CHAPITRE n
Beroâdotte itommé, poor la aeeoode fois, général eo chef de l'ariDée d'Xta* lie. — Poorquoi il refuse ce commaDdemeDt. — 11 prend celui de Tarmée d'observation du Rhin. -— 11 est nommé ministre de la guerre. — SitnatioD des armées françaises à cette époque. ^ Promesses bypec^ boliqnes du nooveau ministre. — Premiers actes de son administration* — Ses plans de campagne repoussés par les généraux. — Impulsion iàkprimée par loi aux opérations militaires. — Ses principes démocratiques réduits à leur propre valeur. — fieraadotle et le duc d%ngliien. — JBemadotte quitte le ministère. — Sa conduite au 18 brumaire. ^ Dernier effort de son républicanisme. — 11 ne refuse aucune des faveurs dont le comble le premier consul.— 11 est nommé commandant en chef de l'armée de l'Ouest. — Sa conduite dans la Vendée.— Il trempe dans une conspiration militaire contre le gouvernement consulaire. — Il revient à Paris et se trouve compromis dans on autre complot. — Indulgence de Bonaparte. — Parti des généraux et des sénateurs. — BeruaéoUe aamnié gouvemaur-général de la Louisiane et puis ambassadeur aux ÉtatH-Vnîs. — Bemadotte, Gérard et la sibylle.
Au mois de pluviôse an VII (janvier 4799), la rupture avec r Autriche étant imn^incnte, Bernadette fut nommé, pour la seconde fois, général en chef de rarmée d'Italie. Mais Tltalic retentissait encore du grand nom de Bonaparte, et l'héritage de cette gloire immense était un fardeau difficile à porter. Bernadette, qui comprenait celte difficulté, présenta au gouvernement un mémoire dans lequel , — après avoir cherché à établir que l'armée d'Italie ne se composait que décent trois mille hommes, Français ou alliés ; que la police et les garnisons des places en
96 HISTOIHB BB BUUfABOTTE,
absorbaient cinquante mille, et qu'il n'en restait que cinquante-trois mille pour agir offensivement sur l'Adige et lier les mouvensents de l'armée d'Italie avec ceux de l'armée d'Helvétie, — il demandait vingt mifle soldats de plus, à tirer ou de l'intérieur de la France ou de l'aji^mée de Naples* Céiaâi décliner/soos on prétexte spéeîetix , imerespMMbtUté accablante. « Quoique Fennemi ait cent mille hom- » mes» je crois, disait Bernadotte, qu'avec soixante- 1^ dix mille Ffasçai8> ou auxiliaires je U forcerai » dans ses positions. Xhrs j^armerai les Flênitiens, » j'arriverai sur Tlsonzo,. et je poursuivrai ma » marche sur VieBOte (i). b
Napoléon a réfute , dans ses Mémoires , cette évaluation des forces françaises en Italie, à L'époque ou le comaainden^ot ea fol offiort à Bemadoite. « Alors, dit TEmpereur, il y avait en Italie, cent » dix mille hommes français,, indépendamoient des » Piémoniais, des Polonais^ ^ Cisalpin», Romaioset » Napolitains. Bernadotle se crut, avec raison, ia- » capable de diriger cette armée : il fut donc bien » conseillé (2). » Quoi qu'il en soit de l'incapacité relative dont le captif de Sainte-Hélène frappe tro|> sévèrement Bernadotle, on peut,, sans insulter à la gloire de ce général, penser qu'il recula devant
(1) Màmires pour servir à Vhistoire de Charles XIV /ean, rai de Suède.
(2) MAiMires de Napoiéon, 1. 1, p. îl3.
CHARLES xrr. 27
ks eskigtme» tomàAMw qui s'aUaeluiFeiit aB com- Minilnirnt de l'armée d'Italie.
Le Direetoire persista à ii*aeeorder que cinquante ■BBe boDMMS , et Bemadolte dcmna sa démission CDflféemnt cpie • Torenneet Bonaparte lui-même ^aecaieoi bcittos a^ee use telle armée! » L'armée d'telîe fiit battue eirelfet; mais c'était Seberer qui h comaModaity et non pas Turenne on Bonaparte. Abrs Beraadotte aHa prendi^, sur le Rhin, le corn- ■mideoEi^ ée l'armée d'observation, et ravitailla lo«t d'abord lea forteresses dépioraMement négligées par le gouvernement directorial. Il releva les ouvrages extérteursdeMayenceet d'Erenbreistein, et fil oœuper Manbeim par le général Ney. Mais , alteint d'un crachement de sang qu'il attribuait aux fctàgoes d'une longue guerre, il dut bientôt à abandomier son oommandement , pour venir se faire soigner è Paris.
Bermdotte était à peine rétabli , lorsque le Directoire l'appela a« ministère de la guerre; posie émioest qu'il dut surtout aux menées de Joseph et de Lucien Bonaparte, aux yeux desquels, dit un bistorien, il avait acquis asser de renotn et de popularité pour seconder le projet de porter leur frère à la tête du gouvernement. Quel^ que fussent les motirsqui frisaient agir los frères du général de l'armée d'Orient, il est certain qu'ils suggérèrent à Sièyes Tidée de remettre le portefeuille de ki guerre à Bernadotte.
28 HISTOIRE UE DEHNADOTTE,
C'était peu de temps après ia révolution du 30 prairial. La lutte prolongée des factions avait portéà leur comble les maux de la patrie; le désordre était partout et les revers de nos armées égalaient les j^alamités de Tintérieur. Nous avions perdu l'I* talie; nos soldats, réfugiés sur les Apennins, luttaient péniblement pour protéger nos frontières contre les insultes de l'ennemi; quelques marches encore et l'étranger donnait la main aux révoltés du Midi; la Suisse était rentrée presque tout entière sous la domination impériale; la frontière du Rhin était à découvert, la Hollande défendue par seize mille hommes seulement, et la Belgique prête à nous échapper. De plus les armées de îa république étaient en proie à tous les besoins, nos camps étaient sans approvisionnements, nos arsenaux vides et les coffres de l'État épuisés. Les conseils législatifs étaient, comme le Directoire lui-même, composés de partis opposés, sans homogénéité , et Sicy es , en entrant dans le gouvernement, avait pu dire qu'il fallait sauver la république, si on ne pouvait sauver ia constitution (1).
Telle était la situation au dehors et au dedans, lorsque Bernadotte accepta le ministère de la guerre. Tous les détails de sa courte administration ne sauraient entrer dans le cadre de ce livre. Nous dirons
(0 Bistoire de la RévoMion, iwr Tliiers.
CHARLES XIT. 29
seulenoent que le nouveau ministre commença par tout promettre, sans trop savoir comment il tien-drait ses promesses , et sans croire même à la possibilité de leur réalisation. Cette assurance hy|x;r* bolique, trait distinctif de son caractère, se révèle surtout dans ces lignes intrépidement adressées à Brune, le lendemain de rentrée de Bernadette au
minislère: < Annoncez à l'armée de prompis
» résultats , citoyen général ; \os promesses ne se- » ront point déçues : la solde sera alignée, la cava- » lerté remontée, l'artillerie améliorée et mise en » mouYement, la subsistance du soldat assurée. Des » fonds suffisants alimenteront enfin la guerre, jus-
• qu'à ce qu'elle puisse s'alimenter elle-même
> Encore quelques efforts et vous allez rendre la piiv » au monde ! Si vos destinées sont les plus illustres, » ne sont-elles pas aussi les plus douces, quand elles » obtiennent de tels résultats, » etc. (i).
Cependant il faut reconnaître que Bermadotte imprima une direction prompte, ferme et soutenue aux affiiiros de son département, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les gardes nationales furent réorganisées d'un bout à l'autre de la France, et celle force presque improvisée suffit pour contenir les mécontents et arrêter le développement des insurrections du Midi et de l'Ouest. Cent mille hommes
■■ ■ ^ I ■■ IMM ■ ^1M^^— i— — — — ^Itii— — »
fl) Voir pièces jostificatiyes, d« Î.
99 msToias be buiia»otte ,
de nottveUefi lev^, dus dit pMiDÎer dttti deJs^ scription militaire et dont rorgaoisaiîon ^k dqi coincDéocée, fureal dirigés sur nos frontières m* mes, équî^iés et passablemeift hsbîllés. Uneseoem^e salutaire, une ^ergie nouvelle furent imiiriflMées à tous les ressorts du goui^emeineat. A^issi h Fjnaaca ref>rit-<elle uœ ^rtie de «sa prépoodéranee s«r la. rive gauche du Rhin^ en Hollande, en Belgique^ et put -elle maintenir sa ligne défensive des Alpes* L'iinmortelle victoire de Zurich et la dé&iie des Aaglo* Russes, sur le territoire de la république fcâtave , furent les grands événements de cette époque.
Des écrivains dont l'imlépeadanoe pest au moins être suspectée ont fait honneur de ces événements au génie réorganisateur de fiemadotte. Mais la renommée de œ général est assec riche de son propre fomls, pour pouvoir se passer d'une gloire d'emprunt. D'ailleurs les panégyriques ne sont pas plus de riûstoire, que les panégyristes sue seot des historiens. Quant à nous, qui ne neoevons d'im|Milsion que de notre conscience, nous croirions mal honorer la mémoire d'un grand hoaune^ en lui at* tribuant des mérites qu'il n'eui pas.
A répoque de Tavônement de Bernadotèe au mi* nistùre de la guerre, le.Directoira, voulant essayer un nouveau système de guerre ^ lui damaiidn(4)
(1) HiêttHre de la Révolution /rançgisef pêr .Xbiera.
€VAiiL«s xnr. 31
OH phn ée «amp»gfie, qu'H se héta de présenter, mis qui heareusemenl ne fut pas mis à etécution. Rien n'était pffos susceptible de combindisons moftîples, qu'on champ de bataille aussi taste que celm sur lequel on opérait. Au début, on afaît pensé qu'il feilait agir à la fais sur le Danube et en Suisse. Après la bataille de Stockach , on ne voulut plus agir qu'en Suisse et on supprima l'armée du Dancft>e. En ce moment, Bemadotte pensa aatrement ; îi prétendit que la cause des succès des atliés était dans la facilité avec laquelle ils pouvaient communiquer , à travers les Alpes, d'Allemagne en Italie. Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur enlevât le Saint-Gothard et les Grisons, à Taile droite de l'armée de Suisse, et qu'on formât une nouvelle armée du Danube qui reportât la guerre en Allemagne. Pour former cette armée du Danube , il proposait d'organiser promptement Tarmée du Rbin, et de la ^renforc^de vingt nilte hommes enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci, qui avait devant loi toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait être accablé pendant ce revhrement. Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la guerre sur le Danube, mais îlsuffisait de donner à Masséna les moyens de prendre Toflensive, pour que son armée devint elle-même cette armée du Danube. Alors il fallait tout réunir dns ses matas ^ «u lien de f aflhibKr. Dans le plan
de Bernadotte une armée devait être formée sur les Grandes- Alpes, pour couvrir la frontière contre les Austro-Russes du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris de toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes disponibles à Tintérieur, devait déboucher de l'Apennin , et attaquer Suwarow de vive force.
c Ce plan, approuvé par Moulins, fut envoyé aux généraux. Masséna, fatigué de tous ces projets extra- Aiigants, offrit sa démission. On ne l'accepta pas, et le plan ne fut pas mis à exécution. Masséna conserva le commandement de toutes les troupes depuis Bàle jusqu'au Saint-Gothard. On persista dans le projet de réunir une armée sur le Rhin, pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armée sur les Alpes sous les ordres de Championnet, et on envoya tous les renforis possibles à Joubert, qui devait déboucher de l'Apennin. »
Ce dont Bernadotte peut légitimement revendiquer le mérite, c'est d'avoir habilement et vigoureusement secondé, par d'habiles combinaisons et une prodigieuse activité, les plans généraux du pouvoir exécutif. La critique sévère que Napoléon a dirigée contre son administration n'est pas plus fondée que l'éloge sans borne qu'en ont fait ses apologistes (1). L'impulsion donnée par Bernadotte aux
(I) A BeniAdate 6il deai fois minûtre dt la gutne» il nt fil <iiM des
CHAHLES XIV. 33
opératioiîs militaires de la France peuvent se résumer ainsi : Il fit franchir le Rhin par rarraée du général MuUer, investir Philisbourg, menacer Ulm en se portant sur TEns, éclairer les mouvements de l'armée russe qui traversait la Bavière, la tenir en échec et empêcher les princes de la rive gauche de joindre de nouvelles troupes aux forces autrichiennes. Ces opérations avaient également pour but d'aiv peler l'archiduc sur les bords du Rhin, de dégager ainsi Tarmée d'Helvétie et de permettre à Masséaa de prendre roffensive. Le prince Cliarfes, craignant, en effet, de se voir déborder par l'armée du général Muller, s'éloigna des montagnes de la Suisse , à la tète de vingt-cinq mille hommes, et Masséna, libre de ses mouvements, put livrer Timmortelle bataille de Zurich, dont le résultat fut d'affaiblir les lien^ de Ja coalition et de ranimer l'ardeur des légions républicaines. En envoyant à Brune tous les secoui*s dont il pouvait disposer, Bernadette contribua (également aux succès de l'armée de Hollande contre Jes Anglo- Russes à Bergen et à Castricum. Sans cloute il n'était plus ministre lorsque ces grands
• iMtes, il tt'oiigaoisa Hm, et le Directoire M obligé de loi retirer le 3 poftefenille. Il n'était pas ministre quand Masséna décida de la cam- « pagne par la victoire de Zarich à la fin de septembre 1799 : il fut tout < à tait étranger à ces combinaisons. » ( Mémoirei d» Napoléon ^ t. i, P.2J3.)
ai HISTOIRE D« «EHî^ADOTTE ,
•événements s'accomplirent, mais ?l fatit reconfisttre ^lue son 4id min istraliorn les avait préparés'(4).
0«e*ques historiens bénévoles ont prétendu qne BernadoUe, sincèrement dévotié à -la •eowflfCîtiitîon <ie Tan II! , n'accq>ia le minîsftère ^ue pour «o«straire ta France à la dictature de Bonaparte, dont H |)énétraît les projets d'murpation. II avait, disentils, deviné ses vues ambitieuses, «t un des motifs^ qcri le déterminèrent à entrer au pouvoir fui d'éviter que le reilonr du général <>e l'armée d'Égyple neée- \int \vfve »iixM5s9îlé pobHque. Une pouvait ^apporf«r ridée ée roirreftamber sa pairie sms Vantorilé d'^n seul hûmme quel qtCil fût, et tous ses efforts tendaient à former un contre-poids à Finfluoncc de Bonaparte? (2). C'eût été là assurément w\e noble ambition ; «aïs les fmts permettent-ils de la donner pour motif à la conduite de Bernadotle, à l'époque t5ù ce général, dqà allié de la femitte Bonaparte , accepta 4e portefe«ilIe de la guerre des mains du Direttoire? Sans cont-ester la sincérité de ses principes dénie* cratiques en 4790, ne peut-oti pas attribaer sofn acceptation à wii autinc ordre d'idées et d'iniérôls? Examinons. A cette époque Bernadette était encore républicain, et les patriotes trouvèrent un appui
(I ; Voir pièces fiiHIflmlWei, «" >.
(S) Toodiarâ-LtIaiMe: -;- Snepchpédie ée$ yenâ <hi monde ; ^Fù$tet de la Légion d'honneur, etr., etc.
CItARLCS XIV. 35
dans le nouveau ministre : cela est incoRteslafole. Cependanl ce général était beaucoup moins prononcé qoe b plupart de ses collègues de l'armée d'Italie (i). Cl Ton doit se souvenir qu'en arrivant sur le Tagiiafliento sa division croisa souvent le fer avec ks soldats d'Augereau au sujet du mot monsieur que* les officiers de l'armée du Rhin substituaieirt vo~ lontiers au nom de cttoyen. Bernadolte avait une ambi^n inquiète, et que les rapports secrets du Directoire avec Joubert avaient déjà offusquée. Depuis la mort 4e ce général , il croyait qu'on songeait a lioreaa pour favoriser un coup d'Etat; et, en effît, Stcyès a^^^aît fait d'inotiïes tentatives pour associer Horesru à ses|jrojetî5. Toutes oes circonstances excitèrent le mécontentement de Bernadotte et contribuèrent , autant au moins que ses principes po* littques,à lerattaciier à la cause des patriotes.
C'était afi moment où Jourdan (i27 fructidw) iit au\ Gincj-'GeQts la Aimeuse proposition de déclarer la patrie en danger : proposition qui entraînait la levée en masse et un retour aux graiules mesures révolotidnnarres. Et le ^t coinl^ iUue par les pelitiques et défen^lue par les {»: tiiotes, avec une égale ardeur. Les premiers soutenaient <fii'eMe n'aurait pour résultat que d'excrter des crainies exagérées et des agitations dangereuses-; les seconds maînle-
(1; ffisloîrede la Révolutî<m française, par Thiers, t. x, p. 378.
36 UISTOIIIE DE BEBNADOTTË,
naient qn'elle seule pouvait sauver la révolutioa* Dans cet état de choses, on répandait le bruit que, pressé par les jacobins, Bernadotte allait se placer îà leur tête et faire une journée. C'est alors que Barras, Sieyès et Fouclié convinrent, dit M. Thiers, d'arracher à Bernadotte sa démission sans la lui donner, et nous verrons bientôt comment le président du Directoire exécuta ce projet.
A la même époque, le parti royaliste faisait, auprès du nouveau ministre de la guerre, une tentative en sens contraire de celle des patriotes. Chiappe, ancien conventionnel tout dévoué à la dynastie proscrite, se présente un jour chez Bernadotte, et, abordant brusquement la question: « Général, lui dit-il, le régime républicain ne peut » plus se soutenir ; un mouvement général va éclater » dans le but d'une restauration royaliste; le duc 9 d'Enghien, lieutenant-général de l'armée royale, i» est à Paris au moment où je vous parle; je suis » chargé de vous faire connaître l'état des choses; » le prince vous estime ; il est prêt a accepter les « conditions qui pourront vous convenir; d'hors et » déjà , il vous oiTre l'épée de connétable. » Bernadette répondit, sans hésiter, que le duc d'Enghien n'aurait point à se repentir de la confiance qu'il plaçait dans sa loyauté, mais qu'il ne pouvait écouter ses propositions; que pendant trois jours il garderait le secret le plus profond sur tout ce
CHAKLES XIV. 37
qu'il wnait d'apprendre, mais que, ce délai expiré, il ÎDstruirait le Directoire de ce qui se passait. Le duc d'Enghien se trouvail-il réellement à Paris? Bernadotte pouvait le croire ; mais c'est un point historique qui n'est pas encore suffisamment éclairci.
Cependant, Sieyès, après avoir fatigué Bernadotte par «Ae résistance systématique à tous les actes de son administration y résolut de se débarrasser de co ministre incommode. Supposant qu'il lui avait oflert sa démission dans une conversation extraotficielle, et saisissant un moment où Gohier et Moulins étaient absents, il lui écrivit, le 28 fructidor an Yll :
« Le Directoire, citoyen ministre, d'après le vœu » c|ue vous lui avez si souvent manifesté de repren* j» dre votre activité aux armées , vient de vous rem-
> placer au ministère de la guerre. Il charge le gé- » néral de division Millet-Mureau du portefeuille de » la guerre par intérim : vous lui en ferez la re- » mise. Le Directoire vous recevra avec plaisir,
> pendant le séjour que vous ferez à Paris, pour » conférer sur les objets relatifs au commandement t qu'il vous destine. Le président du Directoire,
> Sieyès. »
Indigné de cette destitution motivée sur un mensonge, Bernadotte répondit aussitôt : « Je reçois à * i'instdnt, citoyens directeurs, votre arrêté d'hier,
38 HISTOIRfi DE BCANADOTTEy
>28y et la letlre obligeante qui raccompagne... ^ Fous acceptez une démission que je n'ai pas doMs- 9 née. » CeUe lettre se tarfainaît par h demaQde cKi traitement de réforme^ dofit BernadoUe avait, disait-il, aulaAt besoin que de repos. Un arrêté du Directoire du 30 fruclidor lui accorda purement et «simplement son traitement de réforme.
&lais deux des directeurs, Gobîer et Méulins, qui n avaieni été informés de la destitution ûh ministre de la guerre que le lendeoiain du jour où yarrèié avait été rendu , se plaîgiiirent qu'une mesure de celte importance eut été prise sans leur participation : « Vous savez, mes coUègues, leur dit » négligemment Barras, que trois membres dtu Direcn toire peuvent prendre une décision, et que la majo- » rilé fait Ioî.j» Moulins et Goliiersortirest alors dii con«eil,et, revêtus de leur costume officiel, allèreni, accompagnés de leurs gardes d'inmiieur, offrir au miiibtre disgracié une preuve éclatante de leur estime et de leurs regi^îs. La nouvelle de la destiti»tion de Bernadotte fut annoncée aux Cinq-Cents, au luomeBl oà l'on allait voter sur la question de s;vvuÎT si b patrie serait déclarée en dunger. Elle } e&cica une vive rumeur, et le sage Jourdan lui-inén>o demanda que les patriotes jurassent de movrir siu* letirs ekdâes curuhîs. Toutefois celte pro|)osttion fut rejeiée à une majorité de deux cent quaranle-cinq voix contre cent soixante (4 onze, et^ «( le mviuo.
CHARLES XIV. 9t
«jour, du Gohkr, la RépuUi(}«6 perdu, u» boft » général et ua excelkHM mnîotre (1). »
L'événement que nous venons de rapporter se paâsaii tto ittoîs avant le débatqiieitteot àe Boni4)a£le, ooiaeideoctt qui» plw lard, donna iîeu aint partisans de Beriiadotte de r^wdre le iNrait que aa destitu* lioo avait eu pour biH d*e«ilovi$r ua défeod^ir à la Républi<|iie menacée. Maïs BeroadoUe, minisire» eùt-il sérieusement eombattu Vusurpalion du tô bru* n^ire? U est permis de poser cette questioo^ quand on réûéfèbit aux respects empressée dont rex-inÂnistre du Directoire eaviroftna la puissaiice coi^ulaire dès <|ii'elle foi asaise, et a la facilité avec laquelle le sévère^ républicain de l'année du Nord accepta les réconi|>eBse& impériales et les litres monaichîquies. Quoi <]pi'ileii soit, oa ne |)eut nier que le ministère de Bernadette n'ait été un ministèite ré-parafteur et fiécoad ea heureux résultats. Encoro quek|ue tempa^ et cette administration passagère eût néeesMÎremettl exercé une heweuse influence su^ Tenseoible des affaires du paya«
On a écrit qu'on apprenant le débarquement de Bonaparte sur la côte de Provence Bernadotte avait pressé te Directoire d'envoyer le général fugitif devant une commission militaire. La vérité
U) Mémoires de Gohier.
40 IIISTOIRE DE BERNADOTTE,
est que Bernadolte ne se joignit pas aux généraux qui allèrent saluer le retour du héros des Pyramides (1).
Il ne vit Bonaparte que douze jours après son arrivée à Paris; et, dans cette entrevue, îl combattît avec énergie Topinion du général de Farmée d'Orient, sur l'état prétendu déplorable de la République. Mais, pour bien apprécier la valeur de cette opposition, il ne faut point oublier que Bernadotte, s'attribuant l'heureux rétablissement de nos affaires, ne pouvait pas convenir de l'existence d'une situation qu'il prétendait avoir changée. La défaite des Russes en Suisse, le maintien d'une ligne défensive entre les Alpes et les Apennins, lu capitulation des^ Anglais au Helder, la destruction des Russes en Hollande , la dispersion des insurgés de la Haute- Garonne; tout cela, disait-il, était son ouvrage, et tout cela ne constituait point un état de choses qui nécessitât une révolution,. La vérité est encore qu'aussi long -temps que le 18 brumaire resta à l'état de projet Bernadette et Moreau éprouvèrent
(1) «Il y avait une quinzaine que Bonaparte était à Paris, et presque' M tout était déjà préparé, ^rthier, Lannes, Murât gagnaient chaque jour » les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte, par jalousie; Jour- » daoy par attachenoent pour la République; Augereau, par jacobinisme, V s'étaient jetés en arrière et avaient communiqué leurs craintes aux pa- » triotes des Cinq -Cents, mais la niasse des militaires était gagnée. « Histoire de fa Révolution ^ par Tliiers.
CHARLES XIV. Ai
des velléités de résistance. Bernadotte voulut même un instant se faire déférer, par le Directoire, le commandement de la garde du corps législatif et celui de toutes les troupes de la i7« division, pour s^opposer aux manœuvres qui se tramaient contre la République. Le 47 brumaire, Bonaparte lui ayant demandé sa parole de ne rien faire contre lui : — « Comme * citoyen, je vous le promets, répondit-il, c'est-à- > dire qu^en ma qualité de citoyen je n'irai ni aux ^ oisernes haranguer les soldats , ni sur les places » publiques exciter la garde nationale et le peuple. »Mais si le Directoire m'appelle, ou si le Corps lé- «* gislatif me donne le commandement de sa garde, » je marcherai contre ceux qui tenteront de renver- ^ ser illégalement ce qui existe. » Ce fut là le dernier eflbrt du républicanisme expirant de Bernadolte, et Napoléon, dit Ségur, garda dans son cœur le souvenir de cette résistance. Il suivit long-temps des yeux les mouvements de Bernadotte. En résumé ce général n'aida ni ne combàtlil la révolution du 18 brumaire. Il n'accepta point, comme Moreau, la honteuse mission de garder à vue deux membres du Directoire, mais il ne lit rien de décisif pour empêcher Bonaparte de s'emparer de la dictature. Seulement, Bonaparte ayant, après l'expédition de Saint -Cloud, fait arrêter plusieurs membres des Cinq-Cents, qui lui avaient rendu le triomphe difficile, Bernadotte blâma loyalement cet acte
m HISTOIRE DE BERNaDOTTE,
d'autorité et obtint la mise en liberté des rcpublîoaîns arrêtés. Voilà à quoi se borne* son rôle dans les événements des IS et J9 brumaire.
Cependanl^aux yeux du premier consul, une réminiscence d opposition n'avait pu effacer de glorieux services. 1^4 pluviôse an VIII, Bemiadoltefut nommé conseiller d'État et, quelques semaines plus tard, commandant en chef de Tarmée de TOuesl, Il ne refusa ni Tune ni Tautre de ces faveurs; mais il faut ajouter qu'au moment de partir pour Marengo le premier consul lui avait dit: « Si je succombe, » vous vous trouverez à la tète de quarante -mille » hommes presqu'aux portes de Paris.... Dans vos » mains sera le sort de la République. »
On sait quelle était à cette éj^que la situation désastreuse des départements de l'Ouest. Fatiguées de combats stériles, épuisées de sang et de ressources, la paix était devenue pour ces provinces le plus imiîérieux des besoins. Toutefois , quelques chefs s'efforçaient encore d'y ranimer les discordes civiles; et une flotte anglaise, ayant k bord dîxhuk mille hommes de débarquement, menaçait le littoral vendéen. Bernadette repoussa avec succès les débar- <[uements partiels qui furent tentés sur la côte, et dissipa sans effort les bandes, royalistes auxquelles la présence des Anglais avait rendu resi>érance et le couriage. Toutes les sollicitudes du général en chef eurent ensuite pour objet la pacification morale de
CHAEI«£S \1V. i3
la Veodée» œuvre dans l^fueile il se montra plus eoBeilialeur que guerrier /il n'eut à sévir que dans 4)e rares cûrGOoetanees ; et, ]^endant les deux années ile SfMi eoHiDiaiideineat, il n'y eut nulle part des rasseHiblenieBis redoutables.
CependâDl» au quartier-fédéral et aous les *y eux uiéiaes de Beruadotte, s'était préparée une insurrection militaire qui avait des ramideations dans les autres parties de la République. Ce mouvement, à b léèe duquel se trouvai! le chef d'état-major Simou, et qui avait pour princî|>aux agents le colonel Pinoleau commandant le 88"* régiment d'inG[)n' lerîe de ligne, Marbeau aidc^de-camp de< BernadoUe, et presque tous les officiers supérieurs de la gUTDÎsoA de Rennes, fut prévenu, le jour même où il devait éclater, par la fermeté de Mounier ancien membre de ia Constituante et alors préfet du dépar* tement d'Ile-et-Vilaine- Appuyé sur le 79* r«^m)ent, le seul de la garnison qui ne fât point dans le complot, Mounier fit arrêter Simon, Pinoteau et plusieurs antres conjurés, au moment où, sous prétexte d'une revue, ils allaient réunir leurs troupes smr la place d'armes ou Texploeion devait avoir lieu. Marbeau, dans la voiture duquel la police avait saisi, aux portes de Versailles, un ballot de procla- ■tttkms contre le gouvernement consulaire , iut saisi a Paris et détenu onre mois dans les prisons du TeÊBfie. Mais Beraadotte , dont la participation au
complot de Rennes ne peut être mise en doute, était ]>arti depuis quelques jours pour Paris, après avoir adressé à l'armée de l'Ouest une proclamation dans laquelle on lisait : « La paix vous rend à une vie
> plus douce; jouissez dans le repos du souvenir
> de .vos triomphes, et ne perdez jamais de vue que
> l'élan de la liberté vous a conduits. » Paroles qui décelaient un ressentiment mal éteint.
Les deux généraux se revirent sous l'influence de ces événements. L'irritation du premier consul eut sans doute châtié sévèrement la conduite de Bernadolte, s'il ne se fût agi d'un allié de sa famille, dont la punition eût produit un éclat fâcheux pour sa politique. Bonaparte, cédant à cette considération ainsi qu'aux pricrt?s de son frère Joseph, i>ai donna à Bernadette et se borna à lui ôter son commandement. Cependant de nouvelles el graves présomptions ne tardèrent pas à planer sur la tète du général disgracié mais iVnpuni. La conclusion du concordat, le rétablissement des solennités du culte , la grande cérémonie religieuse de Kotre-Dame, pour célébrer la réconciliation de la Fi auce avec l'Église, provoquèrent, on s'en souvient, une grande explosion de mécontentements etde murmures parmi les républicains; une conspiration fut organisée. « Ces réunions insensées, dit un anvcien ministre de la police, avaient pour chef le h général Bernadotle. Quoique allié de la famille
CHARLES XIV. i5
> Bonaparte, il avait assisté plusieurs fois aux réu- » nions où Ton discutait les moyens de se défaire * du premier consul. A la vérité il s'opposait à ce » qu'on lui arrachât la vie, mais il conseillait un » enlèvement a force ouverte (1). » De son côté, M. de Ségur affirme (2) que Bonaparte entrevit Bernadette à la tète d'une conspiration républicaine qui se- tramait contre lui; conspiration qui fut dénoncée par un complice arrêté pour d'autres causes. « Cette » fois, ajoute M. de Ségur, Bernadette était perdu, »si Napoléon eût pu le convaincre (3).» Dans son excellent ouvrage sur le Consulat et l'Empire, Thil)audeau affirme également que Bernadolte fut impliqué dans des intrigues et des complots à l'occasion desquels on arrêta l'adludant- général Donadieuy le colonel Tornier, le général Delmas, et plusieurs autres notabilités militaires. Cette nouvelle conjuration fut découverte à Davoust par le général Oudinot, qui, ne voulant pas cependant perdre ses camarades , leur écrivit en secret de se tenir sur leurs gardes, et stipula avec le gouvernement qu'il ne serait pas versé une seule goutte
(1) Mémoires du duc deRovigo, 1. 1, p. 434. ()] Histoire de Napoléon et delà grande Armée en 1812. (3) « Le premier consol, dit le général €ourgaudf avait pins de. preuves > qu'il n'eo fallait pour mettre Bernadotte en jagement. 11 eut la bonté
• de céder aux inatances de Joseph et de sa femme, il oublia tout; Ber-
* nadotfe n'oublia rien. •
4r6 HISTOIRE »E BERNADOTTE,
de ca^. Tout se borna éomc à qœlques ffxils ordoimé^ sans jugemeiii el sans bruit. L'un des einlés fut même chargé de se rendre à Londres, p^uv y ebservar Uconduile des émigrés, et ce fut lui qui , le premier, appesia ralieBtûin dç la police française Mr le coaipl(»t de Georges Cadaudal*
Cependaïkt Bernadette, sérfeasement iinj^îqué dans la confif>iration d'Aréna ei de Séradri , Ait obli^^ de se disculper. Il demeura prouvé qu'il avait envoyé à Séradii une fiomme de douze oents francs, mais il expliqua cet envoi par le prÎK d'un buste que cet artiste avait modelé pour son conp^be. Cette fois encore, le premier consul jugea prudent de ne point pousser plus avant rinvestigation , et de ne pas divulguer une affaire qui, comproiBettant un membre de ssl Êimi41e, pouvait affiûblir la confiance àm pays dans la stabilité de son pouvoir* Enfin, qoels. que fussent les projets de l'opp^sitiea militaire en Tan IX et en l'an X, soit généno&ité, soit politique, le premier consul jugea convenable de les couvrir d'un voileque l'histoire n'a ])oint •encore entièrement levé. Quant à Bernadotte, voici ce que dit à son sujet une femme célèbre dont ce général fut le héros : « Il se formait, autour de lui, un parti de généraux )» et de sénateurs qui VAHilaient^voir de lur, s'il n'} I» avait qudqms résol^ilions à prendre contre Tusur- » pation qui s'approchait à grands pas« Il proposa » divers plans qui se fondaient tous sur une mesure
« législatif quelconque» rQgardaal (oulaiaire moyen
• conuBe contraire à ses principes. Mais pour une » telle Hiesvre il fallait une délibération d*au mains
• qtt^jues membres du sénat, et pas ua d'eux nV to sak souscrire un tel acte^ Pendant que toute cette »négocialH>A dangereuse se conduisait, je vojais
• souvent le ^néral Bernadette et ses amis; c'était
• l>t«s qu'il n'en fallait pour rne perdre, si leurs des- »seia6 datent découverts... Enfin Bonaparte s'ar- » rèta devant l'idée defrapper le générai Beraadotte,
• soit qu'il eAi besoin de ses talents militaires, soit
• que les liens de iaoïille le retinssent, soit que la » pofMilarfté de ce général dans l'armée française » fût plus grande que celle des autres , soit enfin
• qu'un certain charme dans les manières de Ber- « aadoite rendit diliicile, même à Bonaparte, d'être
• tout à lait son eunemi (I). »
Aiasi donc fiemadotte ne subordonnait le renverMBieni de l'autorité consulaire qu'à une mesure tégislative quelcûmqtte. Pour attaquer Bonaparte , il n'exigeait qu'une déclaration de quelques merolMies du sénat; moyennant quoi ses principes étaient à couvert ! ^ oepeudant ce tribun farouche, qui se laissait combler de titres et de bienfaits par le t} ^ ran, criait ji la calomnie des que Bonaparte, feiW