CHAPITRE Vï
Bemadotte à Paris. — Craintes qu'il Inspire aox alliés. — La France n'éproave pour lui qu'un eentiment pénible.— Visite de Laftiyette. -^Jeutit trop malhewreux. — Le billet. — RemadoUe et la maréchale Lefebne. —Son entrevue avec Alexandre. — Ses plaintes sur la conduite desallléf envers la France. — La coalition ratifie la réunion de la Norvège à la Suède. — Bemadotte revient à Bruxelles. — Il annonce à l'armée suédoise qu'il v% la conduire à de nouveaux combats. — 11 rédame la Guadeloupe comme compensation des dotations que lui avait aobordées Napoléon. — Indemnité de vingt-cinq millions. — M. deTalleynod et le grand-lirre. — Rentrée de B 'rnadotte en Suède. — Récapitulation des services qu'il a rendus aux ennemis de son pays*
Le traité de Kiél, qui stipulait la cession de la Norvège, était intervenu entre la Suède et le Danemark sans la participation des autres puissances. Or, tout semblait annoncer que la protestation des Norvégiens, contre la réunion des deux royaumes Scandinaves, était secrètement fomentée |3ar les cabinets alliés qui cherchaient déjà à éluder les engagements que l'Angleterre et la Russie avaient pris envers le prince royal , lorisque l'épée de ce prince était indispensable au triomphe de la coalition.
Livré ârcette grande inquiétude, Bernadette courut à Paris, demander la garantie de tous les cabinets alliés et leur faire approuver les motifs qui le
IbrçaîenI de ramener son armée en Suède, pour obtenir, de gré ou de force, l'exécution du traité de Kiel y offrant toutefois de laisser une division suédoise dans les rangs de la coalition.
La brusque arrivée de Bernadette, sous Tinfluence d'un mécontentement légitime; sa présence au milieu des débris encore formidables d'une armée qui ne demandait qu'à relever ses aigles et d'une nation qui, quoique humiliée, ne se croyait pas vaincue, inspirerait aux alliés des craintes sans fondement. En effet, quelle qu'eût été autrefois l'illustration militaire du prince royal de Suède comme général de nos armées, sa renommée avait cessé d'être populaire, le jour où il avait fait cause commune avec les ennemis de son pays; et la France entière se fût soulevée à l'idée de placer la couronne de Napoléon sur la tète du vainqueur de Gross-Beeren , de Dennewitz et de Leipsig. Napoléon, a dit un grand publieiste, réunissait en lui ce qui plaît le plus à notre nation. Homme de conquête, il flattait son amour pour la gloire; homme du peuple, son amour pour la liberté; homme de génie, sa vive in* ieiligence; homme de, gouvernement, son amour de l'ordre. Son cœur élevé, magnanime, intrépide, son âme si éminemment française et son vaste génie couvraient les plaies de son gouvernement, et remuaient tontes les puissances de l'âme. Mais l'étranger Bernadette , à quel sentiment national
iiS HISTOIIIK DB BEIUUOOTTE,
lépondaîi-il? qy^les fibres, «et bonuM eii¥(sie|ipé iJijkw son égoismoi cet appendiee fiMieste aox Atads l'étranger 9pQuif9Ât-il faire iiibrert Qii6p««Tmt«-U promettre à la Fraocet Le deftpotMM nrniia àes itiompbes, d€s doctrines qui n'étaient qne des tnlérèu c'esl-^-dire choses \ile$, et un libéralisme Mttrd qui prostituait aux calculs de la tyrannie les sainM formes de la justice et de la libertél La pténnoe de Bernadette k Paris ne produisit donc qu'unsenti*ment pénible, et si l'opinion le distingua des sutm membreade la coalition, cenefutque pour l'aocabler d'une répulsion plus énergique et moins boaoraUe Ce sentiment, que je m'absliensde car^bdériser, éclata surtout lorsqu'on vit l'ex-maréchal de l'fiBiiNrei revêtu de l'uniforme suédois» faire partÂe du ear» t^ qui alla saluer renipeneur d'Antridie à son en* trée dans Paris. Sa présence dans cette cérésMaie ap^ parut aux lionnètes gens^ de u>us les pariis^ oemnc le couronnement d'une \ie pleine de capiuilaiioai coupables. Ce fut, du reste, la seuk ciroonstanee dans laquelle Bernadette se produisit en public* Relégué dans son hôtel, il y vécut, pendant tout son séjçur à Paris, dans le cercle ébroit des ps^ rents de sa femme et de quelques anus boateux « évitant avec soin tous les hommes de coeur dans les yeux desquels il eût pu lire 1* <^podamnatiM de sa conduite, c Je me présentai chez lui sans 9 être reçu, dit M. de Lafs^ette» et j'ai su, dans la
cpi*eii voyanl mon immb rar la liste de^es • viskeeiv, mu premier mouwtneBC futile fimre ceu- B rir spvés noi, et pois tout à eoop : — Non, 8*4^ » em-t4l, je ne le verrai pas, je ne veux pMie wtr, » jesiri5lrofiimllieiireux(i). »
Pour oomprendre tout oè que cette entrenieao* nii eu d'embarrassant pour le prince royal de S«éde, îlsoflira deeoDHattre les rapports qm aTaieni existé entre ees deux personnages si di^rsement eélcl^res. € Un jour, dit M. de Lafayette, noa$])ai^ » lions du despotisme impérial et de nos vœux pour 9 la liberté : — Si nous tombions d'un nuage au mi- » lieu de b place Vendôme, Noreau , vovs et moi , » i'épéeà la main , me dit Bernadolte, nous serions 9 d*alKnrd un peu eQilxirrassés de nos figures; mais » qui sait s'il n'en résulterait pas une révolution! » Quand le maréchal Bernadette Ait nommé prince royarl de Suède, Laftiyette lui dit, en le quittant, qo'il restîraait trop pour le croire susceptible d*ôtre gâté, comme tant d^autres, par cette modification de son état^ objet très-secondaire au devoir qu'a tout ami de la liberté de ne regarder les circonsiunces de ta vie que comme des moyens de servir la cause commune. « Oui, répondit le prince de Ponte-Corvo, » pour les vrais amis de la liberté, les diverses srtua-
6) Mémoires do général Lafii]iette> publiés par sa (auiille. Vol. Y, p. 537.
m HISTOIRE UE BKRNADOTTE ,
» lions de la tie ne fioot que des moyens de reinplir » le principal but, en servant la cause du genre hu* il niain(i). » Enûn, et ceci est plus grave, en en* trant dans la coalition , le prince royal chargea uo consul suédois de porter à Lafayette un billet par lequel il le suppliait de prendre patience, et déjuger iavorablemenl sa conduite, jusc|u'à ce qu'il eût pu lui prouver qu'il restait fidèle à laUbertéelaux mèio: intérêts de la France. Quelques arrestations politiques ayant eu lieu à Paris,- Bernadette éprouui de vives inquiétudes et expédia un courrier pour demander qu'on brAlât son billet; mais ce dangereux document était arrivé a sa destination, ei l'ami de Washington répondit que l'autographe du prince royal de* Suéde était désormais sa propriété, mais que le général Bernadotte pouvait compter sur la discrétion du général Lafayelte. On comprend maintenant pourquoi, en 1814, BernadoUe évita les regards de Lafayette.
On raconte aussi que le prince royal étant alk' visiter le maréchal Lefebvre, et se plaignant à ce vieux frère d'armes de l'absence de la tomt^ maréchale^ une porte s'entrouvrit, et laissa arriver jusqu'à Bernadotte ces sanglantes paroles : < Je I» suis ici, traître, mais je ne veux pas te ^oir. » Pour
(1) Mémoires du général Lafayette. Vol. V, p. 556.
qui a coDDu la franchise excentrique de Tex-duchessede Dantzîg, cette sanglante apostrophe n'est rien moins qu'invraisemblable.
Cependant, l'opinion des alliés sur les inconvénients du séjour de Bernadotte à Paris, servit puissamment ses intérêts. Dans sa première entrevue avec Alexandre, il donna un libre cours à ses habitudes de récriminalion, rappela longuement tous les services qu'il avait rendus à la coalition, et se plaignit surtout de l'indifférence avec laquelle les alliés considéraient la violation du traité de Kiel , si toutefois ils étaient étrangers à cet événement. Quelques historiens prétendent aussi que, dans celle entrevue, Bernadotte s'éleva avec vivacité contre la conduite des puissances qui avaient envahi la France, au mépris des engagements solennels de Trachenberg. Il blâma,* comme une usurpation de la force, le droit qu'elles s'étaient arrogé de reconstituer rélat social de ce pays, et de renverser une dynastie pour lui en substituer une autre, à la faveur d'un vain simulacre de la volonté nationale. Alexandre, dont l'esprit n'était pas encore dégagé de toute prévention contre les projets attribués à Bernadotte, s'attacha, néanmoins, à calmer l'irritation de ce prince, et à aplanir promptement les difficultés qui pouvaient prolonger son séjour à Paris, t Quant à la France, — dit le czar, avec un ton * de regret, — nous n'y pouvons plus rion, et puis- T. n. le .
» qu*H ne s'agît maintenant que d'intérêts partiels, > faisons régler ce qui concerne votre patrie adop- » tive. La cession de la Norvège, déjà décidée par » le traité de Kiel , doit être reconnue et garantie » par tous les alliés; fen fais mon affaire personnelk^ » et je mets à votre disposition les soixante mille » hommes que j'ai devant Hambourg, sous les or- » dres de Beningsen. » En effet, les actes relatifs à la cession de la Norvège , furent signés avec un empressement qui trahissait le désir des alliés de voir le prince royal de Suéde s'éloigner au plus tôt de la capitale de la France.
Après quinze jours de résidence à Paris, fiemadotte quitta de nouveau sa patrie qu*il ne devait plus revoir. Il arriva à Bruxelles le 2 mai, dirrgcii immédiatement son armée sur la Baltique, et la suivit de prés, pour rentrer en Suède à la tète de ses troupes. Parvenu à Lubeck, il annonça à ses soldats qu'ils devaient se préparer à de nouveaux combats; qu'il allait les conduire à la conquête de la Norvège , et que Dieu bénirait leur cause parce qu'elle était jusle{i). Puîs il passa quelques jours dans celte ville, prit les dispositions nécessaires à l'embarquement de ses divisions et fit voile pour la Suède, non toutefois sans avoir jeté un dernier re-
(1) Voir pièces justiBcatives, n* 13.
CKimfiES XIV. 447
gard sar 1» Franee et rédamé » part des dépoinUes opines cle son aaeiemie pairie.
Ed icrtii4erarti€le5du traité signé, Ie3marsi8d3, entre la Snéifeel K Angleterre, cette dernièfe puissance, dans^l^ardear de ses rancunes conirela France, anîl cédé a Ckaries-XIII, an pripce héréditaire et à sa dynastie, d'après Tordre de soeeession établi h 40 septembre 1810, la possession de la GnadefoniH* qu'occupaient alors les troupes brrlanniqiies. Cette cession avait eu Heu, disait-on, à titre d'indefpnitr povr la perte des dotât tofis que Napoléon^ avait enlevées au prinee royal, quoique ce prineeeut renoncé de son pp€f>re mouvement i ces dotations, «comme impliquant des rapports féodaux incompatibles avee Tacte de garantie qu'il avait sowcrit en acceptant la soeeession an trône de Suède (1). Cependant l'Angleterre comervait toujours la Gaadelonpe, et, lorsque vint à éclater l'rnsurreetton nor irégienne, circonstance qui comjriiqnait étrangement la situation de h Suède, fe cabinet de Londres exigea formellement que la cour de Stockholm renonçât à ses droits sw la colonie française, moyen-
Ci) Voir (Tol. i^ch. IX, p. 201) sa kttre du 11 iuivei»hi«18L0à.Ka|^o<* léon, dans lacjQeUe il dit , en parlant de ion élection : • Par cet acte, ayaut » rmoDcé i tons rapports ft^aos, je ne pois plus conserrer, à titre ile » fiefs da Vmçiw^ les dotations^ qw ¥otre Hajeafeâ m disigné me Giire. et » cette condition m'a été formellnment rappelée à Ttiulant de moa ser> » ment. • etc.
nant toutefois uoe compensation équivalente. Cette renonciation conditionnelle eut lieu, en effet. Mais, à mesure que les alliés avançaient dans l'intérieur de la France, et que la Suède devenait moins à craindre, le gouvernement britannique devenait plus difficile sur l'importance de la compensation promise; et, quand les troupes de la coalition se furent emparées de Paris, lord Gastlereagh se montra plus récalcitrant encore.
Les choses en étaient là, lorsque, prêt à quitter le continent, Bernadette écrivit au ministre suédois près des cours alliées : « L'affaire de la Gua- » deloupe est un objet important et nous devons » faire tous nos efforts pour la conserver; s il faut » y renoncer absolument, ainsi qu'à tout espoir d'oth- » tenir de l'argent de la France j insistez au moins » pour avoir Surinam; si, enfin, milord Castle* « reagh a prisa tâche de tout faire pour les autres et • rien pour nous , dites-lui qu'étant les moins forts » nous devons nous résigner et souffrir ce qu'il n'est » pas en notre pouvoir d'empêcher. »
Or, cette pauvre Suède, pour laquelle on prefiait à tàclie de ne rien faire, venait d'acquérir un royaume, pour prix de ses efforts contre la France. Mais la Guadeloupe n'en était pas moins l'idée fixe de Bernadette qui ne se consolait pas d'avoir quitté sa patrie sans emporter un pan de sa robe. A peine débarqué à Cariscrona, il écri-
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fait au chancelier de Weltersledt, son plénipotentiaire à Paris : « Il faut céder la colonie puisqu'on le » veut 9 et bien que, dans ce moment, la France ne » soit pas trés-formidable pour la Suède, nous ne » devons ni ne pouvons avoir la pensée d'arrêter ]» d'une seconde la conclusion de la paix générale. » Ainsi faites ce qu'on exigera là-dessus, mais faites » valoir les sacriQces que la Suède a faits (1). » Le prince royal demandait ensuite qu'on lui cédât une partie de la Guiane hollandaise, en compensation cfe la Guadeloupe, et il ajoutait : « Si le gouverne- > ' ent anglais ne veut pas nous faire obtenir cette » X. ; pensation, et qu'il préféi^ nous la faire tenir » en argent, demandez |ui de 25 à 30 millions de » francs, et traitez à ces conditions. » En effet, le traité du iSaoût fixa à 25 millions de francs, le chiffre de l'indemnité en numéraire qui fut payée au prince royal de Suède, pour la perte des dotations qu'il tenait de la munificence de l'empereur Napoléon, et auxquelles sa qualité et ses devoirs de prince héréditaire de Suède l'avaient , seuls , contraint à renoncer.
Bernadotte, qui voulait absolument emporter un souvenir de la France, avait découvert, dans la question de la Guadeloupe, un moyen ingénieux d'obtenir quelques bribes de nos dépouilles.
(f) Leltreda 30 mal 1814.
450 HISTOIRC «DE BËRHiLDOTTE,
« En trailatnt avec la Franœ, faites âBâorte, écrt* » \ait-il à 60Q ininislre, d'obteair, par un articles- » crel si séparé^ que trois des ciaq babîtitioas qui » appartiemiônt au gouvet-nenaient dans i'ile de la » Guadeloupe, soient données au roi de Suède pour » en disposer comme bon lui semblera. CkMnBfte c*«8t • un arrangement particulier avec la France, ?0U8 »dereE>otre possible pour nous obtenir quelque » chose. A défaut des trois habitations, vous pour- » riez demander ^es inscriptions sur le grand^ivre; » mais surtout que oe soit un ariîole secret dom i» TAngleterre ne puisse pas se prévaloir pour nous » refuser une colonie lioUandaise. Si , comme je ne » le orois pas Irés-^ificiley vous pouvez obtenir de ji M. de Talleyrand que la France nous donae des » terres à la Guadeloupe ou des insorîplions sur le j» grand-livre, wus stipulerez, dans te traité secret, » «que c'est pour dédoiiMdager la Suède des amio* » meiits qu'elle a faits pour se mettre en possession j» 4le la Guadeloupe; car vous voyez que cela doit '9 être indépendant de la négocialMn qui va s'ouvrir » en Angleterre. » Or cette négociation avait pour ob|etla cession de Suriuaai, qui^comneon Ta déjà vu, se transforma en une somme de 25 milUousde &aMS aocordéeau prince royal de Suàde, en échau^ des dotations uapoléonieuiias.
Enfin, après plus d'une année d'absence, ce prince rentra à Stockholm le 10 juin 1814. Alors l'Europe
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était pacifiée, et Bernadette, seal, devait com» battre encore , pour conquérir le rojaume dont les alliés avaient payé sa défiection. Mais, avant de suivre ce prince sur de nouveaux champs de luttaille , résumons ses travaux dans la eampagne qui vient de finir, et récapitulons ses droits à la reconnaissance des ennemis de la France.
En entrant, dès le mois de décembre 181 i, daas le système russe, le prince royal de Suède enhardit l'empereur Alexandre à repousser les propositions conciliatrices de Napoléon. Par le traité d'alliance du 24 janvier 1812 , il rassura ce monarque sur le sort de la partie la plus vulnérable de son empire , et le détermina à affronter résolument la lutte ter* rible qui allait s'ouvrir. En laissant à la disposition de la Russie les trente-cinq mille hommes promis à la Suède par le traité d'Abo, il sauva l'armée de Wittgenslein sur la Dwina , préserva Pétersbourg et empêcha probablement la conclusion d'une paix qui eût prévenu les événements ultérieurs de cette funeste campagne. En accélérant, par ses conseils et par ses négociations , la conclusion de la paix entre la Russie et la Porte Ottomane, il priva Napo* léoo de la plus puissante des diversions, rendit i la Russie la disponibilité de toutes ses forces et prépara les désastres qui assaillirent l'armée fran- ^ çaise au milieu de sa retraite- Par ses armements et ses démonstrations équivoques envers la France, il
i52 , HISTOIRE DE BERNADOTTE,
força FEmpereur à laisser des forces considérables dans le nord de rAllemagne , détermina la défection des Prussiens, et empêcha Tarmée française de se reformer sur la Yistule, où elle eût pu disputer aux Russes le passage de cette barrière. Puis , en se jetant tout armé dans la coalition, en lui dévoilant les secrets de notre politique et les combinaisons de notre stratégie, il la fortifia de ses talents et de ses soldats, ranima le courage de nos ennemis, exalta leurs espérances et donna le signal à toutes les trahisons.
Ici commence une phase nouvelle. Bernadolle,ne sebornaplusà pousser l'Europe contre la France; sa destinée le condamna à so battre lui-même contre sa patrie, et il employa à la déchirer plus de génie et de courage qu'il n'en avait mis autrefois à la défendre.
Ail moment où il aborda le continent germanique, (mai i8i3) la position militaire de Bernadotte était des plus critiques. Son armée n'avait pour point d'appui que la place de Straisund récemment démantelée par les Français et peu susceptible d*une longue défense. Les formidables garnisons d'Hambourg et de Magdebourg flanquaient sa droite et pouvaient couper sa ligne d'opération, s'il faisait nn mouvement en avant. Sur l'Oder, les garnisons de Custrin et de Stettin menaçaient sa gauche ; sur
la Vistule, il était tenu en échec par les places encore occupées par les Français ; enfin, en face de l'armée suédoise et au centre de T Allemagne , était la grande armée française victorieuse à Lutzen et à Bautzen , et appuyée sur Kœnigstein, Dresde, Torgau et Wittemberg, places les plus considérables du Haut- £lbe.
Dans cet état de choses, les forteresses de TEIbe et de roder, la mer et les soldats de Napoléon enveloppaient, en quelque sorte, l'armée du prince royal de Suède, dont la situation se compliquait encore des menaces du Danemark et des préparatifs que faisait cette puissance, |X)ur combiner ses forces avec les troupes du prince d'Eckmûhl.
Telles sont les difficultés au milieu desquelles le prince royal ouvrit la campagne de 1813. Aussi longtemps qu'il fut réduit à ses propres ressources, il manœuvra avec une extrême circonspection, se bornant à échelonner des troupes sur l'Elbe, pour inquiéter le Danemark et inspirer de la confiance aux villes anséatiques. Mais, dès que les corps russes et prussiens se furent réunis à l'armée suédoise, après l'entrevue de Trachenberg, il manœuvra sur Berlin pour se rapprocher du foyer de l'ennemi. A ce moment, Bernadette se trouvait placé à la tète d'une puissante armée composée de quatre-vingt-deux mille cinq cents combattants, savoir: soixante-douze
mille homoies d'în&iUerie, et dix mille cinq cents chevaux (1).
Mais repr^aons la série des services que le priaoe royal avait rendus à la coalition, au moment de sa rentrée en Suède*
C'est lui qui, par son attitude décidément hostile à la France , dans les conférences de Trachenberg, fixa les irrésolutions jde l'Autriche, et entraîna cette puissance dans les rangs de la coalition. Dès que le cabinet de Vienne sut à quoi s'en tenir sur la politique de la Suède , il rompit avec la France et concentra ses armées dans les montagnes de la Bohème. En sauvant Berlin , à Gross-Beeren et i Dennewitz, Bernadette gagna la Bavière aux intérêts des alliés et empêcha Napoléon de briser le nœud de la coalition ; en refusant tout engagement général avec r£mpereur des Français, il put frapperalternativement ses masses isolées et détruire le prestige de son invincibilité; l'habileté de ses manœuvres et l'obstination de ses conseils déterminèrent la con<cealration des fiorces alliées sur Leipsigj «es mou»
iBfaaieiie. Cavaleiie.
H) PniMieiis [ ^* ^"^^^ ^"'°^ ^^'^^ *'^^
(4« corps, Taaenrien 15,000 1,500
Snédoif^Le mnédiâl SUdin^ 18,000 S»000
RoMes — Le ^éral Winzingerode . ... 14,000 3,000
72,000 10,iOO
CBAALCS KIV. 155
^ des 10 let 14 novembre, derrière b Snie^ ^mtchètexd Blûcher k une déÊrite iomineDte et em* pteiièrent S^poléoa de percer, par son oenire, la %ae des alliés, d'envahir la Prcisse et de s'ap^jer sur les places fi>rteS4iu nord de l'Aileoiagne. La fir^ snee ée Bernadotte dans les plaises de Leîpsîg , ses oûBbals daas Ja directîan de Taiidba, Grasdarf, SeUerhausea et Wolkmarsdorff , d^ermiaérent la grande défection de l'armée saxonne, d fixèrent la vidoire sous les drapeaux de la ooaiilioB.
Plias , ea revenant sur le fianemarit , il ravit i ia France son dernier allié, et son exemple entraîna la défection de Murât. Arrivé sur le Rhin , le cœur de Bernadette s'éœul à l'aspect de nos frontières ; les désastres de son ancienne patrie ébranlèrent un instant sa résolution; il s'arrêta et agit mollement, mais ses avant-gardes étaient déjà au cœur de la France, et, comme s'il était dans sa destinée d'être toujours l'instrument de nos plus grands revers, ce furent encore dés divisions de son armée qui arrachèrent Blûcher et Schwartzenberg aux^ coups terribles de Napoléon : sans les corps de Winzingerode et de Bulow, détachés de Tarmée do Bernadette, c'en était fait des alliés après les victoires de Ghampaubert et de Montmirail.
Ainsi donc, dans les conseils de la coalition, dans les champs de Gross-Beeren , de Dennewitz et de Leipsig, dans les plaines de la Champagne, sous les
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murs de Paris, c'élaU réellement par la iio cents prince royal de Suède qu'avait péri la puissana française. C'était lui qui, par ses intrigues, ses indtalions et ses armées avait préparé, précipité et accompli la chute du grand empire. Et , cependant, s'il nous est permis de parler ainsi , Bernadette n'obtint de si grands résultats qu'en faisant Tappoiot des passions et des forces de l'Europe soulevée contre la France. Bernadette et trente mille Suédois de moins dans les rangs de la coalition, la victoire restait à la puissance du génie contre la puissance du nombre et de la trahison.