendance , et témoigner des dispositions peu bienveillantes pour la France, sa première, sa véritable patrie.
L'archevêque d'Upsal, accompagné des noms les plus illustres de l'aristocratie suédoise, s'était rendu à Ëlseneur, pour y recevoir la profession de foi luthérienne du nouveau prince royal. Bernadolte prononça, dans cette inauguration religieuse, un dis-
GH^RLKS XIV. 495
cûursoù ToB rclroaveà negret toutes iâsexaféraUow de son caractère naér idional. C'éiaît plas, dît- il, par coDvictioD<te conscience que par nécessité politique qu'il abandonnait, à quarante-six ans, la loi de ses pères. « Depuis mon en&nce j'ai été kastruit dans la religion réformée. Les événements qui se sont passés pendant les vingt dernières années, ayant amené les armées firançaîfies en Allemagne, j'ai eu occasion de coAnaitre les ministres protes* taots de ce pays et de me cou vaincre que la ûonfessioo d'Au^bourg, telle qu'elle a été remise par le» princes et les états d'Allemagne à Charles-Quint, contient vérilablement la pai>ole de Dieu et la doctrine de Jésus-Christ. Toutes les recherches que j'ai £iites depuis, m'ont sJfermi dans l'opinion que celte confession est la véritable. C'est donc par persuasion autant que par le désir d'établir entre le peuple stiédois et moi des rapports plus intimes, que je dédare aujourd'hui pubiiquemeni profetoer la confession luthérienne, à laquelle j'étais depuis long- temps attaché de cœnr. *' Peu s'en fiilFut que le sergent de Royalla-Marine ne se livrât à une dissertation llnéologique sur lé schisme, la lumière inaccessible, ou la grâce efficace. Une des faiblesses de cet homme, d'ailleuES^si libéralement doué par la nature^ était de vouloir paraître profondément versé ilans les connaissancefi qui lui étaient le plus étrangères, et de
i96 HISTOIRE DE BERNADOTTC9
prêter à ses souvenirs les plus récents, les apparences d*une laborieuse et vaste érudition. Une donnée empruntée au hasard, une impression Tugitive, une formule étudiée la veille, une conversation saisie au passage, lui suflisaient pour discuter avec assurance et se donner les manières d'un savant émérite, d'un philosophe ou d'un poète lauréat; et, comn^e il s'jassimilait les idées d'autrui avec une rare[facilîlé de parole, l'illusion était souvent complète. Néanmoins, celte vanité encyclopédique ne lut pas toujours sans inconvénient pour Bernadotto. Un| jour qu'il gourmandait à déjeuner l'inapplication de ses officiers d'état-major , qui ne voulaient point profiter des loisirs de la garnison pour apprendre la géographie: « Je parie, dit-il à son aidede-camp Marbot, que vous ne connaissez ni la géographie, ni l'histoire, ni la statistique de l'ile de Malte?» EtHe jeune lieutenant de balbutier en rougissant ; que Malte est une tle de la Méditçrranée, située entre la Sicile et l'Afrique, autrefois gouvernée par l'ordre des templiers, etc. c Ajoutez, interrompit vivement Bernadette, qu'elle fut donnée par Charles-Quint au grand-roaitre de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem ; qu'elle est longue de huit lieues, large de cinq, rocheuse, recouverte de terre importée, et garnie de fortifications inexpugnables... — Mais, générai... — Oui, je sais bien, elle se rendit aux Français en 4708 — ....fertile en citrons, oranges, me-
CHARLES XIV. i97
Ions, vins, grenades , abricots, miel, colon et mousses colorantes; qu'elle a quatre-vingt-huit mille habitants parJant italien , français, grec moderne et arabe ;... climat superbe, toujours clair, serein, etc. Voilà de ces notions élémentaires qu'on doit savoir depuis l'enfance, et qu'un officier est impardonnable d'ignorer. Étudiez, jeunes gens, étudiez.» L'état-major resta stupéfait devant le volubile savoir de Bernadotte. Mais quel ne fut pas Tétonnement deMarbot, lorsque, ayant eu l'occasion, quelques heures après cet examen, d'entrer seul dans la chambre à coucher de son général, il y trouva sur une table de nuit la description de l'tle de Malte, telle que Bernadotte venait de la réciter, et telle que l'avait écrite un professeur de Rennes, dont le général en chef de l'armée de l'Ouest recevait secrètement des leçons d'histoire et de géographie!
Les hyperbole^ dogmatiques de Bernadotte à la réception d'Elseneur, n'ajoutèrent probablement rien, à la considération personnelle de ce prince. Le 20 octobre, il franchit le détroit et fut salué, sur la. plage suédoise, par le comte Gustave de Lowenhjelm placé à la tète d'un détachement de cavalerie d'élite. « Je viens au milieu de vous, dit-il aux sol- » dats, avec l'abandon le plus absolu, avec le désir 9 le plus ardent de tout faire pour contribuer à votre » prospérité. J'apporte au roi que vous chérissez » à si juste titre un dévouement sans bornes. Unis-
i98 HISTOmE DE BERNADOTTE,
]»80D8-Bous à l'eDvi, messieurg, pour remplir ms B vues paterQelk?s, et ne souffrons jamais que la » patrie perde rien de cet illustre rang qu'elle doil » à la valeur et à la vertu de ses aocôlres. • Ce langage guerrier excita un vif enthousiasme parmi les militaires suédois. Le 2i, un chambellan de ClMMrle& XIII porta à Bernadette le bfevet de générali&* sime des armées de terre et de mer. Le prÎBce royal continua sa marche sur Stockholm, a petites journées, tantôt à pied tantôt à cheval , harangoasA les populations accourues sur son passage. Le 31, il trouva au château de Drontîngholm , près de Stockliolm, une députation des états-généraux qui venait lui présenter Tacte d'élection, et recevoir sa signature à Tacle de garantie dressé par la dièie« Le 2 novembre, le gouverneur, les magistrats et les anciens de la ville le reçurent aux portes de Stockholm, où il fit son entrée au bruit d'une salve de deux cent cinquante-six coups de caijron. « Ces ac-* » clamations réitérées, ces réunions majestueuses-me » tracent, dil-il, la règle de mes devoirs. Les obli- » gâtions que j'ai contractées envers la Suéde seront » remplies rel^ieusement^ car le premier besoin de » mon cQBur seea toujours la tendresse de mon roi » et l'appui de la nation. Sur le sol Scandinave, au > milieu dos Suédois, j[e ne regrette rmi. Je n'échanj» gérais poiiU votre amour pour le premier trône >. de l'univers. U m*est agréable, en tntraDi dans la
veapitsAe^ de rece^i^iv son ptetinëf hbtMf^ par »rorgaiM d'o* homiite émi j« cMnai^ tféjà les » éerilSy et qoi me |iréseAteei> ce iM^fReM fci j^reté » d» caracière natienat. » De ees eWffâge», Berna-* dette n'avait proiNMemeiM jamais su que le ffHre. Le 5 Boveiifibre evi Km , en présence du roi, des quatre ombres des états-généraux ^ des autorités sa^ périeures du royamne et du corps dipioinatîqoe, la récep^ofi solennelle de Bernadetle^coisine prince royal de Soèdo. Dam cette ci reonetance il harangua, saooeesîveaeM et avec une bainleté remarrqilabiey le roi , les députés de la noèlesse, les meittbim de là bourgeoisie^ le elergé e% l'ordre des paysans , parlant à chacttA le laminage de ses îvitéi^fiB et de ses préjugés» Tous ces discours étaient empreints d'une coaleur locale et d'un sentiment de flére indépendance qui provoquèrent lesacciamations bruyantes de l'assem- Uée. c Élevé dans tes camps, dit^il en terminant, » je voms apporte une âme franche et loyale, un dé* wowenent aèeeto an ror tnow auguste père, un I» ardml dmr de kmt fmre pour le boRiheur de ma * fiouMlle patrie. » Charles-Jean ajoutait que ta saine politique^ la seule que les lois do Dieu autorisent, devàil^ avéir pour bai»e ta justice et la vérité; qu'il amil vu la guerre de près, qnf'rNn oennainsait^ tous 1ns êèmn-, et qu'il n^ésafit |K>int de conquête qui pût consoler la patrie du^ sang de ses enianu versé sur le sol étranger; que la paix élail le seul but glorieux
200 nisToi^e dis bsrnadotte,
d'un gouvernement sage el éclairé ; que cq n'étaient point les limites d'un État qui constituaient sa force el son indépendance , mais bien ses lois , son commerce, sou industrie, et, par-dessus tout, son esprit national. La Suède avait , disait Bernadotte, éprouvé de grandes pertes, mais l'honneur était intact, et la Providence lui avait laissé un sol qui suffisait à ses besoins, et du fer pour se défendre (4).
Dans Texaltation de ce patriotisme phosphorescent, il y avait évidemment une allusion blessante pouv la politique de l'empereur des Français. Napoléon s'en vengea par quelques épigrammes contre ce qa'il appelait trivialement la faconde jacobinière de Berpadotte : « A quoi bon, disait-il, ce flux et reflux de » paroles^ les Suédois sont parbleu bien assez ja- » cobins et anarchistes!»
Cependant, la correspondance de Bernadette avec Napoléon fut d'abord celle d'un inférieur reconnaissant et d'un ami dévoué. Alors, il est vrai, le prince de Ponte-Corvo avait encore, dans son ancienne patrie, des intérêts matériels qu'il lui importait de ménager. De ce nombre étaient les riches dotations qu'il tenait de la munificence impériale, à titre de grand feudataire de la couronne. C'était là une difficulté grave qu'il voulait dénouer avec ménagement et sans attendre que les événements vinssent la tran-
(1) Voir pièces {astlActtiTet, n* 11.
CflARLES XIV. 20!
cber ; en uq mot, il fallait lircr le meilleur parti possible d'une siiuatioo déjà équivoque et qui ne pouvait tarder à se dessiner nettement. Or voici ce que le prince royal d^ Suède mandait, le 11 novembre 1810, à l'empereur Napoléon. Nous reproduisons, en ce inoment, le texte même de cette lettre, parce que nous aurons à l'invoquer de nouveau, lorsque nous parlerons des indemnités que les puissances coalisées se partagèrent après la chute de l'Empire.
« Étant à Paris, écrivait Bernadette, j'ai eu
» l'honneur de communiquer à Votre Majesté Vacie » de garantie que j'ai di\ souscrire comme condition
> expressedc mon élection. Par cet acte, ayant renoncé » à tous rapports féodaux, je ne puis plus conserver,
> à titre de iiefs de l'Empire, les dotations que Votre
> Majesté a daigné me faire, et cette condition m'a » été formellement rappelée à l'instant de mon ser-
> ment. Je n'ai donc autre chose à faire que de m'en » rapporter entièrement à ce que Votre Majesté ju- » géra le plus convenable pour concilier mes intérêts 1» avec les nouvelles obligations que j'ai contractées. » Je prie jseutement Votre Majesté de me permettre » de lui représenter que j'ai servi mon pays pendant • trente ans, et que mon élévation actuelle n'est » qu'une suHe des glorieuses destinées de la France.
» Si Votre Majesté pense que je ne puis pas conji server la propriété entière et immédiate de tout » ou partie des terres que je ne tiens jusqu'à pré*
203 HfSTOIRE DE BCRNADOTTE,
9 senl que comme fiefs (Te l'Empire, je la supplie de » Touloir m'aecorder la jouissance de rusuffuit'ptfr »el simple de ce^ propriétés, pendant vingt ans, » pour moi, ma femme et mon Tils. Dans tous Idal y cas , je la prie de Youlotr bien exceptera ce qu'eflê > daignera me laisser, la principauté de Poftte-Corv^, » dont je suis beaucoup trop éloigné maintenant, et » qui m'est plus à charge qu'utife, puisque le re'ventt » en est presque nnî. Q.uani aux 41,774 fr. de Irenté » sur le grand-livre, Votre Majesté me rendrait un » grand service si elle daignait en disposer en fe* »veur du baron Bernadotle, mon frère, qui. n'a » qu'une fortune très-médiocre.
» Je suppHe Votre Majesté de me faire la grâce de » me fSwre connaître le plus tôt qu'il iui sera possible » sa décision : j'en ai absohimem besorn pour régler » mes affaires intérieure; j'envoie auprès d'elfe le » chef d'escadron Viflatte, mon atèe-de^cauip, afin » qu'il puisse me rapporter sa réponse. »
L'Emperear accueillit avec bonté la demande dû prince royal , et fit transférer au nom de son frère l'inscription de H,774 fr. de rente quf dépendait de la principauté de Ponte-Corvo. ïl est même hors dte dottie queNapoléow aurait accordé à Bemadotteh propriété immédiate des tcfrres que Kex-raarédial <ife France ne tenait que comme ieffnvpériaf, si lesi vues hostiles de ce prince se fussent dénoitées plus fen^ tement..
GSAItLES xir. 303
Comme on Ta déjà vo, Napoléon, par égard pour le prmee rayai, avait snspenda ses plaintes sur rinfidéitté avec laquelle la Soède exécutait le trahé du 6 janvier (i). Cependant, la Suéde, que le système continental réduisait, il est vrai, à une gtanée détresse, s'affranchissait cihaque jour plus oafertemait des mesures qui lui étaient imposées contre le commerce de In Grande-Bretagne. Des bAtimeots préteodns neutres, mais qtii n'étaient en réalité qae des colporteurs de marchandises anglaises, afflkiaîent dans les ports suédois; les com- Dunications avec l'Angleterre conservaient toute lem* actrrîlé; on agent angidfis résidait encore ostensiblement à Stockholm, et un agent suédois à Londres; quinze ou seize cents navires, mrunrts de faux dsciinients et naviguant sous pavrllon anrgfafs, encombraient la rade deGotbenbourg d^on ils faisaient un trafic très-régulier et très-actrf avec la Grande- Sretagne. Et toutes ces infractions an traité prenaient dMMfœ jour on caractère plus grave, quoique, dès son arrivée en Suède, le prince royal en eàt reconhif l'existence et prom^is de les faire cesser.
Dnns cet état de choses, TEm^pereor fit appeler, à Foniavneble»u, le ministre suédois, M. de Lngerblefke nvec qui il eut une vive explication. Napoléoo ne ninit pas ce qu'aviait d'oiiéreu*t pour la Snècle
tO ▼oir pfèces ia«tlftaftire«, te t%
Tobservation des engagements qu'elle avait pris; il savait que le transit et le colportage des marchanc dises anglaises procuraient à ce pays d'immenses bénéfices, mais il savait aussi que le système continental, rigoureusement exécuté, était le seul moyen de guerre qui pût contraindre l'Angleterre à faire la paix. « La Suède souffre, dites*vous; » mais croyez-vous que je ne souffre pas , moi ; que » la France, que Bordeaux, que la Hollande, que >• l'Allemagne ne souffrent pas ! voilà pourquoi il >» faut en finir; il faut à tout prix la paix maritime.... > La Suède est la seule cause de la crise que j'é- » prouve, la'ISuède me fait plus de mal que les cinq » coalitions ensemble. » Le monarque irrité finit en déclarant à M. de Lagerbjetke, qu'il préférait une guerre ouverte et franche à une paix illusoire; et que, si le cabinet de Stockholm persistait à se soustraire aux conditions du traité du 6 janvier, le gouvernement français considérerait ce traité comme annulé et ferait rentrer des troupes dans la Poméranie suédoise. « Que la Suède fasse les choses comme » elle l'entend, je sais que je ^is hors d'état de la » forcer; qu'elle se mette franchement du cAté de » l'Angleterre contre moi et mes alliés, eu qu'Ole » se réunisse franchement à moi contre l'Angleterre* » Enfin, choisissez : des coups de canon aux Anglais » qui s'approchent de vos côtes et la confiscation de » leurs marchandises, ou la guerre avec la France. *
L'ordre fut transmis, en même temps, au mînîslro de France à Stockholm de demander une explic;\tion catégorique au gouvernement suédois, et do rentrer immédiatement en France, si cette explionlion n'était pas satisfaisante.
En effet, le 13 novembre, une note fat remise au cabinet de Stockholm, qui, le 48, répondit ù M. Alquier que Charles XIII déclarait la guerre à l'Angleterre. Mais, le 19, le prince royal écrivit directement à Napoléon, pour lui faire connaître fa situation désastreuse dans laquelle cette guerre allait pk>iiger le royaume. Elle devait, disait-il, entraîner infailliblement la capture de tous les bâtiments suédois qui allaient porter du fer en Amérique; les magasins étaient vides et les arsenaux dépourvus de tout; les fonds manquaient pour tous les services, et y cependant, il fallait des sommes considérables, pour mettre à couvert la flotte de Carlskrona et réparer les forlifications de cette place; la réunion de Farmée exigeait une dépense extraordinaire d'au moins sept à huit millions, et. la constitution ne permettait au roi d'établir aucune taxe sans le consentement des états-généraux ; enfin , le sel, objet de première nécessité pour la Suède, allait lui manquer par suite de l'interruption de ses rapports avec la Grande-Bretagne. Mais toutes ces considérations, ajoutait Bernadette, avaient disparu devant le désir de satisfaire FEmpereur, et le roi avait fermé To-
206 HISTOIRS OE BERMAI>OTTE,
reille aux cris de la misère publique, UKÎqueflMttl par détëreuce pour Sa Majesté Impériale.
Ce que Bernadotte ne disait point , c'est que la Suède n'avait déclaré la guerre à l'Angteierro: c qu'attendu que les puissances du Nord oesuivaiiml j» alors que L'impulsion de la France, et que la $ai- > son éloignait tout espoir d'être asaislé par ia » Grande-Bretagne, encore que le royaume fiuktatta- » que dans le cœur de l'hiver (i). • Quoi qu'il en soit^ les dangers signalés par le prince royai ensaeDl été, en eflet, la conséquence des hostilités, si ia Suède eût sérieusement déclaré la guerre à l'Angleterre. Mais, comme on le verra tbut^à l'heure, ia rupture entre ces deux puissances ne fut pas plus réelle que ne l'avait été l'interruption de leurs rapports commerciaux, et le pavillon suédois ne cessa pas d être traité par les Anglais avec les plus grands ménagements. Dans une lettre à Georges Adlesparre, le ministre Wetterstedt disait en ppoprîes termes : « l'Angleterre, loin de trouver mauvais que nous » fermions nos poris, a hautement proclamé la pru- D dence avec laquelle nous avons agi dans œtte » grave question. » En effet, tandis que les relations de ce royaume pœnaient un caractère de plus en plus inquiétant, l'Angleterre, avec son adresse
( 1) TemMda rappM-t iiréseiité au roi par le baron d^ngestroiii sur tes rçlatioBS dlplonifttiqiies du royaime. — V«ir ffitefi jastiAcatiresy n* 13.
€IIAJil.ES KIY. 907
babîtiiaUQ» n^ ta«aU aucun eompte de la ^bmtioa qqi loi ^iiait été notifiée, et comertait, à l'égard de la Suède, uoe altitude plus bîenveiilaiite qu'hostile. Elle semblait reconnaître qu'eu s'associânt au sys- Vme cootiaeaial, la Suéde n'avait fait que céder à laltMrcd^ et, conteate d'écouler quelques-uns de ses pro4uitë vers h^ Ballique, trop habile pour irriter ÎAUtileoieut un^ peuple dont elle avait besoin, elle attendait patieanuejit l'occasion de reprendre avec lui dds rapporu plus faciles et plus sûrs (i).
Cette loogauimité de l'ÂDgleteiTe accrut encore h dé(iao€e de Napoléon. En résistant aux exigences dd ce souverain, en ^'unissant aux Anglais, à ciel ouvert et à tous risques, le cabine de Stockholm edt usé de son droit et rempli, peut^ître , ses de-* voirs^ envers son pays. Mais, en simulant une guerre qu'il 0'avait ni hi volonté ni les moyens de sou* tenir y ce caUii^et agissait déloyaloment envers la FraiHS^y et s'abaissait ù un rôle peu digne du caraetéra él^^vé que la vieille Scandinavie avait tou^jouns iOOAtré dans ses difiRèrends avec les nations de rc;im>pe.
Quelle part le prince royal de Suède avait-*il per* soaneUement dans cette politique tortueuse? Com* baUUy dit-il, entre son attachement à l'Empereur et le sentiment de ses nouveaux devoirs, il s'abstint
(i) Marmier» Lm SMfo ious Chmrh» XtV.
^208» HISTOIRE DE BBRNABOTTE,
(le participer aux délibérations du conseil où la guerre fut résolue (i), se bornant à supplier le roi de se déterminer sans se préoccuper de sa personne : « Mon devoir est d'exécuter les ordres de Votre » Majesté) quels qu'ils soient. » Si elle exista réellement, cette neutralité morale était sans doute dans les convenances do la position de Bernarlotte; mais ne peut-on pas aussi en faire honneur à la pensée de s'affranchir de toute solidarité dans une mesure (jui devait nécessairement porter en soi de graves éventualités? En effet, si la guerre contre l'Angleterre devient impopulaire, le pays ne pourra point l'attribuer au prince royal , et, si elle n'est qu'un simulacre offensant pour la France, dangereux pour la Suède, on n'aura pas le droit de la lui reprocher, car ce ne sera pas lui qui l'aura déclarée. Quant aux véritables dispositions de Boi^nadotte à l'égard de la France, tous les écrivains, même ceux qui ont obéi à son influence, s'attachent à prouver que son arrivée à Stockholm fut marquée par un changement complet dans la politique du gouvernement suédois. Cette politique, disent-ils, devint aussitôt plus ferme, moins indécise, et l'on pouvait déjà prévoir que, dans un temps donné, la Suède relèverait fièrement la tête malgré la main de fer qui voulait rabaisser.
(1) Lettre da prince royal à Napoléon, 19 novembre IStO.
CHARLES XIY. 209
Il sentait y dit un de ses panégyristes, la nécessité de ployer pour un moment; mais, depuis cet instant, il comprit l'impossibilité de maintenir la Suède dans l'alliance de Napoléon, et un ressentiment assez juste domina chez lui les affections de Tancienne patrie (1).
Cependant, les lettres de Bernadette à Napoléon respiraient toujours la même soumission et la même ^ condescendance. Le 8 décembre, après avoir exposé de nouveau à l'Empereur la situation chaque jour plus alarmante de la Suède, et faisant allusion à la nécessité d'un subside, le prince royal écrivait : < Vous le savez. Sire, la guerre ne se nourrit que » par la guerre, çt un grand état militaire, pu- » rement défensif, est une charge que la Suède ue
> peut supporter sans un secours étranger. » Il ajoutait que, depuis la première alliance conclue entre François I" et Gustave- Wasa, la France avait* été non-seulement l'amie fidèle de la Suède, mais qu'elle l'avait encore constamment secourue dans
ses guerres « Il n'y a ici, disait-il en termi-
» nant, qu'un vœu, c'est d'être sincèrement d'ac- M cord avec la France et de participer à sa gloire,
> toutes les fois que l'occasion s'en présentera, mais » t argent nom manque. »
(1) Bktiàrê des ÉMs européens, dr., par le vicomte de Beanmont- Vasty, — Suède et Nonrége.
210 HISTOIRE BE BEBIVADOTTE, *
A Fépoqye êe rélècti^n de Beriiadotle, Ib* Su^e se trouvait effecti'veineni d*ns le plus gramf êtBt de crise, de souffrance et <raflffeîblrssement qu'elte eût ' éprouvé depuis te ruj^irre du' fraîté - de Cafciar. Trois révolotioiiB^, trois secousses viofentes en moins de quinze ans, avaient non-seulement ébranlé te trône des Wasa, mais encore épuisé toutes les. ressources du royaume. Napoléon commit tor faute gi^^e d>e méconnaître cette situation , .et de dédaigner les . insinuations directes de Bernadoite sur les besoins linamciers de la Suède* Un sentiment excessif de sa dignité lui déroba une des nécessités les plus urgentes de la- politique, et il oublia que Gustare IV, lui-même, n^avait mendié les subsides de FAngteterre, que lorsque la Franee lui eût refusé les siens. Be deux choses Tune : ou un sacrifice, faità propos, eut raffermi l'alliance entre Bernadette et Nàpoïébn'j ou , après a'voir profité de notre générosité , le prince royal se fût honteusement jeté dians Ites bras des ennemis delà France. Dans le premier cas, l'Empire était sau^vé; dans le second, Bernadottc se corrvrait d'opprobre. Mais, par un orgueil mal' entendu et qu'il se reprocha» plus tard, Napoléon resta sourd aux suggestions du prince royal, pensant, a-t-il' dît depuis, qu'il y avait de la faiblesse et dte la honte à réussir par la corruption, et que d'ailleurs, s'il fallait feire la guerre avec de l'argeol,, L'An^leteirre renchérirait toujours sur lui.
GVAiittS tIV. iH
L'EmpereamecruipoÎDl non fiw devoir répondre à quelques-.unes des lettres que lui adressa Berna^ doUe; m^h i\ chargea son ministre en Suède de £iire connaître à ce prince les motils de son silence« « Il a^ait pour maxime de ne point faire chez les » autres ce qu'il ne voulait point que l'on Ht chez
> lui, n'entretenant jamais de correspondance avec
> aucun prince royal. Le voeu de Sa Majesté était
> que les affaires se traitassent toujmirs par le canal » ordinaire des minisires* Il en usait ainsi même » avec ses frères qui étaieM sur le tr6ne (i). » Le Ëiit est que Napoléon , s' étant déjà aperçu des dispositions du prince royail à s'éloigner du système français, montra envers le goovernement suédois des ej^igences dool la rigueur ne pouvait s'expliquer que par les machinations qui se irautôtient entre ce pays et les ennemis de la France. Alors on demanda successivement au cabinet de Stockholm, des matelots poor monter une escadre française à Brest^ des troupes soédoises à la solde de la France, l'introdoeiion d'on tarif qui frappait do dnquanle pour cent les denrées coloniales, et enfin rétablissement de douaniers français à Gcxhenbourg. Ces demandes exorbitantes furent taniél éludées, tantôt repoussées pnr des motifs empruntés à la détresse gé-
Cl) Lettre du duc de Cadore au baron Alq«Her, 23 décembre 18 tO.
n^rale du {>ays, qui, disait-on, enchaînait la bonne volonté du gouvernement suédois.
Cependant, les hostilités entre la Suède et la (Grande-Bretagne n'avaient rien de sérieux. Les Anglais naviguaient librement dans les eaux de la Suède, et, sans autre garantie que la parole de Charles XIII, ils mettaient des sommes considérables à la disposition du cabinet de Stockholm. « Noire commerce, i» dit, à ce sujet, un écrivain suédois, trouva des avan- » tages immenses à ce singulier état de choses , et >* nous pûmes rétablir nos finances. »
D'un autre côté^ des rapports fort intimes s é- (aient déjà établis entre l'empereur Alexandre el Rernadotte. L'envoyé de Russie à Stockholm faisait même grand bruit des préparatifs militaires de cette cour, et disait hautement que, si la rupture éclatait • entre Paris et Saint-Pétersbourg, ce ne serait pas contre la Russie que se déclareraii le prince royal. Bernadotle avait aussi adressé au Danemark une communication confidentielle ayant |iour objet de lier les deux pays, de manière à laisser leurs sujets commercer sans obstacle, dans la Ikiltique, avec des licences anglaises (i). Cette proposition n'avait point échappé à la vigilance de Napoléon, et le 5 janvier le duc de Cadore écrivait au
(1) Lettre da doc de Vicenoe, C avril 1811.
ministre de France à Stockholm, que TEmpereiy* n'avait jamais compté sur une forte coopération de la part de la Suède; mais qu'il n'avait pas supposé que la première pensée du gouvernement de ce pays fût une espèce de trame pour l'établissement d'un commerce frauduleux avec l'Angleterre, et qu'il avait été surpris que la proposition en eAt été faite par le prince royal lui-même (i). Enfin un aide-decamp d'Alexandre, le comte de Czernicheff, connu en Europe par le rôle peu honorable qu'il joua, en France, de 4807 à 1812, avait pris, pour se rendre a Paris , la voie de Stockholm, chargé d'une mission secrète près du prince royal. « Au bout d'une heure, > dit un historien suédois, tout était entendu, réglé » entre ces deux personnages; et, huit jours après, » l'empereur de Russie savait à quoi s'en tenir.
En effet, peu de jours après l'entrevue clandestine de Czernicheff et de Bernadotte, le czar écrivait au prince royal : « Je suis fait pour vous com- » prendre et répondre à l'expression dont vous vous » êtes servi à mon égard avec Czernicheff, et c'est . » d'âme que je veux être votre ami. Élevé moi- » même par un républicain (2), j'ai de bonne heure
(1) Lettre du mfaiisire des refailtons eitéiiearM aa baron Alquier, âjannerlSU.
(1) M. de La Barpe, frère du général tué «ooa les drapeaux français en Italie.
214 HISTOIRE DE BERtfiDOTTE,
> (q>pm à priser plus rhomioe que les titres
» Comptez constamment sur moi et ne vous laissez » jamais effaroucher par les craintes qu'on essaiera j» de i/ous donner sur la Russie; son inténèt se
> trouve dans la conservation de la Suède. » Le 16 janvier^ Bernadette répondit aux avances d'Alexan- .dre, par une lettre remplie des plus ardentes pro^ testations de dévouement» On y lit eixtre autres phrases significatives: « Si M. de Czerntcheff a » rendu fidèlement nos conversations, Votre Majesté » a pu se convaincre de mon afiectio<i pour elle, » et de mes sentiments comme prince du Nord..^..
> Dès cet iustant, je compte sur son amitié comjne
» elle peut compter sur la mienne J'ai souffert,
» en effet , des menaces qu'on m'a faites en son » nom, et, je l'avoue, je ne me confiais plus que 9 dans le courage de la nation et la justice de sa » cause. Mais M. de Czernicheff est arrivé sur ces
> entrefaites, les assurances qu'il m'a données de » la part de Votre Majesté m'ont fait le plus grand >» plaisir. Je ne luiai point caché que je voulais vivre
> indépendant. » La pensée du prince royal de Suède, ses projets et ses espérances se révèlent tout entiers dans cette correspondance.
Cependant, ces rapports secrets aved la Russie ne tardtèreut pas à être connus de Napoléon qui en (it sentir son mécontentement à Bernadette , en te privant de ses dotations et en rappelant les offi-
-GHAALES XÏV. 315
4ier% français qu'il avait «luterifiés à rester aupinéft de sa pecsonne. Dans ce même moment (ei <î'«it une triste vérité à <xmstater ), le prÂAoe royal <ik &iàde prodigttak à <sob ancieii maiire ieB aesu-» janoes les plus obséquieiises. Le 20 janvier^ c eat* à-dire qœrlre jours a|^ès avoir juré foi et homiiage a Teaipereur Alexandre, il écrivait à l'enfierettr 3iS|poléon : •« Tout ce qai me revient de Paris m'attf- 3 aoaoe «{ne Votre Hbjesté est indisposée contre inoi.
* Qii'ai-je danc fait, Sipe^ pour nériter œ désagré- ^»eot? Jesii^^se que Ja calomnie seule â |)u me « ^'attirer! dans la AouveUe positieiioà le sort ma M placé, j'y serai, sans «doute^ plus exposé que ja-
• aaîs , si je »e suis pas asses heureux pour trouver ii UD défenseur dans le oeesur de Votre Majesté. »
Le é8 oaars, Bemadetie, rendant coupte à ]Ma<»
^oléoa de la ddégatioû qui venait de hii être £iîle
4a pouvoir exécutif, par suite de ia maladie du rtii
de Suède, priait l'Empereur de conlrnuer à Thono^
leriéeaes bontésiqutydans tousies temps, luiavaient
éàè si préoiemes et qui , dans fCelie circmskmoe , km
daœMÊM emxme plus nécessem^es. « Je prie aussi
» Votre Majesté de vouloir bien cooii)tdr invar iabifr-
» ment sur ia ^sinrcériié dies sentimonis qui «n'^atta^
» dbentâ elle pour Ja vie, al dont je désine itnoavèr
» l'occasion de lui donner de nouvelles preuves. »
Napoléon ne se laissa point persuader par ces protestations peu loyales. Il continua à se plaindre
que les Anglais vinssent s'approvisionner à l'tle de Hûgen , sans aucune opposition des autorités suédoises; qu'un consul anglais résidât encore à Gothenbourg, malgré l'état de guerre (1); que les escadres britanniques eussent de fréquentes communications avec les ports suédois; que les bâtiments des deux puissances naviguassent sous la- protection réciproque de leurs escortes ; que les rapports commerciaux de la Suède avec l'Angleterre fussent aussi actifs que si les deux pays étaient en pleine paix. L'Empereur alla plus loin; il envoya des corsaires dans la mer du Nord , fit confisquer les navires suédois qui se trouvaient dans les ports d'Allemagne et enlever, en pleine mer, ceux qui trafiquaient avec ses ennemis. Enfm, les autorités de la Poméranîe suédoise furent officiellement informées que cette province serait occupée de nouveau par Jes troupes françaises, si Ton persistait à y enfreindre le système continental.
Néanmoins, au milieu de ces violents débats, le prince royal de Suède écrivait toujours à Napoléon dans les mêmes termes de déférence et d'affection. Rien n'égalait son dévouement à l'auguste personne de Sa Majesté. Bientôt la naissance du roi de Rome vint donner lieu à de nouvelles génuflexions. « Sire,
(n Noie do duc de Bassano à M. d'Hosen, chargé d'affaires de Suède.
CHARLES XIT. 2i7
» écrivait^l à l'Empereur , s'il m'est àoMx de merap- » peler tout ce que je dois aux bontés de Votre Mail jesté, c'est surtout dans une circonstance qui me • procure l'avantage de pouvoir lui témoigner la part » que jeprends à l'heureuse délivrance de Sa Majesté » l'impératrice. Ce grand événement comble les
> vœux de tous les Français , les vœux de ceux qui,
> comme moi, conservent le plus profond dévouc- » ment pour Votre Majesté. Veuillez agréer, Siro,
> ceux que je fais pour le prompt rétablissement de » voire auguste épouse, et pour la conservation des
> jours du roi de Rome : qu'il vive long-temps pour » le bonheur de la France, pour le bonheur parti- » cuiier de Votre Majesté!
» Mon plus grand désir sera toujours, Sire, de » pouvoir donner à Votre Majesté de nouvelles
> preuves de l'inviolable attachement que je lui » porte, et j'ose espérer que mes efforts pourront » un jour répondre à mon attente. C'est avec ces A sentiments (1), etc. — Malheureusement, l'attacheflueiit simultané du prince royal pour l'empereur de Russie et pour l'empereur des Français , n'était pas moins inviolable pour l'un que pour l'autçe.
Non content de ces épanchements personnels, Bernadette adressait, le même jour, une seconde lettre
(1) Lettre do 6 aThllSlI.
âi^ HISTOIRE DE MUWADOTTE,
à, N^qpolëoB, pour l'ttifimner <|iie GfafirlfisXfli veMtk
d'^ndonaer «u ownle 4e Bi ahé, de ee randne à hftk
jM>ur Je fiiMipUiBaMer «ur l'heumux aeo^ocheaeDi
de Sa MajôAé l'îsiipérdlfiûe et Bur la attasBsoe^iii roi
ée Home. « Si la sanlé -d» roî, ;afcmàA le prisoe
» royal, «avait pu me pennottre de m'absenter, j'au-
> rai^ rempli nK>i-ittème eeUe lionorable iiiîasi^Q^
» maiSjChargépeodantfiainalaidiederadiniûiatralioB
, » da royaiMXie, j'ai dû renoacer à ce bonheur. M. de
9 Krabé efii k fremitr seigneurie ta Smèêe^ iefim
» uucieH pùrmi les comleSy et^MUSsi éà$timg^ par
» ses principes momirckiques que par ea €onMlB d
» &a naismnce. ■»
Les sollicitudes du prince royal, pour le bîea-^ne de la France et pour la gloire de son iHusAre ckef, ne s'arrêtaient pas à ces congratulaiioais «lalirânonialeB. Alors même qu'il cntreien^t «vec l'Aagieterre les plus inliizkes nelatioas, et que le. mi«i8léffe briUonique se montrait Je plus bienveillani en^eoB le gouvernement suédois» Beraadolte dévailaii à Nsq>oléon les madiinations souterraines de Vetimm €omfUurL £n lui transmeUant an rapport seordiki général Simon» détenu à Londres comme prisonnier de guerre, il lui adressait une lettre dont kscirconslancesâui milieu desquelles elle fiU écrire, tad un document historique curieux à recueillir. Il s'agissait d'une conspiration vraie ou fausse contre les jours de Napoléon, t Sire, disait le prince royal, le
GHAai.ES XIV. iiià
> gélftéralâiiioan m'a aiiressé d'Angleterre, où il est » prisoanier de guerre, un paquet qu'il me prie de » traja«neltre à M. le duc de Bovigo, mmistre de » Votre MajesJét Les reiise^eiukeatB qu'il coBtieat t ont éveillé mou alleuUoo , eu ce qu'il m'est par- » veau 9 il j a quelque jfeiups, des froatiéreiâ d'Aï- 9 lemagne, des nouvelles sen3i)lables sur lesquelles
> je iis alors peu de fonds mais dont, cependant, je
> crus devoir iaîre l'objet d'une comniunication à
> M. le baron Alquier. Je me serais encore servi de » son ministère, dans eeiie circonstance, s'il n'é- M taU question que de guerre ou de politique; mais » comme nos ennemis paraissent avoir d'autres pro-
> jets, j'aî pensé devoir adresser directement à Vo- » tre Majesté la dépêche du général Simon. Votre » Majesté connaît cet officier ; je ne lui en dirai » rien, personne ne sait mieux qu'elle le degré de » confiance qu'on peut avoir en lui;
» Quant à ee qui concerne rétaft présent de la » Grande-Bretagne, sous le rapport de sa situation » militaire et financière, du mal qu'elle éprouve par A l'expulsion de son commerce du contioeat, el du » changeotent qui résulterait dans sa politique de » l'avènement du régent au trône, j'ai trouvé ce
> (pi'eMk dit le général Simon entièrement d'accord » avec les avis secrets ou le^ lettres interceptées.
• Sire, les rela,tioiisquL existent entre la FruAcp » et la Swde demandent qu'on ne laisse pus igiior
» rer au ministre de Votre Majesté, ce qui peut in- » téresser la politique des deux puissances canlre » l'ennemi commtin; mais, dans cette circonstance, » le souvenir de mes relations particulières avec Yo- » tre Majesté et les sentiments personnels que je » lui ai voués m'ont porté à lui adresser directe- 1» ment ce paquet. Heureux toutes les fois que je puis » trouver l'occasion de lui renouveler l'expression » de mon ancien et respectueux attachement. »
Cette lettre est du 10 juin 4811. A cette époque, les liens qui, depuis 1807, unissaient la France à la Russie étaient près de se rompre et des symptômes non équivoques annonçaient une prochaine conflagration européenne. Napoléon s'adressa alors au prince royal, qu'il pressa de rentrer dans les termes de l'alliance. A ce prix il lui promettait de protéger ses possessions continentales, d'échanger, contre du fer, vingt millions de denrées coloniales que la t'rance possédait à Hambourg, afln que le gouvernement suédois pût pourvoir à ses besoins les plus urgents sans exportaiion de numéraire; de lui faire restituer la Finlande et d'acheter, pour vingt millions de francs, des produits de son sol. Mais, en retour de ces avantages. Napoléon exigeait que toute communication avec les croiseurs anglais fût rigoureusement interdite, et que la Suéde mit sur pied une armée de 30 mille hommes destinée à attaquer la Russie dans l'éventualité d'une
rupture eotre les deux empira. Ces notes étaient eoGOre celles d'un puissant monarque qui croyait parler dans l'intérêt de son vassal comme dans le sien ; qui sentait ses droits à la reconnaissance de Bernadotle et comptait sur sa soumission. Toutefois , Napoléon avait compris qu'il devait se relâcher Qu peu de sa sévérité envers la Suède, et ménager la vaaité acrimonieuse du prince royal. Aussi, après l'avoir remercié des communications qu'il lui avait feiles et dans lesquelles il avait vu une preuve de son amitié, l'Empereur ajoutait : « Votre cabinet se » compose d'hommes éclairés; il y a de la loyauté
> et du patriotisme dans la nation suédoise; l'in-
> fluence de Votre Altesse Royale dans le gouverne- » ment est généralement approuvée; elle trouvera » peu d'obstacles à soustraire ses peuples à la do-
> mination mercantile d'une nation étrangère. Ne » vous laissez pas prendre aux appâts trompeurs
> que vous présentera l'Angleterre. L'avenir prou- » veraque, quels que soient les événements, les sou- » verains de l'Europe seront obligés d'en venir à des » loisprohibitivesquileârendentmallreschezeux. »
Cependant la politique du cabinet de Stockholm était déjà engagée dans d'autres voies. Depuis le 47 mars , époque à laquelle la maladie de Charles XIII avait livré' à Bernadette la direction des affaires , les négociations avec la Russie étaient devenues plus fréquentes et plus intimes. Pour la première fois, Ber-
â22 HISTOHCB DC ^fiM^ADOTTE,
nadofte réponcKt en prinee indépendant mï communicatfons ée te Franee. OslensFÎblenieni , i} prélendait à la nentralrté; il vou)»if owvFÎr ses^ ports i toutes fcs nations; tl rappdaH emphatiqticinent ses droits et ses grief^; il invoquait Phumaivilé, corseilhtit la paix et se proposail tui-mème, comme médiateur enfre ïes deux cofosses prêts à se heorler. Mais, seerètem'ei>t, its'offbavtà Napolé^»aii prî^ideia Finlamte , de b Norvège et cFufi subside. En attendant que ces moflestes concessions (ni ftissent faites, Bernadotte tendait ofrtre mesore tous les ressorfs de radministrâiion, pour porter è 60 mille hommes ses tronpes de terre, et à 15 mille mateK>.ts son armée navafe. Cet accroissement de forces, joint aux soudaines prétentions dw prince royal , excita a« phis haut point les souj^çons et fa colère de FEnTpereur, <iui articula de nouveaux griefe et lança, une tbw encore, ses corsaéres dans la RiUrqœ. En#n, le 27 janvier 4812 , le corps du maréchal Davoust pénétra sur le territotre de la Poméranwe et s'empara de fe capitale du duché et de riledeRngen.
« Afors, dit un écrivain 'favorable à- la mémorre du feu ror de Suède (f ), Charles Je»» priu ht plus triste des résolutions. Les anxiétés qu'il avaképrowvées, ra(freusc incertitude dans kK|ucIle il se vojFaît sans cesse rejeté, lui occasionnèrent erne* gra^e ma-
(1)M. de Marinier.
Clfiill£E9 XFT. 229
ladie. Son âme avait à soutenir un rude et périlleux combat; les affections les plus profondes, les souvenirs de la patrie luttaient en ^elle contre les obligations que lui imposait le titre de prince suédois : d'ua côté,, la France,, sa terre nalale; d« L'auire, la Stèiie, s» seeoAde patrie. iVans ee péniMe^ eonflit étant de sentiments, de reconnaissance, de regrets du passé,, d'espoir en Taveuir, le passé succomlia, el, kfnqfÊe Châties feaii sortit de cette doiriom^ewe épreuve , ÎT abdiqua son titre de soldat du Béarn ; il n'était plus que le prince royal de Suèd^.. ».
Tel est le blâme îndwigent qu'un publi^^isf^, qui fut rhôte et famr de Bernadolle, laisse tomber à regret sur la conduite de ce prince à [propos dâ l' invasion de 1» Pofnéraiiie.
Hi^orien sans prédilections et sans fiel, j'exposerai, daos l'un dte&efaafitressuivanUs, tesaMses^ les w4m el Ift meraBté de cet événemenl;.