‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 12 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Préliminaires de la guerre de 1812. -* Efforts de Napoléon ponr entraîner Bemadotte dans son alliance. — Ce prinee est secrètement eniaoé dans les intérêts de la Russie. — Il offre simnltanément son amitié i Napoléon et à Alexandre. — Sa correspondance avec Saint-Pétersbonrg.

— Ses intrigues avec Consfantinople. — Il signe un traité secret ayec la Russie et prodigne à Napoléon les protestations de dévouement — Stockholm deyient le foyer de toutes les intrigues contre la France.

— Madame de Staël , Fauche - Borel , Robert Wilson , Siein , etc.

— Bemadotte change enfin de langage. — Ses exigences. ^ Noble résistance de Napoléon. —Déclaration de neutralité de la Suède.— La Norrége. — Bemadotte amuse le tapis. — Il souffle la guerre. — Ses efforts pour soutenir le courage des ennemis de la France. — Il veut faire un traître de Poniatoivski. — Ses conseils stratégiques à Alexandre. — Il offre à ce prince sa coopération personnelle*

Ici commence la troisième phase de la vie de Bernadotte; mais, avant de le suivre dans les conseils et sur les champs de bataille de la coalition, rappelons les sinuosités à travers lesquelles il arriva à une défection ouverte.

Depuis six mois les événements marchaient avec tant de rapidité, que, dans les premiers jours de janvier 48i2, tout annonçait un choc immense entre Foccident et l'orient de l'Europe. Des préparatifs gigantesques, d'énormes approvisionnements d'armes, de vivres et de munitions; les mouvements concentriques d'innombrables soldats accourant du midi

CHARLES XIY. 225

au nord et du nord au midi; enfin, tous les phénomènes précurseurs d'une lutte terrible annonçaient au monde que la France et la Russie allaient se mesurer.

Les causes de ce grand duel sont connues. Résultat obligé de la défaite des Russes à Friedland , le traité de Tilsitt n'en avait pas moins sacrifié à cette puissance, les intérêts de la Suède et de la Turquie. Cependant, en 48i2 il fallait marcher entre ces deux États, pour s'avancer dans les profondeurs de Fempire moscovite, après avoir traversé la Prusse et d^)assé l'Autriche : l'Autriche à la foi punique; ^ la Prusse dont le concours n'était, pour la cour de Beriin, qu'une obligation humiliante et cruelle dont elle rougissait , un nouvel aliment à sa haine contre la France. Datis cet état de choses, l'alliance de la Suéde et de la Turquie devenait une nécessité du système de guerre de Napoléon , car l'une pouvait aflEiiblir sa gauche et l'autre découvrir sa droite. La Turquie marchant sur Kief et la Suède sûr la Finlande, le triomphe des armées impériales n'était pas douteux ; mais ces deux États se déclarant ennemis, ou même neutres , ce triomphe n'avait plus pour lui les probabilités du calcul : c'était l'inconnu qu'aucune prévision humaine ne pouvait dégager des obscurités de l'avenir.

En présence de ces éventualités. Napoléon ne négligea rien pour entraîner ie prince royal de Suède

2S6 HISTOIRB 4>R «millàDOTTE,

dans son alliaiiiee. Il l«i rappela que<depMspluBieun siècles la Suède était l'alliée et l'amie de la Frawe; que , dans la déplorable ^tualion où l'avaii jetée Gustave lY, elle devait chercher son appui deimM côté; que la Russie était, au coniraire., nn plus puissant, son plus redoutable adversaire, et que, pour se défendre contre les projets d'invasbn de ce colosse, son auxiliaire naturel, sincère, déaiatéressé était la France. IndépendammiMit des coi»munications ministérielles, Napoléon-ent recours à r intervention de la princesse royale de Suéde, «pii était restée à Paris (1). Cette damé fnt chargée de renouveler à son mari, l'offire d'une alliance avec la France et la garantie formelle qu'à la paix la Finlande serait restituée, à la Suède. Mais l'EiiqMreur persista dans le refus de faire à cette puissaaoe le sacriRce de la Norvège dont il avait gai*anli (a possession au roi de Danemark, le plus dévoué de «es alliés.

Il était trop tard pour prévenir la déééction 4k fiernadoite. Quand, à Paris, on le Bupposaîl encore hésitant et incertain, il se trouvait déjà engagé dans les intérêts de la Ruasie. Toutefois^ en Réponse aot commumcations de Napoléon, Beriiad(^ lui écrivit le 24 mars, « qu'un des moments les plus heu* » reux de sa vie était celui que lui aisait procafé

(1) Voir PiàoM jvfttiAartivei , m. \A.

9 Ja fieriîlude que Sa Majefilé ae raittit ipoint toiii ¥ à &U oublié, et que ëondésîr ie plus viféteiide t ne point jséparer les iotéréis de m oouveUe patrie » de ceux-de la France (i). ^ Et, cependant, ce jourlà même, la défectiou do prince royal éiaii consommée. Dès le 7 mars, c'est-à-dire dix*-«ept jours avant sa lettre à Napoléon, il await euvojé le comtés de Lowenliîelai à Pétersbourg, poor oflrir son aUiasiee à l'empereur de Russie. < Sire, écrivait*il à A^l^kaii- > dre, les côtes de la Méditeri-aoée, de la Hollande, » de la Baltique successivement réuniies, rintérieiir » de rAllemâgne*cerné, ont dû faire «Alrevoir ;jui\ 9 pi*inces le moins clair voyai^ts, q<ue les réglm 4e la 9 politique^ mises de côté, allaient incessamment i faire j^ce à un système q^ii , délru*sa«t toute

• espèoe d'équÂlibre, réunirait ^ae foule de DPiiiMis

• sous un dbef; les monarques tributaires, leffra^ es 9 de celle domination toujouraoroisfiaiite,iitiaado«»i, 9 oonsteraés^ le développement de ce va^te p)fl4i.

9 Au miiieu de ce deuil universel , le re^apd des 9 hommes jse tourne vers Votre Uajeslé; déjà il sc- 9 lève et vous cooteno^piLe, Sire, avvee la foi de IVs-

• pérasee ; mais, souffrez que je l'observe à \ «oire 9 Majesté, il n'est, daos aucun succès de U ^ie, » rien de 6emblabie][à la magie duipremi.'^ insLant; 9-latMA que son pouvoir duee, tout dépend de calui

(I) Voir pièces jastificatÎYes, q<> I5«

» qui veul agir; les esprits étonnés sont incapables )» de réflexions 9 et tout cède à la volonté et & Tim- » pulsion du charme qu'ils craignent ou qui les p attire. »

Cinq jours plus tard , Bernadotte recommandait à un de ses agents à Saint-Pétersbourg, le baron de Schônerona (1), de continuer à observer l'esprit des militaires russes, et de tâcher de savoir si l'on était résolu à soutenir les intérêts du Nor(^. < Distinguez » bien les bruits éphémères qui résultent d'une exal- » tation momentanée , de la résolution ferme de per- >»sévérer dans la cause qu'on embrasse.... Je suis 1» impatient de connaître en détail les moyens qu'on » opposera, pour détourner la foudre prête à tom- » ber sur la partie de l'Europe qui n'est pas encore » asservie. » Le 19, il félicitait le comte de Lowenlijelm du succès que ce diplomate venait d'obtenir à la cour de Saint-Pétersbourg. « Il est beau pour > la Suède d'avoir , disait-il , la certitude que dé- » sormais les armées de l'empire russe ne seront » plus dirigées contre la presqu'île Scandinave; il 9 est également consolant pour l'humanité, de voir ^ le souverain de cet empire employer toute sa puisjisance pour rétablir la paix de l'Europe. » Le prince royal autorisait ensuite M. de Lowenhjelm à conclure un traité avec la Russie sur les bases

(1) Voir pièces jasUficattYes, n* 10.

d^à arrêtées avec T empereur Alexandre, ei il lui suggérait l'idée d'insinuer à ce monarque que la France faisait les propositions les plus séduisantes à la* Suède, comme, par exemple, la conquête de la Finlande, la destruction totale de Saint-Pétersbourg, la rétrocession de la Livonie et beaucoup d'autres chimères \ mais que tous ces projets avaient échoué devant la sagesse du roi qui était bien déterminé à ne point passer le golfe Bothnique, et à porter toutes ses vues vers la Norvège que la nature semble avoir placée là pour ne faire qu'un royaume avec la Suède.

Bernadotte, qui frémissait à Fidée d'une explication entre les deux empereurs^ prescrivait surtout à son ministre , de faire tous ses efforts pour détourner Alexandre de toute entrevue avec Na<poléon. « S'il s'y rend, disait-il, il sera battu; » mais s'il veut négocier à la tète de son armée, » je crois que les chances lui seront favorables. » Puis, il annonçait qu'une grande fermentation régnait en Allemagne; qu'il y avait des troubles en Souabe; que la disette était grande en France, où le peuple murmurait; que les Espagnols faisaient de nouveaux et héroïques efforts, pour chasser les Français de la Péninsule; que Napoléon allait placer la couronne de Pologne sur la tète de Jérôme ou de Murât; que, dans cet état de choses, il fallait se hâter de provoquer la défection des

930 HISTOIRE Dt MMADOTTE,

ebefs pokmtii' e€ prineîpatomeht dû prince Ponia-* towfliki , esi ]eur prometta»! de reconnaître un mhver^in de leur choix ; que Temperear d'Autriche roulait rester neutre; qu'il ne fallait point négKger te souverain, et qu'on devait faire briller, aux yeux du prince Charles, la perspeettve d'un trône en Halie. Bernadette annonçait l-envoi d'un agent suédois a Constantinople, ponr presser la Porte de conclure la paix avec la Russie. Cet agent avait pour mission d'alarmer le divan sur le sort de l'Egypte, en lui persuadant que IVapoléon voulait s'en emparer de nouveau , ainsi que de la Morée et de File de Can^ die (1), etc., etc.

Enfin y le 24 mars, un traité d'alliam^ entre la Suède et la Russie avait été signé à Saint-Pétersbourg, par ordre du prince royal. Par ce traité, les deux puissances , après s'être garanti leurs terri^ toîres respectifs, convenaient d'opérer une diversion contre la France, sur les côtes de l'AUeBiagne, avec une armée composée de trente mille Suédois et vingt mille Rwses. L'empereur de Russie s'engageait à réunir la Norvège à la Suéde, soit par voie de négociations, soit à l'aide d'un corps auxiliaire de trente-cinq mille hommes. Ce corps devait être placé sous les ordres du prince royal et destiné à

(1) Lettre du prioce royal, du 19 mars 1813. V. Pièces justifieatires^ n. 17*

CBARLES XIT« 291

aUaquor le DauemariL , si le gouvernement de ce (Miys ne eoasentaii pas à la cession de la îior^fég^ ffloyemiant une indeasiùté territoriale à proximité de ses ÉtalSw La réunion de la Norvège à la Soède une fiiis accompUe, Tarniée do prince royal devait être Ivan^xirtée en Allemagne, poor y combattre les Français d'après un plan qui serait ullérieurementarrèté. VoU», eubsubetance, où en étaienl les rapports de la Suéde avec la Russie , au moment eu le prince rojal prodiguait encore à. Napoléon les assurances du dévouenent le plus seatiraentah Après tant d'exciiatioos^ parties de Slockbolm, pour enveni^ nier la quereUe entre les deux monarques, et le jour même ou se signait, à Pétersbourg,, le traité que BOUS venons d'analyser^ le prince royal écrivait à l'empereur des Français : € Si Votre Mijesté trouve » boD que le roi £issftconnailre i S. M. l'empereur » Alexandre la possibilité d'un rapprochement, j'au^

> gnre assez^ bien de la magnanimité de ce monar-^ • que, pour assurer qu'il se prêtera à des ouvertures » également équitables pour votre empire et pour »le Nord; si un événement si attendu et si uni^ » versellement désiré pouvait avoir lieu, combien » les peuples du continent ne béniraient-ils pas Votre » Majesté : leur reconnaissance serait augmentée en » raison de l'effroi que leur inspire le relour d*un » fléau qui a tant pesé sur eux, et dont les ravages

> ont laissé des trace» si cruelles! »

233 HISTOIIŒ DE BERNADOTTE ,

Le 1^*^ avril , le prince royal engageait effective* , nient l'empereur Alexandre à consentira l'ajournenoent des hostilités; mais dans quel but donnaitil ce conseil au Gzar? Après l'avoir supplié de ne jamais douter de T envie bien prononcée que nourrissait son cœur de seconder les nobles efforts de Sa Majeste Impériale, après avoir répété jusqu'à satiété que tout lui deviendrait Tacile aussitôt qu'il verrait sa patrie assurée de l'acquisition de la Norvège, Bernadotte ajoutait : «r En gagnant du temps » nous nous créons des amis, et la justice de notre »£ause mine sourdement cette puissance d'opinion » qui a été jusqu'ici le principal mobile des succès » de reinpereur Napoléon. La probabilité d'un éloî- » ghement d'hostilités entre le Nord et la France, » facilitera à Votre Majesté le moyen déterminer » la guerre avec la Porte. Je pense qu'elle doit » faire tous les sacrifices possibles pour y par- 9 venir. Le grand-seigneur , éclairé sur les dan- »gers qui le menacent, se liera peut-être avec » l'Angleterre et la Suède; il pourra y être plus » facilement déterminé, si on lui offre la perspec- » tive de reprendre sa protection sur Raguse et les » Sept-lles avec l'acquisition de la Dalmatie (i). » Voilà dans quel esprit de conciliation Bernadotte

(1} Lettre du prince royal à Tempereur Alexandre, !«' avril f813*

ofirail à Napoléon les bonis offices du roi de Suède.

Cependant, à celte époque on croyait encore, à Paris, à la possibilité d'une atliance entre la Friince et la Suéde, et, quoi qu'en aient dit les panégyristes du prince royal, il est certain que le fameux traité du 24 mars entre Bernadette et Alexandre ne fut bien connu de Napoléon qu'au mois d'aoAt suivant.

Alors, la Suède était aussi devenue le foyer de toutes les intrigues qui s'ourdissaient contre la France, le théâtre de tous les rapprochements qui s'opéraient à son préjudice , le marché où se négociaient toutes les trahisons. Là se préparaient des traités de paix , d'abord entre la Suède et l'Angleterre, et puis entre cette dernière puissance et la Russie. Uentôt même Tempereur Alexandre constituera Bernadette arbitre souverain des intérêts de son empire avec la Grande-Bretagne, et fera écrire à ses plénipotentiaires à Stockholm de signer la paix pure et simple avec l'Angleterre, dès qu'ils y seront invités par Sa Majesté suédoise. « Vous voudrez • bien, messieurs, porter à la connaissance du 'roi et à celle du prince royal, l'ordre que vous » venez de recevoir, et qui met entièremenj à leur » disposition le droit de résoudre une aussi grande > question politique que l'est celle de la pacification »de la Russie avec l'Angleterre. Jamais la Suède, » ni aucune autre puissance, n'a reçu un témoi-

934 HISTOIHfi Dl ttBUNAfiOTTE,

9 gmge j^s grand, plus hdMrabk du. casque ifoo » fait de son amitié (i). »

Ai.Bsiy quand Mapoléea refusait à Bernadstle les dépouilles d'un allié fidde^ la. Riawie ei rÂugle** terre offraieot au prîoee royal tout ce.qne son ambitioB pouvait convoiter; lorsque, se fondsMil sur les trailés, sur l'intér&t réel de la Suède ei sar d«B bienfaits pterâonnela, Teoipereur des Françab réclamait, avec autorité Le concours de l'ei-maréchal de France, Tempei^ur de Russie et le roi de h Grande-Brelagne ,. se soumeitant d'avaace aux ouseils de son expérience, sembkient le regarder comme TÂgamemnon de la ooalîtion,. et confier à son génie le droit exclusif de régler le sort de l'Europe. Jamais l'orgueil humain n'avait été sollicité avec plus d'iiabileté; jamais le côté vulnérable d'un ambitieux n'avait été mieux compris et mieux, exploité* L'indépendance de la Suède, livrée désormais à la foi moscovite, et les destinées du monde misesà l'encan , tel fut le prix des blaadices prodiguées à l'orgueil de Bernadotte.

C4'était aussi de Stockholm que la Prusse disait agréer ses doléances à la -Russie et à l'Angleterrev sur l'horrible nécessité qui l'enchaînait à la France. C'était là que Frédéric Guillaume recevait, des cabi-

(1} Lettre de M. le comte de Romanzow à MM. de Suclileten et de ^'icoltil, piénipofenti&ires rinses, du 92 juin 1812.

netode Londre» et de Pétersbaurg^ i'aMoraace qu'on appréciait sa situation, et qa'on ne lui envoulaUpm. C'était de Stockholm ^uq la cour de Berlin s'offrait eorps et ême à Fempereiir Alexandre^ dans le ca» où les aroftée^de ce prince pénétreraient Jufkfu'en Silésîe. Enfia c'était à Stockholm q«e les e»nanie les plus acbaméa de Na|K>léon allaieni se grouper auteur dû oiadame de Staël, et s'inspir'er des haiaes de cette femme cét^re* Là étaient les Robert Wilson, les Stein, les Tyrconnel, les fientiock, les Dornberg, les Thortoo, les Tarrach, les Noailles, les d'Aumoal., lesFauche*Bocel et plusieurs autres aventuriers de distinction^ qui, sous prétexte de conspirer la ruine de la dynastie impériale et d'enflammer Je courage des ennemis du tyran, allaient offrant à toutes les cours, leurs intrigues et leurs diflEa^ mations.

Le 14 mars, un traité d'alliance avait été signé 4 Paris enlxe la Fraiice et l'Autriche. En vertu de ce traité, le cabinet de Vienne s'engageait à four* nir à la France un corps auxiliaire de trente mille komnaes; mais, dit un historien, elle prépara secrUemenl à ces troupes de prudentes inslrucHons{i). L'Autriche, nonobslanl cette prudence secréle, se faisait garantir par Napoléon la possession de lu Galiicîe, une exiension indéterminée de territoire

(1) Ségor.

236 HISTOIBE DE BERIfADOTTE,

eomme indemnité de ses frais de guerre, et, éven* tueilement^ les provinces Illyriennes, à titre de dédommagement delà cession d'une partie de la Gailicieau royaume de Pologne, si les résultats de la guerre venaient à rendre cette cession nécessaire. Le prince de Schwartzemberg ayant informé le ministre autrichien à la cour de Stockholm de la conclusion de ce traité, le général comte de Neipperg, qui fut depuis un des [>lus implacables ennemis de la France et qui souilla la couche de Napoléon, crut devoir s'autoriser de cette communication, pour suggérer au cabinet suédois la pensée d'une diversion en Finlande, dans l'intérêt de la France et de ses alliés. Cette proposition fut d'abord accueillie avec les plus grands ménagements : on acceptait le principe, on en comprenait l'opportunité, et il ne s'agissait plus que de tomber d'accord sur les moyens d'exécution.

Pourquoi ce revirement dans la politique naguère si décidée de l'ex-maréchal Bernadette? C'est qu'alors la Russie n'avait pris encore aucun engagement définitif avec la Suède. Mais, aussitôt que la nouvelle de la signature du traité du 2 i mars fut parvenue à Stockholm, le prince royal changea brusquement de langage et déclara, dans la réponse officielle qu'il fit adresser au ministre d'Autriche, que les procédés de Napoléon, à l'égard de la Suède, justifiaient celle-ci de toutes les mesures qu'elle au-

rail pu adopter contre la France, et qu'une guerre entreprise pour conquérir la Finlande n'était nullement dans l'intérêt de sa patrie adoptive. De plus, le cabinet de Stockholm exprimait nettement T intention de s'entendre avec la Russie, afin d'établir une neutralité armée qui consacrât, pour les deux pays, le droit d'ouvrir leurs ports à tous les pavillons. Si cette base était acceptée par la France, la Suède promettait affaire ses efforts y auprès de Tem^ pereur Alexandre, pour prévenir une rupture. £n résumé, les prétentions de Bernadette comprenaient trois points insolemment offensants pour Napoléon : refus de faire cause commune avec la France et ses alliés, déclaration de la neutralité armée et reslitution de la Poméranie, sous la médiation de la Russie et de l'Autriche.

Ces négociations avaient lieu vers la mi-avril. Â cette époque, les agents suédois à Paris (1) atiirmaient encore que leur cour était libre de tout engagement, et présentaient au ministère français une note écrite sous la dictée du prince royal^ portant que, si l'Empereur acceptait le principe d'un subside et consentait à la cession de la Norvège, il n'élait pas douteux que Bernadotie n'entrât dans les vues de Sa Majesté.

(I) Eotre antres, M. Signeul, oonBal-général de Suède en France, le qni avait porté an prince royal les propositions de Napoléon.

238 HISTOIRE DE BBRXADOTTE,

Napoléon eût peiH-^tre transigé sur la questioQ d'argent, mais il repoussa de nouveau, et avec plus d'énergie que jamais, l'idée d'enlever la Norfégeà un loyal ami, pour en gratiÛer un allié auesi Juteux que cupide. €e fut à la suite de ce refus catégorique, que la Suède notifia au cabinet des Tuileries $a détermination de se considérer, désormais, comme en état de neutralité vis-à-vis de la France et de l'Angleterre. Toutefois le prinoe royal expédia un agent à Dresde, où se trouvait alors le quartier impérial, pour informer confidentielle* ment le gouvernement français que la Russie lui offrait la Finlande, quelles que fussent les éventualités de la guerre ; et pour renouveler la demande de la Norvège, en échange de laquelle la Suède aurait cédé la Poméranie au Danemark. A ce prix, Bernadette promettait de faire marcher 50 mille hommes contre la Russie, et de se constituer le liestesant de l'Empereur dans le Nord.

Ceci avait lieu le 19 mai. Or, le A du même mois, fiernadotte, remerciant l'empereur Alexandre d'à*-' voir bien voulu lui communiquer l'état généralde ses forces, luiécrivaitqu'ilétait impossible que la Russie pût éprouver des revers : < Votre Majesté, à la tète de » ses armées, doit nécessairement éiectriser les âraes » et réunir autour d'elle cette volonté de vaincre * qui Tait leur principale force et qui décide du des- » tin dos États. • Et, craignant sans doute que la

tiSAMues KIT. 239

lassitude ftes'empftrél deTesprit d'Alexandre, on que le courage de «e prince ne ^tni à défeiltir , il ajoutait : « Hais , Sire^ maigre ma oon^ietion qne Votre » Majesié ne doit pas craindre des revers, «qu'il me I fioit permis de loi dire que la periévérance dans

> une résolution prise conduit infaîHfUefnent k des

> résultats heureux. La cause que Voire Majesié dé- » fend es^ celle des nations; appuyée -par quatre » cent mille braves qui exécuteront fidèlement ses or- » dreSy elle peut se dire,avecsattsfaction, qu'en com- • battant pour Thumanité, la capitale de rEuro{)e » se trouvera toujours au milieu de son camp (4). • Ainsi , dit un historien trè&-compétei^ (2) , le 49 mai le prince royal , lié par un traité du 124 mars a^ec la Russie, ofire à l'empereur NapoMon de contracter une alliance avec lui , s'il i^eul consentir à roccupatian de la JNorvége par la Suéde ! Quefaut-^tl penser d'une telle proposilion ? Doit^oncpoire que, parte par un sentiment de prédileclfon "vers la France, le prince royal ait eu Tintention de rompre, comme il l'annonçait, son trahé si récent arvec la Russie, pour s'associer anx destinées de l'Empire français? Nous ne le pensons pas. Ce qui mJ^ts parait évident, ici , c'est que le prince royal ne demande à Napoléon la cesaion de la Norvège qui déjà

(1) Lettre datée d'Oerébro, 4 mai 1812. (2}1lfgiMM, BiHatn de ia éiphmatie de VSmpire.

240 HISTOIRE DK BSRNADOTTE,

lui est promise par la Russie et l'Angleterre , qu'afin d'être assuré d'obtenir cette possession dans toutes les hypothèses , se réservant de se joindre au vainqueur contre le parti que trahira la fortune.

Bien certainement , si Napoléon avait eu la faiblesse de sacrifier à l'ambition de la Suède un allié comme le Danemark , Bernadotle , attentif à éviter un éclat immédiat, ne se sérail pas , en voyant les malheurs de la campagne de Russie, piqué d'une fidélité scrupuleuse à l'alliance française, et l'Empereur, gratuitement parjure, aurait eu le tort d'un manque de foi que la loyauté du gouvernement danois ne méritait pas. Napoléon n'eut point un pareil reproche à se faire.

Cependant Bernadotte continua à temporiser ; il comprit que s'engager ouvertement dans la lice, au moment où le sol de l'Allemagne était couvert de régiments français, c'était appeler sur la Suède un de ces coups de foudre que Napoléon savait faire éclater sur la tète de ses ennemis, une de ces soudaines déterminations avec lesquelles il avait si souvent forcé un allié douteux à se déclarer. < A Stockholm, comme à Paris, dit un panégyriste du prince royal, on amusait le tapis diplomatique : de la part de la Suède, c'était une habile manœuvre; de la part de Napoléon , il y avait impossibilité d'agir autrement. Du reste l'empereur des Français n'ignorait ni les alliances ni les dispositions du cabinet de

CSABLES XIV. 241

Stockbolm (1). » Gela n'est ni vrai ni traisemblable. U n'est pas vrai qu'en avril ni en mai 4813, Napoléon connût le traité conclu le 34 mars entre la Suéde et la Russie. Ce traité était encore enveic^é d'un si profond mystère , que , le 36 mai , le prince royal se plaignait amèrement à l'empereur Alexan-* dre, dé l'infidélité du comte de Romanzoff qui, dans une conversation avec l'ambassadeur de Danemark, avait parlé de la Suède comme d'une puissance amie de la Russie et assez éclairée pour unir sea mtéréts aux siens. « Sire, écrivait Bernadette, p il est fâcheux que le comte de Romanzoff ait » été obligé de livrer aussitôt une confidence q^ > met à découverl tous nos projets. (2) » Sans doute Napoléon connaissait les tergiversations auxquelles était eo proie l'ambition inquiète du ^prince royal; sans doute il comptait peu sur son dévouement 4 la France, mais il le supposait assez pénétré des intérêts traditionnds de sa patrie adoptive, pour ne pas ignorer que l'ennemi naturel de l'indépendance suédoise, c'était la Russie. Or Napoléon pouvait encore espérer de ramener Bemadotte à un sentiment plus juste de sa situation.

U n'est pas vrai, enfin , qu'en avril 1812, l'empereur fût dans l'impossibilité d'agir autrement qu'il

(1) Toocbard-LafosM.

(ï) Lettre do prince royal à Aleiftndra, Oerébro le 96 met f 811. T. L 16

SiS HISTOIAS D«

116 le fil à l'égard de 4a fiiaède, H jqii'it 4ût atlMdM use ocGOtten fmosralUe peur éclater centre calte puiesasee. St Napoléon eût considéré k raptitm aeee la «eûr de Stoddiolai coauue ua fiaiit aeeonpli^ il était trop f rand capitaine et trop habile polL* ti(|iie, pour ne pas avoir youIu vider le débat anst de s'engager plus avunt et de livrer sou flanc gaudbe aux aaaques d'un ennemi déclaré. U &ut le répéter: sana confiance dans ia iidclilé de BernadotCe, Mn^ poléon n'acquit cependant la certitude de sa défec* tjon que lorsque la nouvelle du trailé du 24 ouuna lui parvint, à son camp de Viiepsk, en août 4812. Jkinsi donc l'histoire n'admettra jamais, comme atténuation de la oonduite du prince royal enven na patrie^ cette misérable excuse qu'a<vant l'ouverlpre (Je la campàgpe de 1849, Napoléftn aurait en ooiinaîssanee des di^)ositions hostilef de ce priaeeetéa trailé qui le r^tlaidiaît à la cause de sea çnMnis.

Taïklis qu'il temporisait avec la France et qu'il înoiclentaîi encore sur les conditions d'un rappra«ckemeiH, Oernadotia déployait une infiitigaUe aiv tlvité pour précipiter une conflagration européenne. On eût dit que la guerre était pour lui une quea^ tion de Yia ou dn mort. Apprenait^il que le comte de Narbonne venait da quitter Berlin, pour se rendre auprès de l'empereur de Russie, il écrivait à Alexandre que Napoléon ne voulait que gagner du temps, pcMir se prémunir contre les d;:ngera dçot

iUtàii neaaeèdaofi »n ihtérÎMr, el prar imeux asmperksiiocèsdeseS'desaeiBSMKrTOrMOt. < lli}attrne. ainsi, dinil BeruadcUe^ la destroelion de la IkM* tie^ ^fiiesa p^IîliqM médite^ jusqa'à ce qu'ilfpuiase l'attaquer avec des forces assea considérables |M>or la réunir à sa monwc^ie «niverselle qui esl le cadre dé «on ambition..... La Saède sera biëntôc prête à aeennder Votoe Majesté Impérble, pour le maintien de rindé{)eQdanoe du INord. »

UàDB^Thypùih^^ eependanl, cmd, contrainemenl à ses GOMseils ^ Rnasie accepierait la paix que lai oiTraîi Napoléon, Beraadotte suppliait Alexandre dé stipuler la ees8Îâ& de la Norvège i la Suède. « Ce » n'ert, disaitril^ que par cet agrandissement de » territoire, que la Suéde peni èlre vériCaUemeni

> utile à Votre Maîeaté. En restant dans son état » aeliiel , son intérêt la liera néeessairenient à la » Franee, parce que ceUeHsi lui présenlwa toujours,

> comme objet d'indemnité, ou la Norvège ou la < reprise de la Finlaade (1)..

Ainsi s'éiait graduellement accomplie la défee* tien 41e la Suède, beaucoup mc^ns par nécessité de position que par Tambition et rorgueîl d'un FraoQnis. Au milicM de oeUe grande lutte de la dé* «oemtie oontne rmsiocratie, le soldai de la repu* blique ne va plus songer qu'à se faire adopter par

(0 Lcnwd'OtiëiiiD, ISMwi teia. VoirpièM»i>»tifiortiw,yt>.

244 HISTOIRE DE BBRNADOTTE,

les vieilles royautés; on va le voir s'effbrçant d'envenimer, par tous les moyens, les haines, les jalousies et l'ambition des ennemis de la Fraaoe, et roarchani ensuite contre sa patrie sur les cadavres de ses frères d'armes.

Comme on Ta déjà dit, le rapprochement de i'Ân< gleterre et de la Russie, le traité de Bukharestavec la Porte, traité sans lequel Alexandre eût été contraint à conclure la paix à Wiina , furent dus à Taclivité dévorante de Bernadotte. La coopération du prince royal ne se bornait pas à des services diplomatiques. Il s'attachait à prévenir le découragement des adversaires de la France, à les raffermir contre les revers et h leur prodiguer des conseils stratégiques de la plus grande valeur. C'est ainsi que le 2 juillet, après l'entrée des Français à Wilna,JI prescrivait à son ministre près là cour de Russie, de s'attacher particulièrement à seconder l'énergie que cet événement avait dû réveiller, c Quelques échecs, disait-il , ne font rien : depuis vingt ans les fastes militaires n'oflrent que des revers. Lord Wellington est le seul qui leur ait fixé un terme. Ses succès doivent agrandir les idées des chefs qui ont des commandements, et l'imitation de sa tactique peut leur faire concevoir des espérances bien flatteuses (1). »

(I) Lettre au comte de Lowenbjelin, Oerébro le S JoiUet 1813.

Le ministre suédois devail propager l'opinion que, si Tempereur Alexandre savait persévérer, Bonaparte n'avait rien obtenu, puisqu'une armée de Russes et de Suédois pouvait déboucher par Riga, Revel et même Pétersbourg ; se diriger sur les flancs ou sur les derrières de Tempereur des Français, et le mettre dans une position aussi fâcheuse que celle où il se serait trouvé à E;lau, si, après la balaiile, on se fût porté sur Dantzig ou sur Byalistock. t Dans* le cas même où les succès seraient baian-

> ces 9 ajoutait Bernadotte, noire diversion doit lui

> (aire perdre tout le pays jusqu'au Rhin. » En Espagne, les patriotes obtenaient chaque jour de nouveaux avantages; le duc de Raguse ne pouvait plus se maintenir, faute de vivres ; le duc de Wellington venait d^établir son quartier-général à Sabmanque, et les Sept-lles demandaient un gouvernement à la Grande-Bretagne.

M. de Lowenhjelm devait faire part de tous ces événements au comte de Romanzoff , et déclarer que le moment était favorable pour remuer les Dalmatiens et les Croates.

Le 6 juillet Bernadotte transmit un plan de campagne à l'empereur Alexandre; et, raisonnant dans l'hypothèse où Napoléon se serait déjà emparé de la Lîthuanie, il exprima, une fois encore, le regret qu'on n'eût point sollicité la défection du prince Poniatoyraki. « Nous avons à regretter, Sire, de ne l'avoir

Googte

aM HISTOIBG BB BBRNADOTTfi,

» poitti prévenu dans une a&ère d'une imporUnce B aus»t majeure ; je m'en étais expliquéiiepuâs \(mg^ Al temps avec M. le généfftl Sachleten; nais, qmûqtie » réieotion paraisse maintenant manqnée pour fai » Russie, je n'en crois pas moins nécessaire de per«^ » sisteir dans ce projet, en faisant préposer la eon^ > ronne au prince Pooiatowaki. Je pais assurer s \otre Majesté, d'après les notions qui me soM ». parvenues 9 que ce prince parait n'avoir pas em^ 9 oore renoncé entièrement à l'espoir de monter sur » le trône de son oncle : je serais bien tronipé, s'U • ne comptait pas toujours sur l'assistance de Votre » Majesté; c'est à elle à juger, dans sa sagesse, si » l'armée polonaise peut être détachée, et si, en fti» « sant mouvoir les ressorts qui flattent les liommea « et éblouissent les nations, i'ooa pourrait arracher » ces contrées fertiles à l'inlluenoe de Tempereur » Napoléon. »

Le 43 juillet Bernadotie pressait Alexandre de menacer le flanc droit de Napoléon, pour le fetoer à changer son ordre de bataille, de manière à ce qu'il présentât son flanc gauche « sur lequel, disail^il. Votre Majesté pourrait tomber brusquement avec sa première armée et sa réserve. » Dans ce sj^stéme, le pbn de campagne attribué à la Suède ^consiatml à opéjrer contre le Danemark, à produire use diversion dans le nord de l'Allemagne et à soulever les ptpulations germaniques conlrre la domination

Mpdéêniemie» TreMe imU« Roms dewlevl se eMi^MT à cêl tiat »«ee^ IfMiDéé de BwmdMte) ■Hw- Ift retraite- d'ftlexsMève^ sur M&mom fil afMir'^ Mr l'MAciKlm» de ce projet

ido laôme jour oè )e ptisee mpk de fl«ide sei»^ ■tetteti son fkitk ëophnimùm i f enifieMMiit AkKan»dre, il écrivait aussi au comte de Lowenhîeiw:

« Depuis le 3fr, jotir du passage du Niémen par » J'arnéede l'empeveor Napoiéo», nous s'afronsau* B emenou^elle du quartier-géttéral. Ce sifenee nous » bit ereîre qu'on* négode, ear il n'es* pae daas Vu^ » sage éd ISapolée» de s'arrêter leul eeut t après avair f YÎolé le t^rritaiver de sim ennemi. Si la véiexien aihn fittt apereeimir fu'ti a coonmis; une 'faute, il ypereisle par aonouv-propre et a'aëandiwie à la » Fortune. C'est dote de cette idole eaprieieuse qu'il t fiMBft se méfier ; raDpnreur Alesattdre est à la fleur »de TAge; (foUA h cajole et qu'il ne se décowrage y pas : il fa (faoera indubîtablement près de kii,

M hïfmîBz pour qu'on chéfanéeàoutranoe la vieiHe » ville de Riga. Ce point Ml un des boulevards de »Fempire de Russie; il faiidraii qu'il fût couvert

> par des redoutes et des camps retrandbasy que »rinli»ieur fôt hérissé de paUsaades avec des » tMKvetsea et de bons- fossés* iies» troupes légères

> et irtégulières russes doivent ètce eonstamment »sur les derrières de Tempersut Napoléouy emrpleyéeaà lui btèler sea itoi^pasinsv à kutjeulever

2A8 HISTOIRE Bfi BEEZiADOTTE,

» loos les chevaux et tout le bétail, enfio à lui faire

> uoe guerre qui lui ôte toutes les ressources. Tenez » doue sans cesse ce langage çt vous enflammerez

> le courage des officiers et des généraux. Un pays » n'est jamais perdu, lorsque le souverain et l'armée » sont d'accord et qu'ils ont tous la volonté de » \aincre.

» L'empereur Napoléon se sera peut-être fait nom- » mer roi de Pologne, au moment où cette lettre vous ^ parviendra. Si cela est, je pense que l'empereur » Alexandre doit déclarer qu'il ne peut pas recon* » naître cette élection, attendu que tant de couron* » nés accumulées sur la tête d'un souverain mettent » toutes les nations de l'Europe sous sa puissance,

> mais que l'empereur Alexandre reconnaîtra un » roi indépendant, soit qu'il soit pris parmi la na* » tion polonaise ou parmi les princes de la maison » d'Autriche: par exemple, le prince Charles, le » prince Jean ou le prince Ferdinand. Faites tous » vos eflbrts, monsieur le comte, pour que la Polo* » gne échappe à l'empereur Napoléon. C'en est fait » du Nord et de l'Orient, s'il parvient à être le sou- • verain d'une nation aussi susceptible d'être exaltée » que l'est la nation polonaise. L'idée de détruire » l'empire russe lui enlèvera toute espècede réflexion» » Les Polonais marcheront aveuglément, verseront

> leur sang et sacrifieront tout ce qui leur reste, «pour parvenir à ce but. Ils seront éloignés de

CHARLES XIY. ii9

> penser que le démembrement de l'empire russe » les accablerait de nouveaux fers; que le renverse*

> ment de celui d'Orient ne serait pas le terme de » leurs malheurs, et que l'ambition et la politique » méditent déjà de les conduire sur les bords du * Gange (4). »

L'oeil fixé sur l'échiquier où se jouaient les destinées de r£urope, épiant avec avidité toutes les vicissitudes de cette grande guerre, et dévoré du besoin de frapper Napoléon par tous ses côtés vulnérables, Bernadotte écrivait, dans les premiers jours d'ao6l, à l'empereur Alexandre, qu'il était indispen* sablé de diriger en hâte sur Wilna , celle armée valeureuse el aguerrie qui avait fml trembler le croissont. Ce mouvement rapide devait avoir pour résultat de paralyser la marche des Fiançais sur Moscou , s'ils étaient vainqueurs à Smolensk ; et, si la bataille était indécise, de les forcer à repasser le Niémen, ou à s'affaiblir pour faire face au corps de Volhynie, auquel cas l'armée rjisse pourrait reprendre l'offensive contre le corps principal de Napoléon et prévenir l'occupation de Moscou.

Cette opération ne put s'effectuer assez tôt pour amener les conséquences indiquées par le prince royal de Suède, mais ce fut cette même armée de Volby nie

(I) Lcttie ta comte de Eowenhjelm^ Oerébro le 13 juillet 1812.

9Bâ HISTOIRB DB BEUMADOTTK,

qui , quatre mois plus lard j se jetant, à la Bérézina, entre l'armée française et les frootières delà Pologne, devint la principale canse des désastres de la retrante*

Le 2 août Berna<loite, c^ésapprou vaot le s-jatéme Ae guerre par corps déiadiés, que la Russie semMait avoir adopté, et prévoyant que Napoléon bâtirait ces corps les uns après tes autres , traçait un nouveau plan de campagne qu'ii enjoignait a« eoail«r de Jjowenbjelm de soumettre i Tempereur AlensH dre : « li me semble, disaUnl^ que, si rempereor » Alexandre veut feire une grande guerre et ne pti» > figurer parmi les souverains feudataires de Nap<^ » léon , il faut que son système change. » Il iiFsîstaii pour que l'armée russe fût resserrée et louuy autre manœuvre ajournée, jusqu'à l'époque ou des succès pourraient permettre aux généraux de se déployer, pour menaoev les iattes el les derrières derempereur Napoléon. Mais, avant de manœuvrer ainsi, et surtout après avoir abandonné de belles prd^ viAoes et plus de cent lieues de terrski , il Mhil des succès, et, pour les obtenir, on devait frapper de masse et aborder l'ennemi.

Bernadotte prévoyait alors que si Tempereur Napoléon avait passé la Dwina , ii porterait un gfWMl coup sur la Livonie, sur Itevel, sur Narva; qn'il menacerait Pétersbourg , offrirait la liberté aux Finois et leur donnerait un grand-duc pour souverain. < Par ce coup hardi et inattendu, la Finlande,, di-

sate-ii, est perjliie pour la Binsie et pour la Svede; la LivoDÎesuîtrinsurreclionde la Polognei^A Pèleraho«T{[ , qm renferme tant d'étraniifera avides de n«u- TeMilé pirce^*Ua8ont saeB patrie -et tans iKmaenr, ne ae préaenpera paa peat^Àtre de rineendie qui eai^ brasera lea fceHes provinces roaaea. »

Daoa cet élatde dwaea , le prinoe royal offirail aen eoBconra penomel, dana denx hypodièftcs : il propciaaH, d*abopd,de£iîreunecampagBed'hiverdana len^rdde rAllemagne^ de^'emparer de la Séélandei de la FjoBÎe^ du Skdsteia, et d'attendre la belle aai* son à Hambottrg où le voiainagedes forces suédoiaea et ruaaes insurgerait une partie de rAllemagne, de mmére à voir Tarmée alliée s'aoerottre i tel [MHnt qu'an moment de l'ouverture delà campagne, elle pourrait opérer dana tous les paysenire l'Elbe et le Weaer. D'un autre oAcé, le prinoe ri^l offrait de se rendre i Helsingrors, Revel et Pétersbourg, avee 40 mille Suédois qui, réunis aux troupes russes qai étaient en Finlande, aux dépôts qui se trouvaient à E^étersboorg et aux corps irréguliers qu'on pouvait fiiire venir des environs d'Arctiangel , fer* HKn^ient une armée de 80 mille iKMames, à la tète de laquelle il marcherait sur les derrières de Napo* léon, si le malheur des armées russes lui avait permis de se porter sur Moscou. « Nous nous dirige- • rons sur Riga, s'il est' encore sur la Dwina, et, > réunis aux autres grands corps, nous irons le cher*

» cher partout où il sera, et nous déciderons du sort » du inonde. »

Enfin, en transmettant ce système de guerre à son ministre en Russie , le prince royal lui prescrivait impérativement d'insinuer à Tempereur Alexandre qu'il fallait persévérer, dût-on se retirer jusque sur la mer Caspienne : c Je ne me dissimule pas, disait-i 1, que j» si on livre trois ou quatre batailles, on peut les per- » dre. Cependant cela ne doit pas décourager. La cin< » quième pourra peut-être rester indécise, et .c'est » autant qu'il en faut. Pendant que l'empereur Napo- » léon s'enfoncera en Russie , il faut que l'empereur » Alexandre s'enfonce aussi en Allemagne; et, à sa » place, je jetterais cent mille hommes sur notre » IK)int; ils produiraient un résultat bien plusavan- » tageux que s'ils combattaient en Russie. Avec une » semblable force, nous détruirions la Confédération » du Rhin, nous nous augmenterions de ses troupes, h et la France alarmée pourrait être forcée à de- » mander la paix, pour sauver son armée el se dé- » barrasser peulétre du système de T empereur Na^ ^poléon. Dans toutes les occasions, prêchez la pw- » sévérance, quels que soient les dangers et les évé* » nements (i). »

(0 Lettre de Bernadotte aa comte de Loveobjelm, 2 août 1812.

ciakLes XIV. 35S

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