‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 16 sur 69 · E»^ XI · texte numérisé non relu

E»^ XI

De piu9^ le prittoe royal , à ^oi il était natural que

k «Kredioa mj^rieare des afidres daM le nord de

l'Aïh^wBHàffàe fût confiée, y trouva un goQveraieur-

général, M. d'Alopéus, iiistît«ô par k Ruatie et la

Ihriweysans le concours de l'Angleterre ni de la

Swftde> fiafic^ Beraadolte avait lieu de caroire que la

oiaiiiioo avait pria un parti décisif i Fégard du

Dmeibarlt, ei il apprît, au: cootraiFe , qu'une négo^

cîmiioft était pendante^ i Loudr^es, entre les alliés et

le ooate de BerasdorlF, aiinîstre de la œur de Go»

penkague. Arguant des promesses qui lui avaient

éié faites par la Russie, oelte cour demandait , poui^

pnx de son accession à l'ailtance du nord, non-seu*

leoMSDt la garantie de aos posassaions actuelles^ mais

encore l'acquisition de la Hollande et des villes an-

séatiques.

Ces diverses circonstMoes ouvrirent uno nou«-

lelle carrière aux griefe du prince roye^. Le len^

^ demain de son arrivée a SCraIsund , il se plaignit

à M. d'Alopéus, loî-môaie, de ce que l'empereur de

BAHsie et le roi de Prusse n'avaient pas cru devoir

le préreoir de sa nomination au gouvernement du

nond de l'Allemagne. Barnadolte rendait justice au

choix &it par ces deux souverains, mais il pensait

que le roi de Suéde elle régent d'Angleterre auraient

dû, au-moins^.ètre consultés sur une affiiire de cette

importance. « A cet égard, disaît-il, je vous i>arle

» avec la fran^^isn d'un soldat qui est fermement

304 HISTOIRE DE BERIf ADOTTE ,

» persuadé que la Kberté de l'Allemagne ne sera 9 jamais conquise et assurée, st les puissances alliées » ne marchent de concert et ne se rappelleot point » leurs engagements mutuels (1). »

Le 21 mai, le pt^nce royal dépêcha le comte de Lowenhjelm au quartier-général d'Alexandre, |K>ur porter ses plaintes à ce monarque , et savoir enfin à quelle époque s'effectuerait la jonction des ti^ente* cinq mille Russes qui devaient passer sous son commandement. Renouvelant ses plaintes au sujet du Danemark, Bernadotie présentait l'occupation de la presqu'île danoise, comme une des plus impérieuses nécessités de la guerre. Par cette position vraiment militaire, Hambourg était garanti, les communications étaient assurées avec le Hanovre, l'extrême gauche de la grande armée française était prise à revers, et cette armée continuellement menacée par des o|)érations sur ses derrières; oiiératiens qu'on pourrait porter, selon les circonstances, jusque vers l'Ost-Frise et la Hollande* Pour eflec» tuer ces mouvements et réduire la cour de Copenhague, le prince royal réclamait à grands cris son corps auxiliaire russe; puis, revenant à ses lamentations accoutumées, il compai*ait la conduite de la Suède à celle du Danemark, relativement à la Russie. La Suède avait prévenu les événements en se

(1) Lettre du prince royal k M. d'Alopéus^ Slni«iad 1 0 mfti 1813.

décidant contre la France; le Danemark, au contraire , n'avait fait que les attendre pour bégayer, en tâtonnant, le langage de l'indépendance; Tune avait rendu d'immenses services à la cause générale; l'autre, par la versatilité de sa politique, avait enchaîné depuis un an les opérations des alliés, et causé la retraite de la grande armée en Saxe, après le combat de Weissenfeld et la bataille de Lutzen. Si le Danemark n'avait pas toujours voulu transiger avec les chances de la guerre, lui, Bernadotte, se trouverait en ce moment sur la rive droite du Rhin, à la tète de quatre- vingt mille hommes, et la retraite des Français serait exposée à des dangers imminents. Napoléon serait perdu.

Le prince royal revenait encore, et sans cesse, sur ses premiers rapports avec la Russie. Il avait eu , disait-il, à choisir entre l'alliance d'Alexandre et la politique de son ancien frère d'armes, tout injuste qu'était cette politique ; il avait pu devenir le lieutenant de Napoléon dans le Nord, et participer ainsi à l'asservissement général de l'Europe. Plus que cela : Bernadotte. avait généreusement sacrifié à l'amitié d'Alexandre, ses chances éventuelles à la couronne de France. « Il m'était facile de juger que Tempe- * reur Napoléon n'existant plus, son système tom- » berait avec lui, et que je pouvais dès lors me con- « sacrer tout entier à être utile à la grande commu- » naulé européenne, en employant mes moyens et

306 HISTOIRE DB BSUIADOTTE,

» moA iafhjence en France ^ pour déterainer celle » dMîoii et son goinrernemenA à adapter un S}'sièaie ê qui la ren£eraiâl dans le cerele de ses lîaiities aar » turelles. Ce rôle , le plus beaa sans doiHe qui » puisse jamais tomber en partagea un mortel, ne 9 m'éblouit pas, et, malgré que je fusse convakieii,

• qu'après la mort de Napoléon son empire appiH»-

• tiendrait au pins digne, et qoe , resUnt l'allié de » la France, j'y a^vais des dtoîu oonme les autres » lieutenants de cet illustre capitame, je préférai » votre alliance. Affections de Ëu»ille, knpressîoAS » de Fenfance, reoonaaissaoce pour les soldials » français qui ra'a^aîent éle^ et auxquels je sms 1» redevable de ma gloire , tout , Sire, fui oublié

• pour vous (1). »

S'adressant ensuite à l'Angleterre et à l'Aulvi-che, Bemadolte leur envoyait aussi ses doléances» Il disait à l'Angleterre qu'il avait pu» pariois, douter qtie la politique de la Russie et de la Prusse ooiacidil avec celle de la Grande-Bretagne et de la Suède, mais qu'il ne lui était jamais venu, dans la pensée que le ministère anglais, ni le jprince réh fftoij. voulussent raventurer en Allemagne comme ttn enfant perdu : « Et certes, ajoutait-il , ce » serait le cas , si je poussais mes. opérations sur

(1) Lettre du prinee royal de Suéde à l'empereur ATexandre , Strdsuod 11 mai 1813.

CHAELES XIV» 307

i l'Elbe, avec la totalité de mes troopes, dans nn » moment oà là Russie et la Prusse n'ont tenu au* » eun de lears engagements , et <kn8 des conjonc* » tures aus^ eKtraordinaires que celle où se trouve » I état des affaires en Allemagne. » Puis, et afin sans doute d'alarmer l'Angleterre, il lui disait qu'on ne pouvait point exiger qu'il allât combattre pour une cause qui n'était plas ceUe de la Suède. Dq moment où l'on se jouait des traités qui garantissaient la Norv^e à eette puissance, devait-il en conscience faire couler le sang de ses compatriotes, pour assurer la Finlande à la Russie et ne rien obtenir en dédommagement ? Si sa confiance était moins absolue dans les principes du gouvernement britannique et dans la loyauté du généreux peuple anglais, il aurait déjà quitté un continent oii il ne trouvait qu'égoîsme, présomption et duplicité, eaxepié cepen-^ dantde la part de$ Anglais. Toutefois, Bernadotte désirait savoir si les subsides promis par cette puis«sanceei qui, aux termes des traités, devaient être payés à la Suède aussitôt après lo débarquement de son armée sur le continent, lui se«*aient continués on non* Si ces secours lui arrivent, ainsi que les 30 miUe Russes , il agira et l'emperenr Napoléon regagnera difficilement les bords du Rhin; mais, dans le cas contraire, il rentrera en Suède, pour ne s'y occuper que de la liberté et de Tindépendance de son pays. Cependant, et même dans cette der-

308 HISTOIRE DE BEBNADOTTE ,

nière hypothèse ,- tous ses efforts tendront à ne jamais séparer les intéréis de la Suède de ceux de V Angleterre^ et à regarder toujours les ennemis de ce pays comme les siens. Enfin Bernaclotte insinuait au cabinet britannique, que la France venait de lui faire des propositions que ses principes d'honneur et de loyauté ne lui avaient point permis d'accueillir; mais s'il les avait acceptées, < la cause européenne » était perdue, les restes de l'armée russe détruits, » et l'empereur Napoléon plus puissant que ja- » mais(1). »

En même temps Bernadotle écrivait à François II, que, sans rivalités et animées d'un égal esprit de bienveillance, T Autriche et la Suède étaient appelées à soutenir le droit commun en Europe; que Sa Majesté Impériale devait être l'arbitre naturel des destinées de cette partie du monde ; qu'il la conju* rait de jeter le poids de sa puissante épée dans la balance, et d'écarter, par son influence, les obstacles qui s'opposaient encore à la coopération active des forces suédoises (2).

Les plaintes du prince royal de Suède, s'adressaient à trop de monde à la fois, pour ne point compromettre son caractère ; le rôle qu'il jouait dans

(1) Lettre do prince royal à M. de ilebaaseo^ ministre de Soède k Londres, Stralsnnd l*' Juin 1813.

()) Voir, pièce» jnatî6catiT6S n» 21 , la réponse de François IL

ce moment était sans noblesse, sans franchise et sans dignité. Cependant, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'au point de vue de sa politique, son mécontentement était fondé. En effet, de la part des alliés il y avait du calcul dans^ les obstacles suscités à Bernadette. On avait mis un grand prix à détacher ce soldat de la cause de la France; mais, une fois enchaîné à la coalition, on s'était rappelé, avec quelque effroi, Toriginc de son élévation, la grandeur de sa renommée militaire, et Ton avait craint de laisser à un prince de fortune, la direction des esprits et des affaires dans le nord de l'Allemagne. Bernadotle avait commis la iaute grave de prendre au sérieux les professions libérales de l'élève du républicain La Harpe, et d'émettre, dans ses effusions intimes avec Alexandre, des idées trop populaires, sur les principes qui devaient présider à la réorganisation des États germaniques. Delà, et avant même son arrivée à Stralsund, la nomination d'un gQuverneur^général du nord de TAllemagne, les retards apportés à la réunion de forces trop considérables sous ses ordres , les craintes inspirées par l'isolement des positions militaires qu'il occupait sur les bords de la* Baltique, et les obstacles de toute espèce à l'aide desquels on s'attachait à gêner ses premiers mouvements. Peut-^tre, aussi, l'appréhension de quelques réminiscences patriotiques, ne fut-elle pas étrangère à

.3i0 * HISTOIRE DE BEEMADOTTE ,

oes difficultés : on twilait Bernadotte assez fort poiir senrir la coaliUoo/aAais pas assez pour imposer ses volontés.

Quoi qu'il en soit^ le prince royal était livré à toutes ces inquiétudes , lorsqu'il reçut la nouvelle de l'armistice conclu, le 5 juin, entre la France , la Russie et ia Prusse, sans la participation de l'Angleterre ni de la Suède. Voyant dans cet acte un nouvel oubli des égards qui lui étaient dus, Bernadette s'en plaignit amèrement à l'empereur Alexandre. Il blâma, ensuite, la suspension d'armes comme une faute militaire et politique, et soutint, avec énergie, que ce premier pas vers un aocominodement sarait £ital aux intérêts de l'Europe; que la position de l'empereur Napoléon était trop aventurée, po«r qu'il ne dût pas tout tenter en faveur de la paix ; qu'on devait se prémunir contre sa tactique, plus active encore dans les négodations que sur le champ de bataille, et que lui accorder la paix ce serak poserlapierre sépulcrale de F Europe. « Déjà, Sire, » ajoutait Bernadotte, Votre Majesté Impériale a vu V l'ancienne capitale de son empire consumée par » les flammes, au milieu des cohortes ennemies qui » étaient venues, des bords du Rhin, pour la conque- » rir. En cédant alors aux insinuations pacifiques jide l'empereur Napoléon, Votre Majesté n'aurait • aperçu, des ruines du Kremlin, que l'Europe » dans les fers. Elle résista aux intrigues et aux

«nonees-; la Runée fttt^léKwée et respéranee m-

• ékte au cfmtHM&l. 0«e ia mèOÈe «arche, ilanB ee »«ioiiieBl, 93΀ oo«roiiiiée4u mènie succès I Pkisb i crise acaieUe est importante, et pèin la concorde »el ia persévérance dsivent deveiMr l'apanage des

• pusaances alliées. Qœ tovt kilérèt particulfter

» s'ajoame devant les graBds intérêts de la cause * •dont VMits sommes les défenseurs, et mes cai* iculs m'assurent que nous en sortirons avec » gloire (1). »

fiemadotte voulait qu'on employât fes six semaiaes de l'armistice , à renforcer les armées, a concer* 1er tes nH>V¥ements et à «gir encore plu$ ptiûMmaienf snr ie moral de la cour d'Autridie, pair i'entraiaer dans la coalition. Quant à lai, si, a*vant Teipi ration de rarmistice, son armée n'a^vait pas reçu des renforts qui l'égalassent, en nombre, à l'armée enaemîe, il resterait derrière TOder; mAÎs, si les corps «usiKaires russes et prussiens étaient mis à sa disposition*, ii prendrait immédiatement l'of* fensive et se porterait sur le flanc gauche ou sur les derrières de Tarmée Irançaif», afin de la forcer à venir à lui, et dégager ainsi l'armée russe et prus* nenne de Sviésie et de Pologne. Alors ceClearmée, en SQÎwaiit Napoléon, profiterait d'un moment oppor^ tai psur reprendre l'oieasive et l'écraser.

(1) Lettre du prince royal à Tempereur Alexandre, U juin 1813.

3i2 HISTOIRE DE BERNADOTTE,

Faisant allusion à une lettre qu'il avait reçue de l'empereur Alexandre,dan8lesdernier8 joursdu mois de mai, et dans laquelle Tautocrate se montrait peu rassuré sur les intentions du prince royale celui-ci lui écrivait : < QueYotre Majesté Impériale, rassurée sur » mes intentions. et sur mes plans, comme j'espère » qu'elle le sera par cette lettre, n'y voie qu'un mo«- » tif de plus de persévérer dans la noble lutte qu'elle » a entreprise , et qu'elle ne doute jamais de mon » amitié inaltérable. » La lettre de Bernadette se terminait par celte fanatique glorification d'Alexandre : « Il faut venger et sauver l'Europe. Voilà, Sire, » votre vocation ; elle sera remplie, j'en atteste les 1 principes de Votre Majesté et les qualités émi* il nentes qui ont fixé sur elle mes premiers re« » gards et les yeux du monde. Que de vœuT, que » de soupirs sont, dans ce moment, poussés vei*s le » camp impérial russe ! Votre Majesté n'appartient

»pas seulement à la Russie, mais à l'Univers

it La Prusse fait cause commune avec nous, l'Au- » triche est au moins neutre, et l'Allemagne nous 9 appelle; elle s'arme, nous attend et nous conjure » de rester unis. »

Pendant les premiers jours de sa résidence à Straisund, le prince royal entretint une correspondance très-active avec les^ souverains alliés, auxquels il prodiguait, tour à tour, les protestations du plus ardent dévouement. On vient de voir son fanatisme

CHARLES XIY. 313

pour Alexandre. Deux jours après, il écrivait au roi de Prusse, que^s sujets donnaient un exemple qui aurait beaucoup d'imitateurs; qu'il fallait profiter de cet élan sans en redouter nullement les suites , et que , dans la prospérité comme dans les revers, il se montrerait invariable dans ses principes. Toutefois l'admiration de Beruadotte, pour ses augustes alliés, n'était pas sans mélange; car, alors même qu'il leur adressait les félicitations les plus hyperboliques-, il se louait fort peu de leur conduite, dans le» rapports qu'il adressait à son souverain, le roi de Suède. Le 25 juin, par exemple, il écrivait à Charles XIII : < Jus-

• qu'à ce moment, il n'y a que l'Angleterre qui ait » tenu ses engagements avec Votre Majesté. La » Russie n'a encore mis à ma disposition que qua-

• tre mille chevaux commandés par Walmoden ; et » le roi de Prusse, pas un bataillon. Les malheurs

• qui pèsent sur cette monarchie, depuis six ans ,

> ne doivent pas étonner, quand on réfléchit aupeu » de suite et de bonne foi qui accompagne les en*

> gagements de ce gouvernement. »

Cependant, pour en finir avec les tracasseries qui l'accablaient, et mettre un terme aux divergences d'opinion qui existaient entre ses alliés et lui , le prince royal avait demandé, dans les premiers jours de juin, une entrevue personnelle à l'empereur Alexandre et au roi de Prusse. Cette proposition ayant été acceptée, il arriva le 10 juillet

8iA HISTOIRE OE aSANADOTTE,

mx château <i6 Tracheftbei^, en Silésîe^ eà Alesaiidre et Frédéric GuUbttMe l'avaient précédé de quelques jours. Les deux souverams abtrdèMaC Ber»H dette avec une froideur qui* fiiC raufiarquée de iovt le moode, el qui fit craindre ud instaul les rés«ilats de cetie renconUre. Mais, sur ces eotrefoiles , arriva à Tracbenberg un courrier aoirîdMen, por* ieur d'une lettre de François II, qui dédarati considérer la coopéraiioo des troupes suédoises et le concours du'prince royal, comme une oondttioci de suecès pour la coalition (1). Cette opinion, liauteneiU exprimée par une puissance de premier ordre, accrut rimpoi*tanoe personnelle de Bernadette (2) , et les confiérenDes s'ouvrirent sous de meilleurs auspices. Aux o6lés de l'empereur de Russie et du roi de Prusse, setrouvaiem les Walkonski,les Hardenbèrg, iesStadioB, les Nesseirode, altentife à étfidier TatlitaMie et les paroles de ce Français qw venait pousseï* i'Enrope contre la France. Le débat s'«étsnt d*dM>rd ^étaUi sur les motifs et le but de la guerre , il fut facile au prince royal de s'apercevoir que, peuceniiantsdans tours propres ressources, lesdeux sowe-

(i) Voir pièces justificatives, n** 21.

(2) On lit dans une biografAife écrite sur les notes de Bernadotte t « Dte «e mamenti k prince deriot aitnMc, fnétenant; on eit 4it ^^ » n'avait jamais eu de griefs. S. A. R n*en avait plus, en eflet : Tainoar- > propre troKié des deux souverains établissait la balance des antécédents • fàdienx. »

CH4IILES xnr. 315

raios bomîeBl leor »nb«tion i wustmire leurs États respeclifs à la ^ommatioii immédiate de ffapoléon , et à forcer ce prince à abandonner l'Espagne. O double résultat coBStituatI , en effet , le maximum des ^eeux et des espérances de la Russie et de la Prusse, à la réunion de Trachenberg. Bernadotte déclara, au contraire, que les vues de la coalition defaieni dlier plus loin ; qu'une paix sans antre fruit qw rafranchissemetit de T Espagne, ne présenterait aucune garantie de durée , et que, pour reconstituer FEurope conTeaaUcmeni, il fallait au moins refouler Napoléon dans les anciennes limites de ha France , telles qu'elles étaient à son avènement au pouvoir ; assurer F indépendance de la Hollande , de l'Italie et de Naples ; organiser fortement l'Allemagne, et préserver à jamais les divers États de toute donrimatîon étrangère , par un pacte général de garanties léctproqnes. La Russie et la Prvsse avaient encore tmppen de foi en elles-mêmes, pour rejeter ouvertement le système de Bernadotte; elles parurent donc partager ses principes et ses opinions , et le débat s'engagea sur le terrain des opérations mi- UlMres.

Quel plan de campagne adopterait-on, si , comme faut fani^onçait, la guerre recommençait a l'expiration de l'armistice? Telle (ut la première question à iwovdne. Après une longne discussion dont Bernadotte soutint tout le poids, les alliés, sur la

316 HISTOIRE DE KJINADOTTE ,

proposition et d'après les développemenis de ce prince, arrètèreât le plan d'opérations dont voici le texte.

« Avant l'expiration de Farinistice, les armées » combinées doivent être rendues aux points^ ci- » dessous énoncés; savoir :

» Une partie de l'armée de Silésie, forte de quatre- » vingt-dix à cent mille hommes, se jiortera, quel-* » ques jours avant la un de l'armistice, par la route » de Landshut et de Glatz, par Jungbanziau et Bran-

> deis, pour se joindre, dans le plus court délai, à » l'armée autrichienne, afin de former avec elle, ea » Bohême, un total de deux cent à deux cent vingt » mille combattants. L'armée du prince royal de » Suède, laissant un corps de quinze à vingt mille » hommes^ contre les Danois et les Français, en ob- » servation vis-à-vis de Lubeck et de Hambourg, se » rassemblera , forte d'environ soixante-dix mille

> hommes, vers Trenenbritzen, pour se porter, au » moment de Texpiration de l'armistice, vers l'Elbe» 9 et passer le fleuve entre Torgau et Mâ^debourg, » en se dirigeant sur Leipsig. — Lie reste de l'armée » alliée en Silésie, fort de cinquante mille hommes» » suivra l'ennemi vers l'Eibe. Cette armée évitera

> d'engager une affaire générale, à moins qu'elle » n'ait toutes les chances de son côté. En arrivant » sur l'Elbe, elle tâchera de passer le fleuve entre » Torgau et Dresde, afin de se joindre à l'armée du

» prince royal de Suède, ce qui fera monter celle-ci

> à cent vingt mille combatlants. Si, cependant, les p circonstances exigeaient de renforcer Farmée al- » liée en Bohème avant que Tarmée de Silésie fût

> jointe à celle du prince royal de Suède, alors l'ar- » mée de Silésie marchera sans délai en Bohème. — » L'armée aulrichienne , réunie à l'armée alliée, » débouchera, d'après les circonstances, ou par Eger

> et Hoff, ou dans la Sne ou dans la Silésie, où du » côté du Danube. — Si rem[>ereur Napoléon , vou- » lant prévenir l'armée alliée en Bohème, marchait

> â elle pour la combattre, l'armée du prince royal . > de Suède tâchera, par des marches forcées, de se

» porter, aussi vite que possible, sur les derrières » de l'armée ennemie. Si, au contraire, l'empereur ^ Napoléon se dirigeait contre le prince royal de » Suède, l'armée alliée prendrait une offensive vi- » goureuse, et marcherait sur les communications de » l'ennemi, pour lui livrer bataille. Toutes les armées

> coalisées prendront l'offensive, et le camp de l'en- » nemi sera leur rendez-vous. L'armée de réserve

> russe, sous les ordres du général Benigsen, s'a- » vancera de la Vistule, par Kalich, sur l'Oder, dans » la direction de Glogau , pour être à portée d'agir » suivant les mêmes principes , et de se diriger sur

> l'ennemi, s'il est en Silésie, ou de l'empêcher de • tenter une invasion en Pologne. Le blocus des » places de Dantzig, Modiin, Stettin, Custrin, Glogau;

3IS HISTOIRS Dl BSMADOTTE,

» robeer^alftOA de Magdeboui^^TViitenberg, Toi^ii » et Dresde , seront bits par la laadviehr prussienne » et )a milice riisse« •

Ce plaa de canpagne était L'œiiTie de Bemadotte, qui en dévelef)pa les avantages avec on zèle si ardent, que Tefiipereur de Bussie el le roi de Prusse deofiourèrent convaincus que Feoipefeur Napoléon n'avait pas, en Europe, de plus dangereux ewbeni que le prince royal de Suède. Alors toute iAoertitude cessa de leur part, el il fut OMiTenu qu'une année de cent mille hommes serait placée sons les ordres de ee fougueux athlète de la coalition. CeCte armée, formée de quarante mille Prussiens, vingt- . deux mille Russes , dix mille Anglais ou Hanovriene ^ trente mille Suédois, fut désignée sous le nom d'armée du nord de l'Allemagne. Les divisions russes^ qui ne devaient joindre le corps suédois qu'après avoir été remplacées dans les positions qu'elles occupaient, fuirent immédiatement dirigées sur les frontières du Mecklenbourg. Le roi de Prusse quitta Trachenberg le 14 juillet, pour aller à fierlin presser la formation des troupes que ee monarque mettait sous les ordres de Bernadotte, et celuici retourna à Stralsund, pour s'y livrer aux préparatifs de la campagne.

Le prince royal se trouvait à Grabow, lorsque, le 2 août , une lettre de lioreau lui apprit que ce général venait de débarquer à Gothenbmirg* On a

él <|o'eD se nogeftnl parmi k»eBMmis ée h France, Moreau avarl obé» aux solliciiatîoBS persiMifreUes d« Beroadolle et de madame de StaéK Ce n'est poiiH li vn fait coostalé; mais ce qu'il y a de eertarn, c'est que Jb qisec^ion de safoir s'il ne cemvenait pas d'appeler le vainqueur d' Hc^enlinden dans les rangs de la coalî'tion, et de le donner pour compétiteur à Napoléon, fut longuement débattue aux conférences d'Abo(i). Maintenant, Moreau vint-il en Europe sur l'appel d'Alexandre on de Bernadotte? C'est evh core là ufi point historique qui ne peut s'éclaircir que par indu-ctions. Mais il n'est pas exact, comme (mavoola l'établir , que ce général eut quitté l'Amérique de son propre mou^emeni, pour venir oITrir son bras et ses talents aux ennemis de son pays. Voici, en effet, ce que Bernadotle écrivait à Moreau, uae heure après avoir reçu la nouvelle de son arrivée éans un port suédois.

,« Grabow, 3 aott 1813.

«r II y a peu de tempa que je reçus la lettre que • vous m'écrivîtes de l'Amérique. Vous me laissiez » entrevoir que voire départ était procliain, quoique > subordonné à quelques notions que vous alten- » diez incessamment. Celle qui m'annonce votre ar- » rivée à Gûtbenbourg, vient de me parvenir et m'a

(t) Y«ir «hapiife XI, p«ge 159,

330 HISTOIRE DE BBRNADOTTE,

» fait le plus grand plaisir. Je m'empresse d'envoyer » auprès de vous l'aide-de-camp général du rot,

> M. le comte Gyllenshold , pour vous porter mes

> félicitations sur votre heureuse arrivée et vous » assurer de toute la satisfaction que j'éprouve d'è- » (re à même de vous renouveler l'expression des » sentiments que vous m'avez toujours connus pour » vous. J'ai du plaisir^ à petnser que le général Mo- » reau sera avec le prince royal de Suède, ce qu'il » fut toujours avec le général Bernadette.

» Le motif qui vous a porté à passer sur le con- » tinent, est celui qui anime les puissances du Nord. » Malgré la justice de notre cause et l'opinion favo- 9 rable qui nous précède, nous ne nous dissimulons » point que les ressources immenses dont Tempe- » reur Napoléon peut disposer, sont de nature à » rendre la lutte meurtrière et difficile à terminer. » J'espère néanmoins beaucoup de la réunion des » forces que les alKés ont mises en mouvement. Je 9 vais hâter mon retour à Stralsund, pour y jouir du » plaisir de vous embrasser et de vou^ communi- » quer tout ce que la politique présente d*intére$- 9 sant dans ces circonstances. »

Peu de jours après eut lieu, à Stralsund, Fentrôvue de Bernadette et de Moreau. Après une sépa* ration de dix ans, ces deux généraux de la République se retrouvaient sur la terre étrangère, luttant de liaine et d'émulation, pour frapper au cœur cette

France à laquelle ils (levaient tout, naissance, ri chesse, honneur et gloire.

Rernadotte développa longuement son plan de campagne à Moreau qui ne l'approuva pas. Le gé-* néral en chef de l'armée du Rhin voyait de graves inconvénients dans une ligne d'opération tracée entre la Baltique, TElbe et le Weser, au milieu de placée fortes encore occupées par l'ennemi, et n'ayant d'autre point d'appui que Stralsund. Moreau pensai! aussi que Berlin' était irop rapproché des avantpostes français, pour songer sérieusement à défendre cette capitale. De son côté, le prince royal de Suéde ne se dissimulait aucun des dangers de sa position militaire; il savait qu'elle était périlleuse, contraire à toutes les règles de la stratégie , mais justifiée par de puissantes considérations politiques. Selon lui, il devait tenir constamment sous sa main le nord de l'Allemagne; « car, supposons, disait-il, quelque grand revers, vous verriez un sauve-qui-peut universel, des paix précipitées, des engagements trahis, des alliés sacriiiés. » Moreau persistant dans son opinion, c Soit, répliqua Bernadette, militairement parlant, vous avez raison ; mais c'est comme prince suédois que je tiens à garder la ligne de Stralsund : triomphant ou battu , elle me conserve le chemin du Danemark, et c'est là que je dois chercher la Norvège ; c'est là qu'au pis-aller je trouverai mon dernier allié, l'Angleterre. Enfin je ne suis pas

3S9 HISTOIRE DK BERNABOTTE,

tenté de finir ma carrière dans les marais de la Po* logne, ou comme Charles XII à Bender ; car, enfin, je ne vous le dissimule pas : perdre mon armée et me barrer le retour en Suède, ce serait perdre l'avenir de ce paya. »

Tout le système de Bernadette, ses incertitudes, ses craintes , ses espérances étaient dans ces deui phrases. Moreau se tut , mais , après quek|ues in* stants de silence, il ajouta : « Je vous dois la vérité, je pense que vous serez battu. »

La jalousie s'était déjà glissée dans le cœur des deux généraux. Bernadotte lui-même a déclaré ^e Moreau, se croyant destiné au commandement en chef de la grande armée de Bofaème^et voulant concentrer toute la guerre sous sa main, n'avait désapprouvé son plan de campagne que par amour-propre et rivalité.

D'accord pour déchirer le sein de la France, ces deux hommes étaient déjà sé|)arés par Tambition.... ^ quelle ambition , grand Dieu !

Quels sont donc ces nouveaux Coriolans armés contre leur patrie ? Quelles persécutions ont-ils à lui reprocher? Quel ressentiment légitime égare leur raison et tourmente leur âme? Sont -ce des 90ms historiques, de vieux aristocrates, que le courroux populaire a jetés, pauvres et malheureux, sur les grands chemins de l'Europe? Ont-ils vu les hôtels de leurs pères marqués a la craie rouge^

CfiARLES XW. 323

leurs manoirs féodaux réduits en ceodre? Sans douie que, saisis d'un affreux désespoir, ils ont fui réchafaud ou la lanterne, ji travers mille périls et mille cris de mort, pour aller chercher une pierre où reposer leur tôte proscrite ? .. . Non , Bemadotte et Moreau sont deux enfants de la basoche, que la Révolution a tirés du néant , pris par la main et conduits à la plus haute fortune ; les faits et les principes contre lesquels ils se révoltent, sont les faiis et les principes qui firent leur puissance ot leur illustration d'hier; la terre sur laquelle ils vont porter une guerre abominable , ne les a fiimais comblés que de bienfaits^ et le grand homme dont ils demandent la tête, a couronné celle de Tun et refusé celle de tous les deux au bourreau.

Après avoir joué un sot rôle dans les événements du 18 brumaire, Moreau avait reçu, du premier consul, ie commandement de la plus belle de nos armées ; rentré dans ses foyers , couvert des lauriers d'Hohenlinden, il avait entendu Napoléon proclamer cette victoire, comme Tune des plus glorieuses qui eussent illustré la valeur française (1); et lorsque, sans griefs personnels, sans passion politique, jouet de Tintrigue de deux femmes, le républicain Moreau, trop faible pour attaquer le pouvoir de front, trempa dans une conspiration royaliste, contre l'au-

(1) Voir pièces justificatives, n« 29.

torîté et la vie de Bonaparte (1), avec Pîchegru qu'il avait dénoncé au Directoire, avec Georges Cadoudal qui le méprisait, avec les Polignac qui ne l'estimaient pas, quelle fut, après tout, la vengeance de Napoléon? 11 ouvrit à Moreau les portes de son cachot, acheta ses biens, les paya chèrement, et lui rendit la lil)erlé d^ conspirer de nouveau.

Bernadette avait moins encore que Moreau , le droit de se plaindre de la France et de l'Empereur. L'ingrate patrie de cet obscur sous -officier, en avait fait, en quelques mois, un général, un minîslre, un homme opulent et célèbre. Napoléon, dans sa toute-puissance, l'avait élevé à la dignité de maréchal de l'Empire, de grand-feudataire de sa couronne, de prince millionnaire; et, après a\oir couvert dix fois de sa miséricorde, ses intrigues et ses complots, il avait permis qu'une antique couronne tombât sur la tète du soldat parvenu, quoiqu'il pressentît que Bernadotie serait une de ses fatalités.

Voilà les reproches que les transfuges de Stral-

(]] Le 15 février 1804 Moreao fut arrêté. Le 17 Tordre général de la garnison de Paris portait : «i Cinquante brigands ont pénétré dans la ca>

• pitale ; Georges et le général Pichegru étaient à lenr tête. Leur arrivée » avait été provoquée par nn liomme qui compte encore dans nos rangst , » par le général Moreau , qui fut remis hier à la justice nationale. L( ur

* projet, après avoir assassiné le premier consul , était de livrer la France w aux horreurs de la guerre civile et aux terribles convulsions de la » cootre-révolutiony etc. »

sund avaient le droit d'adresser a la France et à Napoléon. Et , cependant , attelés tous les deux au char de la coalition, ils vont se montrer au monde tels que la nature les a faits : ingrats, médiocres, vaniteux, sans cœur, et sans foi.

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