CHAPITRE m
Prélimioaîres de la bataille deLeîp<tîg. — Journée du 16 et du 17 octobre. -* But des ailiéa. — Fatal e^Kiir de Napelëon. — Poaitioii de l'amée fraoçaise dans la soirée do 17. — Plao d'alla<|ue d<fl alliés.^ Berna» dotte daos la nuit du 17 au 18. — Remords. — Apparition soudaine de BIncIker et du prince Guillaume de Prusse. — Ils viennent scruter le cœor de Bernadotte. ^Conversation curieuse. — Surveillance orgaaitëa aotoor de Beinadotte. — Coaunent il s'en venge. — il prend fon parti et va combattre. — Bataille de Leipsig» — Coup d*œil sur les opérations générales. — Défection des Saxons. — Les fusées à la Congrève. — Lotte entre Ney et Bemadotle. — Résoltat de la journée du 1 8. — Noit do 18 an 19. — OombaU dans Leipaig. ^ Nouvelle trabison. — Prite de cette ville. — Catastrophe du pont sur TElster. — Retraite de l'armée française. — Bernadotte et le roi de Saxe. — Bernadotte et les priaoMier» français.— DoDiera BMts éè Sishnaa.
L'influenoe^ilu prince royal de Suède suc fesévé- Hienis qui |iKeèdenl, aYaii^préparé la ehute de NafoléQn..£Qeombatlant dans les diamps de Leipsig, lerBadolte va consommer la ruine de T Empire. Avant lA bataille du 18 octobre, la Franee conservait enceve le prestige de sa force , et ses adversaires fêôsaîeiit i peine enftndre quelques cris de victoire; après le grand désastre du 19, le prestige s'évanouit, el VEurope poussa un long cri de vengeance contre le grand homme et le grand peuple qui l'avaient si senveni humiliée.
Dès ce moment, l'ambition de nos' ennemis ne se bornera plus à vaincre Napoléon : elle demandera la France à déchirer ; et la sanglante victoire qui exaltera les haines et les espérances de la coalition, sera l'œuvre d'un Français , le prix d'une trahison infôme.
Racontons la participation de Bernadotte aux événements des 48 et 19 octobre ; disons les coups terribles qu'il porta à son pays dans cette journée fatale.
Les événements du d6 n'appartiennent point à ce récit. Rappelons seulement que, quoique la victoire fût mal caractérisée, les avantages de la journée étaient restés aux Français. Après dix heures d'une lutte effroyable, les deux armées conservaient presque les mêmes positions qu'elles occupaient le matin; et les alliés bivouaquaient assez loin des points où ils avaient combattu, pour qu'on pût croire qu'ils se retireraient pendant la nuit, comme ils s'étaient retirés après les batailles de Lutzen, de Wurschen et de Dresde. S'ils n'avaient pas attendu des renforts, cette retraite était inévitable. Dans tous les cas, ils avaient perdu vingt mille hommes et manqué leur but principal , celui de couper la retraite à Napoléon sur la Saale, de s'emparer de Lin^ denau, de s'avancer sur la Pleiss et de marcher sur Leipsig.
Le succès de cette combinaison eût probable*
ment entraîné , dès le 16 , la perte de Tannée française dont, quoi qu'il advint, la retraite paraissait désormais assurée, par l'éloignement , de la rive gauche de l'Elster, des troupes de Giulay et de Merweld rappelées sur la rive droite, pour couvrir les derrières des alliés. Quant aux troupes de Napoléon, elles avaient conservé toutes leurs positions de la veille; elles s'étaient même emparées, sur Textrémité de Taile droite de l'ennemi, des hauteurs connues sous le nom de retranchements suédois , à Torient de Liebertwolkwitz , entre la Pleiss et la Parlha(l). L'occupation de ce contrefort, qui commande le terrain entre les deux ruisseaux et sur lequel l'armée française avait établi sa première ligne, rendait sa position de combat meilleure que celle des alliés. Le 8"* corps et le A' de cavalerie étaient à Dœzen , le 2* entre Wachau et Âvenhayn ; celui d'Oudinot en avant de Wachau, le 5* en avant de Liebertwolkwitz , Mortier dans les bois de ce nom, le il* dans ceux de Gross-Possnau, en arriére de SeyiTerlshayn, sur le Kolmberg et à Klein- Possnau, les 1" et 5« corps de cavalerie , en arrière du centre de l'armée, et l'Empereur, avec la vieille garde, entre Mensdorf et Dœzen. Napoléon, en occupant Leipsig, tenait séparés les corps des alliés qui.
(1) Un grand soiiYenlr m rattachait à ce champ de bataille: c'était relui où Gtt.<tavc- Adolphe avait baitu Tilly.
réunis, pouvaient l'écraser. Il lui était encore poesil>le de déboucher sur chacun d'eux et les battre isolément. S'il était battu, la base de l'ESèe, qu'il n'avait abandonnée qu'à des considérations polHtques, lui présentait l'apfiui de Torgau et de WHlenberg d'où , rappelant à lui les !*■ et 2« corps, Farmée de Davoust et les garnisons de l'Oder et de la Vîstule, il pouvait revenir sur le Rhin a^ec des forces imposantes. Enfin, les pertes des Français, dans la journée du 16 , étaient de beaucoup inférieures à celles des alliés, et lorsque la nuit sépara les combattants, la fortune du lendemain semblait pix>mîse aux aigles impériales , si Napoléon , dont tous les bataillons se trouvaient réunis, eût reoummencé k combat avant l'arrivée des renferls qu'aitendaient ses adversaires. Mais l'Empereur «onoeiv vait encore l'espoir de les diviser par des n^ookitions secrètes, quoique avant la bataille du 16 il eâi ioulilement demandé une entrevue à Schwarteen* bei*g(l); et, au lieu de les attaquer à la pointe àa jour, il en^'ova le général autrichien MeerweM, [Mrts la veille par <lurial, demander une suspension -d'ar^ mes à François II.
L'ancien négociateur de Leoben et de Campo^ ' .«••.•■•,...., . ■—■»...■. , i....« ■ ipi,
(1) £tant aux avaot-postea de Liebertwolkwilz, Napoléon Ai d^miaiMier, par le major-géoéral, une eotre^ue au prince de Scliwartzenberg. On répondit au partementaire français que le généralissime ne se trooTalt pas là, et qu'au reste ce n'était pas le moment de négocier.
CHARLË6 XIV. OS
Fdraiio (1) devait représenter à son maître, qiie ce o'étaîi pas trop de l'Autriche et de la Fraiice pour arrêter le débordement d un peuple à demi nomade, aéceâsairemeot conquérant et dont l'immense empire s'éteadait déjà depuis le Niémen jusqu'à la Chine. Du reste Napoléon se résignait à ious les sacrifiées que «on beau-père avait demandés à Prague, et^ i^our gage de la sincérité de ses intentions, il ofli^it d'évacuer l'Ailemagne et de repasser le Rhin , avec toutes ses forces. Merweld rcloorna au quartier-général des alliés, plein du désir de voir cesser les hostilités. Mais là étaient les cliefs de t'oiigaixhie européenne, Aberdeen, Cathcart, Metteruich, Siadion, Nesaelrode, Hanienberg, d'Ansteit, qui voulaient continuer la guerre jusqu'à la chute de j'Empire. Les ouvertures de Napoléon furent donc repoQSsées par l'Autriche, mais le temps perdu pour lut avait profité à ses ennemis. Pendant la ifh rée de ces malheureuses négociations , les réserves des alliés étaient accourues sur le diamp de bataUle.
TMitelbis, s'il est permis aujounl'hui de dépforer œlte fiitaJe tentative, il l'est beaucoup moins d'en Gondaffluier les fndifs. Napoléon venait d^apprcndre la véritablesituation desaffiiires. Les rapports lesplus
(1) l.egéaéfirt Mcrrwclds était, en 179d, im des oégociateurs audiàLealHB.
défavorables. lui arrivaient de tous côtés. L'année était exténuée de fatigue et frappée de rimmensité des forces ennemies qu'elle avait vues se renouveler sans cesse pendant la bataille. Les parcs, épuisés par d'énormes consommations, manquaient de munitions pour livrer deux batailles. La confiance du soldat était toujours la même, mais son ardeur était fatiguée. Le plus mauvais esprit régnait dans les états-majors. Les généraux, inquiets et dégoûtes, ne se battaient plus que par devoir; il en était même |)armi eux qui avaient déjà séparé leurs intérêts de ceux de la France, et l'Empereur n'ignorait pas que Murât, qui commandait en chef sa cavalerie, avait, depuis le mois d'avril, des engagements secrets avec* les alliés. Enfin, il n'était plus permis décompter sur le dévouement, ni même sur la lojfauté des soldats ctrangeis qui combattaient dans nos rangs. D'un autre côté. Napoléon, fermement décidé à la retraite, ne pouvait la commencer avant l'arrivée du 7* corps ei du grand quartier-général dont il ne recevait aucune nouvelle, et il fallait dissimuler cette intention aux alliés, pour avoir le temps de porter au delà de Leipsig et du détilé de Lindenau , une armée suivie de vingt mille chevaux , de six cents pièces de canon et de nombreux équipages ; une armée ébranlée dans son organisation physique et morale, et dont une partie n'aspirait qu'à passer à l'ennemi. Devant quatre armées, prêtes à nous prévenir sur la nve
gauche de TEister et de la Saale, il fallait dérober le projet de cette retraite, non-seulement à la connais* sauce des alliés , mais encore à celle de plusieurs misérables prêts à trahir ce secret important (1). Enfîn, le i7 octobre Napoléon n'avait plus aucun doute sur la marche de Tarmée austro-bavaroise, que les souverains pouvaient rejoindre par Ilmenau et Schweinfurt , pour se porter ensuite sur le Rhin. Il savait aussi que les armées de Pologne et du Nord , commandées par Beningsen et Berna* dette, allaient, dans la journée, doubler les forces des alliés. Or, en présence de ces graves intérêts, on conçoit que Napoléon, dominé par la nécessité, ait essayé d'entamer une nouvelle négociation, sinon dans l'espoir d'obtenir la paix, du moins pour se procurer un temps que les circonstances lui rendaient si nécessaire. Mais, rassurée par Tarrivée de Beningsen, de Colloredo et de Charles- Jean , enhardie par un pacte sacrilège avec les auxiliaires qui
(1) « Il fut présent dans la nuit de diriger les parcs 8ur le dé6Ié de Lindenaa et de rapprocher les corps de Leipsig. On dissinmla aalant que possible tout ce qaî ressemblait à une retraite. Malheureusement le major-généraly confident obligé des desseins du grand capitaine, crut devoir exagérer certaines démonstrations» pendant qu*H négligeait les plus nécessaires. 11 faut attribuer à cette erreur l'inactiTitii dans la construction des ponts, le refus d'éloigner les batteries de réserve et d'acheminer les
parcs A Leipsig, à Weissenfels, à Freybourg, le prince de Neufcbâtel
repoussait ceux qui allaient provoquer les ordres qu'il aurait dû donner,
en disant que TEmpereur ne songpuùt qu'à reprendre l'offensive. » (Ptiet.)
combattaienl dans nos rangs, informée, par des traîtres, des ordres que donnait Napoléon pour la construction de cinq ou six ponts sur la Saaie et sur l'Elster (4), sachant, enfin, que de Wrede et ses Bavarois menaient de se mettre en mouvement , la coalition se décida à courir les chances d'une seconde bataille.
Bernadette qui , comme nous l'avons déjà dit , n'avait pris aucune part aux événements du 16, et qui, dans la soirée du 17 au 18, pressé par lord Steward, s'était enfin réuni au corps de Blûcher sur les hauteurs de Breitenfeld, arriva dans la nuit, poussant devant lui les Saxons de Reynier avec lesquels, chemin faisant, il négociait la grande trahison du 18. Beningsen, amenant une nouvelle armée russe, parut de bonne heure sur le terrain , et Colloredo y parvînt à midi , avec une division autrichienne.
La journée du 17 s'était écoulée sans combats, si l'on en excepte une luUe assez vive des troupes de Sacken contre la division Del mas sur le Bas- Rielschke, et quelques rencontres entre les hussards
(1 } « M. Odier, sous-inspedenr aux revaes de la garde impériale, a dit plo- « sieurs fois quM était présent lorsque, dans la matinée, l'Empereur ilonna » l'ordre à un général d'état major de suivre la construction des ponts» et » le chargea spécialement de ce travail. — M- Fain, tome II, p. 415, dit » qu'à la môme heure ?îapoIéuo ordonna d^établir, dans les marais Toîsins, » quelques nouveaux passages qui pussent faciliter la traversée de ce long » défilé n
CBAKLES XIV. 67
russes et la cavalerie du duc de Padoue campée aux environs de Praffendorf. A midi tout élaît leniré dans une paix profonde , el les forces opposées avaient repris leurs positions respectives, à uue grande portée de canon les unes des autres. Pendant cette journée sombre et pluvieuse , on s'occupait , de part et d'autre, à parcourir les lignes, à remplacer les munitions consommées, à réparer les armes, à réorganiser les compagnies décimées Ità veille, à distribuer des vivres, panser les blessés ei transmettre des ordres; Tout, dans cette activité silencieuse, respirait une préoccupation solennelle et l'attente d'un choc terrible. Dans la sqirée, Na* poléon ordonna aux divers corps d'armée de se concentrer davantage sur Leipsig, rétrécissant son arc de cercle et abandonnant les villages de Wachau et do Liobertvolkwilz, alin sans doute de donner plus de si>lidité à ses coloanes, et de se lier plus ibrtement avec sa gauche. Il prit Probsthe^da pour point central et se plaça, avec sa garde, entre ce village et son aile droite établie sur la Pleiss. A minuit, une vive fusillade s'engagea sur toute la ligne. A deux heures, le mouvement rétrograde commença sous un torrent de pluie; les divers corps vinrent se former en colonnes, derrière DoelitiK, Dœsen, Ziegelscbeun et Holzhausen, les postes restant en présence de l'ennemi pour lui masquer ces dispositions.
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68 HISTOIRE DE BRRNABOTTE,
Vers la gauche, Ney prolongeait sa ligne jusqu'à Paunsdorf.
Que se passait-il alors dans le camp des alliés? Vers minuit, un officier saxon, trompant la surveillance de nos avant-postes, avait porté aux souverains l'avis du mouvement de retraite de Tarmée française, et la nouvelle assurance que tous les confédérés étaient prêts à passer dans leurs rangs; mais il ajoutait que si Napoléon n'était pas attaqué le lendemain, il allait entraîner en France les régiments allemands. Alors seulement fut arrêté le projet de recommencer la lutte avec le jour. Cependant, les lenteurs de Bernadotte, ses violentes discussions avec Blûcher, le refus de celui-ci de se rendre à une conférence au quartier-général de Charles-Jean, inspiraient toujours des craintes sérieuses aux généraux de la coalition, et il fut convenu : l'que le prince royal ne serait informé que dans quelques heures, de la résolution qui venait d'être prise de livrer bataille ; 2* que Blûcher prescrirait secrètement à Bulow et à Winzingerode de franchir la Partha , près de Mockau , même sans les ordres de Bernadotte, s'il hésitait à les donner; 3"" qu'à cinq heures du matin, Blûcher se rendrait, avec le prince Guillaume de Prusse, au quartier-général de l'armée du nord , à Breitenfeld , pour y étudier les dispositions du prince royal de Suède , concerter leurs mouvements, ou prendre tel au-
tre parti que réclameraient les circonstances.
Le plan des alliés était d'assaillir de trois côtés la ligne circulaire de Napoléon. Au sud , par deux grands corps composés : le premier, de Russes et de Prussiens conduits par Wittgenstein et Kleist; le second, de Félite autrichienne sous le prince de Uesse- Hombourg. Ces deux corps, destinés l'un à attaquer le centre de l'armée française, l'autre à déloger Poniatowski de la Pleiss, devaient opérer sous les yeux du généralissime de la coalition. A Test, les Français devaient être abordés par Beningsen, ayant sous son commandement les Russes, les Autri* chiens de Klenau et une division prussienne; au Nord, par le prince royal de Suède et l'armée de Silésie.
Des confins de l'Asie aux mers de l'Atlantique, des pieds du Caucase aux montagnes de Bohême, des soldais, de toutes les races, de toutes les nations, ont été mis au service des ressentiments de Bernadette qui va pousser ces hordes au cœur de sa patrie.
Le jour où la couronne de Napoléon doit être brisée vient de se lever. Mais, avant de raconter quelques scènes de ce grand drame, disons ce qui s'était passé, dans la nuit, au quartier-général du prince royal de Suède.
Dans cette nuit suprême, l'âme de Bernadette s'était émue au souvenir de la France. La terre qu'il
70 HISTOIRE l>E BEBNADOTTEy
va désoler est celle où fut son berceau , celle où reposent les cendres de ses pères. Les guerriers qu'il va frnpper sont les soldats de la république et de rero|)ire, qu'il commandait h Spire, à Mayence, i Prémonde, sous les murs de Saint-Quentin , à Undrecies, à Fleurus, a Maestricht, à Juliers, à Mo»tabaor, au Tagliamento, à Gradisca, à Austerlitz, k Lul>eck, è Liebstadt et à Wagram. Les généraui qu'il doit combattre à outrance furent, tous, les compagnons de ses travaux et de sa gloire, les instruments de sa fortune. Là, sont Ney, Marmont, Oudidot, Reynier, Souham, Compans, Delmas, 1^tour-Maubourg, Rochambeau, Bertrand, Laurisloa, Vial, Dumouliers, ses amis d'hier, ses frères d'armes de vingt ans. Ceux-là peuvent dormir, car ils ne «ont armés que contre des ennemis ou des traîtres, et s'ils doivent succoml>er, cesem du moins pour leur pays. Mais lui, Bernadotte, suspect à ses alliés, odieux à ses compatriotes, il est, à lui seul, toute une défection. D*un côté, une sainte cause et des tré{)as glorieux ; de l'autre, une lutte sacrilège et les malédictîons étemelles de la véritai)(e patrie, la pairie où l'on naquit.
Bernadotte était dans un de ces moments où rhomfue a besoin de mourir pour satisfaire sa conscience, lorsque, entre quatre et cinq heures du malin, un bruit d'armes et de chevaux Tarracha loul à coup à sa {profonde mébno^îe* C'élaîeol Blôcb^
elle prince Guillaume de Prusse, qui venaient, une fois encore ,• sonder les replis de son âme. Frappé de l'abaltement du transfuge , et devinant les an*goisses de son coeur, le vieux Blûcher lui tend la main et lui dit : < Eh bien , prince I le soleil va bien* » lût éclairer; il faut l'espérer, la ruine de votre 9 plus cruel ennemi, de l'oppresseur de l'Europe,. »du tyran qui, à Erfurlh, proposait à l'empereur » Alexandre (1) de s'emparer de ce royaume de 9 Suède sur lequel Votre Altesse Royale est appelée » à régner. Savez-vous^ prince, que c'est une belle » destinée que la vôtre: la postérité dira que si.
(1) Pour alarmer Beroadotte sur les intentions de Napoléon àTégardde la Soède, et l'entraîner plus facilement dans la coalition, le cabinet russe lai vnàt ftît dire, par madame de Staél, qu*à Erfort l'empereur dea Fraaçais «rait proposé à Alexandre de partager la Suède entre le Danemark et U Rossie, et que cette question était demeurée réservée. Rien dans l'histoire de cette époque ne confirme la Térité,ni même la probabilité, de cette proposilÎMi. Cependant Remadotte en était oa feignait d'en être oonTaincu. Dana une explication entre M. Alquier, ministre de France à Stockholm, et le prince royal de Suède, en août 1811, ce prince déclara au diplomate français qu'il était résolu à faire de nouvelles levées, parce qu'il devait se prémunir oontre Vexécntion d'an projet entamé par l'Empereur, à Erfurt, pour le partage de la Suède. « Vous pouvex loi dire , ^oata Bernadotte,
> que j'en suis informé et que je saurai me dérejidre. » Pressé sur l'origine de cette croyance , il se renferma dans de vagues réponses. « On en était • iastrvit à Pétersbourg, dit-il ; et là les femmes savent tout. Du reste»
> que l'Empereur cherclte dans sa mémoire quelle est la personne titrée » qui a eo connaissance de la proposition au'il a Taite. » Il faut se rappela qne, déterminé à ne point remplir ses engagements envers la France, Bamaiotte avait besoin de prétextes pow ks violer.
» méprisé par la cour de Versailles, le grand Eugène » ébranla le trône de Louis XIV, méconnu, outragé » par Napoléon, le prince royal de Suède brisa la » couronne de ce tyran; car nous la briserons,.... » n'est-ce pas , prince ?. • ..
» — Messieurs, répondit froidement BérnadoUe, * la Providence seule a le secret de Tavenir; mais » ce qui dépend de nous , c'est de sacrifier nos af- » fections à nos devoirs. Les miens sont clairement » tracés, et ma résolution est inébranlable; occu- » pons-nous dos opérations de la journée, b
Alors, il fut arrêté que l'armée du Nord se porterait sur Taucha; que, dans ce mouvement, elle se lierait, par sa gauche, aux troupes du général Beningsen , et que le corps russe de Langeron serait placé , pour la journée , sous les ordres du prince royal de Suède qui franchirait la Parlha à Taucha.
Puis, des commissaires de chacune des puissances vinrent successivement se ranger aux côtés de Bernadotte. Les parrains de l'apostat devaient surveiller leur néophyle jusque sous les éclats de la foudre. Autour de lui se groupaient ces généraux diplomates, célèbres courtiers de trahison , qui , depuis dix ans, sillonnaient l'Europe en tout sens pour y semer des haines contre la France, des complots contre Napoléon. C'étaient l'Anglais Steward, le plus implacable de nos ennemis; le Russe Schutelen, qui noua les
premières iuteliigences eotrc Bcrnadotte et Alexandre; le Corse Pozzo di Borgo, qui porta jusqu'au Tanatismeraversion de son pays et des Bonapartes ; le Prussien Kruzemarck, Tun des plus ardents insligateurs de la défection de Frédéric Guillaume, et TAutrichien Vincent, associé à toutes les intrigues des cabinets européens.
Cette tyrannique précaution sortait des insultes communes, et Bernadotte , profondément blessé des inquiétudes qui Tenveloppaienl , se vengea de ses observateurs, en les traînant plusieurs fois sous les feux de la mitraille (1).
Cependant, cet homme a pris son parti. Au senliment delà patrie, qui naguère l'a remué jusqu'au fond des entrailles , a succédé une sombre énergie ; il va combattre et déployer dans une longue et sanglante lutte, ce génie guerrier et ce courage militaire qui, en l'absence d'un héroïque dévouement, peuvent, hélas! s'allumer aux plus mauvaises pas-
(1) « Les généraax Schutelen , Steward, Vincent) Pozzo di Borgo et Knnemarck , oommissalres des puissances coalisées, assistèrent aax opérations de rarmée du Nord dans la jouroëe du 18. Le prince royal tint plasieors heures ces militaires diplomates sous le feu le plus vif; peutêtre, par cette raison, se crurent-ils autorisés à hasarder quelques conseiU stratégiques. Son Altesse Royale les entendit sans se mettre en peine d*y déférer. Enfia^ one fois, la tacUqae inopportime de ces memieufs ayant impatienté le prince, il s'éleva sur ses étrîers, et, renforçant sa voix, il dît, avec un coup d'œil non moins impératif que son accent : Qu'on se taise; seul id je commande: qu'on obéisse.» (Toncbard-Lafosse.)
siens, et se montrer destitués de toute moralité.
L'arrivée du prince royal de Suède dans la position de Breitenfeld, avait comploté le grand réseao qui, dans la soirée du 17, enveloppait Leipsig au nord, à l'est et au sud, et ne laissait d'autre issue à l'armée française que du côté de l'ouest, pour gagner, par Lindenau, la Saaie et la chaussée du Rhin.
Informé de cet état de choses, Napoléon monta à cheval à une heure du matin, et, prenant pour pivot le village de Connewitz, il fit exécuta, dans l'ombre et le silence, un changement de front, la gauche en arrière. Le but de ce mouvement était de serrer de plus près la ville de Leipsig, en rétrécissant encore l'ordre de bataille. Après avoir visité les bivouacs de Ney à Reùdnitz , ceux de Bertrand à Lindenau, exploré les environs de la chaussée, fait pratiquer quelques passages à travers les marais voisins , ordonné la construction de plusieurs poBis sur l'Elster, visité Stœtteritz pour reconnaître les mouvements de Schwarlzenberg, et donné des instructions à Mortier, Napoléon était revenu sur la hauteur de Thonberg, où se trouvait la garde et où il prit position près d*un moulin à moitié ruiné par les boulets.
Huit heures sonnaient à la cathédrale de Leipsig* quand les trois armées ennemies s'ébranlèrent si-* multanément sur trois points dillërents.
Dœseu, Mensdorf, le bois de Gross-Possoaut
CHARLES ÎIV. 75
les ponts (le Holzhausen et le monticule de Ziegelscheun, venaient d'être abandonnés par les postes français qnî s'étaient retirés lentement, après avoir tiré quelques coups de canon. Alors les armées ennemies traversèrent le champ de bataille du <6, et s'arrêtèrent de nouveau , comme pour attendre des ordres. A. neuf heures elles se reportèrent en avant, etie combat s'engagea aussiiôtsnr toule la ligne, depuis Raschwiiz et Dœlitz jusqu'au delà de Baasdorf.
Quelques mots seulement sur les opérations du centre et de l'aile droite : ils sont nécessaires à Tîntelligence des événements qui s'accomplissent à l'aile gaoche où commande Bernadotte.
Trois colonnes de la grande armée de Bohême , commandées par Beningsen , Barclay de Tolly et le prince de Hesse-Hombourg, marchèrent, la première sur Holzhausen, la seconde sur Wachau, la troisième sur Dœlitz et Doesen. Le prince de Hesse- Hombourg s'avança sur la Pleiss, et engagea le com* bat contre lés troupes de Poniatowski auquel il enleva le village de DœHlz, après une des luttes les plus acharnées et les plus sanglantes dont fasse mention l'histoire de la guerre. Les Autrichiens, plusieurs fois repoussés par Oudînot accouru au secours des Polonais , s'efnparèrenl des hauteurs de la rive droite de la iHeîss, ou ils se maintinrent toute la journée. A leur droite, les Russes et les Prassiens avaient obtenu quelques succès et poussé
les François jusqu'auprès de Probstheyda : à midi ils se trouvaient en face de Napoléon.
Probstheyda était l'angle saillant de la ligne de bataille. Napoléon y avait réuni de nombreux bataillons de toutes armes, et élevé plusieurs retranchements. Des meurtrières pratiquées dans toutes les maisons, en avaient fait autant de postes fortiflés.
Le S"" et le 5 corps, commandés par Bellune et Lauriston, occupaient ce formidable village dont l'artillerie de Drouot était chargée de défendre les approches. Là eut lieu Tattaque la plus vive, la plus opiniâtre. Napoléon se tenait, avec sa garde, à égale distance du 2* et du 5* corps , prêt à se porter au secours de l'une ou de l'autre. L'importance de Probstheyda était également appréciée par les deux armées, et le prince Auguste de Prusse aborda celle position avec une telle vigueur, qu'il parvint ' deux fois à s'y loger. Mais, attaqué lui-même une troisième fois, il en fut déHnitivement chassé par les Français. Alors, de nouveaux bataTllons russes essayèrent en vain de recommencer cette sanglante lutte : ils furent repousses après un carnage effroyable.
A l'est, Beningsen s'était rué sur Macdonald qui, après lui avoir opposé la plus glorieuse résistance, surtout dans Holzhausen pris, repris plusieurs fois, et enfin incendié, s'était replié sur Stœtteritz, à peu de distance de Probstheyda qu'il défendit hé-
roîquerocnt , contre les attaques réunies de Zielhen et de Beniogsen.
Alors, ce point devient le théâtre de la plus ter* rîble bataille. Une artillerie formidable concentre et croise ses feu?^ sur le village , et vomit la mort dans les profondeurs dos masses ennemies, pressées sur un terrain étroit. S'élançant au delà de Probsiheyda , les cavaliers de Bordesoulle et de Doumerc l>énèlrent au milieu des. escadrons alliés, hachent et culbutent les cuirassiers russes , prussiens et autrichiens. Puis, arrivent, au pas de course, les réservesde Schwartzenberg et les régiments de Giulay ; le combat change un instant de face, et nos soldats, contenus par Napoléon dont le regard mesure toutes les nécessités du champ de bataille, rentrent dans leurs lignes où ils se préparent à une résistance gigantesque. Cependant , l'ennemi com-prend, comme nous, que le sort de la journée est dans Probstheyda, et il Taltaque avec furie. Les ailes des troupes alliées se dégarnissent, pour accourir sur ce point isolé au milieu d'une plaine immense. De tous les côtés de Ihorizon, on voit se précipiter les corps de Wiitgenstein , de Kleist, de Wimpfen, de Klenau , suivis de leurs réserves et appuyés par des masses nombreuses de cavalerie. Ces colonnes viennent se former à deux portées de canon de Probstheyda; Constantin se jette au milieu d'elles pour animer leur courage, et, des hauteurs
de Dœsen , Alexandre et Frédéric- Quillaume les excitent de leur présence. Bientôt, les alliés loarchent sar Probstheyda qui se troave presque renfermé dans un cercle de feu et de fer; mais les canons de Drouot, les prenant d'écharpe, les ravagent dans tous les sens ; elles viennent se briser contre les baïonnettes françaises et reculent épouvantées à l'aspect de nos aigles. Hevenus de ce choc , les ennemis tentent un dernier effort ; mais, repoussés encore, ils rétrogradent et abandonnent cette épouvantable lutte.... Toutes les troupes qui formaient le centre des deux armées se trouvaient massées entre les positions de Stœtteritz et de Probstheyda, lorsque les ombres de la nuit s'abaissèrent sur celte grande destruction et mirent iin au carnage. . Tels étaient , à sept heures du soir, les résultats de la journée, au sud et à l'est de l'ordre de bataille. Les vaillants défenseurs de Probstheyda venaient d'acquérir une gloire immortelle, mais la victoire était demeurée indécise , et les détonations de l'artillerie ne retentissaient plus que comme les derniers bruits de la tempête. C'est là que Vial et Rodiambeau moururent de la mort des braves.
Pendant ce temps, que s était-il passé au delà (le Leipsig et sur les rives de la Partha, où se heurtaient les armées de Bernadette et de Ney , de Blucher et deMarmont?
ISey était chargé de défendre toute la ligne,
cbârles xiy. 79
depuis te corps de Macdonald jusqu'à la Partha, 'fiiisani face aux deux armées du Nord et de Silésîe. En quillant Breitenfeld , le prince rojfai de Saède avait manœuvré pour tourner la droite du prince de la Moskowa, ei aborder la grande armée psr la roule de Taucha à Leipsîg. Cependant rien encore ne s'était fait entendre de ce côté. Blûcher, qui doutait de Bernadette, s'était mis à la tête du corps de Langeron , pour accélérer et surveiller de plus prés les mouvements du prince royal de Suède. Les deux armées, de Bernadette et de Blùcher, franchirent la Partha sur deux points et à des mo* ments différents : Blûcher à Mockau, entre dix et onze heures du matin; Bernadotte à Taucha, à une b^re après midi. Au lieu de passer le ruisseau près de Schœnfeld, en présence de Ney, Charles* Jean avait fait un détour de trois lieues, pour aller la franchir à Taucha, où il était attendu par des Saxons. En apercevant les têtes de colonne de Blûcher, Ney opéra un changement de front qui compléta la ligne circulaire formée autour de Leipsîg par l'armée française. Parvenu 4e premier sur la rive gauche de la Partha, avec les Russes de Langeron, Blûcher dirigea le général Palhen contre Taucha que les Français avaient enlevé le matin aux Cosaques. Mais la défense de ce poste avancé était conflée à des chevau-légers saxons et wur- (embergeois , qui formaient l'avant - garde de
Reynier, et qui , en voyant déboucher de I^eutzseh la cavalerie russe , s'avancèrent comme pour la charger et passèrent dans ses rangs. Nos braves croyaient d'abord que ces indignes alliés avaient été pris (1), et ils ne les accusaient que de lâcheté. C'était pourtant le prélude d'une trahison en masse, le premier résultat de la proclamation du 42 octobre et des incitations souterraines du prince royal de Suède. « Ce jour là , dit un de ses panégyristes, » il recueillit le fruit de la proclamation que le » prince de Ponte-Gorvo avait adressée à ses braves « Saxons, après la bataille de Wagram. » Quel fruit et quelle bravoure ! !.. Cette action infâme fut punie sur-le champ : honteux de ses nouveaux alliés, Blûchér leur refusa Thonneur de combattre et les renvoya sur la rive gauche de la Partha , où ils ne pouvaient plus trahir personne.
(1) « On doit y dit un biographe acquis à Bernadotte, présumer, d'apiès » les dispositions politiques de ces alliés de Napoléon, qu'ils n'opposèrent » pas une grande résistance aux troupes russes. » — Non-seulement ils n'opposèrent aucune résistance à l'ennemi , mais ils coururent à sa mcontre et occupèrent >d ans ses rangs le poste d'aTant*garde, qu'ils Tenaient d'abandonner dans les nôtres.
On lit aussi» dans une relation écrite sons l'iofloence et dans l'intérêt de Oliarles-Jean : « Si, pour rendre hommage à la vérité , l'on doit oonTesir » que la défection des Saions et des Wudembcrgeois détermina le soeoès, » il faut ajouter que l'attachement porté par ces tcoupes au prince royal, » leur général m 1809, fut pour beaucoup daos leur action que cet atta- » chement ne justifiait pas. »
Cependant y Sackcn , précédé d'une nombreuse arlilierie, marche sur Pfaffendorf etsurles premières maisons du faubourg de Haile, que défendent les Polonais deDombrowski. Ces soldats intrépides opposent une \ive résistance aux assauts de l'ennemi ; mais ils vont succomber quand la division Pacthod , de la jeune garde, accourt à leur secours. Les bataillons prussiens se brisent>3lors contre cette barrière de baïonnettes, et leurs boulets seuls atteignent Leipsig.
H était une heure quand les tôtes de colonnes des Russes et des Suédois, conduits par lierna- (lotte, apparurent sur le terrain, venant de Taucha , de Grasdorf et de Seegeritz. Ney courut audevant de ces nouveaux ennemis. Il trouva Reynier qui, averti par la défection de la cavalerie saxonne, avait replié ses troupes derrière Sellerhausen, et placé le corps saxon en réserve, derrière la division Durutle. Malheureusement , le fougueux maréchal, irrité d'avoir perdu Paunsdorf, ordonne à Roynier de déployer ces misérable^, et de reprendre cette position éloignée de la ligne française sur un terrain découvert. Reynier s'explique et résiste à cet ordre que Ney fait exécuter par Durutte. Un premier bataillon se porte en avant et est bientôt suivi par le corps tout entier. Dans ce moment, l'armée française était dans une altitude respectable, et se battait avec gloire contre des forces
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doubles des siennes. Nej el Reynîer défendaient héroïqucmenl le terrain, contre les troupes réunies du prince royal, de Bûbna, de Bukyw el de EHatow, lors* qu'appelant à son aide le géme destrucleur de rÂ&- * gleterre, Bernadotte ordonna à one compognie de r>> quetiers anglais, commandée par ke capitaine Boyae, de kocer des fusées incendiaires au milieu de nos carrés. Celte opération infernale fut dirigée par lord Steward à la salisfaclionparliculière du prince rotfùl (Bulletin suédois), el ces projectiles inconnus à nos soldais, jetèrent de Tétonnenient au milieu de ces braves dont quelques rangs se rompirent. C'est alors que l'armée saxonne, qui avait dépassé la ligne française , s'élança au pas de course vers la pbce de Paunsdorf, et passa à l'ennemi avec ses drapeaux, son artillerie et ses bagages. Pour comble d'in- &mie, à peine furent-ils dans les rangs de Bernadotte, que ces lâches soldats tournèrent leurs canons contre la division Durutte. « Je viens de cim- » sommer la moilié de mes munitions pour tes Fran- » çaiSy}e vais employer Vautre emtreeuXj * disait froidemeiH le commandant de kior arlillerîe. Et effet, naoins généreux que Blûcb«r, Bernadotte, dont quelques batteries étaient encoi*e en arrière, -fit entrer les Saxons en ligne , et se servit de tears boulets eootre ses amis et frères. Bienlôl, aussi, la eavalerie wurtenibergeoise suivit l'exempte des Saxons,, et passa aux alliés. Cette double déserlioB
8ar le champ de bataille produisit, même chez les Russes et les Prussiens, un sentiment général d'indignation et de dégoût. Quant k nos soldats, elle ne fit qu'exeiter leur rage : tous demandaient à poursuivre ces traîtres au milieu des rangs ennemis.
Cependant la désertion des Saxons et des Wurtembergeois laissait un grand vide entre le 7 et le H* corps de la ligne française; elle rendait impossible la conservation de Paunsdorf, et, chose plus grave, elle procurait aux alliés les mun'tions dont ils commençaient à manquer pour alimenter leurs feux. Bemadotte cueillit, dans ce moment, une palœe sans gloire. Menacée sur ses deux flancs par Langeron et Bulow, désorganiséepar la mort et par la trattison, la division de Durutle dut abandonner Paunsdorfà l'ennemi, et se replier sur la ligne do Ney qui venait de se former par masses en échiquier, entre Sehœnfeld et Selierhausen.
En résumé, rédait à quatre mille hommes , resté seul devant l'armée suédoise et le corps russe de Winzingerode, assailli par trente mille soldats et une formidable artillerie, Reynier, après avoir enlevé Kobigaiten à la tête de la division Delmas, était obligé de céder le terrain aux alliés qui s'avançaient vers Leipsig , lorsqu' in formé des dangers que courait cetle partie de sa ligne, Napoléon accourut de Probstheyda vers Reudnitz, avec une division et quelques escadrons de sa garde, et rejeta sur Sehœnfeld
rennemi qui, touchant déjà aux premières maisons de Wolkmarsdorf, menaçait le grand parc et les derrières de Schœnfeid et de Probstheyda. Prenant alors Toffensive contre le prince royal , l'Empereur reprit le village de Paunsdorf et força Bulow à se replier. Mais, secouru par une forte colonne de cavalerie, le général prussien parvint à ressaisir sa position. L'inlrépide Del mas venait de recevoir le coup mortel, en combailant au premier rang (Te sa division.
En apprenant la défection des Saxons et des Wurtembergeois , Napoléon avait détaché Nansouty, avec la cavalerie de la garde et vingt pièces de canon, pour prendre Bernadotte en flanc et déborder l'armée combinée. Nansouty se jeta résolument sur l'ennemi qu'il força à se retirer; mais, arrêté en face par l'armée suédoise et les défectionnaires saxons, assailli en même temps par les troupes de fiùbna , de Bulow et du prince de Hesse-Hombourg, il dut fléchir devant ces masses profondes, et leur abandonner, après une lutte désespérée, les positions de Stunz et de Sellerhausen.
La nuit vint enfin séparer les combattants et mettre un terme à cette lutte effroyable , dans laquelle Ney, avec quarante mille hommes, et malgré la dé fection de seize mille Saxons et Wurtembergeois, événement le plus funeste de la journée, avait résisté à cent cinquante mille ennemis secondés
par la déreciion hideuse d'une armée entière et par remploi des fusées anglaises, arme inusitée qui, sans effrayer nos troupes, étonna les plus braves.
Cei^endant, tandis qu'une nuée d'ennemis guidés par Bernadette, marchait si laborieusement et si lentement sur les cadavres de nos soldats, Blûcher, docile cette fois aux* inspirations du prince royal, attaquait, avec Tarmée de Silésie, les faubourgs de Leipsig, et manœuvrait sur Halle, pour prévenir les Fraqçais sur la rive gauche de la Saaie, et leur , couper la retraite sur Hersebourg et Weissenfels. Toutefois, même à ce moment, l'ennemi était ou repoussé ou arrêté sur tous les points de l'échiquier. La bataille touchait à sa fm et le moment était arrivé de commencer la retraite de l'armée. Déjà , eiitrc quatre et cinq heures, le l*' corps de cavalerie , les 3'et 5* corps d'armée, le grand parc, avaient reçu Tordre de traverser Leipsig et le défdé de Lîndenau, et ce mouvement s'effectuait sans désordre.
Tels furent les résultats généraux de la fameuse journée du 18 octobre 1813.
L'histoire dira que, malgré ses immenses pertes, l'armée française gagna une bataille défensive, et que son héroïque résistance fut réellement une victoire. Après quatorze heures de combat, trois cent mille étrangers n'avaient pu expulser du champ de bataille, les cent trente mille guerriers de Napoléon ; eisi l'élite de l'armée française fut moissonnée dans
les plaines de Leipsig, les cadavres de soixante mille Russes, Prussiens, Àulrichiens, Suédois él Anglais gisaient à côté de ceux de nos soldats. .
Quant aux hauteurs de Tauclia et au village de Holzhauzen, emportés par Beningsin, ces positions n'étaient défendues que par de fortes avant-gardes qui devaient se replier sur la ligne de bataille. Napoléon ne combattait qae pour assurer sa retraite, et, encore une fois, la plus graïKle partie de l'armée impériale coucha sur unterrain qu'aucun eifoi-t humain n'avait pu lui arracher, et qu'elle conserva jusqu'au moment où, après avoir tiré deux cent cinquante, mille coups de canon, épuisé toutes ses munitions dans cinq jours de combat, et n'ayant plus que dix mille cartouches dans ses caissons, elle dut effectuer le projet, déjà arrêté, de quitter Leipsig. Alors les souverains étaient allés reprendre, à Rotha, la position qu'ils occupaient le 17, et leurs troupes bivouaquaient en arrière des posi-lions où elles avaient combattu. « A la nuit close, dit un historien militaire, l'Empereur demanda ses tentes. La cour fut consternée de cet ordre, car seul il conservait toute son énergie. Personne n'avait répondu. Sur une seconde demande, le grand écuyer s'approcha, en disant qu'elles étaient à Lindenau avec les équipages; qu'il serait fort difficile de les iaire venir; qu'il y avait une grange peu éloignée... • Le major-général ajouta qu'on était fort près des feu-
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bourgs; qu'il avait fait. marquer une maison. ••. L'Empereur voyait la lassitude empreinte sur toos les visages, ii céda; il dicta des ordres pour la rearciie des éqaipages et des parcs, pour continuer réguliôreoient, et avant Taurore, lU retraite de l'armée par échelons. Il recommanda que les corps en première ligne ne partissent qu'au grand jour..,. L'histmre Dc dédaignera pas de remarquer qu'après avoir donné ses ordres, il s'endormit avec «a grand talnie(i). »
Mais, avant de cbrmir, le héros malheureux interroge la nouvelle situation que lui a fiiite ce grand naufrage, et embrasse d'us coup d'oeil toute réieodoe de son vaste empire. Quelques heures suffisent à son génie pour asseoir de nouvelles com* bisaisons. Ses premières sollicitudes sont pour l'arfliée; il traœ les dispositioos oéoe^ires ii la dé* fense des Dsiubourgs de Leipsig, ordonne la co»simctioB de trois ponts sur la PJaiss et les mesuras i |)reDdre pour fadliier la retraite. Puis, il dicte des instructions pour Saint-Cyr à Dresde, pour Lemarrois à Magdebourg, pour Jérôme à Cassel où il doit être rentré, poui* Carra Saint-Cyrà Brème, pour Hogeodorp à Hambourg, pour DavockStsur le Sieck* niiz, pour le duc de Valmy à Mayence, pour tous les eommandaals des garnisons de l'Oder et de la Vis**
(i)l»clet.
88 HISTOIRE DE BERNADOTTK,
iule. Il règle la défense des frontières et la direction à donner à toutes les forces de l'Empire; il envoie ses ordres à Eugène en Italie, aux généraux de Tapinée d'Esp&gne, et à la régence à laquelle il prescrit toutes les mesurés à prendre dans ces grandes conjonctures. Puis il s'endort, quelques instants avant le jour.
La retraite de l'armée française une fois commencée, la nuit fut employée à faire filer, par Lindenau et Lutzen, les parcs , les équipages, la cavalerie de la garde et une partie de l'infanterie. Le corps de Mortier avait franchi le défilé, el.se dirigeait sur Lutzen; l'infanterie, la cavalerie et Tartillerie delà vieille garde avaient pris position devant Lîndenau; Kellermann , Augereau , Victor , Sébastiani , suivaient ce mouvement , et si les ordres donnés la veille par l'Empereur, pour la construction de trois ponts sur la Pleiss , eussent été exécutés, le reste de l'armée aurait facilement trouvé, entre cette presqu'île et l'Elster, une tète de pont inexpugnable..., mais la fatalité en avait ordonné autrement.
Les alliés n'acquirent qu'à sept heures du matin, la certitude que l'armée française battait en retraite. Jusque-là aucune attaque, aucune poursuite n'avait eu lieu. Mais, à cette grande nouvelle, leurs armées s'approchèrent de Leipsig, et fondirent en masse sur cette place. Napoléon pouvait continuer une résistance qui aurait assuré la retraite de
toutes ses troupes ; mais, pour cela, il Tallait brûler les faubourgs d'une ville dévouée. Il recula devant cette nécessité rigoureuse , et se borna à les faire défendre, dans Tunique but de soutenir sa retraite. Alors Macdonaid et Ponialowski s'établirent autour de Leipsig, firent barricader les portes, élever des retranchements derrière les murs des jardins, et se préparèrent à une lutte à outrance.
A neuf heures , Leipsig est attaqué presque sur tous les points à la fois. Au nord, Biûcher rencontre, à la |)orte de Halle, une énergique résistance de la part de l'arrière-garde de Marmont. Reynier dans le faubourg de Rosenthal , Ney dans ceux de Taueha et de Grima , se battent avec acharnement contre les Russes de Woronzow et les Prussiens de Buléw. Poniatowski et Lauriston défendent les faubourgs situés au midi de la ville ; partout l'agression est acharnée, la défense héroïque; si elle peut se prolonger encore deux heures, l'arrière-garde aura rejoint le corps principal, et vingt raille braves seront sauvés. Mais il était dans la destinée de .Bernadette, de porter toujours les derniers et les plus terribles coups^ à sa patrie malheureuse. Ce prince, accourant au moment où la prodigieuse résistance de nos soldats arrête tous les efforts des alliés, se précipite sur les portes de l'est, avec les Prussiens de Bulow et les Suédois de Borstel ; une poignée de Français lui fait face et le contient. Mais
li s'accomplit un dernier acte de trahison : un bataillon- badois abandonne la porte Saint-Pierre à l'eniienii qui se précipite dans la ville ; on se bat de maison en maison, de rue en rue, et, après m carnage sans exemple, les Russes de Woronzowei les Suédois de Bernadotte parviennent enûn à prendre possession de Leipsig.
Alors, du haut des murs de la vieille ville, le feu des déserteurs badois et saxons plonge sur nos soldats qui, disputant pied à pied un terrain couvert de sang et de débris, se retirent en combattant vei^ la grande route, jusqu'au moment où une fatale erreur leur enlève leur unique voie de salut. Prenant nos troupes pour une masse ennemie, un ca|M)ral du génie, chargé de faire sauter le pont en pierre de l'Elster après le passage de notre arrière-garde, le détruit au moment même où die s'en approche.
Vingt mille braves sacrifiés , deux cents pièce» de canon et un matériel immense livrés à l'enneat, notre influence ruinée en Europe, tdies furent les conséquences de cette catastrophe lamentable , (W plutôt tel fut le dernier acte de ce grand drame de Leipsig, dans lequel Bernadotte, précédé parla trahison , fixa la victoire sous les drapeanx des alliés. Le 19 octobre, à une heure api^ midi, Leipsig était au pouvoir de la coalition , et ne renfermait plus de Français, sinon prisonniers, morts ou blessés.
Entré dans la ville, quelques instants avant les autres princes alliés, Bernadotte s'était rendu directement auprès du roi de Saxe, que les désastres de Napoléon livraient sans défense aux rancunes de ses ennemis. On dit que, dans cette cii constance, le prince royal prodigua d* honorables consolations au monarque malheureux ; procédé dont l'histoire doit d'autant plus tenir compte à l'héritier du trône de Suède, que les autres chefs de la coalition ne traitèrent point le roi fidèle avec les mêmes égards.
Vers deux heures, lempereur de Russie et le roi de Prusse firent leur entrée dans Leipsig. Ils ren-contrèrent le prince royal sur la grande place, et le saluèrent du nom de sauveur de la coalition. « Vous » le voyez, dit Alexandre, en se jetant dans les bras » de Bernadotte , nous sommes fidèles au rendez- » vous que vous nous donnâtes à Trachenberg. »
En effet, dans la fameuse entrevue du 10 juillet, Bernadotte avait indiqué les plaines de Leipsig^ comme le point de concentration autour duquel devaient converger les armées alliées , le théâtre où pouvaient se décider les destinées du monde. Les apologistes de ce prince ont vu, dans ce fait, une inspiration du génie. L'homme impartial n'y verra peut-êtrequ'uneconnaissanceélémentairedesgrands événements dont la vaste plaine qui s'étend depuis TElbe jusqu'aux montagnes du Harz,delaThuringe et de la Bohême, fut toujoui-s le théâtre. Charles-
Jean savait qu'à toutes les é|>oques, la configuration do ce terrain si favorable à l'emploi des diverses armes, avait attiré aux environs de Leipsig le^ armées qui guerroyaient entre le Rhin et TOder, et que, par ce motif, cette contrée fut plus souvent ensanglantée que les autres cantons de T Allemagne. Au milieu du tumulte des armes et des entraînements d'une ambition vulgaire, la France avait disparu aux yeux de Bernadotte. Après le combat, son cœur s'attendrit au s|)ectacle de ses frères ^vaincus; il s'occupa de leur sort avec cordialité, visita les hôpitaux, prodigua aux blessés des secours et des consolations, accueillit les ofGciers avec bienveillance, et ne quitta Leipsig qu'après avoir environne d'une généreuse protection ces guerriers trahis par le sort des batailles. Toutefois, le désir excessif de Bernadotte, de se créer des partisans parmi les prisonniers français, frappait tous les regards. Comme il réclamait un certain nombre de ces braves, pour les envoyer en Suède : t Prince , lui dit Alexandre, ils ap- » partiennent tous à qui a les honneurs de la journée. » Le lendemain, quaranteofficiersfrançaisétaient dans les salons de Bernadotte, attendant Tordre de se rendre à Stralsund , lorsque le prince royal vint leur faire ses offres de service. Puis , ayant amené la conversation sur les affaires de la France, et attaquant personnellement Napoléon : < Vous êtes » allés, dit -il, prendre un Corse pour régner
CHARLES XIY. 93
»sur vous; il y avait pourtant d'autres généraux jidaDS la république; je suis du pays d'Henri » IV, moi. » Cette brusque sortie. blessa profondément les compatriotes de Bernadette. Quelques-uns prirent noblement la défense de leur souverain outragé; plusieurs refusèrent les secours personnels , que le prince leur offrait d'ailleurs avec beaucoup de grâce; presque tous le quittèrent scandalisés de son ingratitude envers l'Empereur, et bien convaincus que le trône de Suède n'était pas le dernier mot de son ambition. Néanmoins, la sollicitude de Beruadolte adoucit partout la captivité de ces pri* sonniers. Parvenus à Stralsund, au lieu d'y être embarqués pour la Suède, ils reçurent l'autorisation de se rapprocher de la France, et franchirent la frontière, sous la protection des patrouilles suédoises, avant la paix et sans échange. Cependant une leçon cruelle attendait le prince royal de Suède à l'hôpital de Leipsig.
Dans ce triste asile, gisait, mourant sur un lit de soldat, une dexes natures énergiques qui conservent la dignité de l'homme, jusque sous les étreintes des plus affreuses douleurs. Frappé dans la journée du 18, celui-là attendait, calme et glorieux, la fin d'une vie dont il n'avait rien à répudier. Issu de race noble, oiiicier de l'ancien régime, défenseur ardent de l'indépendance américaine, volontaire de la république, il était passé du pied
de réchafaud à la tèle d'une armée; il avait vaillamment combattu sur le Rhin, sous Cuslines, Houchard , Beauharnais , Moreau, et Jourdan ; il s'était couvert de gloire en Italie, où il remplaça Joubert jusqu'à l'arrivée de Scherer, et sauim l'armée française à la bataille de-Magnano. Soos le gouvernemeni, directorial, il avait reçu une armure complète en témoignage de ses éclatants services ; sous le consulat, il avait encore partagé les prodiges de DOS armées d'Allemagne et d'Italie. Mais quand un dictateur s'était assis sur les ruines de la ré^ publique, il avait osé prêcher la liberté sous le pouvoir d'un seul, et Bonaparte l'avait disgracié, exilé, persécuté pendant dix ans. Eh bien ! le jour où ce citoyen vit la France menacée dans son indé« l>eDdance, il déposa ses justes ressentiments sur l'aulel de la pairie, offrit son épée à Napoléon, et vint mourir sous le canon du prince royal de Suède. C'était le général Delmas, ancien cainarade de Langeron dans le régiment de Touraine, ancien ami de Bernadotte. Ces deux transfuges voulurent visiter le héros mourant, et, debout à son chevet, ils osèrent lui rappeler d'anciennes affections, lui parler de la tyrannie dont il fut la victime, et l'engager, après son rétablissement, à contribuer avec eux à renverser le trône de Bonaparte. A ces mots Delmas se soulève sur sa couche, et, regardant Langeron avec des yeux où se peignait la trempe
(le son âme : « Quant à toi, dit-il, proscrit par » la révolution,' Russe depuis vingt ans, tu dois * peu à la France et rien à Napoléon ; sers ton » maître et sois heureux, si tu le peux. Mais toi,
> Bernadette, sorti des entrailles de la révolution, » comblé des bienfaits de la France et de l'Empe- » reur, de quel droit oses-tu me proposer une infa-
> mie! va, traitre! n'insulte pas à rnOn agonie;
> laisse-moi mourir honnête homme ! »
Il y a des moments dans la vie où l'aulorîtc est à la vertu : les deux apostats baissèrent les yeux et se turent; Delmas retomba sur son chevet et mourut.
Le lendemain, Bernadette et Langeron aceom-ps^natent à sa dernière demeure, le digne soldat qui leur ayait infligé un si juste, un si héroïque chétiiBeal.
JifTet de la victoire de Leipsig. — Les prétentions des alliés ne < sent plus de bornes. — BernadoUe s'oppose loyalement à la déchéance du roi de Saxe. — 11 deTicnt suspect. — Débat en tic le roi de Prusse d lui. — Il revient sur le Bas-Elbe , contrairement au désir des alliés. * Les droits de la Suède contestés. — On lui marchande la' Norvège. — Ftrmeié de Bernadolte.— On lui retire une partie des troupes alliées. — Ses opérations sur les deux rives de l'Elbe. — Il reprend Lubeck sur les Danois. — Se.<i opération? contre le Danemark. — Moavemeols généraux des armées alliées. — Elles s\irrélent sur la rive droite do Rhin. — Bulletin di; nernadotto. — Il justifie les vengeances exercées contre la Fiance. — Cependant il s'était prononcé contre l'invasion do sol français. — Lettie importante de Bernadotle à Alexandre.— Ses craintes.— Il change de système. — Sa correspondance arec Alexandie, etc.
Après les événements de Leipsig, l'armée fran- (;aise avait efieclué sa retraite vers la Saaieet s'était retirée sur Erfurtb, faisant face à Tennemi, chaque fois qu*il essayait d'inquiéter sa marche.
Apprenant, dans cette ville, qu'après s'être emparé de Wurtzbouig, l'armée austro-bavaroise marchait sur Hanau pour lui couper la retraite, Napoléon se porta rapidement sur le point menacé. Dés lors il était évident que l'armée française n'essaierait plus de se reformer que sur le Rhin. La coalition avait donc atteint le but qu^elle s'élait proposé aux conférences de Trachenberg ; celui de re-
jeter Napoléon sur la rive gauche du Rhin. Mais la victoire <le Leipsig avait exalté outre mesure les prétentions des alliés. Cette bataille offensive, la première qu'ils eussent remportée contre Napoléon , avait enhardi les plus timides, et ouvert un champ nouveau à tous les projets de vengeance, de conquête et d'usurpation. L'âme des conseils de la coalition, l'inspirateur de son syslèiue do guerre, le plus habile de ses capitaines, Bernadottc lui-même, était déjà tombé dans la disgrâce des souverains alliés. Le prince royal de Suède, naguère si caressé et si prôné, semblait avoir fait place au maréchal de l'Empire, pour lequel on n'avait déjà plus que des procédés équivoques et des égards contraints. Sa sollicitude pour les prisonniers de Leipsig et sa respectueuse déférence pour le roi de Saxe avaient provoqué le mécontentement de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse. La Prusse, surtout, se montra d'autant plus offensée des égards de Ber- Qâdotte pour Frédéric-Auguste, qu'elle ambitionnait la Saxe et que, pour justifier le démembrement de ce royaume, il importait de mettre son monarque au ban de l'Europe, et de tenir pour félon à l'Allemagne un prince coupable d'être resté fidèle à un allié malheureux. A ces griefs [personnels de Frédéric Guillaume, se joignait la jalousie des généraux prussiens que la nécessité politique avait courbés sous les ordres du prince royal de Suède, mais qui
98 HISTOIRE DE BEBNADOTTE ,
supportaient impatiemment l'antorité d'un Français qui les avait vingt fois batius.
Ces dispositions se manifestèrent dès le lendemain de la- bataille de Leipsig. La première question agitée, dans une conférence tenue le 20 octobre, ayant été de savoir s'il n'y avait pas lieu de prononcer la déchéance du roi de Saxe el de le déclarer prisonnier de la coalition (i), Charles- Jean combattit énergiquement cette mesuré, que la Prusse réclamait avec autorité, que FAutriche approuvait, et que la Russie ne repoussait que faiblement. Le prince royal de Suède, dont les yeux commençaient à se dessiller sur les pensées d'usut^pation qui avaient succédé à la politique si timide de Trachenberg, représenta le détrônement de Frédéric -Auguste et comme une violation des conventions antérieures, comme un attentat au rétablissement des nationalités allemandes, que la coalition avait naguère adopté pour principe. Abordant ensuite les griefs des souverains contre le roi de Saxe, il attribua la persistance de ce prince dans ralliance française, aux nécessités de sa situation et à Texagéralion d'un sentiment noble et généreux. « Sans doute, dît-il, » c'est au détriment des intérêts germaniques que » la maison de Saxe est restée fidèle à Tempereur
(1) • Voir, pièces justificatives, D» 8 y le Rapport de lord Catlicart à lunl Castlereagh; Leipsig, 19 octobre 1813.
€HAau:s> xiY. 09
> Napoléon; mais ce tort est moins pelit^^étre oeloi pin roi, que celui des oirconsiandes au mi- » lieu des^fuelles il s'est trouvé placé. La Russie » eo 1809 , TAulriche et la Prusse en 1842 com** » battaient aussi dans les rangs de Napoléon, et » certes ni l'une ni l'autre de ces puissances n'app prouvait la politique dévastatrice de ce conquep raot, ni l'une ni Tautre ne désirait consolider
> sa tyrannie et river les fers de l'Europe , maïs elles
> obéissaient à une nécessité passagère plus puîsp santé que leur volonté et leurs sentiments. Ou » reste, injuste ou équitable, opportune ou non^ la » déchéance du roi de Saxe porterait une mortelle » atteinte au prestige de l'inviolabilité monarchique
> déjà trop effacé par vingt-cinq années de révolu- » tions. »
Ces paroles, prononcées avec fermeté, blessèrent au plus haut point le roi de Prusse et le prince do Schv^art2enberg. Ils aiïeclèrent d'y voir une allusion peu bienveillante aux malheurs qui avaient fait^ des cabinets devienne et de Berlin, les satellitesdusystèrae inipériaL Frédéric Guillaume équivoquait avtc aigreur sur le désintéressement de Bernadoite. Mais ce prince répondît sèchement que son dévouement aux intérêts légitimes delà coalition était connu ile toute l'Europe et surtout des habitants de Berlin. Le débat tendait à s'envenimer, lorsque l'empereur Alexandre y mît un terme, en déclarant que si le
100 HISTOIRE DE BSttiNADOTTE,
prince royal montrait quelquefois une susceptibilité trop ombrageuse, nul n'avait des intentions plus loyales que les siennes, et qu'il y aurait ingratitude à méconnaître Timporlance de ses services. Alors on arrêta que la question saxonne serait réservée, sans rien préjuger néanmoins à l'égard des indemnités territoriales et des rectifications de frontières qui jjourraient être accordées à la Prusse, au préjudice de la Saxe.
Geii'élait point cependant sans quelques appréhensions que les alliés voyaient le prince royal de Suède prêt à repasser l'Elbe, et à se rapprocher, mécontent, des cent cinquante mille soldais qui formaient les garnisons françaises dans le nord de TAllemagne. Dans la conférence du 2i , on se demanda, si, au lieu de re|)orler de grandes masses sur le Bas-Elbe , il ne serait pas plus utile de les pousser immédiatement sur le Rhin, par Géra, Saaifekl, Hildburghausen, Bomhill, Neustadt, Hameisbourg, Reine<:k et Aschaifenbourg , pour anéanlfr l'armée française avant qu'elle franclilt le fleuve. Dans ce cas on se serait borné à faire observer le Danemark et les garnisons de Hambourg et de Magdebourg par des corps détachés. Bernadette s'éleva i*ésolument contre cette combinaison à laquelle, dît-il, les ordres du roi de Suéde ne lui permettaient point de s'asisocier. Ensuite^ il la re|X)Ussa par des motifs stratégiques puisés dans l'intérêt de la coalition et
qai ne perinetiaient pâs de laisser, infacles sur le Bas-Elbe, les forces de Davoust et de Lemarrois, lesquelles, réunies à l'armée danoise, formaient un corps de cinquante mille hommes posté derrière le flanc droit des alliés. Mais un intérêt particulier appelait Bernadotte sur les l)ords de la Baltique. II voulait cette Norvège que, depuis deux ans, on faisait briller à ses yeux comme le prix des sacrifices faits par la Suède à la cause de la coalition. Cependant, après avoir long-temps éludé leurs engagements, sous des prétextes plus ou moins spécieux, la Russie, la Prusse et F Autriche, dès leJendemain de leur triomphe, contestaient presque ouvertement les droits de Bernadotte à cette indemnité trop méritée jst en faveur de laquelle l'Angleterre seule militait encore. Alors, abordant de front la difficulté, le prince royal invoqua les engagements solennels pris par l'Angleterre et la Russie envers la Suède, ainsi que les nombreux services que cette puissance avait déjà rendus aux alliés. Et, cependant, rien encore n'avait été fait pour elle, tandis que la Prusse avait repria toutes ses anciennes provinces et convoitait la Saxe, tandis que l'Angleterre était rentrée en possession du Hanovre, que l'Autriche était prête à ressaisir l'Italie, et que la Russie, déjà en possession de la Finlande, rétablissait son autorité en Pologne. Et c'était en présence de cette réintégration générale des puissances de l'Eu-
102 HISTOIBE DE BBRNADOTTE,
rope, qu'on marchandait la Norvège à la Suède , afin de ménager le Danemark , allié le plus opÎDÎâ* tre de Tempereur Napoléon!
Les réolamations de. Bernadette exoilôrent la cvi^ tique et le mécontentement des alliés qui , gorgés de conquêtes, n'en trouvaient pas moins mauvais qu'un prince de fortune osât réclamer m part des dépouilles de TEurope. Mai6 Bennadotte ne se laissa point intimider par ce refroidissement de la recoiH naissance des souverains ; il déclara avec fermeié qu'après s'être sacrifié aux vues générales de la coalition , il devait songer aux intérêts de la Suéde, et que, si l'on persistait à méconnaitre Ids bases primitives de TalliauGe, son devoir s^ait de rame* ner son armée en Pomrranie, «lù il .attendrait les ordres de son roi.
Il était encore réserve à la Ruâsie /d'aplanir ces graves difiicultés. A la suite de quelqiMS entrevues parliculières avec le prince royal de Suède , Alexandre déclara à la Prusse et à l'Autriche , ^ue le retour de l'armée du Nord sur la rive droite de l'Elbe n'était pas moins dans l'intérêt de la ooalitioo que dans celui de la Suède, etdana l'esprit des engagements contractés envers cette puissance. Dans l'intérêt de la coalition, le prince royal devait observer Hambourg, le Danemark et toute la ligne :du Bas- Elbe; dans riulérêt spécial de la Suède, il 'devait, abstraction faite de tout autre conaidératîoa, oou-
CHARLES XIV. i03
trir Stralsuod unique point d'dppui de son armée* Frédéric Guillaume, Blûcher et Schwartzenbei^ se rendirent d'assez mauvaise grâce à Topinion du ezar, et BemadoUe, se séparant des armées de Silésie et de Bohême, amçna avec lui, dans le nord de TAUemagne^ les troupes qui «avaient primitivement composé son armée, moins les corps, tde cavalerie de Winzingerode et Gzernicheff qui lui fureut provisoirement retirés.
Quand il était passé sur la rive droite de l'Elbe, Bernadette avait laissé en Poméranie,sous les ordres du comte de Walmoden , un corps suédois chargé de couvrir Straisund, d'observer les troupes de Davoust et de surveiller le Danemark. Les regards du prince royal étaient particulièrement fixés sur cette partie du nord de l'Âilemagne. £n quittant Leipsig, les divers corps de son armé^ se dirigèrent de Mersebourg sur Querfurt, Astern, Sondershausen, Mulhausen et Heiligenstadt où il établit son qu^ptîer-général, le 30 octobre. Puis, à la tète de ses Suédois seulement, il marcha sur Gœttingue et Hanovre , occupa Brêmp ^insi que plusieurs autres places de la rive droite de l'Elbe, et concentra sesiforoiesprès de Boitzenbourg,
Pendant qu'il efiE^ctiiait) ces div€tps mouvements, Jes corps russes de .l'acméedu nprd,. couunandés par Worqnzoff et Strogftnoff, mdinœuvxaieut, par ses ordMs, le premier. sur JL^p^ebourg .et le secand sur
Stade qu'il occupa après une assez vive résistance de la part de rennemi.
Le 24 novembre, le prince royal opéra sa jonction avec le corps de Woronzoff et se disposa à attaquer le camp du prince d'Eckmuhl assis en arrière de Boitzenbourg. Mais Davoust se retira derrière la Bille, et fit mine de vouloir se jeter dans le Holstein/ où ses forces se seraient réunies aux troupes danoises. Alors Bernadette manœuvra pour prévenir cette jonction et couper, en même temps, la. communication des Français avec Lubeck. Cette place importante, que défendait une garnison danoise, capitula le 5 décembre entre les mains du même général qui, sept ans auparavant, l'avait enlevée aux Prussiens pour le compte de Na- |>oléon. Lubeck fut évacué par les Danois , et Bernadette y fit respecter les personnes et les propriétés.
Après cet échec du seul allié qui restât à la France, Davoust, ne pouvant plus tenir la campagne, s'enferma dans Hambourg où il fut cerné par le corps russe de WoronzoflF. Pendant ce temps, les Suédois poursuivaient les Danois sur Rendsbourg, et, après quelques engagements sans importance mais dans lesquels les soldats du Danemark combattirent avec courage, Bernadotte établît son quartier-général à Kiel, le i3 décembre 1813. Ce jour même, le prince de Hesse, commandant en chef les troupes danoises, fit demander au prince de Suède une
suspension d'armes qui fui signée le 15. Plus libre aloiiidc ses mouvements, Bernadotte, après avoir pris les dispositions militaires cjue nécessitait la possibilité d'une rupture des négociations, fit des préparatifs pour attaquer Hambourg, tandis que les corps de Bulowel de Winzingerode, détachés de son armée, manœuvraient vers la Hollande et la Belgique 011 ils pénétraient sans rencontrer aucune résistance sérieuse. On sait que ces provinces, presque entièrement abandonnées à elles-mêmes, furent envahies par une partie de l'armée de Bernadotte, avant même que les grands corps de Bohème et de Si* lésie eussent jeté un seul homme sur la rive gauche <lu Rhin. A cette époque, la ligne occupée par les diverses troupes placées sous les ordres du prince royal de Suède, s-étendait depuis Breda jusqu'à DusseldorfT. L'armistice avec le Danemark lui avait permis de rappeler tous les partis qu'il avait dans leSehlesivig, et il tenait, dans ce duché, la ligne de Ëekerenfœhrde à Husum, de manière ^ pouvoir, en trois marches, réunir un corps de trente-cinq mille hommes sur chacun des trois points saillants de son échiquier.
Tandis que ces événements se passaient au nord de l'Allemagne, les grandes armées de Stlésie et de Bohême, se recrutant sur leur route des armées bavaroise et wurtembergeoise et de tous les soldats de la confédération , avaient poursuivi Napoléon jus-
106 HISTOIRE DE BBRNADOTTE,
que sur la rive droite du Rhin. Aissaillie par Umu les fléaux à la fois — les trahisons, les naladies décorantes, rinoléiuence du temps, l'état déplorable des routes, la disette, leaiéeont^uteiiieDt^esgéoé* raux, la fatigue des soldais et le feu d'une nuée d'ennemis — rarméeirançaise, auprès awir écrasé les Bavarois à la bataille d'Uanay et 4i8pM(é toutes les positions à l'ennemi , s'était retirée sur la riw gmr chedu Rhin, resplendissanted'unegloîre immortelle. Enfin, le 5 novembre, le quartier-général de l'armée impériale était à Francfort, conservant enoore toutes les têtes de pont. La coalition triomphante s'arrêta devant ces débris miitUés, et telle était la le^ reur qu'inspiraient toujours aux étrangers la renommée de nos soldats et le souvenir de nos guerres révolutionnaires, qu'ils ne regardaieni «qu'en trenblaotle sol de la France. Craintifs et incertains,, les alliés restèrent pendant quarante jjours en'Observa^ tion sur la rive droite 'du fleuve« Ce temps fut renpii par <de longues discussions sur les avantages douteux d^me irpuption sur le sol français, «et par quelques tentatives heureuses pour paradb^rer l'œuvre de la trahison, en détachant le roi de Naples .f|e lacauie de son beàu*frère. Toutefois, iine révolotion s'était évidemment opérée dans la politique des alliés. L'humiliation de la France et sa puîsenaee refoulée derrière lalimite du Rhin ^suifisdient aux intérêtsde l'Autriche et de la Russie; mais les resaenlifflenls
GHAAIiCS KIV. W1
de la Prusse et .les froide ealouls de l'Angleterre de* inaiidaient davantage. Imparfaitâment satisfaite da côlédela.Sa&e, la Prusso convoitait Mayence et les provinces rhénanes, et rAnglet^ve n'oubliait pas que, dans nos mains, Anvers avait loftg-tompsmenaeé Portsraouth. Il fallailqu'à tout prix elle nous arr»^ chAt cette position fornàidable, et affrànoblt ta Bel* g^e de la domination française. La Prusse et l'Angleterre exigèrent donc l'invasion de la France, comme le seul moyen d'abaisser la prépondérance de ce pays, et d'asseoir le nouvel équilibre de l'Eu* ropesur desbases solides. Une paix durable, disaient ces deux cabinets, ne peut être négociée qu'au coeur de l'Empire. Signée sur les bords du Rhin, cette paix ne serait qu'une trêve qui recèlerait les germes d'une nouvelle lutte, dans des circonstances probablement moins favorables que les conjonctures actuelles. Cependant ces considérations ne suffisaient point pour déterminer la Russie et l'Autriche à se hasarder sur le territoire français. Ces puissances ne se décidèrent à franchir le Rhin que lorsque de coupables excitations, parties de Finlérieur de la France, vinrent fixer leurs irrésolutions et réchauf* fer leui* courage. Dans un autre ouvrage sur cette grande époque (1), nous dévoilerons les causes se-»
(1) msûoin du CmisuUaet tUl'Sinpire,
i06 HISTOIRE DE BKRiNADOTTE ,
crètea des exigences inonslrueuses qui , de la part des alliés y rendirent la paix impossible à Franf^fort; aujourd'hui » il nous suffit de dire que, malgré les assurances de succès et les promesses de défection que leur prodiguaient dMndignes Français, les ennemis n'osèrent fouler notre territoire qu'après s'être environnés de précautions inouïes. Inquiète sur les opérations que le prince Eugène pouvait tenter contre Vienne, s'il combinait ses mouvements avec l'armée napolitaine, l'Autriche mit pour condition au passage du Rhin, que Murât se joindrait préalablement à la coalition. Les Anglais se chargèrent de terminer cette négociation qui se suivait alors luêuie que Joachim exerçait encore un commandement dans Tarmée impériale , et le roi de Naples se vendit aiix ennemis de Napoléon. De son côté, Alexandreneconsentità i'invasionde la France qu'autant que la Suisse appuierait les alliés, et leur accorderait le passage sur son territoire, et ces vieux amis qui, le 10 novembre, protestaient contre toute atteinte qu'on voudrait portera leur neutralité, livrèrent, le 20 décembre, le pont du Rhin aux cent soixante mille hommes de Bubna, découvrant ainsi la France du côté même où, confiante dans là loyauté helvétique, elle avait négligé de fortifier ses frontières. Alors, mais alors seulement, il fut ré'solu que, de tous les points, on marcherait sur Paris. Avant que cette grande détermination fftt prise,
CHARLES XIY. 109
aau momeot OÙ les armées alliées se dirigeaient vers le Rhin, le prince royal avait publié, de son quartierl^énéral de Hanovre, un bulletin dans lequel on lisait celle haineuse et fausse énumération des griefs de la coaiitioix contre la France : < Le quartier-général de » la grande armée était le 5 à Francfort. Ainsi donc
• les efforts inouïs que la France a faits en 4813, » ont eu le même résultat que ceux faits en 18i2.
> Les légions françaises qui faisaient trembler le i monde, se retirent et vont chercher leur sûreté
> derrière le Rhin, fironliérenalurelle de la France^
• qui serait encore une barrière de fer, si Napoléon
• n'avait voulu asservir tous les peuples et. ravir » toutes les nationalités. Quoique ces limites sem-
• blenl être posées par la nature, l'armée russe s'y ' présente , parce que Napoléon a été chercher les
• Russes à Moscou; l'armée prussienne s'y présente, ' parce que, contre la foi jurée. Napoléon retient «encore les places de cette monarchie; l'armée au-
• irichienne s'y présente, aussi, parce qu'elle a des
> affronts à venger et qu'elle se rappelle qu'à la paix
> de Presbourg, on ravit à son chef suprême le litre «.d'empereur d'Allemagne; si les Suédois s'y trou-
> vent, c'est qu'au sein de la paix et en violation
> des traités les plus solennels, Napoléon est allé ' déloyalement les surprendre à Straisund et los in-
> sulter à Stockholm. »
Ainsi donc, aux yeux mêmes de Bernadotte, les
110 HISTOIRE' DR "fiSRNJlDOTTE ,
véritables intérêts de- l'Europe ne réelaniayent|M)int rinvasîon de France, et cette grande extrémité ne s'expliquait plus que par des appétits de haine et de vengeance. Étrange argumtmlation qui trahissait les perplexités de ce transfoge, aii<*moment suprême où toutes les hordes qu'il avait ameutées allaient fouler le sol de sa patrie.
C'est ici le cas de reconnaître, cependant, que le prince royal de Suède s'élait d'abord élevé avec énergie contoe cetteânvasion. 11 avait; voulu que la France gardai pour limite la rive gauche du Rhin, moins la Hollande qui consiituerail une nationalité indépendant^. Durant les six semaines que les alliés passèrent sur les bords du Rhin, il insista pour que les armées combinées ne i)ortnssent pas la guerre sur le territoire français. Quel était le véritable motif de cette opposition? Lecœurde Bernadotte saignait-ii SI l'idée de voir fouler par les barbares le sol qui Tavait vu-nattre? La patrie déchirée par ses mains se dressait-^^Ite devant lui comme un* fantôme accusateur? Redoutait-il un soulèvement nattOTial, un* mouvement terrible qui , rameâawt la victoire sous les drapeaux français,, auraient affaibli ses droits à la ^reconnaissance des alliés , et remis en questten la réunion de la Norvège àla Suède? Enfin, conservant encore l'espoir de succéder à Napoléon, eroyaitnl plaider sa propre cause? Toutes ces hypothèses sont également admissibles» Quoi qu'il en soit, le 14 no-
GISMILES XIT. 111
nombre BecDadttteéeFÎikak à Temperear Alexandre: t J'ai dés* long- Iam|i8 acquis une pariaite coDnais- 9 saoM'ées sendmeatede la nalkm française, de son » ébfi et da poirielisme qu'elle est capable de dé* » veli^^per à^ms tes crises violentes. A répocf ue de « mon entrée au ministère, elle méprisait le diréc- » toire et «i^irait son expulsion^ le territoire était » nenaeé-: eh bien^l Siré, je n'eus besoin que de
> parler pcmr réi^Rer tous les courages assoupis.
> Toute l'Europe, alors aussi, était conjurée contre »eHe, et cependant elle Hiainiint sa ligne défensive »^Dtre tes Alpes et les Apennins... bientôt elle ftit « TÎetorieuie sur tous les-autrea^ points. »
Dans une autre lettre, Bernadette disait à Alexandre que les chmgers de l'entreprise projetée lui paraissaient bien: plus grands que les résultats que l'on s'en promettait : « J'ai toujours cru qu'il fallait
> isoler Napoléon de son peuple, et, en désignant
> ee souverain' comme le seul obstacle à la paix , » porter la nation k maîtriser une volonté qui a fait » le maHieqr delà France et de l'Europe.
> Or, Sire, eomment faire comprendre à la na- » lion française que les alités n'en veulent pas à l'in^ » tégrité de son territoire, si, avant de dépasser ses » fiNmtîères, l'on ne s'adresse point à elle pour lui » dire que les alliés désirent la paix; pour en pro- » clamer liaotement les bases, en reconnaissatit , » comme limites de lu France, le Rhin, les deux
» mers, les Âlpes et les Pyrénées; enGa, en mani- » feslant, avec franchise, l'intention que celte nio- » narchie reste grande I > On dit que ces inspiratioas d'un cœur plein d'angoisses, contribuèrent puissaniinent à l'hésitation des alliés et à la formation de l'illusoire congrès de Francfort.
Stratégiquement , le prince royal redoutait k8 quatre lignes militaires que Napoléon possédait encore sur la Vistule, l'Oder, l'Elbe et le Rhin. Il pensait que le système, adopté par les alliés, de ne point s'occuper des places fortes, n'était pas sans dangei* lorsque ces places étaient si multipliées. « Maîtresse des forteresses de l'Allemagne, l'armée alliée pourrait, disait-il, supporter un édiecde l'autre côté du Rhin, sans qu'il en résultât un danger imminent ))Our la cause commune; mais si elle n'a aucun point d'appui pour son offensive, elle risque de tout perdre par un mouvement rétrograde (1). •
Indépendamment de ces considérations d'intéria général , Bernadette s'opposait au passage du Rhin |)ar des motifs puisés dans sa position particulière et dans ses devoirs envers la Suède. Il alléguait qtic ses instructions lui prescrivaient de concourir à rejeter les Français hors de l'Allemagne; mais que, ce but une fois rempli, il ne pouvait rien entreprendre sans de nouveaux ordres du roi. D'ailleurs, la Suède f la seule des puissances belligérantes qui
(1} Lettre à l*efn|>erear Alexandre, IfaaoTre, f 4 novembre 1813.
n'eùi rien obtenu par les événements de h guerre, et pour laquelle la Norvège n'était encore qu'un objet (Tespérance, voyait toujours ses frontières me> naeées par le Danemark, tandis que ses soldats combattaient en Allemagne pour la liberté de l'Europe. Il ne pouvait donc point, en s'éloignant davantage, livrer sa patrie adoptive aux entreprises d'un ennemi dangereux.
Cependant, quand Bernadotte fut convaincu que, malgré sa résistance , les armées alliées allaient franchir le Rhin, il changea de système et se borna à demander aux grandes puissances l'autorisation de réduire Hambourg et le Holstein, avant de s'engager dans une grande opération offensive contre les frontières septentrionales de la France. Vers le milieu de novembre, il écrivit à l'empereur Alexandre que sa campagne contre Hambourg et le Holstein ne prendrait que trois semaines ou un mois, et qu'après ce délai il pourrait concourir, avec toute son armée, aux opérations générales des alliés. Le corps de Davoust une fois séparé des troupes du Danemark, et les Danois rejetés dans les murs de Gluckstadt et de Rendsbourg, il se bornerait à faire observer ces places , et il marcherait sur le Rhin. Toutefois, en présence des nouveaux événements qu'allait amener l'invasion du territoire français, le prince ro^al n'envisageait point sans inquiétude le traitement réservé à la
114 HISTOIRE DE BIRNADOTTE,
Suède. « Toui ce qui a^été GeiU depuis diK^-huit muiB> » écri^aît-il à l'empereur de Russie , est benuGOup*
• sans doute; l'Europe même en esti étourdie de » bonheur. Mais les événements passés sont peu de » chose comparativement. à ceux.qaî vomi suivre. Je » supplie Votre Majesté d'y praoïdne la part qu'elle » doit y avoir, et je me confie à elle po«r tout ce
• qui a rapport à mes intérêts particulier&et à ceux » de laStuède. Mon ancienneté comme allié de Vo- » tre Majesté, mon attachement pourelie-, et, pltisr » encore, son. amitié pour moi, tout- me garantît, » Sire, que je n'aurai pas à regretter d'être- venu* » sur le continent, pour y seconder les efforts #|ue
• Vâire.Hajesté a faits en.fuveur des Ifbertéfrde l'En* » rope (i)fc » Trois jours plus tard, Bernadotte écri^ \aU au même souverain que, quoique le roi de Danemark méritât d'être traité comme leroi de Saiee, il pousserait vivement ses opérations, ent Hollimdë et sur le Rhin , aussitôt quf il aurait rejeté les troupe» danoises derrière l'Eyder.
Albirs^ pour en (inir sans doutetavec les temporisa** lions du- prince royal de Suède, les alliés Tautot^iisèrent. h employer contre le Danemark^ toute» les* lAoupes qui se trouvaient réunies aous son.cMnman»dement» Or, frapper le Dafiemark, c'.étak, pour Berna*
(1) Lettre de Bernadotte à l'eroperenr Alexandre, Brème, 18 novembre laiJ*
CHARLES XIY. 115
doHe, tnafrchefà'laconquôtedela Norvège. La nonvdle de cette oonoessîon, dued^rinfluence d'Alexandl'e, combla de joie le piûnce royal qui en remercia l-aotoenate d^ns les termes de la ret^noaissancc la plusemphatLiiue. Vje ne saui*ais vous exprimer, Sire,
> combien je suis heureux de voir notre politique » d'accord avec iiiesafToctions. Lesheui^ux résultats •que semblent me promettre mes opérations de ce 9 côté-ci , acquièrent un prix double à mes yeux, en
> m'ofirant Tespoir de pouvoir bientôt me vouer tout » entier au désir que j'ai de seconder Votre Majesté 9 d'une manière plus directe j et de lui donner une » nouvelle preuve du zèle qui m'anime pour sa • gloire. Bientôt y Sire , je F espère, je me trouverai
> en ligne avec vous dans la lice. » Et comme Alexandre, fatigué des plaintes éternelles de Bernadette, lui avait mandé de se tranquilliser et d'avoir enfin confiance en lui, le prince royal ajoutait : « Vous » me demandez. Sire, ce que déjà vous possédez au » plus haut degré. C'est avec l'abandon le plus ab- » solu' que je me livre à cette confiance, et j'aime- 9 rais mieux renoncer au commerce des hommes; » je nierais l'existence de la bonne foi sur la terre,
> plutôt que de supposer un instant que mes sen- » timents pour Votre Majesté puissent jamais éprou- » ver la moindre atteinte (1). »
(t)Lettre du prince royal à reropercur Alexandre, Kiel, 17décembic 1813.
i 10 HISTOIRE DE BERNADOTTE,
ËnliD, tous les vœux de Bernadotle étaient exaucés et sa joie, «^ l'idée de porter bientôt un royaume en dota la Suède, était devenue du délire, « Ah ! écrivait-il au duc de Sudermanie, si je réussis: » mon cher ûls, à donner la Norvëgaà la Suède, je » t'assure qu'elle m'aura coûté plus de peine que la » conquête du plus beau royaume. »
Cependant cette conquête si ardemment désirée et si chèrement payée, devait coûter encore de cruels soucis au prince royal de Suède.