S HISTOIRE BE BERNADOTTE
n'avait jamais cessé d admirer^ cessait de lui sourire. Enfin Joseph, dîl Thibaudeau, passait sa vie à négocier des raccommodemenis, el le premier consul pardonnait toujours. Était-ce l'amour de la liberté et de la patrie qui inspirait Bernadotte et Moreau ? Se dévouaient-ils au salut de la République, sur les ruines de laquelle Bonai)arte allait rétablir la monarchie?.... Le monde a vu Moreau supplicié par le canon de la France dans les rangs de ses ennemis, et le républicain Bernadotte combattant au milieu des cosaques pour affermir une couronne sur sa tète. Moreau a, toutefois, cet avantage sur Bernadotte que , disgracié par Bonaparte , il ne trahissait pas sa conûance en conspirant contre lui.
Cependant Bonaparte , voulant peut-être jeter Bernadotte en dehors de sa sphère, le nomma g(^* verneur-général de la Louisiane récemment cédée à la France par le traité de Saint-Ildefonse. De son côté , Bernadotte , qui voyait dans cette possession lointaine le siège d'un pouvoir indépendant, accepta avec empressement. Mais la rupture du traité d'Amiens ayant déterminé le gouvernement consulaire à vendre la Louisiane aux États-Unis, la nomination de Bernadotte restait sans objet. Bona- ))arte lui imposa alors l'ambassade de Washington, et cette fois tout était convenu et arrêté, lorsque la frégate qui devait transporter la légation française dans le Nouveau - Monde reçut Tordre de
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conduire le général Ërnoiif ù la Guadeloupe, où venait d'éclaler une insurrection. Un bàiimeiu de l'État, en armement à Brest, fui destiné à prendre Bernadotte à La Rochelle pour le mener en Amérique. Mais à peine ce navire était sorti du port, qu'il lui fut enjoint d'y rentrer pour recevoir à son bord deux mille hommes envoyés à l'armée de Saint-Domingue. EnHn Bernadotte fut otliciellement informé que la négociation qu'il devait suivre à Washington était terminée, et que l'Angleterre venait de déclarer la guerre à la France; double incident qui rendait sa mission inutile. H écrivit alors au premier consul : ^ Je
* vois dans le Monileur que l'Angleterre déclare
* la guerre à la France, j'offre au gouvernement f mes services et mon épée; je partirai demain » pour Paris. > Ce brusque départ, qu'aucun ordre n'autorisait, déplut au premier consul, qui consentit à conserver à Bernadotte son traitement de commandant en chef, mais qui refusa de lui donner une nouvelle destination.
Voici, en terminant ce chapitre, une anecdote |)eu digne, peut-être, de la gravité de l'histoire, mais qui ne sera pas sstns intérêt pour l'étude des personnages de cette grande époque. Un aide-decamp de Bernadotte, aujourd'hui maréchal do France, avait souvent^ entretenu son général des prédictions d'une pythonisse qui jouissait à Paris
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d'une ceirtaine célébrité. Parlant un jour des pinophéties de cette femme : « Maintenant , dit le ce- » lonei Gérard, que tout prend une marche ex-> » traordiiiaîre (c'était en janvier iSOti), it ser»il » curieux de savoir ce qu'elle agrait à nous raeoA- » ter..... Voulez-vous feiire sa ox>nnais6ance ? — » Volontiers, répondit Bernadotlc, » et, le lendemain, les deux hommes de guerre arrivent emsemble chez Toracle féminin. Le colonel présente son général comme un riche négociant qui désire interroger la sorcière sur le sorl réservé à quelqoes opérations commerciales qu'il va tenter sur diverses places d'Allemagne : « Monsieur, dit elle, vo«6 • n'6tes |)oint négociant, vous êles militaire et » même dans les hauts grades. » — Sur les assurances qu'on lui donne du contraire, elle sourit, hoche la tête et continue : « Eh bien,, monsieur, » si vous vous livrez à des opérations de corn- » merce, le succès ne couronnera pas vos entre- » prises, et vous serez forcé de les abandonner pour » suivre la roule qui vous est tracée par le des- » tin. » — Elle reprend les cartes, les examine de nouveau et, paraissant les combiner avec une attention profonde: « Monsieur, poursiMt-elle , non » seulement vous êtes dans les hauts grades mili- 9 taires, mais vous êtes ou vous serez parent de » l empereur. — De quel empereur? s'écrient à « la fois Bernadotte et Gérard. — Je voulais dire
ciiam.es xit* 3f
n du premier consuK.. mais bientôt vous le ter* » rez empereur, n Puis se6 doigts se promènent sur les points cabalistiques; elle parfttt frappée d'une noui^lle li^pn et s'écrie d'un ton inspiré et
solennel: c Oui, il sera empereur mais voilà
» quelques nuages qui vous séparent. » Bernadotte jette un regard d'intelligence sur Gérard. La devineresse poursuit : « il n'a pourtant au- I» cun éloignement pour vous, et vous éprouvez de
» rafTection pour lui Ah! comme son étoile
M monte!... » La \ieille s'arrête un instant et sa figure semble s'allonger de surprise ; puis elle reprend avec force : « Monsieur, il faut éviter de vous
o brouiller avec lui, car il sera bien puissant
> il verra tout le monde à ses pieds.... «t vous, » loin, bien loin de lui, vous serez roi.... Oui, ré- » péta-t-elle, en grossissant sa voix,... vous serez » roi....» Elle se tut, et, comme le silence se
prolongeait : « Hé bien? dit Gérard — Je n'en
* puis annoncer davantage, car je ne vois plus » rien, » et, ramassant avec humeur tout son grimoire et paraissant accablée de fatigue, elle se rejeta dans son fauteuil.
Bernadette et son aide-de-camp étaient entrés chez cette femme, croyant y trouver un sujet de plaisanterie; ils en sortirent sérieux et pensifs. Le général fut d'abord tenté de voir une mystifica tîon dans ce qui venait de se passer; mais l'atla-
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chement et la loyauté du colonel Gérard , lui lirent bientôt repousser une telle supposition. Ils se sont bien souvent rappelé cette étrange scène, que ni le roi de Suède ni le maréchal de France n'ont pu oublier(l),
(1) Mémoires pour servir à f Histoire de Charles XIV Jean.