CHAPITRE XII
La fortaoe se prouoace coutre les. Français^ — L'ardeur de Bek'nadotte %ë réreilte. — Recrudescence de dévouement pour la Russie» — 11 offre de si>uletvr rÀHemagnc. — E<>poir de voir tomber Napoléon dans les muni de ses emMSiui». — Stf doulenr en affpfefiant qulf a'd point été prisa Borisow.— 'Brutalité du cabinet de Stockboloieuversle ministre de France. — L'Angleterre consent à Tusurpation de la Norvège. — Lettre apocrypbe. — Changement dans la politique de la Russie, à TéiSBid de - la Suède. -^ Alarmes de INntiadotte. — ^ H adreSM^ s^ plaintes à tout le monde. ^ C\sl 2tf4, dit il, qui, aprèê VÀn^terw, a fait lé plus de mal à la France.... — Il passe sur le continent.
L'adversité avait aigri l'empereur ite Russie et découragé le prince ro^al de Soède; le retour de ia forlUQ« calma Alexandre et ranima fiernadotte.
Après avoir abandonné jMoecou eor cendreâ, Farmée française , m^ililée par la faim, lie £i'oi<l et le kï ettaemi ; sans vivres, saas vètemenlây poussée par k>tts les fléaux, se relirait en rugissant sur un so4^ couvert de débris ei de eada^vrea. A MaloWaroslavet^, à Giatz , à Wiasraa , à Smolenâk, Napoléon ne s'é* tait fait ^our à travers ks niasses ennemies, qu en leur livrant des combâis de gésunt , mais chacun de ses triomphes était un désastre ; son armée se fondait à mesure que celle des barbares devenait plus nombreuse et plus entreprenante ; enfin , le domi-
284 HISTOmE DE BERNADOTTE,
Dateur de l'Europe reculait aux yeux de TEurope iHonnée ; la guerre l'enveloppait ; elle était devant lui, derrière lui, sur ses flancs, et sa position politique se compliquait de toutes les calamités de sa position de guerre : la défection de la. Prusse et de FAutriche n'était plus qu'une question de temps ; elle attendait au passage le héros malheureux.
Devant ce grand désastre, s'évanouirent successivement tous les obstacles qui avaient refroidi l'ardeur de Bernadotte pour la cause commune , et , comme il le dit lui-même, « Napoléon, tombé de son pié<destal et roulant d'écueil en écueil , vit cesser tous les ménagements qu'avaient commandés ses dernières victoires, et tomber tous les masques qui lui souriaient (1). » Alors, les projets de résistance, les plans d'insurrection , les conseils stratégiques, les protestations de dévouement, les vœux pour l'anéantissement de l'usurpateur partirent de nouveau de Stockholm pour le camp du Czar. Le 25 novembre, Bernadotte écrivait à Alexandre que ses nobles efforts pour sauver son empire, lui avaient fait prévoir, à lui prince royal, l'extrémité à laquelle Napoléon se trouvait actuellement réduit; mais qu'il fallait maintenant l'attaquer sur l'Elbe et le forcer à accourir à la défense de Magdebourg et des
(1) Toiichard-Lafosse.
places de TOder. < Une fois rendu en Allemagne,
> tous mes tœux, Sire, se borneront à vous donner
* de nouvelles preuves de la toyauté de mes senti- » menis pour Votre Majesté, et à contribuer avec
* elle à rétablir cet ancien équilibre dont les traces
* ont disparu depuis si long-temps. * Ne subor^donnant plus sa diversion, à l'envoi d'un corps auxiliaire russe, ni à la cession préalable de la Nor- \ége, Bernadotte se déclarait prêt à seconder Alexandre, sans conditions et aussitôt que l'autocrate lo. désirerait. Après avoir reçu l'avis de la volonté diî Sa Majesté Im[>ériale , il ne lui faudrait plus «|ue quinze jours pour se mettre en mouvement et transporter l'armée suédoise sur le théâtre des opérations. Do reste, invariable dans ses principes, comme dans son attachement particulier pour l'empereur Alexandre, il avait toujours décjaré que, ()iiels que fussent les événements de la guerre « In Suède s'ensevelirait au milieu de ses rochers plutôt que de changer de système. »
Enfin , et comme nouvelle preuve de ses sentiments pour la Russie^ Bernadotte annonçait à Alexandre que le cabinet de Stockholm venait de signer un traité avec les délégués de Ferdinand Vil. « Votre Majesté Impériale , disait le prince royal,
* trouvera dans cet acte et dans cette abnégation » de toutes mes affections de famille, la résolu-
> tion irrévocable de ne jamais séparer la poli-
286 HISTOIRE DE M>R9liWD0TTE ,
» ikfue 4e Ja Suède de œlle de Votre Majesté {1). « QiU6l(}tteB jours plos lard, Bei^oade^te exprinait Ja foraiale que si l'efipereur Napoléoo parveoait à gagner Aes ûxisitières du duché de Varao^îe, il ne se défeiKlU sur la Vîstule joequ'à l'aiNiée fnK)chaÎDe; 4ïiaÎ6 le prince iN>yal espérait leraiement que Tainixal Tchiscbagoff lui fermerak tous les passages ei remplirait ainai l'attente de T Europe. NéaniBoias , dansl'hypolbèae peu probable où Napotéon pourraît échapper, même de m persotme^ Bersadoete rc^fiirdaîl coaune très-iiuportant de comiiieticer ses -opérations dans ie eourant d'avril au plus tard, eoMre la Séeiande^ si le Daneaaark ne se ralliait pas au système du Mord ; ou ea Allenagoe , si le goufiemement daoois acquîes*çaît aux proposkioas qu'il venaii de lui faire « L'AUemagae dffnaBchie, Votre )» Majesté n'ayant plus rien à redoMiter de l'Au- » i riche ni de la PoiHe, pourrait s'occuper de deaaer » une nouivelLe forme à l'empire germanique, ei, » dégagée de toute espèce d' entraves , réunir à sa » couronne impériale celle du royaume de* Pologne. ^ Puis, faisant allusion au projet agile dans lacoaféi ence <l'Abo , de détrôner l'Empereur des Frauçai^, il ajoutait : « J'ai souveut porté ma pensée sur j» ks projets que Yolre Majesté me coflimuuiqua j> i\ Abo; j'ai calculé les chances qui peuvem en
(I; Lettre dn 2â novembre 1612.
;» résulter» Al^ saip/s fùe livcer ^ de^ espérance»
* i6Xj9g4i^ , je puis assurer à Voire Majesté q.ue »ftO\àf, ee qui m'est i^arvequ^de rintérieur de la j ffvwé^, etf d^ iiatiire à «e pa$ r^légmcr dans les » invraîsemblapc^s 1^ possibilité de la réussite ; » -«lais rexéci]ttÂQ9 de ces projets ne peut «voir Heu » quiaprès que rAilemagne sera délivrée de Tia- ;» Quence de la Erapoe (1). »
^erpadoUe, qui caressait avec bonheur Tidée de h capture de ])iapoléon, témoigna un .profoEd cba«- ^rin en apprenant que ce prince avait échappé à ses j^neoiis. Voici ep quels l;erme6 il épanche sa dou* leur dans le co^r d'Alexaadre. « Un courrier arrive » q#i annonce que l'empereur Napoléon a effectué ,9^m passage près de Borisow. Je m'attendais, » Sire , qu'en apprenant l'évacuation de vos États , t j'aurais à vous féliciter de vous être emparé de
* sa personne; l'occasion était belle, mais c'eût élt
• brop de biens à ia fois^ et, puisque la Providence
• parait avoir voulu retarder la paix et la libei^té de .« l'Europe, il faut se conformer à ses décrets. »
Cette lettre es4 du 47 décembre. Le 20, au mé* l^ris de tontes les convenances in 1er nationales , le caèiaet suédois intima au chargé d'affaires de France, l'ordre de quitter sur-le^^iamp Stockholm, et, sur la réponse de ce diplomate, qu'il n'abandonnerait
(1) Lettie du 17 décembre 1812.
t288 HISTOIRE DE BERlf ADOTTE ,
son poste que comme contraint et forcé , ou bien nprès y avoir été autorisé par son gouvernement, il lui fut déclaré qu'un commissaire de police le conduirait jusqu'à la frontière, attendu que son caractère diplomatique avait cessé, et que le gouverneur de Stockholm avait reçu des rapports peu avanta- }{cux sur son compte. M. de Cabre (4), dont la conduite à Stockholm avait toujours été digne et mesurée, considéra cette insulte gratuite comme un motif suflisant pour justifier son départ, et il quitta immédiatement le poste qu'il avait honorablement occupé pendant un an. La brutalité du gouvernement suédois excita un sentiment général d'indignation; mais, à cette époque, les ennemis de Napoléon se croyaient déjà assurés de l'impunité. Cependant, les préparatifs qui se faisaient en France, en Hollande, en Italie et dans le nord de r Allemagne, troublaient encore la conflance de Bernadotte.. Les incertitudes de F Autriche, celles delà Prusse et du Danemark qui ne redoutaient pas moins les armées russes que les ressentiments de Napoléon, lui inspiraient aussi des craintes sérieuses; el, pour mettre un terme à l'hésitation de ces puissances, il conjurait Alexandre de frapper un coup décisif, en se portant le plus tôt possible sur les derrières de l'armée
(1) xM. de Cabre avait succédé à M. Alquier, comme chargé d'affaires de France à la cour de Suède.
française et très^près de sa ligne. Or, oe mouve* ment ne pouvait être opéré que par Farmée suécloi^e réunie au corps auxiliaire russe si loog^temps aoUi^ cité et atteodu. Maltresse de la Séélande, Tannée alliée le deviendrait bientôt de toute la presqu'tl0 danoise, et, dès ce moment, Alexandre, dégagé de la plus grande partie de ses ennemis, n'aurait plus à s'occuper que des Autrichiens et des Saxons* Tranquille, pour quelque temps, sur sa droite et sur presque tout son centre, il pourrait aussi sous* traire le roi de Prusseau malheur qui le menaçait(l).
Ce que le prince royal redoutait le plus, c'était que TAngleteiTe et la Russie autorisassent la neu* traiilé du Danemark ; car , alors , il serait devenu iin|x>ssible de lui arracher la Norvège pour la réunir à la Suéde. Il fallait, écrivait-il à l'em'pereur Alexandr<^, ne pas laisser cette puissance spectatrice bénévole des événements qui allaient se passer; la contraindre à entrer dans la coalition, ou • lehleveravec une telle rapidité, que celte entreprise ne pût retarder que de quelques jours, lesopé** rations sur' le continent germanique. »
Cependant, le corps suédois était insuffisant pour vaincre la résistance du Danemark. Bernadotte ré^ damait de nouveau Xùvtiyée des troupes russes , et »
(1) Ultre du prince royal à l'empereur de Russie, 17 février 1813. T. L 19 •
990 HISTOIRE BB BBRIIJ^DOTTE,
afin de décerminer Alexandre, ii lui répétait que la moindre étinoelle allumeraii un grand inoendie en Allemagne (4)* Cinq jours après, livré à de Dou¥elles craintes, Bernadotte écrivait à son ambassadeur à Pétersbourg , que le gouvernement danois perais* taità croire que la Russie ne donnerait aucune suite feux engagements qui la liaient aveo la Suède; que cMte opinion se propageait, même a Stockholm; que lui , prince royal, était loin de concevoir le plus léger doute sur la sincérité du cabinet de Pétera* bourg , mais que l'ancienne opinion suédoise était toujours la même, et que Tabeence des troupes russes produirait sur les esprits la plus déplorable impression. En conséquence, Bernadotte prescrivait au comte de Loweolijelm d*épier les démardies de l'ambassadeur danois à Pétersbourg, el de •e rendre au quartter«^énéral de l'empereur Alexandre, pour obtenir, par tous les moyens, le départ du corps auxiliaire.
Le prince royal vit enfin s'accomplir le plus cher^ le plus ardent de ses vœux. Par un traité signé à Stockholm le 2 mars i813, T Angleterre accéda 4 la réui^ion de la Norvège à la Suéde qui , de son côté, s'engageait è entrer en campagne , avec un corps d'au moim» trente paille hommes. Ace prix la cour de Stockholm recevrait, de celle de Londres, un subside
,(1) Lettre do prince royal à l'empereur de Rui^Ble, 49 Hniet lSt3.
4e S5 aîUioiis de Ipmws, et la ^cmêudë la Gua* deloupe idéjà abaadoaaée aiAi Ajiglais par le général Eraouf. Boruadote accepta oe {Mremier dénefl^bre* BB^it de sa patrie.
nés ce iDomeot, la diversion du eorpa fittédois^daM le Bûrd de l'ÂlleiBagAe, n'éprouva plus d'ebatade. Le 18, uae ex}>éditiaa <ioaipo6Ôe de six MÎUe ham* mes d'inÊiolerie, quelques ^eadroas et qualité batteries, sous les ondres du gémnl SaodeU, partit des jports de Suède, pour se readre eu Poiuéranie. Ce général avait pour instructions de réunir sous ses dn^>euuK» toute lajeùaease poméfîauieniieydepuia^ I jusqu'à 33 ans; ce qui devait fiouraîr un corps de quinze nûUe coaibaitant& Bientikapros^ Beraadotte ' passa lui-métue sur le conâineati à> la tôle de dix mille soldata. £b annonçant ce mouvement à Tempereur Alesandrey ainsi que la formatian d'un corps de vingtcinq niUle hommes, dans l'intérieur de la Suède, le prince royal lui écrivait: «Votre Majesté tnmveru^ » je l'espère, dans 4es dispositions queiaii là Suède, » une preuve non équivoque de la feriHia résolution » du roi^ de vous seconder, Sire, etd'unir irrévo* ft cii^lem^ii les intérêts de seo royaume à ceux de * Votre Majesté- ».
Gependani, le eabinet des Tuileries avait tenlé un dernier effort pour ramener Bernadolte. Dans une note à la fois énergique et conciliante , le duc de Bassano s'était attaché à éclairer le prince royal sur
293 HISTOIRE BÈ BEANADOTTE,
les \<^rilables intérêts de la Suède, à ré^veilier dans son àme les affeclions de la terre natale ^ et à Feffrajer sur les conséquences de la défection quMI mé^ ditait. Vains efforts! Texpulsion de M. de Cabre fat la seule réponse du cabinet de Stockholm. Néanmoins, presque tous les mémoires de Tépoque reproduisent, comme document historique, une lettre que le prince royal de Suède aurait adressée, dans celte circonstance, à Napoléon; mais T Empereur déclare formellement, dans ses mémoires, que, si cette lettre fut écrite, du moins elle ne lui par- A vint jamais. Le style de cette lettre dit assez que 9 c*est un libelle; du moins elle n'a jamais été reçue. » Ce n'était pas un mois avant Lutzen, qu'on écrivait » ainsi a T Empereur des Français. Il est fâcheux que * des personnes aussi élevées éti dignité prêtent leur » signature à des pièces fausses (i). » Exilé à Sainte- Hélène, le héros voulait-il refaire quelques pages de son hist(>ire, comme Ta prétendu Bernadette? Oii; bien, la lettre dont il s'agit ne fut-elle, en effet, qu'un caprice posthume de l'orgueil de ce prince? C'est là un point d'histoire pour la solution duquel les éléments nous manquent. Place entre deux affirmations contraires, nous devons nous borner à les mettre, l'une et l'autre, sous les yeux de nos lecteurs.
(1) M<^moire8 écriU par le général MontlioloD, t. If P- 2i2.
Sa rEmpereiir nie l'envoi de celte pièce remarquable, le prince royal allègue, en faveur de son existence, qu'avant d'être transmise en France, elle fut lue à tous les membres du conseil d'Éiat suédois, ainsi qu'à madame de Staël qui se trouvait alors à Stockholm ; il ajoute que le ministre des relations extérieures fit déposer aux archives du royaume, une copie de cette dépêche qui fut ensuite confiée au courrier Dusable, lequel la porta à Paris et la remit à l'aîde-de-camp de service près de Fempereur Napoléon.
Quoi qu'il en soit, voici les principaux passages de ce document dont l'authenticité, si elle était prouvée, ne procurerait *au prince royal de Suède que la triste gloire d'avoir insulté au malheur d'un grand homme.
< . . M. le duc de Bassano dit que Votre Majesté » n'a point provoqué la guerre; et, cependant, 3ire, » Votre Majesté a passé le Niémen à la tète de quatre » cent mille hommes.
» Du moment que Votre Majesté s'enfonça dans » l'intérieur de cet empire, l'issue ne fut plus dou- »teuse; l'empereur Alexandre et le roi prévirent, »dés le mois d'août, la fin de la campagne et »ses immenses résultats. Toutes les combinai- » sons militaires assuraient que Votre Majesté se- * rait prisonnièi^. Vous avez échappé à ce danger.
tUMl HISTOIRE D€ KIINADOTTE,
» Sire; mak votre armée, l'élRe de ki France, éft 9 rAliemagne et de TlUiHe, n'extele p)u6. Là sont » restés^ sans sépulture, les braves qui sauvèrent la » France à Pleurus, qur vamqnirent en Italie, qui
> résiatèrent au climat brMént de TËgyple, et q« » fixèrent la victoire sons vos drapeaux, à Harengo, » à AusHerKlz , à léna , à Halte, à Lubeck, à Frîed* » land , etc.
» Qu'à ce tableau décbîrant, Sire, voire âmes'al* » tendrîss'e; et, s'ît le faut pour achever de l'éinou** t voir, qu'elle se rappelle la mort de plus d'un wml- » lion de Français restés sur le champ d'honnenr, » victimes des guerres que Voire Majesté a efitr^ » prises... »
Après avoir eontesté (es droits de Napoléon à IV mitié du roi do Suéde, et prôné les disp^silHHia pacifiques de l'ARgleterre et de la Russie, le prince royal continue en ces termes :
« PossessetM* de la plus belle monarchie de la • terre. Votre Majesté voudra-t-olle toujours en » étendre les limites, et léguer à un brae moins puis-
> sant que le sien le triste héritage de guerres invterminaBles? Votre Majesté ne s'attachera -t- elle 1» pas à fermer les plaies d'une révololion dont H » ne reste à la Fiance , que les souvenirs de la
> gloire militaire et des malheurs réels 4ans son » intérieur t Sire , les leçens de Thistoire rejett«it « rWée d'une .nronarchîe universelle , et le senii*-
CHâRBES XIT.
ffleni de l'hidéfienduicepeul èkirt amorti, maïs nott efi&cé du cœur de» nalions. Que Votre Majesté pèse toutes ces coasklératiens, et pense une fois réellement à cette paix générale dont le non pn^né a fait couler tant de sang.
» Je rais né dans cette belle France que wus TOUS goorrerneK, Sire; sa gloire et sa prospérité ne peuvent jamais m'ètre indiflérenles. Mais, sans cesser' de faire des WBux pour son tionhrâr, je défendrai, de toales les facultés dé mon âme, et les droits du peuple qui m'a appelé, el Thonneur du sou^rain qui a daigné me nommer son flls. Dans une lutte entre la liberté du monde et Top» pression, je dirai aux Suédois : Je combats pour vous st avec vous; el les v€mx des naUons libres aecompoffnefU vos égarés.
» En politique, Sire, il n'y a ni amitié ni haine ; il n'y à que des devoirs à remplir envers les peu* pies que la Providence sous a appelés à gouverner. Leurs lois et leurs privilèges sont des biens qui leur sont chers, et si, pour les leur conserver, on est obligé de renoncer à d'anciennes lûiisons et à des affections de famille, un prince qui veut remplir sa vocaticm ne doit jamais hésiter sur le parti à prendre. >
Feignant ensuite de se tromper sur l'interprétation d'un passage de la note du duc de Bassano, où ce ministre représente une guerre entre
296 HISTOIRE DE BBRNADOTTE,
la France et la Suède comme une guerre civile , le prince royal de Suède poursuit :
« M. le duc de Bas8ano ajoute que Votre Majesté » ne changera pas de système, et qu'elle repoussera, » de tous ses vœux, une guerre qu'elle consittérerait
> comme une guerre civile; ce qui indique que » Votre Majesté veut* retenir la Poméranie suédoise, » et qu'elle ne renonce pas à l'espoir de comraan- » der 'à la Suède, et d'avilir ainsi, saHs courir au- » cun risque, le nom et le caractère suédois. Par le » mot de guerre civile, Votre Majesté désigne sans » doute la guerre entre les alliés ; or, on sait le sort » qu'elle leur destine. Mais que Votre Majesté se » rappelle le mécontentement qu'elle fit éclater, eu » apprenant l'armistice que j'accordai à cette brave » nation, en avril 4809, et elle y trouvera la preuve
> de la nécessité où ce pays s'est vu réduit de faille » tout ce qu'il a fait jusqu'à présent , pour conser- » ver son indépendance et se préserver du danger » où l'aurait entraîné votre politique , Sire , s il l'eût » moins connue. »
Voici comment aurait fini cette fameuse lettre : < Quant aux menaces que contient la note du duc » de fiassano, et aux quarante mille hommes que » Votre Majesté veut donner au Danemark, je ne » crois point devoir entrer dans des détails sur ces » objets, d'autant plus que je doute que le roi de » Danemark puisse profiter de ce secours.
CfiARLES XIV. 297
» Pottr ce qui concerne mon ambition person-^ j» nelle , j'en ai une très-grande, je Tavoue. C'est » celle de swvir la cause de l'humanité, et d'assurer » l'indépendance de la pi esqu'lle Scandinave. Pour
> y parvenir, je compte sur la justice de la cause que » le roi m'a ordonné de défendre , sur la persévé*
> rance de la nation, et sur la loyauté de ses alliés.
> Quelle que soit votre détermination. Sire, re-
> lativement à la paix ou à la guerre, je n'en con* » serverai pas moins, pour Votre Majesté , les senti- » méats d'un ancien frère d'armes.
» Charles JEA'Pf. »
Le prince royal se livrait aux derniers préparatifs de son expédition continentale, lorsqu'il apprit que fambassadeur de Russie a Copenhague, se prononçait contre la réunion de la Norvège à la Suède, disant hautement que cette réunion n'entrait pas dans les vues immédiates de l'empereur Alexandre. Cela était vrai. Soit que les récentes tergiversations de Bernadotte eussent altéré la confiance d'Alexandre, soit que ce monarque espérât détacher le Da-. nemark de la cause de la France, sans avoir recoure à une spoliation odieuse, il est certain que, dans ses négociations avec la cour de Copenhague, le cabinet russe n'avait pas encore dit un mot de la cession de la Norvège. Cette dérogation aux traités de Petersboui^ et d'AbOy cette disposition persévérante en &veur du Danemark jetèrent Bernadotte dans un
296 HISTOIRE DE BBUNâBOTTE,
véritable paroxysme de réorimÎAatÎQBS. Sn plaintes, ses reproches, ses lameolaUoos, s'adresse* rent alors à tout le monde* < S'il était possible, »,écrivait-*il à M. de Lowenhjelm, qu'après des » propos pareils, le prince Dolgorouki ne fût pas » désavoué et que les proposilions du cabioel de » Copenhague, au lieu d'être éeonduiles, eomne » elles le sont en Angleterre, fussent favor^bleinent » reçues , quelles conséquences funestes n'auriotts* » nous pas i craindre! L'entrevoe d'A,bo, JOiirM M » présage des désastres qui ont frappé VEwpermar » NapoUon et son armée, n'aurait-elle donc, pour 9 moi et pour la Suéde, d'autres suites que l'amer- » tume et les ressentiments? Y »-t4i , en Ëorepe, 9 un seul être pensant qui puisse se dissiiBuler » qu'après l'Angleterre, c-est la Suède qui , la pre« » mière, a parlé Je langage de la liberté et de Tio- » dépendance des peuples. »
Bernadotte établissait ensuite que, sans la Suéde, l'empire russe eût été rqeté en Asie; « que les Hos* » covites élevés et vieillis dans la haine contre les » Suédois, interrogent leur conscience et ils re- » connaîtront que, si la Suède n'avait pas été finr- 9 memenl résolue à ne pas séparer sa cause de odle 9 de Fempereur Alexandre , et qu-elle e6t adapté 9 un tout autre système, la Finlande aurait été sou^ 9 levée et l'incendie communiqué jusqu'aux portes » de Pétersbourg , tandis que toutes 'les forces ou*
I trichîennes et ottomanes auraient fondu sur les » provînees avoistnant le Danube et la mer Noire, » et auraient po faire leur jonction, à Kalooga, avec 9 rarmée de l'empereor Napoléon, en même temps » que les Persans , profitant d'une conjoncture »8i airantageose, auraient trouvé un champ libre » pour pcmsser leur conquête ei envsfhir toute la » Géorgie (f).
Bemadotfe s'adresse, en même temps , à la sensibilité de l'om^pereur Alexandre, dans le cœur duquel lisent, dît-îl, la nécessité d'épancher le chagrin qu'il éprouve, en voyant Sa Majesté s'intéresser si vivemerU au Danemark et si peu a la Suëde. « Sire, » accoutumé à mille changements dans la suite des 9 ailirrres et des événements., mon âme était forte- > ment trempée à l'école de l'adversité et de la » fortune ; mon esprit et ma raison me représen- » taient tout chanceux dans cette vie ; mais nos^ » traités avec Votre Majesté avaient acquis un tel 9 caractère de foi auprès de moi , que je fus en- » traîné à professer une espèce de culte , non-seu- 9 lemeot pour ces mêmes traités, mais encore pour 9 les paroles prononcées par Votre Majesté... Vous » dire. Sire, que j'ai besoin que tna politique et » moii eœur soient rassurés sur les résolutions que
(OliCtt^da pviMe ra^ai an conte an Lowenhjefniy ff arHI r8f3.
» prendra Votre Majesté, c'est dire que pour » exister fai besoin de Voir qw je respire (1). »
Se tournant aussi vers le prince régent d'Angleterre, Bernadotte lui demandait, à mains jointes, cette Norvège tant désirée et dont la possession devait faire, de la Suède devenue puissance insulaire, tamie la plus constante de la Grande-Bretagne. Il oie faut la Norvège, donnez-moi ;la Norvège, disait-il , et « libre alors de toute inquiétude sur l'avenir de » ma patrie , de mon roi et de mon fils , mon âme » pourra se livrer tout entière à la cause commune. » Du reste le cœur du prince royal ne voyait pas pourquoi l'Angleterre n'aurait pas, elle aussi, un lot dans les dépouilles de TAllemagne. < J'avoue à » Votre Altesse Royale, que je regarderais comme » un de mes plus beaux titres de gloire, si , après )» avoir, dans les temps antérieurs, dû traiter l'élec- » torat de Hanovre en ennemi, je pouvais être assez » heureux pour partager la gloire de le rendre au- » jourd'liui à un souverain pour lequel j'ai vu de » près la touchante affection de ses sujets (2). »
Plus tard, nous verrons le prince royal, réclamant toujours l'exécution des promesses de la Russie, déclarer à l'empereur Alexandre, qu'en se résignant à des sacrifices nouveaux, il n'a pas entendu se dé-
(1) Lettre de Bernadotte h Alexandre, Stockholm 7 STril 1813.
(2) Lettre de Bernadotte au prince régent d'Angietome, iê avril 1813.
CflARUS XIV. âOi
sistcr des prétentions de la Suède sur la Norvège, 01 que, si la coopération du Danemark est acceptée par les généraux russes , sans que la cour de Copenhague ait accédé aux bases qu'il propose, alors il sera, par le fait, dégagé de loul ce que son empressèment à être utile à la cause générale ^ a pu lui dicter dans les circonslances actuelles (i).
Mais n'anticipons ]>as sur les événements qui vont se dérouler.
Au moment où tous les échos retentissaient des plaintes de Beruadotte, il n'était plus au pouvoir de ce prince de résister au courant qui l'entraînait. Déjà la majeure partie de ses troupes avait débarqué en Allemagne et pris position en Poméranie. Dix mille hommes, prêts à faire voile pour le continent , étaient rassemblés aux environs de Carls^ crona. Un autre corps de vingt-cinq mille hommes, sous les ordres du comte d'Essen, observait la Séélande et la Norvège; tout était en armes dans le royaume et les événements marchaient avec une telle rapidité , que la politique d'expédients n'était plus de saison : il fallait se décider pour T un ou pour l'autre des systèmes qui se disputaient l'Europe, ou s'exposer à être broyé entre deux colosses.
Bernadotte s'embarqua pour le continent germanique.
(1) Lettre do prince royal à l'empereur Alexandre, 2 i mai 1613.
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