‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 13 sur 69 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Refersde la Russie. — Eotrevue d'Alexandre et de Bernadotte, h Abo.— fieroadotte ranime le courage d'Alexandre. — Il lui trace un plan d'ppérations. — Scènes de sentiment — Enthousiasme de Tempereur de Russie. — Propoeltion de divorce et de mariage. — Convention addittonneile da 18 aoAt, entre Bemsdotte et Aleiaodr^.— Sacrifice de la Nor* ▼ëge. — Premier coup porté par Bernadette à la puissance de Napoléon. — Nouveaux elToris pour soutenir le courage d'Alexandre. — Sa correspondance avec ce monarque. — Idem avec le prince régent d'Angleterre. —Ses rapports avec la Prusse. — H attise partout le feo de la guerre. — Prise de Moscou. — Comédie jouée par Bemadotte. — II change de langage. — Ses exigences envers la Russie. — Son égoisme. — Moyens dilatoires.— Plaintes et refroidissement d' A lex andre .

Vers le milieu d'août , les affisiires de la Russie étaient dans la situation ia plus critique. Los pre* mières opérations delà campagne a va ient été con stamment fa vorables à son redoutable adversaire. Maîtresse de toutes les positions de la rive gauche de la Dwina , l'armée française avait marché sur Smolensk et s'était emparée de ce boulevard de la vieille Moscovie. Achevai sur la chaussée de Pétersbourg, Wiitgenstein défendait héroïquement les approches de celte capitale contre leseflTorts de Macdonald et d'Oudinot; mais y épuisé par une longue lutte, le général russe était à la veille de succomber. Ailleurs, Tormazoff, après avoir un instant surpris Régnier sur

SS4 HISTOIRE »E BtRHIlDOTTE,

les'frontières du grand-duché de Varsovie , avait été vigoureusement ramené dans ses positions. En tète du. corps principal de l'armée française, la plus dangereuse des mésiiHellîgences , œRe qui naît de la jalousie de la gloire, divisait Barclay de Tolly et fiagratiofl, l'un voulait eorabattre, l'autre voulaif manœuvrer; la discorde était dans leur camp; la confiance dans le chef, cette force des armées» y niaoïquaît; chaque p«s y parafait une faute, diaq«e parti pris le pire de tous ; la réunion des deux corps d'armée avait augmenté le mal; plus cette usasse russe se sentait forte, plus son général lui semblait faible; le cri était universel, on demandait hautement un autre chef (1); enfin^ tout, honuaes et choses, semblait présager à la Russie une succession de revers au milieu desqueks l'empire des Cz»r$ élevait périr.

C'est dans ces circonstances qu'eut lieu ^ à Afco, la fameuse entrevue de l'empereur de Rusâie avec le prince royal de Suède* C'est là , dans une rme soli^ taire de cette ville silencieuse , au milieu (iesCbréts de sapins et des collines sauvages qui bordent le golfe de Finlande , que fut décidé le sort de i'diDpire français, c lilt un Français , dit Napoléoa , a eu dans » ses mains les destinées du monde I s'il eût eu le > jugement et l'âme à la hauteur de sa sîtoalion ,

CSAUES XIV, 3S6

ft'il aûtélélM» fiuédotf, ntist i|u'il i'a ptétetèdm, H pou «ait vitabëf k kiitre #1 ia puisaimo^ d^ su Qoanelfejiatirie , repnMM]fe la Fintoada, être «or Pélarsboorg avant que j'eusae atleint II<n3oou; mais il a cédé k des ressenCinieDia personatk ^ à «aa •aite vanité, à de loiites petites pawioAS. La t^ lai a tourné, à \m aneîeD jaaobÎQ , de »ô voir re* fiberché» eaœnaé par dea légîtîiaîates ; de se^ trouver faoa à face ^ en c<Mifôrenoe de politique et d'amilié^ avee un empereur de toutes les Ruastes, qpi ne lui épargnait aucune eajolerie. On assure qu'il iai Ait insinué qu'il pourrait prétendre à une dea aosur» du czar, en divorçant avec sa femme; et 9 d'un autre c^é^ un prinœ français lui écri'* vMt qu'il se plaîaait à remarquer que le Béarn élaîA le berceau de leurs deux maîsotts !.«• Bernadotte!

samaiaonl *

> Dans SQB enivrement , il saeriiia sa nouvelle psr 9 If 16 et l'aneienaa (4). »

Héoagée, préparée par l'Angleterrey qui connais* sût le oaractère irrésolu d'Alexandre et Jes liatnes éalvgiques de Bernadette^ la rencontre de osa deux papsonoag^ devait an efiet exercer une influence dédaive sur la marcbe des événements. Les revers des armées russes avaieiu détruit les espérances et latigtié le courage de l'autocrate. Alors Berna-^

{tymémokm déU.âaUm Cas».

â56 HISTOIRE DE BKRNADOTTE,

dotte déploya toutes les ressources de sa ficoade méridioûale , tous ses talents d'homme de guerre, pour retremper Vàme de son allié et le pousser dans les voies d'une lutte à outrance. Rompu aux habitudes stratégiques de Napoléon, il alTecta de saluer l'invasion du territoire russe comme le terme des succès de ce grand capitaine, et, loin de déplorer les défaites qui Facilitaient ses progrès , il fallait, dit-il , y voir le doigl de la Providence qui poussait le conquérant vers sa ruine. « Eh, mon Dieu! s'écriat-il , c'est sur ce terrain, au cœur de la Russie, qu'il eût fallu attirer Bonaparte, alors même que la justice divine ne l'y aurait pas conduit. Et sur quel autre point du globe, l'Espagne excitée, aurait-on pu donner à ce gra d duel le double caractère de guerre nationale et de guerre religieuse, qui doit déjouer tous les calculs d'une guerre d'échiquier? Où donc aurait-on pu trouver ces vastes marais, ces forêts profondes, ces routes sans habitations, ces steppes sans approvisionnements, ces populations rares, éparses sur un sol immense et si favorable à une dévastation systématique , enfin tout cet ensemble de circonstances locales qui suffiraient pour créer d'insurmontables obstacles au génie de Napoléon et au courage de ses soldats? Sire, se retirer avec sagesse après avoir défendu pied à pied des positions choisies d'avance , détruire tout sur les pas de l'ennemi , mettre toujours un désert entre lui et

rarmée rasse, Téloigner de ses ressources, rirriler sans cesse par une résistance habilement calculée, l'attirer ainsi dans les profondeurs de TEmpire, Tenvelopper de populations insurgées, et fomenter sur ses derrières le soulèvement des nations germaniques : voilà, Sire, dit Bernadotte, l'unique système de guerre et de politique que Votre Majesté Impériale doive adopter aujourd'hui; qu'elle le suive avec courage, énergie, persévérance, et j'ose lui prédire un triomphe acheté , il est vrai , par de douloureux sacrifices , mais un triomphe certain. Du reste. Sire, je supplie Votre Majesté de considérer qu'il ne s'agit point aujourd'hui du plus ou du moins, mais du tout. Si Votre Majesté consentait à traiter avec Napoléon aussi long-temps qu'un seul soldat français souillera son territoire, c'en serait fait de l'indépendance et peut-être même de l'existence de son Empire ; car alors la Pologne agrandie et réorganisée sous quelque sceptre napoléonien, pèserait éternelleinent sur vos frontières, et qui sait même si, malgré elles, la Suède et la Turquie ne seraient pas condamnées à s'enrichir des dépouilles de Votre Majesté?» ^

Non-seulement ces paroles ranimèrent le courage abattu d'Alexandre, mais elles exaltèrent au plus liant point l'imagination de ce monarque, qui , se jetant dans les bras de Bernadotte, s'écria avec transport : « Pétersbourg serait pris, que je me rc-

» tirerais en Sibérie ; j'y reprendrais nos anciennes » coutumes , et, comme nos ancêtres à longue barbe, » nous reviendrions de nouveau conquérir T Empire. » Cette résolution affranchira l'Europe , répon*

> dit Bernadotte. — Prince, reprit l'empereur, je

> veux ajouter à Tadoplion de Charles XIII celle de » ma propre maison. » Et pour resserrer les liens qui les unissaient déjà, Alexandre offrit à Bernadotte la main de sa sœur , si , à l'exemple de Napoléon , il voulait consentir à immoler les affections de soo cœur aux grands intérêts de l'Europe.

Celte idée de divorce n'étonna point le prince royal de Suède, à qui madame de Staël l'avait déjà suggérée en revenant de Pétersbourg; il se montra profondément touché de l'honneur insigne que voulait bien lui Taire l'empereur de toutes les Russies; ipais il lui demanda la permis^n de décliner un titre qu'il ne pourrait accepter sans ineonvénieot pour celui qu'il tenait de la volonté des Suédois et de Tadoption de Charles XIIL « Je n'aurais garde, ajouta Bernadotte, de blessera ce point l'amourpropre de la nation suédoise. Mes soins et mes efforts tendront à assurer son indépendance qui ne peut être affermie que par l'acquisitiou de la Norvège. Voilà mon but, tel d(Ht être mon lot; et si je suk destiné à l'étendre, j'y serai conduit par les événements, non par mon ambition personnelle (4). t

(1) Mémoires maDascrits.

Cette phrase i*épondait aussi à ui>e autre proposition d'Alexandre. Passant tout à coup d'un morne abatt^nent aux espérances les plus exaltées, et rêvant déji^la ruine de son ennemi , ce monarque avait Tait briller aux yeux de Bernadotle la couronne de Napoléoo. Mais l'ambition du prince royal de Suède s'était habilement contenue, et, sans décliner positivemenl, pour son compte personnel, un si grand héritage, il avait présenté Moreaucommc un en-cas propre à le recueillir. Cette abnégation calculée ne fit qu'accroître renthonsiasme d'Alexandre que nous verrons, plus tard, revenir au projet de placer Bernadette sur le trône impérial.-

Alors fut conclue, entre la Russie et la Suède, la convention du i8 août , additionnelle au traité d'alliance du 24 mars.

Elle stipulait qu'afin d'avancer le moment où la Suède pourrait opérer une diversion dans le nord de l'Allemagne, la Russie s'engageait & porter à trettte-^inq mille hommes le corps auxiliaire promis à cette puissance, et que ces forces seraient rendues an Scanie, savoir : vingt-cinq mille hommes en sept6m|)re et dix mille en novembre. Immédiatement après la réunion de ces troupes, sur le point convenu, Bernadette devait commencer les hostilités contre les ties danoises, si la cour de Copenhague refusait de céder la Norvège à la Suède et de faire <ause eommune avec les allies de la Russie;

et ce n'élait qu'après âvoir pris possession de ce pays, que rarraée combinée devait attaquer le continent germanique. Dans le cas où les événements porteraient les frontières de l'empire russe jusqu'à la Vistule, la Suède s'obligeait à en garantir la possession à l'empereur Alexandre, qui, de son côté, promettait de faire lous ses efforts pour obtenir le consentement de l'Angleterre à la réunion de la Norvège à la Suède.

Ce traité signé, une circonstance imprévue vint augmenter .encore l'enthousiasme d'Alexandre pour Bernadette. Celui-ci, après avoir inspecté le corps auxiliaire russe qui devait passer sous ses ordres et qn'une courte navigation allait porter en Scanie, pressa l'empereur Alexandre de donner à ces troupes une destination plus urgente. « Sire, lui dit-il, le général Wittgenstein, lutte héroïquement sur la Dwina avec une poignée de braves, mais il est im* possible que les forces supérieures de IMacdonald et de Victor ne finissent pas par l'écraser, si de prompts renforts ne lui arrivent, et je supplie Votre Majesté de lui envoyer les trente-cinq mille hommes qui me sont destinés.— Ce que vous faites-là, prince, est admirable, s'écria le Czar; mais avec quoi vous emparerez-vous de la Norvège?— Si vous triomphez, je l'aurai toujours; si vous succombez, il n'y a plus de Norvège à conquérir , peut-être même plus de Suède à conserver. » Alexandre accepta l'offre du

prince royal. L'attaque de là Séélande Tut remise à l'année suivante, et les trente-cinq mille Russes qni devaient opérer en Scanie, se dirigèrent sur la. Dvrina et permirent à Wittgenstein de barrer, à ]Macdonald et à Victor, le chemin de^Pétersbourg, où, quoi qu'en eût dit l'empereur de Russie, la paix aurait été incontestablement signée.

Tel fut le premier et peut-être le plus funeste (X)up porté , par Bernadette , à la puissance de Na* poléon. En effet, sans le secours inattendu qu'il fournit à Wittgenstein, sur le point le plus vulnérable de son échiquier, Riga tombait au pouvoir des Français, et, Riga enlevé, rien ne pouvait plus arrêter leur marche jusqu'à Pétersbourg. Or, Pétersbourg occupé par une armée française, les hostilités n'avaient plus d'aliment ni de but. Cette capitale sauvée, il fallait, au contraire, rentrer dans un cours interminable de combats , et' parcourir toutes les phases d'une guerre d'extermination.

Après les conférences d'Abo, Alexandre rentra à Saint-Pétersbourg et Bernadette à Stockholm. Cependant, Smolensk ne tarda pas à succomber, et, vainqueurs dans toutes les rencontres , les Français marchèrent rapidement sur Moscou. Alors, le prince royal de Suède, qui avait remarqué, chez l'empereur de Russie, de fréquentes alternatives d'exaltation et d'abattement, s' efforça Je ranimer, par tous> les moyens, des espérances que tant de revers

202 HISTOIRE DE BEBNÀDOTTE ,

pouvaient éleiodre. Il agit sur Fesprit rrrésdlu d'Alexan<iire , par sa correspondance directe et par les . influences dont il l'environnait. Âpprenéil, par exemple, que l'année rusée vi^fit d'éprower un éebee , il se hâte d'écrire à l'autocrate que le» regards de l'Europe sont fixés sur lui; que les hommes timides désespèrent, mais que les brave» Simt persuadés que c'est du sein de son empire, que doit s^Mrtkr un nouvel équilibre qui limitera la puissance dominotriee qui \eu^l détruire la RoaMe. BerAadolte parle ensuite à Alesiaudre des immefisea ressource» dont ce prince peut disposer, de la cause légitime pour bquelJe il combat, de son honneur ei^agé dans cette grande querelle, de sa siYreté per* sonneile compromise et de l'éclal réservé à sa niémoire (i). Est-il informé qu'en apprenant la perte de Borodino, Alexandre a donné des sigaes de déa^ espoir, il prend aussitôt la plume et écrit ait Gzar : « Qu'il me soit permis, sire, d'observer (2) à Votre » Majesté que les armées françaises occupaieni, il » y a vingt mois, la presque totalité de l'Espagne él » du Portugal, et que lord Wellington était assiégé M dans ses lignes de Lisbonne, par le maréchal Maa-

(0 Lettre datée de Stockholm, septenl»re 1812.

(2) L'auteur transcrit littéralement la correspondance de Bernadotte, sans prendre la responsabilité des fautes de français dont elU abonde.

CHAULES XIV. 263

> séoa. Ce niênie lord a fait, cependani, son entrée » triomphante à Madrid , et il n'est pas invraisem-

> blable qu'il passe l'hiver au pied des Pyrénées. » Rome envoya une armée en Afrique pour chasser » Annibal de l'Italie , et Mithridate vaincu conser- » vait l'espoir d'aller avec une armée demander la » paix au Sénat romain. Si Votre Majesté peut inet- » tro à ma disposition l'armée qu'elle m'a promise, »rempereur Napoléon, occupât-il Pétershourg et » Moscou, sera obligé de venir, de sa personne, savant le mois de mai, soutenir la gueiTe sur les

> bords de l'Elbe et du Weser(l).))

Le même jour, Bernadette mandait an comte de Lowenhjelm d'agir sur Tesprit de T Empereur, pour que ce prince ne désespérât pas du salut de son empire, et qu il persévérât dans sa résolution de combattre.

L'activité dévorante du prince royal s'exerçait , en même temps, sur tous les intérêts hostiles à Na^ poléon, exploitant toutes les vanités , remuant'toutes les ambitions et réveillant toutes les haines qui poursuivaient ce grand homme. Le i9 septembre, il écrivait au prince régent d'Angleterre , que les peuples opprimés fixaient leurs regards et leurs espérances sur Son Altesse royale et sur la natioa généreuse qu'elle gouvernait. « Déjà, disait-il, le

(t) Ldtf€ datée de Stochbolm, 16 septembre 1812

264 BISTOIRE DE BERNAOOTTE,

» bruit des victoires des armées britanniques retentit » des bords du Mançanarès sur ceux de la Bal- » tique, et si Votre Altesse royale n'écoule que » les nobles sentiments de son cœur , les montagnes * du Nord et les champs de l'antique Ibérie attes- » teront encore le triomphe, de la liberté euro- » péenne. »

On le \oit : aux yeux du prince royal de Suède, la mission de régénérer T Europe n'était point dévolue à Alexandre seulement. Bernadotte savait, suivant les différentes nécessités de sa politique, attribuer, tour à tour et même simultanément, cette grande tâche à tous les princes dont il avait besoin. Et, en effet, sa lettre au prince régent d'Angleterre avait aus^i pour but de déterminer cette puissance à consentir à la réunion de la Norvège à la Suède. Pour cela, il présentait cet accroissement de territoire comme devant écarter toutes les inquiétudes de la Suède du côté de l'ouest, compléter son existence insulaire, et rendre d'autant plus indissolubles ses relations amicales et commerciales avec la Grande-Bretagne. Mais, sans l'acquisition de la Norvège, il était à craindre que l'opinion publique, qui déplorait toujours la perte de la Finlande, n'entraînât le gouvernement suédois vers l'alliance française, comme la plus propre à lui faire reconquérir cette province. « Il faut donc, disait Berna- )»dotte, avant de guider les efforts de mon pays

«sur le continent, que je m'attache à populariser »un système qui écarte, aux yeux du vulgaire,

• les avantages que la Suéde aurait pu acqué-

• rir en se liguant avec la France; et le moyen » de parvenir à ce résultat, c'est l'acquisition de la » Norvège. »

£q résumé, cette lettre avait pour unique objet de Ijxer les incertitudes du gouvernement britannique, dont la politique dilatoire refusait encore son accession aux traités du 24 mars et du 48 août, quoique plusieurs mois se fussent écoulés depuis la conclusion de l'alliance entre la Suède et la Russie. Fatigué des lenteurs diplomatiques, et toujours préoccupé de l'acquisition de la Norvège, Gharles-Jean avait cru devoir s'adresser secrètement au prince régent d'Angleterre.

Cependant, les menées souteraines du prince royal et les armements qui se préparaient en Suède, pour efifectuer une descente sur les côtes septentrionales de l'Allemagne, déterminèrent le cabinet français à exiger que la Prusse notifiât à la cour de Stockholm, qu'elle repousserait énergiquement toute tentative de diversion sur le continent germanique. I^e d3 septembre, le chargé d'affaires prussien déclara au ca* binet suédois, qu'alliée de la France, la Prusse s'opposerait à toutes les tentatives méditées contre celle puissance, et qu'à la moindre entreprise contre le continent, soit en Poméranie, en Prusse, dans le

Mecklenboorg, ou daas la 32* divUion militaire, le gouverneiDeni prussien ferait marcher treaie mille hommes contre les agresseurs (1). Cette déclaration d'un cabinet qui ne croyait pas la puissance de Napoléon asses^ ébranlée pour que le moment de l'attaquer en face fût arrivé, n'obtint qu^une réponse évasivedu gouvernement suédois. Charles Xlll, disait le baron d'Engestrom, appréciait les motifs qui (waienl obligé le roi de Prusse à faire la déclaration contenue dans la noie de M. Tarrach, et Sa Majesté suédoise n'en continuerait pas moins à faire des \œux pour que la monarchie du grand Frédéric p<U reprendre son ancienne splendeur. Du reste, le roi de Suède ne s'ccarlerait en rien du système qu'il avait adopté pour maintenir la liberté de ses peuples el l'honneur de sa couronne.

Évidemment, le gouvernement suédois n'avait vu, dans la déclaration du cabinet de Berlin , que ce qu'elle contenait en effet, c'est-à-dire une concessiOD obligée aux exigences de la Fiance. Divisés dans leurs communications oilicielies, les deux cabinets n'en étaient pas moins d'accord au fond: l'un et l'autre marchaient au même but, par des voies différentes. Plus immédiatement placée sous la naain encore puissante de Napoléon , la Prusse préludait

(I) Note de M. Tarrach au ministre des affaires étrangères de Soède^ 13 septembre 1812.

CKARUS XIV. 267

à sa défection par des sîinulacred de dévouement ; moins exposée à un coup de foudre, la Suède ne diasimulati presque plus ses projets; mais, lorsque le prestige de l'invincibilité de Napoléon sera dîssipé, la haine de ces deux puissances se trouvera au mèaie diapason et parlera le même langage.

Ce fui au milieu de ces intrigues diplomatiques, ifo'arriva à Stockholm la nouvelle derentréedes Française Moscou-Les panégyristes de Bernadotteont écrit que le génie de ce prince avait vu, dans cet événement prévu par lui, la perte certaine de l'empereur Napoléon , et que, rempli d'enthousiasme et d'espérance, il s'était écrié : dès ce jour, la campagne des Français est manquée. t Une circonstance , dit » à ce sujet madame de Staél, fait beaucoup d'hon- >neur à la sagacité du prince de Suéde. Lorsqu'on » vint lui annoncer que les Français étaient entrés

• dans Moscou, les envoyés des puissances à Stock-

• holmy alors réunis chez lui, étaient consternés; » loi seul déclara fermement qu'à dater de cet évé-

• nement l'empereur Napoléon était i>erdu, bien

• que la prise de Moscou semblât le plus grand » exploit de sa carrière militaire. * La tourbe des biogra[rfies a reproduit celle version. « Il y avait

• cercle à la cour, dit l'un d'eux (1); on attendait

• avec anxiété l'arrivée du prince; lorsqu'il entra

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(1) T<M0bafd4iâfiM(8e.

» dans les appartemenls , on chercha à lire, sur ses )» Irails, les impressions de son âme; on épia les » premières paroles qu'il allait prononcer. Il s'ap- » procha du ministre russe : — Je déplore le sort » de \otre capitale, lui dit-il; mais j'en félicite * l'empereur Alexandre; Napoléon est perdu. Oui, » monsieur, — poursuivit son altesse, en se tournant » vers le chargé d'affaires d'Autriche, — Napoléon » est à Moscou et il est perdu : vous pouvez écrire » à votre cour, aue tel est mon avis sur cet événo- » ment. »

Ce sont là des hyperboles que la sévérité de l'histoire doit réduire à* leur valeur réelle. Que Bernadolte, comprenant la nécessité de rassurer les esprits, sur les conséquences de la prise de Moscou , ait exprimé, au milieu de cette crise, un sentiment contraire à celui qu'il éprouvait, c'est fort probable, car cette assurance simulée était dans les convenances de sa situation. Mais que Bernadette ait réellement considéré la chute de l'antique capitale de la Russie, comme un événement désirable dans l'intérêt de cet empire, c'est ce que repoussent les documents les plus incontestables. La vérité est, au contraire, que le prince royal de Suède vit, dans la prise de Moscou, un événement fatal pour la Russie comme pour TEurope, et que les témérités de sa politique, les hardiesses de ses espérances en furent profondément altérées. C'est sous cette im-

pression que, le 6 octobre i8i29 il écrivait au comte Lûwenbjelin : « Des lettres arrivées de Pétersbourg t ont annoncé l'entrée de Napoléon à Moscou. Quel-

• que fâcheux que soit cet événement, V amertume > en aurait été un peu adoucie , si j'en avais reçu la » première nouvelle par vous* Je suis assez éprouvé ) par les chances de la fortune, pour recevoir avec

• calme l'annonce d'une bonne comme d'une mau- I vahe nouvelle; vous devez donc me présenter tou-*

• jours les choses sous le point de vue où elles se .

• trouvent, et ne jamais craindre de m'alarmer. » Bernadotte rappelait ensuite à son ambassadeur, qu'en se séparant d'Alexandre, il avait promis à ce prince de se rendre à Pétersbourg avec trente mille Suédois, dans le cas où Moscou tomberait au i^ouvoir lie son ennemi. Or, il était prêt à réaliser cette promesse, si la Russie* consentait à lui remettre la Finlande. « Ensuite, ajoutait-il, il sera facile de nous » entendre pour l'indemnité à m'accorder, en resti-

• lution de la Finlande; car vous savez, monsieur > le comte , que je n'aspire qu'à la réunion de la » Norvège à la Suède. » H considérait cet arrangement comme devant ramener incontestablement la victoire sous les drapeaux russes. « Si l'Empereur ^ s'y détermine, ses armées seront triomphantes, et » l'Europe est sauvée. » Dans le cas, au contraire, où l'empereur Alexandre voudrait exécuter la con- >enlion,d'Abo, le prince royal offrait d'aller s'établir

270 IIISTOIHG D£ BERNADOtTE,

eo Fionie, et d'opérer ainsi une diversion qui forcerait Napoléon à évacuer Mosoou et les provinces russes. Mais, comme dans oe moment l'empereur Alexandre ne pouvait ni livrer la Finlande à Ber* nadotte, ni lui envoyer les trente^cinq mille hommes stipulés par la coovention d'Abo, il était évident que les nouvelles démonstrations du prince royal de Suède ne rengageaient à rien.

Le même jour (0 octobre), Bernadette écrivait à l'empereur Alexandre, que Sa Majesté connaissait les motifs qui avaient pu déterminer ses généraux à abandonner Tancienne capitale de son empire sans avoir perdu une nouvelle bataille; qu'ir ne se permettrait donc aucune réflexion à cet égard , et qu'il se bornerait à lui témoigner toul le chagrin qu'une pareille catastrophe avait dû lui causer. La nouvelle de cet événement devait, ajoutait-il, « porter la consternation' et le découra- » gement parmi les. nations dont les regards et les » espérances se tournaient vers Sa Majesté. » Enfin, après de verbeux conseils sur la néce^ité de recourir à des levées en masse, Bernadotte se disait toujours prêt à exécuter les plans arrêtés avec Alexandre, mais il priait Sa Majesté de se souvenir de tout ce qui avait été convenu à Abo entre elle et lui.

Quatre jours plus tard, revenant sur Tincendie de Moscon» le prince royal répétait à Alexandre que cet événement était aifligeant, non^senlement pour

CBARLES XIV. 27i

Sa Majesté mais cflcore pour ses alliés et ses amis. Puis, il exprimait la crainte que , trompé dans son espoir de conclure la paix au milieu des ruines de cette capitale, l'empereur Napoléon n'attaquât le prince Kutûsof, pour gagner Kalouga et Toula et se porter contre Tchitchagôff. Bernadotte déplorait amèrement le temps perdu , mais dont la responsabilité appartenait tout entière aux Anglais, qui, f méfiants jusqu'à l'excès, agissent envers Votre » Majesté et la Suède comme des traitants. » 11 faisait allusion aux difficultés incessantes du cabinet britannique pour accéder au traité d'Abo et à la réunion de la Norvège à la Suède, condition sans hiqudle cette puissance ne pouvait point s'engager s^îvement dan« une guerre continentale (1).

C'était, sous les apparences d'un dévouement sans bornes, profiter des malheurs de la Russie, pour la déterminer â ofctenir à tout prix le consentement de la Grande-Bretagne à l'usurpation de la Norvège.

• Déjà, écrivait encore Bernadotte, j'ai eu l'honneur » de prier Votre Majesté d'intervenir pour que le » cabinet de Saint-James accédât au traité de Pé- » tersbourg et aux conventions d'Abo. S'il est de » bonne foi, je ne vois pas ce qui peut l'autoriser à > défendre les intérêts <lu Danemark qui est en

* giierre,de fait et de drbit,a vec nous. Cette accession

27^2 HISTOIRE DE BfiRNADOTTE ,

» de la Grande-Bretagne nous est d'autant plus né- » cessaire; que, ses flottes dominant toutes les mers,

> nous ne pouvons pas nous livrer à sa discrétion, il sans avoir un traité qui la lie. Heureux encore, si,

> après sa conclusion , le temps nous prouve qu'elle f a cessé de craindre une défection de notre part. » Si je ne consultais que mon désir de seconder » Votre Majesté , je n'hésiterais pas un moment à me

> porter en Fionie et dans les petites îles ; mais je » suis arrêté par le besoin de ménager une nation

> dont les pertes récentes exigent que les moyens » qui lui restent soient utilement et sagement eni-

> ployés3 et, comme je me suis fait une loi de ne » vous rien cacher, Sire, je dois vous dire qu'elle » verrait avec inquiétude l'armée suédoise s'éloigner » de ses frontières, pour attaquer les lies danoises » sans le concours des troupes de Votre Majesté, car » alors elle aurait à craindre de ne pas contenir » l'armée norvégienne. •

Le prince royal se retranchait aussi derrièpe les diflBcultés financières qui paralysaient ses mouvements; il avait, disait-il, été obligé d'étendre les cantonnements des troupes , et de faire rentrer dans leurs foyers les régiments stationnés le plus près des côtes. Les dépenses excessives qu'une armée de terre de cinquante mille hommes et douze mille matelots nécessitaient , l'avaient obligé de prendre cette mesure. Déjà, depuis le mois de

mai, ces mêmes dépenses excédaient de .4 millions de rixdalers, le crédit ordinaire accordé par les Élats du royaume. Du reste, il avait tout réglé de manière à pouvoir agir aussitôt que les trente-cinq mille Russes seraient arrivés, et que rAngletcrre aurait donné son consentement à l'acquisition de la Norvège et versé les termes échus du subside de 500,000 livres sterling prorais à la Suède et dont 150,000 seulement avaient été payés.

Cette soudaine circonspection , si contraire au zèle naguère si fougueux du prince royal, excita les soupçons de la Russie. Alexandre se plaignit hautement des retards qu'éprouvait la diversion des Suédois dans le nord de T Allemagne, et l'amertume de ses récriminations alla jusqu'à mettre en doute la sincérité du cabinet de Stockholm. De son côté, Bernadotle accusait le ministère russe de n'avoir encore rien fait pour obtenir le consentement de l'Angleterre à la réunion de la Norvège à la Suède. Si cette dernière puissance n'avait consulté qu'une prudence timorée, elle aurait, disait-il, proclamé sa neutralité et servi, par ce moyen, les intérêts de Napoléon, qui, certain alors que la Suède n'agirait pas offensivement, aurait pu employer, contre la Russie, les troupes nationales et confédérées que les armements suédois avaient retenues en Allemagne , particulièrement sur les côtes depuis Danlzig jusqu'à l'Elbe. Le prince royal opposait

274 HISTOIRE DE BBRIfADOTTE,

ensuite aux reproches d' Alexandre les services qa'il lui avait reodus, en accélérant la conciosion de la paix entre ia Russie et la Porte Ottomane (i), et en lerminaat ses différends avec la Grande-Bretagne. * Il n*écfaappera poiQt à l'opinion la oioios raisoa- » nable que si l'empereur Alexandre avait encore » eu deux guerres à soutenir , ses embarras , pour » ne pas dire les dangers de son empire, seraient de » beaucoup augmentés, surtout si la Suède avait saisi » ce momeni pour essayer de rentrer en possession » de la Finlande (2). »

Quant au reproche fait à la Suède d'entretenir encore un chargé d'affaires à Paris et de souffrir à •Stockholm un ministre français, le prince royal alléguait Ja présence à Pétersbourg d'un représentant du Danemark. Du reste, il promettait que le renvoi du ministre de France dniraii lieu au mometU où le œrps auxiliaire russe arriverail e» Suède. Le prince royal terminait sa dépèche au comte de Lowënbjelm, par cette déclaration dont les grands re- ,vers qu'essorait alors ia Russie, atléauent siogu* (iièredEnent le mérite : « Je n*ai point repoussé le 1» joug de 1^ France pour prendre oelui d'aucune » autre puissance sur la terre. »

(1) Lettre du prince royal au comte de Lowenbjeliu, 12 octobre isn. Voir pièces justificatives, n*> 19.

(?^ Môme Wtre.

CHARLEg XIV. 275

Ce ian^^ «Al élé noble et ferme^u comiiieiice* meut au iDoîs 4e mai; à b fui d'oetebrc^ il avait perdu 06 double caractère : quand <mi vient de 8'a* geoMiiiler devant ia fortune et la )>uî«$ance, il aîed mal de ae <ke8aer menaçant devant le malkettr let la £siib4e8se« La mémoire de Bernadotie réclamerait en vain contre cette vérité; rhisteîre oppoaena toufonra l'auiortlé des ëmIs atix allégatioiifi de ses faDég[]rrffitcB« Sans doute, jsi une guerre enlrepriae pour oonquérir'la Norvège était fio(>ttlaire*en Stoède, ttBe eKpédi&îoii continentale sans au^re bot que de ^ottleair les intérêts de la Russie , népugnait à ice peapfe qui avait toujours sous les jetun Tablttie <où l'avait préetfHté la folie de Gustave IV. Sans dcHite^ les cniie}s«iniiarra6 qu'éprouvait ce roy^am^e kii faisaient une loi<lene pas^uiser follemeait desT-essour^ <x& à peîzie i^enaissantes. Sans doute, enfin, la coepéralion de l'Angleterre était nécessaire pour assurer le succès d'une entreprise contre le Danemarki et, l'opinion publique se montrant peu fa<vorable à ane guerre dans le nord de l'Allemagne, il eût été iaiprudeot 4k rompre ouvertement avec le cabÎAei de Copenhague^ sans savoir d'abord à cfuoi s'en tenir sur les résultats de cette entreprise; ettéméraÎA^e de s'y efigager, sans avoir rais de son <x>té toutes Jes probabilités de suooès.Tout cela était vrai . Cependant, tes considérations élémentaires de la politique suédoise, n'étaient pas œoins puissantes avant qu'après

la victoire de Borodino et la prise de Moscou. lUlais l'invasion rapide des provinces russes par l'armée française, la chute de Smolensk et la marche triomphale de Napoléon sur Tantique capitale desCzars, avaient apaisé les ardeurs belliqueuses du prince royal de Suède et changé tout à coup les dis^^ositions de sa politique.

Un homme de guerre aussi distingué que le prince royal ne croyait pas assurément que l'empereur des Français eût été battu à Borodino, et qu'il n'eût occupé Moscou que par suitedes combinaisons stratégiques des lieutenants d'Alexandre. Encore moins Ber* nadotte pouvait-il attacher une idée de défaite à la position de Napoléon dans les premiers jours d'octobre 1812, tenir pour certain que cet habile capitaine se laisserait amuser pendant un mois au Kremlin, et compter sur les désastres que Thiver et l'ennemi réservaient à l'armée française. De tels événements étaient dans la fatalité de Napoléon; ils ne pouvaient se trouver dans les prévisions d'un homme qui, depuis vingt ans, connaissait l'étoile et le génie de ce guerrier. Non, au moment où l'exaltation de Bernadette, pour la cause de la Russie, se calmait d'une manière si étrange; lorsqu'aux hyperboles de son abnégation succédait un individualisme compassé et un langage froidement hautain, les revers de l'arniée française échappaient encore aux calculs de ce prince: il voyait toujours dans Napoléon , l'homme qui sait

d(Hnîner les événements et commander à la bonne eomme à la mauvaise fortune. Mais, si la Russie frappée au cœur ne demandait point la paix , il était probable que l'Empereur des Français se retirerait, avec des forces encore considérables , sur la vieille Pologne, et qu'adossé à ses réserves, appuyé sur T Autriche et la Prusse forcément retenues dans son alliance, il pourrait se passer de quelques auxiliaires de se* cond ordre et châtier sévèrement les défections. Et, dans ce cas , que devenaient la Suède, la rétrocession de la Finlande, l'acquisition si convoitée de la Norvège et la popularité du prince qui, pour prix de son adoption , aurait précipité sa nouvelle patrie dans un abîme sans fond?

Alors apparurent au souvenir de Bernadotte les anciennes liaisons de la Suède avec la France. 11 se rappela que depuis l'alliance François P' avec Gustave de Wasa, cette nation avait été l'amie constante de la Suède, son appui dans toutes ses guerres, et qu'elle l'avait maintenue long-temps au premier rang des puissances du Nord. Or, ne pouvant se dissimuler qu'il n'avait entraîné ce pays hors de là sphère de ses intérêts permanents et des ^oies traditionnelles de sa politique, qu'en faisant briller à ses yeux la réunion des deux couronnes Scandinaves, Bernadotte comprit l'immense responsabilité que ferait peser sur sa tête une guerre malb€ureu$.e. La réaction serait terrible

278 HISTOIRE bG DEBNAD4)TTE,

el la Suède ue manquerait pa^ de lui aitribiM! tostes les calamités qui fondraient s«r un petiipfe «t sur un poî auxquels il awaii im^sé ae» pafi9ÎoM et ses rancunes. Ott lui rapf)ei4erait que, lor^ qa'il arriva en SHèiIe> la nation et s&a sowverMii étaîx^t égafbsmenl eiineaiis de la Russie^ (fiiev ddira sa jeunesse, Charles XUI a^'aix faleureus^nevl com^ battu coninrc les ik)ttes de Gatherîne 11; que UMite sa gloire lui venait de ses luttes centre la RuSbîef que ses plus beaux, ses plus brillaiMs so«iveairs ae rattachaient à cetle époque (W guerre;; qu'afipelé à t» régnée, il s'éuit énergiquemeot opposé au maftage de son neveu avec une priiMsesse de la mai^^oa de Romanoir, el que, lorsqni^ Lui,. Bierna[do4le, avait été appelé, dans une heure &iafe, à la succession du irôfie desWasa, le vieux roi conservait les mêmes- sympathies pour la FvaiDce, le mèfoe éloignemenl , la même défiance po«r i^ Rassie.

Ces préoccupations obsèdei^ et alarmenb Tesprit de Bernadotte , L'inceitituderaccable, rambitioû de tout gagner le précipite vers la Russie, Idterainte de tout perdre le retient vers la France; il s-* agile, se tourmente, poursudivi par deux impulsions eoatrakes. SuivraHhil jusqu'au bout la fortune d'Alexandre?... Une si gvande téoiérité peut liû coûtée un sceptre, sans lui rendre s<hi bâton de maréchaJu Attendra-t-il, pour se prononcer davantage, que fa Fortune ait dit son dernier* mot?.... Itfaîs eomnient

s'arrêter après s'être tant aifancé? Revicndraiil à Napoléon?... Après tout, Alexandre peut triom* pher eneore et alors plus de Finlande^ plus de Norf^e, plus de couronne peut-être : le prince royal disparaît , et il ne reste qu'un soldat sans patrie : la Suède n'en veut plus; la France le repousse.

Dans cette grande perplexité, Bernadotte s'arrête h la pensée de temporiser et d'attendre que les événements décident du parti qu'il doit prendre. Ce*

j pendant, il faut que la Russie ne puisse attribuer son inaction qu'à d'insurmontables empêchements, et que la France compte encore sur la possibilité de

I le ramener à elle. En conséquence il écrit en Russie

I que si la Suéde eût pu commencer à temps ses opérations militaires, Moscou eût été sauvée; mais qu'il n'avail point été possible au cabinet de Stockholm de prévoir ce terrible événement, et que, d'ailleurs,

I il n'avait pas dû entreprendre une expédition de cette importance, sans avoir préalablement obienu les secours qu'exigeait sa situation. Les portes ré^ centes de la Suède i'aisai^it au prince royal, une loi de ne point hasarder les moyens qui lui restaient , et cette considération avait dû éloigner toute tentative dont les chances pouvaient ajouter aux maux passés; Si le gouvernement avait popularisé la guerre , ce n'avait été qu'en laissant entrevoir la certitude d'une acquisition qui dédomuiageiaît la Suède. Or, si Ton avait commencé les boftUlités sans la garantie de

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280 HISTOIRE DEI BKRNADOTTE ,

celte indemnité 9 il est certain que la nation se serait crue sacrifiée dans le seul intérêt de la Russie, et l'on aurait \u renaître cette haine nationale que le cabinet avait eu tant de peine à attiédir. Au reste, tout en ne croyant pas devoir hasarder l'existence de la Suède , le prince royal n'en était pas moins décidé à tout entreprendre pour son accroissement et son bonheur, en liant ses intérêts à ceux de la Russie et de l'Europe (1). Si Charles Xlll, marchant contre le vœu de l'opinion publique , devait , pour faire prévaloir son système , et avant de porter ses forces sur le continent germanique, assu* rer Tavenir de son royaume par l'acquisition de la Norvège, ce monarque n'en était pas moins animé du désir le plus sincère de voir arriver l'époque où il pourrait se livrer, sans réserve, à la défense de l'indépendance du Nord et à TatTranchissement de l'Europe. Et pour s'y préparer, le gouvernement faisait la levée de deux classes de la conscription qui perleraient le complet de l'armée suédoise à quatre-vingt mille combattants prêts à entrer en lice au printemps (2).

Puis, le prince royal rappelle incidemment la nature des services qu'il a rendus depuis un an a

(1) Lettre du prince royal an coilatede Lowenlijelni; 10 octobre 1812. Voir pièces justificatives, n» 20.

(2) Lettre du môme an même, 14 octobre 1812.

. Tempire russe, et |)arle des démarches réitérées de la FraDee pour amener un rapprochement entre elle et la Suéde. « Au moment où je vous écrit , dit-il, >DOus rejetons de nouvelles propositions, parce

> que nous vouions rester invariablement attachés à » Fempereur Alexandre. »Ausurplus, rAllemagnccn fermentation n'attendait qu'un débarquement pour se prononcer, et ce débarquement n'était subordonné qu'à l'envoi de trente-cinq mille Russes eu Suède et au consentement de l'Angleterre à la réunion de sa chère Norvège. «Vous direz, de ma i>art,

> à l'empereur Alexandre que je suis plus malheu- «reux que lui, de ce que la non-arrivée de ses

> troupes m'a mis dans l'impossibilité d'agir (1). » Il adressaitensuite à ce monarque, ainsi qu'au prince régent d'Angleterre, un plan pour insurger l'Allemagne et commencer au printemps prochain une nouvelle campagne contre l'usurpateur (2).

A l'égard de la France, avec laquelle il était plus sérieusement compromis qu'avec la Russie, Bernadette se bornait à conserver un ministre à Paris, de manière à avoir toujours l'air de désirer une négocialion et de laisser les voies ouvertes au rétablissement de l'alliance. Ce diplomate avait ordre de suggérer à tout propos « qu'une lutte entre la Suède

(1) Lettre du prinee royal au comte de Lowenhjelm, 29 octobre 1812. (3) Du mtaie an m^mt, 49 novembre 1813.

282 IIISTOIAC DE BSRNADOTTE,

w et la France serait une giterre civile y et qu'on se 9 livrait toujours, à Stockholm, aux plus douces es- » pérances. »

Telle était, en novembre 484%, ratliiitde ineertaine et contrainte do prince royal de Suède envers la France et la Russie. Dans des notes qui ont servi d'éléments à b coiwpoaition d'une histoire apologétique de ce prince, iui-mèine carae-^ térise ainsi sa situation : c On voivdrait vainement » disconvenir que la Suède ait reeirlé long -temps » devant l'idée d'une rupture éclatante avee la » France, lors même qu'elle existait déjà dans ses » démarches et ses alliances.. . Mais, cette réserve ne » peut être politiquement condamnée. L'ombre de » relations^ diplomatiques qui exista entre ces deux » puissances jusqu'au mois de décembre f8i2 , povt- » vait entretenir, dans le cabinet des Tuileries, une » lueur d'espérance de voir revenir celui de Stock- » holm à la politique de Napoléon. Le prince royal, » lui-même, s'était prêté à ce semblant de négocia- » tiens (1). »

Tels sont les détours à travers lesquels Bernadotte va arriver à ce terme où, pour lui, il n'y aura plos de prudence que dans Taudace.

(1) Toucbard-Lafosse.

CHARLES XiV. 389^

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