‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 35 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Repdfie dm botlililés. -> Pnaiicas el forces itqMetivM des araéM bciuigéraotes. — Proclamation de Bernadotte. — Embarras de sa situation.

— n concentre ses forces sur Berlin. — BataiHe de Gross-Beeren. — Regnitr «st écrMé par le nonire. — Fremiers trophées de Bemadotte.

— Il saoYe Berlin. ->-Ofidinot est têmp\àcé par Mey. -— Bataille de Den» newitz. — Bertrand et Tauenzieo.— Faute. — Perte de la bataille. — Premier acte de trahison, de la pai-t des alliés de la France. — Les Prusflieoa aecusent les intentions de Bernadette. -- Ce général passe r£Uw et adrasse one procJaaulion aux. Saxons. — Ses conseils saoveut Biacher et préservent Berlin une seconde fois. — Il se réunit aux autres corps des alliés.

Pour D'awîr point à scinder le récit des graves éT^emeotâ dans lesqtieis nons allons entrer, nous avons racooÉé^ sans interrupiion , les rapports de Bemadotte avee les princes de la maison de Bourbon, depuis, la fin. de iSiâ jusqu'au rétablissement de raiieîenne dynastie sur le trône de France. Reprenons maintenant F histoire du prince rojal de Suéde, WBk mottkcnt où il débarqua sulr le continent g^Bfeaaique pottr se joindre aux ennemis de son pays.

En «NisœtaAft à FaruMstice de Plessiwitz, Napoléon avait commis une faute capitale. Dans les circoBStaoces politiques et militaires où il se trouvait placé, la sufipefi&ion des hostilités ne pouvait pro(i-

1er qu'à ses adversaires. En effet, les forces des alliés, après la bataille de Bautzen, n'excédaient pas les siennes ; il paraît même certain qu'ielles leur étaient inférieures. Or, une nouvelle bataille gagnée par Napoléon eût pu rejeter Tennemi sur la Vistule, et empêcher l'Autriche de se déclarer contre la France. L'Empereur n'ignorait aucun des avantages qu'il y avait, pour lui, à )K)usser avec vigueur les opérations de la campagne, mais le désir de prouver au monde qu'il voulait sincèrement la paix, et l'espoir de la conclure sous rinlluence de ses dernières victoires, l'emportèrent sur toute autre considération. Ce grand homme eut le tort de vouloir se montrer généreux envers des adversaires qui, vainqueurs, ne lui auraient pas accordé une heure de trêve : il négocia quand il fallait combattre. Qu'on ne reproche donc plus à Napoléon d'avoir refusé la paix en juillet et août i8i3. Le guerrier qui savait le mieux profiter d'un succès, s'arrêta devant une espérance de paix, au moment où il avait pour lui l'avantage du nombre et l'autorité de la victoire.

Le 4 juin, fut signé le fatal armistice de Plesswîtz. Il portait que les hostilités cesseraient jusqu'au 20 juillet; qu'on se préviendrait six jours avant de les renouveler ; que les places fortes de Dantzig , Modlin, Zamosk, Stettin et Custrin , seraient ravitaillées tous les cinq jours ; que le front de la position de l'armée alliée serait fixé par une ligne par-

tant des frontières de la Bohême. et passant par PTaflfendorf, Landsliut^le Bobcr Jusqu'à Rudelstadt, Bolkenbain, Striegau et FOder, près d'Ottashin; que la ligne occupée par Tarmée française partirait aussi des frontières de la Bohême, et passerait par SeifiTerholT, Âltramnitz, la Ramnitz jusqu'au Bober, le Bober jusqu'à Lahn , Neukirch sur la Kalzbach , et la Kalzbach jusqu'à TOder. Les pays situés entre ces deux lignes étaient déclarés neutres.

Enfin, après quelques semaines de perfides négociations suivies à Prague sous la médiation de l'Autriche, rarmisticc fut dénoncé, par les alliés , le 8 août 4843, et les hostilités recommencèrentle 47. C'est alors que l'Aulriche se joignit ouvertement à la coalition, et déclara la guerre à la France. Le congrès de Prague n'avait donc été, de la part des ennemis, qu'un leurre habilement calculé, une ruse de guerre, pour donner à la Russie le temps de pousser ses réserves jusqu'au cœur de l'Allemagne ; à la Prusse, d'effectuer ses levées en masse; à l'Autriche, de rapprocher ses armées du théâtre de la guerre; à Bernadette, de réunir les soldats de toutes les nations qui devaient former l'armée du Nord et marcher avec lui contre la France; à tous les ennemis de Napoléon, de nouer des intrigues, de fomenter des complots et d'acheter des traîtres.

Cette œuvre multiple une fois achevée, les alliés présentèrent à l'Empereur un ultimatum inaccep-

38 HISTOIRS DE KANADOTTE,

table, et qui , s\\l eût éU accepté^ ne les aurait {mat empêcliés de oanlinuer la guerre. Cet ultimaïuni, rédigé par le gouvernemeut aaglats qui , dès le i*' août, l'avait transmis a«i général Stewart, soni^ftfésentnnt au quartier-général des alliés, stipulait Tiiidépendaeee de T Espagne, du Porlii^al et de la Sicile, la réunioo de la Norvège à la Suéde, ta r^ constructii^n du royaume de Prusse et de Tea^ire Germanique, la restitution du Hanovre et lacessÎM ■définitive des principales colonies françaises à la Grande-Bretagne, l'abandon de TUalie, de la Hirf* lande , etc.

De telles conditions, exigées nonobstant les der* aières victoires de l'armée française, devaient être repoussées par Napoléon ; elles^ le furent avec calme, dignité, et l'on se prépara à de nouveam combats.

Cependant, quels étaient, au moment où ranms* tice fut dénoncé , la situation , U» pians et les fopoes respectives des belligérants ? Le cadre et la spécialité de ce livre ne comportent pas le dévelop[)eaient complet de la grande lutte qui va se roQvrir ; mais nous devons en signaler les prènctpaux caractères» pour faciliter à nos lecteurs TintelUgeAcedeséipérations du prioce royal de Suède.

Les historiens allemands, qu'on ne saurait accii<ser de ixirtiaiité en laveudr de la France, évakieBt à 4iin million d'Jiommcs , y -compris la laodwker et la

hndfttvrr (1), les Sotoèa réunies contre Napoléon «tie ia Vistule ei lo &kin; et, défalquant de ce dttffi^e la landvher et la landsturai^ ils établissent, d'nne manière irréfutable, qu'à la reprise des liosU*lités, Temp^eur Napoléon se trouvaii en présence d'une armée ennemie double de la sienne. L'Ao^ tridie seule menait 4le jeter trois cent mille hommes dws la balance. Qr , et c'est aujourd'hui un fait aiéré» l'armée française qui ccMubattit en Allemagnet en 1843, ne s'éleva jamais au-dessus de deux cent srâuoite-dix mille baâonneUes , y compris les garnisons des places de hi Yistule, de l'Oder et de l'Ëlbe.

Cette armée se divisait en onze corps d'opération placés sous les ordres de Vandamme à Dresde, de Vietor à Zittau, de Bertrand dans les environs de Luckau^ de Ney prés de Liegnitz sur la rive gauche de la JKalzbach, de Lauriston à Goldberg^ deMar mont sur le Bober près de Buntzlau , de Régnier dans les environs de Dahme, de Ponialowsky à Ziltau, de Macdonald à Loewenberg sur le Bober , et de Saint* Cyr dang les défilés de la Bohème sur les fron^ tières de la Saxe. La cavalerie était conduite parole roi de Naples, ayant mus i^es ordres Latour*Abubourg, Sébastiani , Arrighi et KeUermaan* Mortier^

(1) ft«raNr et scoond hÊt^4t la ailict.

à Gorlilz sur la Neisse , était à la tète de l'infimterie de la garde dont Nansouty commandait la caifalerie. Nous ne comprenons point dans ce déDombrement les corps hors ligne , tels que ceux de Da- \oust sous Hambourg, d'Augereau en Bavière et du prince Eugène en Italie,

Le plan de l'empereur Napoléon, à Fouveriurede la seconde campagne de 1813, avait pour but: i"" Toccupation de Berlin par les armées combinées deDavoustetd'Oudinot; 2^ l'occupation deBreslau par l'armée de Lusace aux ordres de Ney ; 3® Toccupation de Prague par la Grande- Armée qu'il commandait en personne.

Les forces alliées se partageaient également en trois armées principales : celle de Silésie, forte de quatre-vingt mille hommes sous les ordres de Blucher ; celle de Bohême, composée principalement d'Autrichiens et de deux corps russes, commandée par le prince de Schwartzenberg , et celle du nord de l'Allemagne, forte de vingt- quatre mille Suédois, cent mille Russes, Anglais, Prussiens, Hanovriens, Mecklembourgeois, etc., qui obéissaient au prince royal de Suède.

Ce partage des forces alliées en trois grandes masses , avait pour but , quelle que fât celle des armées que Napoléon voudrait attaquer , de faire agir toujours les deux autres sur ses flancs. Ainsi, quand , de Dresde ou de la Lusace , l'empereur des

CHARLES XIV. 4i

Français voudra se porter en Silésie, Blûcjier se retirera sur l'Oder, tandis que la grande armée des alliés s'avancera par le chemin de Dresde; puis, quand il tournera à droite, pour entrer en Bohême, Nûcher le suivra dans les montagnes pour le placer entre deux feux. EnGn , quand il fera manœuvrer ses forces sur la gauche, le prince royal de Suède lui abandonnera le terrain , tandis que la grande année de Bohême marchera sur Dresde et sur Leipsig.

Bernadotte était chargé de défendre Berlin et la marche de Brandebourg. Il avait sous ses ordres les divisions prussiennes de Bulow et de Tauenzien, ainsi que les Russes de Vinzingerode et de Walmoden qui devaient faire tête à Davoust et aux Danois, sur les frontières du Mecklembourg. Le prince royal occupait^ avec ces masses inadhérentes, une ligne d'environ cent vingt lieues. A sa droite, étaient les Danois et les corps français sous les ordres de Davoust; sur son front, les forteresses de l'Elbe, autour desquelles convergeaient les corps de Ney et d'Oudinot ; sur sa gauche, les forteresses de Stettin et de Gustrin, et, derrière lui , Slralsund et la Baltique. On évalue à quatre-vingt-dix mille hommes les forces mobiles que Bernadotte pouvait porter sur les points menacés.

Telle était la position militaire du prince royal de Suède, à l'ouverture des hostilités qui recom-

42 HISTOIRE DE BEBNADOTTE ,

iQencèrenI le 17 aoùl. Dès le 13, il avait adressé à son armée une proclamation dans laquelle on lisait : « • • . . Vous avez été a[^és des bords du Volga,

> des rives du Don, des eûtes britanniques et dûs » monUi^aes du JNord^ pour vous unir aux soldats j» allemands qui défendent la cause de l'Europe.

* C'est maintenant que les préjugés, les rivalités » et les haines nationales doivent disparaître de- » vant le grand but de l'indépendance des nalions.

> L'empereur Napoléon ne peut vivre en paix » avec l'Europe, qu'autant que l'Europe lui est as- 9 servie. Son audace a conduit quatre cent mille » braves à sept cents lieues de leur patrie; des » malheurs, contre lesquels.il n'a pas daigné les » prémunir, sont tombés sur leurs tèles, et trois

> cent mille Français ont péri sur le territoire d'ua 9 grand empire dont le souverain avait tout essayé » pour rester en paix avec la France.

9 On devait espérer que ce grand désastre, effet » de la colère céleste , ramènerait l'emperettr de 9 France vers un système moins dépopulateur, et » qu'enfin , éclairé par l'exemple du Nord et de 9 l'Espagne, il renoncerait à l'idée de subjuguer le 9 continent , et consentirait à laisser la paix an 9 monde; mais cette espérance a élé déçue, et cette 9 paix , que tous les gouverneinents désirent, que » tous les gouvernements ont proposée, a été recelée 9 par l'empereur Napoléon.

» Soldais , c'esl doBc aux armes qu'il fiiiii avoir • peeeurs, ipour conquérir le repos et Tindépen^ »da&ce. Imitez les Français de 1792. L'enaerni t èiml sur leur territoire , ils s'unirent pour le oom- »baUre. Qu'aujourd'hui un (sentiment pareil vous t anime et dirige votrewaleur oontreeehiî qui, après » airoir envahi le sol qui voua a vus nattre, enchaîne » encore vos frères, vos femmes et vos enfants* »

La fausse situation deBerdadotte, ses embarras, H les angoisses de son âme se trahissent dans chacune lies i^rases de cette proclamation. Ce n'est plus là réioquence hardie, q4ioique verbeuse , du général de la République ou. du maréchal de l'Empire ; c'est la parole impie du chef d'une croisade armée oootre le pays ou ii naquit. Cependant le coMir est doulotti'euâenoent oppressé , quaiKl on voit les péni'bieseiforts de ce prince pour mentir à sa conscience lourmeatée par le remords. Comment le même hooiine qmi emploie depuis deux ans toutes les pesfiources<de son génie, pour empêcher la conclusion de la pa4x •entre F Europe et la France ; celui qui» naguère encore , aux conférences de Trachenberg^ présemaîl cette paix comme la fins grande foute fue pussent comnieUre les alliés , la plus grande calamité qui pût affliger l'Europe, ose^t-ildîraque touB les gouvernements désirent la paix et que Napoléao seul la rejetie? Comment la main du soldai de 93 ne sedessècbe*4«elie peint , avant de comparer

les défenseurs du soi e^de la liberté, aux mercenaires cosmopolites que cinq ou six despotes ont jetés sous sa main? Et ces braves contre lesquels il va pousser ses hordes de Germains, d'Anglais et d'Asiatiques, qui sont-ils? Ces mêmes Français de 92, de 93, 96, 1805, 4806 et i809, qui payèrent de leur sang ta fortune de Bernadotte, et sans lesquels le prince royal de Suède fût mort sous-lîeutenant d'un régiment de la vieille monarchie, ou avocat obscur d'une ville de province. Oh ! que cette proclamation du i3 août dut coûter au cœur de Bernadotte ! Mais revenons à- i813.

Convaincu qu'au premier grand revers qu'elle éprouverait, la Prusse serait forcément ramenée à l'alliance française, le prince royal subordonna tous ses mouvements à une extrême circonspection, ne perdant jamais de vue les moyens d'opérer sa retraite en Suède. Il arrêta, comme principe invariable de sa stratégie, qu'à l'exception des troupes employées aux blocus des places, aucun des corps sous ses ordres ne serait détaché de l'armée, à plus d'une journée de marche.

On a vu que les hostilités devaient recommencer le 17 août. Dès le 15, le prince royal avait établi son quartier-général à Postdam; le 18, il le transporta à Charlottenbourg et concentra ses troupes sur Berlin ; le 21 , il reprit ses premières positions et fit ensuite plusieurs marches et contre-marches , dans le

CHARLES XiV. 45

but d'éclairer les mouvements des œrps français que Napoléon réunissait dans les environs de Barulh j et qui s'élevaient à cinquante mille hommes commandés par les ducs de Reggio, de*Bellune, de Padoue et par les généraux Bertrand et Régnier. Le même jour^ 21 août, les 4^ et 7* corps, sous les ordres de Bertrand , de Régnier et du duc de Padoue, s' étant avancés sur Trebbin et Ruhisdorf, pour forcer la ligne d'inondation qui couvrait Berlin, ces troupes attaquèrent la division suédoise du général. Tbumen qu'ils délogèrent de ce poste, après une vive résistance. Abordé de nouveau le 22 et successivement repoussé de plusieurs positions,Thumen fut contraint de se replier sur le corps de Bulow avec lequel il fit sa jonction à Heinersdorf , après dix heures de retraite et de combats.

Dans cet état de choses, Tarmée française menaçait, en même temps, Gross-Beeren et Àhrensdorf. Régnier, qui s'était porté sur Gross-Beeren, enchâssa le 3^ corps prussien^ mais Bulow y accourut avec ses divisions et rétablit le combat qui recommença par un feu d'artillerie dont le succès fut long-temps partagé. Cependant, le champ de bataille n'était qu'à deux milles de Berlin, et, du sort de la journée dépendait le sort de cette grande capitale. Pénétrés de cette importance, les deux partis combattirent avec fureur; mais, écrasé sous le nombre, Régnier dut, après une résistance héroïque, aban-

46 HISTOIRSr »E KMABOTTE,

rfiwier Grass^Beeren à f «imetni , et se reptier sur Tffebbin. Tnehe pièces decsHm», quinze cents pri* MBfiiers presque tous Saxens, et qui le leinleinain passèrent à la solde de la Prusse , fureoi les premiers trophées du prince royal de Suède dan&sa lutte armée contre ta France. Ce succès dA, au surptus, à ce q«e le maréchal Oudînot, s'écartant des ordres tracés par Mapoléoti, a^il improëeraroent Irrré mm centre à Fenmieai, en isoiaiil le 7* corps des if" et ^; ce succès sauva Berlin une première fois. Or, po«r Sernadolte, comme pour Napoléon, Berlin était le nœud stratégique de la campagne, peut-être même cfe la guerre.

Après ce premier échec, Oudinot opéra sa retraite Mr l'Elbe, ei Bernadotte transporta son quartiergénéral à Saarmund. Cependant les pertes essuyées à Groas-Bceren n'étaient pas irréparables, et Napoléon persistait dans le projet de s'emporer de Berlin, CD foisant participer le prince d'EckmuU à cette opération. Alors le duc de Reg^o fut remplacé dam son coo^mamlement, par le maréchal Ney qui reçut ardre de se porter en avant, cl d'opérer un mouvement de flanc qui replaçai l'année sur la route de Dresde à Berlin. De son côté, Bernadotte manœuvra pour couvrir cette capitale menacée de nouveau par les 4«, 7* et 42« corps (1), et pour rejeter

' (I) «Ce ^0 l'on appelait on corps d'armée, 6ou8 les drapeaax deNapo-

CSABLCS XVf. 4?

les Français sur la rive gauche de l'Elbe. II se mit en marche avec l'armée suédoise, el se. rapprocha des troupes russes auxquelles il se réunît sur les hauteurs de Lobessen. Dans la soirée du 5 septembre, Ney , quoique repoussé le 4, avait pris position à Naundorr, Sécha usen et Seyda dont il s'était emparé malgré tous les efforts de Farmée prussienne. Mais, à la suite de ce mouvement et de quelques pertes assez considérables, les troupes firançaises durent se retirer sur Dennewitz qui va devenir le théâtre d'une sanglante bataille, et ou, [>ar l'arrivée subite des Russes et des Suédois, Ney se trouvera séparé do 7* corps qui était au centre.

L'armée prussienne s'était aussi ralliée sur ce point. C'était le 6 septembre. Toutes les relations s'accordent à dire que le prince de la Moscowa ne s'attendait pas à combattre ce jour-là, et que son mouvement n'avait pour but que de doubler la gauche de l'armée ennemie, de masquer Jullerbock et de replacer Farmée dans sa ligne d'opération primitive, dans la direction de Dresde à Berlin. Cependant, parvenu à Dennewitz, le général Bertrand se trouva

Mon, D*éqni valait pas à la force numi'riqne d'une division ordinaire. Cette

reourqae est fort atile pour rintelUgence d'une multitude de narratioas,

- d'allés loipcHfii fai laleiur francise aembkrait s'être c«mpléteiQeDi dé-

itie dans cette guerre désastreuse , tandis que jamais, peut-être, elle

I se montra sous nn plus noble aspect. »

48 HISTOia£ DE BERNADOTTEy

en présence des Prussiens de Tauenzien qu'il a^ait déjà culbutés, quand Bulow, débouchant tout à coup à la tête de quarante mille hommes, rétablit le combat.

Bertrand soutenait héroïquement, depuis plusieurs heures, une lutte inégale, lorsque l'arrivée tardive du 7* corps vint de nouveau ébranler Tennemi. Dans ce moment toutes les chances étaient encore pour les Français. Mais bientôt une fausse charge, fournie par la.cavàlerie du général Lorge, qui fut vigoureusement ramenée par les forces supérieures du général d'Oppen, ayant découvert notre infanterie, le prince de la Moscowa appela à lui le 12'' corps qui ne parut qu'à midi sur le terrain où ses ordres lui prescrivaient d'arriver à sept heures du matin. Cependant, de part et d'autre on redoublait d'audace, les deux corps prussiens pliaient et les Français ressaisissaient l'avantage sur tous les points, quand fiernadotte apparut sur le champ de bataille, avec soixante-dix bataillons russes ou suédois, dix mille chevaux et cent cinquante pièces de canon. L'inter* Yention de ces masses formidables fixa la victoire sous les drapeaux des alliés, et Ney, qui dans cette sanglante journée n'avait pas cinquante-cinq mille hommes sous ses ordres, fut obligé de battre en retraite.

Ce maréchal se retira en bon ordre sur Rohrbeck où il voulait prendre position , se défendre jusqu^à

la Duil et marcher sur Torgau; mais, dit un historien, l'armée française, malheureuse, était blessée à mort. La trahison achevait ce que la supériorité des forces n'avait pu faire. Le V corps perdit tout à coup quelques compagnies de Saxons qui abandonnèrent, sans résistance, le village de Gersdorf aux Prussiens et dégarnirent ainsi le centre de la ligne. Cette désertion laissa dans les rangs français un vide qui, malgré les efforts du duc de Padoue, fut aussitôt rempli par les alliés. En vain, Finlrépide Ney, à la tète des débris de Morand, veut-il résister encore: deux divisions de cavalerie sont sourdes à sa voix et s'éloignent du champ de bataille. Alors, l'armée coupée en deux, se précipite dans des directions différentes : Oudinot sur la roule de Schweinîtz avec le 7' cl le 12*^ corps, et Ney sur celîe de Dahme avec le 4*. Les pertes furent immenses dans la journée du 6, qui coûta aux Français dix mille hommes tués, blessés ou prisonniers. Mais, de l'aveu même des bulletins allemands, celte sanglante victoire ne coûta pas moins cher aux alliés. Le corps seul de Bulow laissa cinq mille morts dans les champs de Dennevritz, et cependant les Prussiens ne comptaient pas des traîtres dans leurs rangs.

Plusieurs critiques ont reproché au prince rojal

de Suède, d'être arrivé trop tard sur le champ

de bataille de Dennewilz. En effet, les Russes et

les Suédois n'apparurent sur le terrain qu'au mo-

50 HISTOIRE DE BERISADOTTE ,

ment ou les Prussiens étaient menacés d'une défaite complète. Or, les Prussiens détruits, la victoire pouvait rester aux Français. Quoi qu'il en soit, Bernadette a expliqué la ienteur de son mou ventent, par la crainte de voir Napoléon déboucher de Witiea* berg au secours du prince de la Moskowa, et par la nécessité où il se trouvait de s'op|)oser à cette diversion, aussi longtemps qu'elle lui parut probable. Il faut reconuailre que celle diversion senibiaît être un des corollaires de la marche des Français sur Berlin. Si elle eût pu avoir lieu , cette capitale eût éié probablement enlevée, et Bernadotle resserré dans un cul-nie-sac entre TElbe, l'Oder, le Danemark et la Baltique.

Cependant, l'absence prolongée du prince rojal, daas cette circonstance critique, fournit aux généraux prussiens l'occasion d'accuser ses intention s Us lui reprochèrent hautement une circonspection qui avait failli les perdre à Dennewitz. Ce qui parait certain^ c'est que, même après cette bataille, les nue nœuvres de Bernadotle furent leiiles et inosnaînes. Cinq jours après sa victoire, il était à Auterbook, et| le i6 septembre, il ne se trouvait encore qu^ deux journée^ de marchedu champ de batailte, tandis que, s il avait manoeuvré avec plus d'audace, c'en était fait peut-être de l'aile gauche des Français» En résumé, Charles - Jean , dit ua historien, ne profita pas de la victoire que venaient <le reflupori^

CHAULES xiy« 31

Tsuenzî^i et fiuiow« Ces deux braves iîetilenants ne purent Tentraîner : on les a comparés à deux guerriers célèbres qui excitaient en France les lenteurs du prince. Ses troupes légères étaient le 8 de bonne heure sous les murs de Torgau. Ce jour-là seulement il se rendît à Juterbock, le 12 à Coswig, le 15 à Zerbst, s'éloignant de Blûcher avec lequel il semblait devoir combiner ses opérations. Alors l'armée française du Nord bordait TEIbe depuis plusieurs jours, et y préparait des moyens de passage.

Après la bataille de Dennewitz , Bernadotte offrit ses services aux ofiicters français qui étaient tombés en son pouvoir ; mais , par un sentiment facile à comprendre, presque aucun de ces braves <ie voulut acœpter les largesses du {)rince royal de Stiéde. Un seul, dit--on, «n profita, celuî^à môme qui, deux ans plus tard , devait déserter son drapeau dans les champs de Waterloo (1). Bernadot4e éorivît aussi au maréchal Ney, qu'ayant appris qu'un de ses aides-de-oamp avait été blessé et fait prisonnier, il venait de donner des ordres pour que «et officier iài traité avec tous les soins que son état exigeait et tous les égards qui étaient dus à là personne a laquelle il était attaché. Cette ietireeùl été parfaitement convenabie, si Bernadotte s'était borné i donner à un ancien frète d'armes vme fjreuvç de son

(i) Le colonel Clouet.

estime et de ses bons souvenirs. Hais il ajoutait: « La confiance dont vous jouissez à si juste titre » auprès de l'empereur Napoléon pourrait, ce me » semble, être de quelque poids pour déterminer ce » souverain à accepter enfin la paix honorable et » générale qu'on lui a offerte et qu'il a repous- » sée(l). » Or, le prince royal de Suède savait mieux <|ue personne que la paix offerte, alors, n'était ni honorable ni sincère , et que lui-même avait soatinu, à Trachenbcrg, qu'il ne fallait point en accorder à Napoléon. Il faut remarquer également qu'à cette époque, la fidélité des lieutenants de l'Empereur était notoirement- ébranlée ; que tous les dévouements étaient fatigués, toutes les ambitions repues, et qu'afCrmer que Napoléon seul repoussait la paix, c'était fournir un nouvel aliment à la défection qui déjà l'enveloppait de tous côtés.

Le 8 septembre, l'armée du prince de la Moskov^a avait repassé l'Ëlbe et s'était reformée sous les murs do Torgau. Charles-Jean se borna à jeter des partis de Cosaques au delà du fleuve, pour inquiéter nos derrières, y provoquer la défection des alliés de la France et se préparer des moyens de passage, comme s'il n'osait le franchir avant l'arrivée des autres armées ennemies. De son quartier-général de Zerbst, il employait toutes sortes de subterfuges pour

(1) Voir pièces justificatiYes, n* 7.

établir des communications dans nos rangs, et pour y faire parvenir des proclamations qu'il envoyait aussi sur nos frontières , par l'intermédiaire d'un négociant de Leipsig, M. Holtrecht qui fut, pour ce chef, condamné à mort par une commission militaire, mais gracié par Napoléon, sur les prières de sa femme et de ses quatre enfants. Les bulletins de Bernadotte étaient pleins de provocations à la désertion et à la révolte. Avec les déserteurs confédérés , les Italiens, les Espagnols, les Hollandais, les Saxons, les Westphaliens, il formait des légions saxonne, bavaroise, anséatique, de l'Elbe et de la Vengeance. Enfin, les parlementaires du prince royal de Suède se présentaient si souvent aux avant-postes de Ney, que Napoléon fut obligé de défendre de les y admettre plus long-temps.

Le 10 septembre Bernadotte adressa aux Saxons une proclamation ainsi conçue :

« L'armée combinée a dépassé vos frontières; » elle ne fait point la guerre aux Saxons, mais » à leur oppresseur. Faites des vœux pour nos » succès qui tendent à assurer à votre gouverne*^ * ment son indépendance. Nous persistons à consi-^ » dérer comme amis tous les Saxons. Vos propriétés » seront respectées; l'armée observera la plus stricte > discipline et il sera pourvu à nos besoins de la » manière la moins onéreuse au pays. Ne quittez » point vos foyers... bientôt de grands événements^

54 HISTOIRE D£ BEBNADOTTE,

» VOUS meUront à Tabri de toute politique ambî- » tieuse. Soyez les dignes descendants des anciens » Saxons... Les Français désirent euviaêoies ren- » trer dans les limites 'que la nature leur a preaeri- • tels. Osez leur dire que vous avei résolu d'être » libres; ces mêmes Français, en vous admirant, t vous engageront à persévérer dans votre noble el » généreuse entreprise. »

Nous verrons bientôt se produire iesconséqoeiiGes de cet appel à la défection de nos alliés; appel qui au surplus n'était que la suite des intelligences secrètes et très-actives, que le prince royal entret^iul avec les généraux de l'armée sa&onne.

Le 23, au moment où, d'après les ordres du ma* réchal Ney, Reynier allait marcher sur Oraniettbaum, Bunau , major saxon, de service aux avaaipostes de Kemberg, passa à l'ennemi avec un bataillon du régiment du roi, ainsi que deux officiers et un détachemeM de cavalerie saxonne. Dès ce momenl, le priace de la Moskowa dat renoncer i l'attaque qu'il avait projetée sur WorltCz. Depuis long-temps il annonçait le daager de laisser ces troupes en première ligne, et il en avait &it la défense formelle au général Reynier (i). Enfin, M. de Bunau, adressant un appel à Tarmée saxonne; pour

(1) Le prince de la Moskowa écriTait (23 et 34) : • Quoi qo*eii dkt » M. le géoéral Reynier, le phis rnavrais esprit règne parmi les généraax.

rengager à suivre son exemple, invoquait le nom de Bernadotte, auquel, disait-il, l'attachement et la reconnaissance devaient lier tous les Saxons.

Le 24, M. de Gersdorf écrivait à ce sujet au prince de Neufchatel, <|u'dprès avoir été informé de cet événement , le général Zeschau s^élait rendu au camp , avait assemblé les officiers , leur avait fait sentir Hnfamie d'une telle action et exigé, de chacun d*eux, un nouveau serment de fidélité à Sa Majesté. Le loyal roi de Saxe adressa aussi, à son armée, une proclamation pleine des sentiments les plus touchants et les plus honorables; il ta sommait de tenir les serments qu'elle lui avait prêtés. Malheureusement ces assurances écartèrent du cœur de Napoléon, toute idée d'une défection possible sur [e champ d'honneur. De là les désastres de Leipsig !

A partir de cette époque, toutes les manoeuvres de Bernadette, sur la rive gauche de l'Elbe, eurent pour but de lier, par l'occupatrpn de Halle, de Querfurt, Eisleben, Bernbourg et Ilalbeistadt, ses mou-

. > Ifà officiers et même les sokials sa&oDS, depuis qu'ils ont la ceriitudâL > qw le prince de Suède fait former «ne légion de déserteurs et de pri- « soniHers d% cette natkm. n est viTement à craindre que tout ne soit

» entraîné et B'oceaBwnae la défectiM de» aulies troupes alliées Je mt-

» me lasse point de rappeler à Votre Altesse Sérénissime, qu'il est atis<k- » lument impossible de faire agir le général Reynier ; il n'exécute ja- » mais les ordres quVA reçoit. C'est , je puis le dire, cette désobéissance

» qoi est caose que l'ennemi a fût un ponâ aar FElbe Je éomaftdt

* que ce général ou moi reçoiye une autre destination »

vements avec ceux de la grande armée de Bohême. Le 28 et le 29 il soutint, avec perte, à la tête du poat de Dessau, divers engagements contre les troupes du maréchal Ney. Dès ce moment, les trois grandes armées ennemies de Bohème, de Silésieet du nord de TAllemagne se mirent en communication , et, manœuvrant sur une immense échelle, elles en- . veIopi>èrent de leurs mouvements Tarmée de Tempereur Napoléon qui , menacé sur ses derrières par les confédérés, avait quitté Dresde le 7 octobre, ne laissant dans cette capitale qu'un corps de vingthuit millehommes, sous les ordres de Gouvion Saint- Cyr. Cependant, cette attitude semblait indiquer que l'Empereur n'était point encore décidé à quitter la ligne de l'Elbe, et qu'il se flattait de revenir à Dresde , après avoir écrasé ses ennemis dans les plaines de Leipsig. En efiet, Napoléon se proposait de tomber sur l'armée de Silésîe, si Blûcher se laissait atteindre; et sur la grande armée de Bohême, si, craignant pour Berlin qui restait preàque sans défense, le général prussien se retirait sur l'Elbe à l'approche des Français. Mais le prince royal qui avait pénétré celte combinaison , détermina Blucher à passer précipitamment sur la rive droite de la Mulde, et à se concentrer entre cette rivière et la Saale. Hélas ! ce fut aussi un Français, le comte Alexis de Noailles, qui remplit cette mission dont le résultat fut d'arracher les Prussiens aux coups de l'armée impériale

CHAnLES XIV. 57

et à une destruclion imminente. Enfin, Bernadolte qui, le 5 octobre, avait franchi TEIbe avec toute son armée, efiectua son mouvement vers laSaaleet se réunit à Blucher dans la nuit du 10 au 11.

Ce rapprochement des deux arméesdeSilésieetdu Nord, appuyées, la première sur Halle et la seconde sur Rothenbourg et Bernbourg, fit échouer les desseins de Napoléon sur la rive gauche de TElbe. Après diverses manœuvres et quelques rencontres dont ce livre ne réclame point le développement, mais dont le but était de se frayer encore la route de Berlin , Napoléon changea brusquement de système et se retira sur Leipsig où il entra le 14 octobre. Tous les corps de l'armée française se trouvaient alors réunis dans un rayon d'une lieue et demie autour de cette ville, sous les murs de laquelle allait se décider le sort de TEurope. Ils formaient encore une phalange de cent cinquante mille braves guerriers, qui, assaillis de toutes parts par trois cent mille ennemis, savaient bien qu'il n'y avait plus pour eux de salut que dans leur courage. Ce jour-là même, Napoléon avait reçu la nouvelle de la défection des Bavarois el de la défaite de Marmont, à Radefeld, pair les Prussiens et les Suédois réunis; événements qui, en l'alarmant sur ses communications avec la France déjà compromises par la Westphalie , le déterminèrent sans doute à se porter rapidement sur Leipsig, et à s'y concentrer

au milieu de tous les soldats de l'Europe armés coutre sa couronoe.

Comme nous venons de le dire, Téchec éprouvé par le duc de Raguse avait permis au prince royal de Suède d'établir ses commcmicalions avec la grande armée de Bohème. Maïs , pour que Napo* léon crftt encore qu'il voulait repasser la Saaie, Bernadolle se porta sur Halle , tourna brusquement sur lui-même, marcha sur Landsberg, arriva le i7 à Breitenfeld et se trouva le 18 , à la gauche de Blucher, sur la Partha, après quatre jours de marches et contre-marches qui lui furent amèrement reprochées par les généraux alliés. Par cela même, que le prince royal n'était, le i6, qu'à trois lieues du champ de bataille de Blûcher, il eût pu, disaient ees généraux, prendre part aux événements de cette journée, ou du moins employer sa cavalerie à servir de réserve à l'armée de Silésie.

Quoi qu'il en soit, le prince royal de. Suède prie position, le 17, sur les hauteurs de Breilenfeld, réuni aux corps de Blûcher et du prince Guillaume ée Prus^. Nous dirons, dans le chapitre suivait, la part qui revient à Bernadette dans les résultais de ces fatales journées où le sort Se l'empire français va être à jamais décidé.

Page 1