‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 40 sur 69 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Déburqiieifient de Napoléoii.— ka oo^Ktlon ÛAiîe de noaveiu Bernadoile. — Refas de la Sui>(lc dMntcrvenîr une seconde fois dans les afTaîres i ultérieures de 1a France. ~ Bernadotte proteste contre tout partage éventuel de ce pays. — Sa lettre à Alexandre. — Nouielles intrigiiw ourdies contre lui. ~ Sa noble fernteté -* Docant^nt liUtoriqjtt» et rév^ l.itions sur la naissance de Gustave IV. — Aveu d'illégitimité. — Gonapiration ci)ntre la vie de Bernadotte.

C'est au milieu des débats dont nous venons de parler, qu'eut lieu le débarquement de Napoléon au golfe Juan. Comprenant alors les conséquences que pouvait entraîner son ingratitude envers Bernadotte (1), la coalition se' prît a glorifier de nouveau le dévouement de ce prince à la cause de l'Europe. Les souverains qui, hier encore, demandaient que Cliarles-Jean suivît le sort de Joseph et de Jérôme, découvrirent tout à coup que l'élévation du prince de Ponte-Corvo n'avait rien de commun avec les

(1) Au mois de mars 1815, les puissances représentées au congrès de Vienne se prononçaient sans ménagement en faveur du Danemark et contre lu Siiètle. Elles contestaient à Bernadotte presque tous les droits qii elles lui avaient reconnus au moment du danger. Voir aux pièces justilicatives, n" 17 , la lettre écrite le 21 février à l'empereur Alexandre par le pr Jice royal <le Suède

CfiARLfes xrv. 479

royairtés^de tMe napoléofi Fennec qo'effe élaff pare de l'asliice tt de h y\o\ence h fa feveur desquctfcs SofMipaKe el ses frères avaient usurpé des coufonne»^ que si Berrmd^sKtô^ éteit sorti, comme edx, des entrailles de la révolution , dcr moins sa vie politique n'était entaetiée d'aoeiln des etcès qui avaient entraîné leor eliute ; et, enfin, que ses combsrts et ses grands services dâtis 1^ rafigs des alliés devaient lui U^nir lieu d'ancêtres. Votlàccf que proclamèrent les journaux de la coalition, dès qu'on sut à Yienne que le trône impérial s'était relevé comme par enchantement.

Alors te soldat de fortune,. avec lequef les rors légitimes ne daignaient frfus correspondre depuis un an , scf vit de nouveau l'objet des gracieusetés de ton» les cabinets^. Mai» la situation était changée. La Norvège appartenait ^ Ckgirîes-Jean, et une nntivette gfferriB de la Suède centime la* Pramîe était désormais Stfn» bot. « Ce serait , écrivait fcemadotfe , nous eiposef a«ni pins grandes pertes sans espoir d^ eompeitsatiofr, mèm<e en cas d'^erne réussite (Tompièt«(4).i^ La Gocrr âe Stockholm déclara donc sans héstiei' ^e te iraiié de Paris avait mis fin à facoaliiieti^ e» qtie fe Suéde ne dtïscench^if p^s une seconde fois dans la lice contre une nation qui , en

(t) Leiire du prince royal au comte de LoTeiilijelm, 8 mal I8H.

180 HISTOIRR DE BERNADOTTE,

revenànl à Napoléon, n'avait fait qu'exercer son imprescriptible droit de souveraineté. Dansun grand conseil, — réuni extraordinairementpourdélerminer quelle devait être la conduite de la Suède dans les conjonctures où T Europe se trouvait placée par le relour de l'Empereur,— Charles XIII annonça à ses ministres qu'ayant religielisement rempli toutes les obligations que lui imposaient ses traités avec les alliés, il n'inlervietidrail désormais ni directement ni indirectement dans les affaires domestiques de la France. Celte déclaration fut éncrgiquement soutenue au congrès de Vienne par le ministre suédois. On assure même que, pour se renfermer dans une neutralité plus absolue, la cour de Stockholm avait pris la détermination de n'admettre, comme ministres accrédités auprès d'elle, ni l'envoyé de Napoléon ni celui de Louis XVIII., attendu que le premier de ces princes ne pouvait encore être reconnu souverain de la France, et que le régne du second avait cessé de fait. Cependant le prince royal déclara à M. de Rumigny que, si les circonstances forçaient la politique du roi d'exiger qu'il dépouillât son caractère de ministre de France, il pourrait toujours résider à Stockholm, où il serait considéré comme l'ami du prince royal (4).

( I ) Mémoires pour servir à riiistoire de Chat IcsJenn, par Coupé de SaitiUDonnt.

CHARLES \1V. i81

QuaiKl, après le désastre de Valerloo, Ks allies tnanireslérent un instant le monstrueux projet de partager la France, le prince royal ne dissimula point son indignation, et il écrivit à Femporeur Alexandre que l'existence de ce grand royaume, commepuîssance indépendante, était un des éléments nécessaires de l'équilibre européen. «Sire, disait-il, f beaucoup de sang a déjà coulé, la guerre et ses ra- » vages n'ont que trop désolé le monde. Votre Majesté » parait destinée à y mettre un terme ; ses nobles sen- » timents, ses principes sur la dignité et le droit des » nations en imposeront aux passions individuelles, » concilieront les esprits et feront pencher la ba- • lance pour un système qui donnera la paix (i). » Waterloo et l'abdication de Napoléon dénouèrent cette situation diflicile. Si la lutte avait continué, *la Suède aurait-elle fait respecter sa neutralité? Les événements seuls pouvaient résoudre cette question. Mais ce qui demeure acquis à l'histoire, c'est que Bernadette réprouva avec persévérance et fermeté la nouvelle croisade qui fondit sur la France; c'est qu'il revendiqua, pour ce pays, le droit de régler ses destinées comme bon lui semblerait ; c'est que, lorsque les Vendéens offrirent de se réunir aux soldats de la Loire, pour chasser l'étranger du sol français,

(1) Lettre du prince royal à rempereur AlexaDdre, StockholiD, 6 juillet 1815-

182 HISTOIRE Oti npflNADOTTE,

il applaudit hautement à leur patriolUme. Et, quand la fortune eut une fois encore trahi nm armes et que, sous la protection des baïonnettes étrangères, les vengeances contre -révolutionnaires |>oursuivaient i mpitoyablement nos plus graads citoyens , plu^ieyrs victimes de la réaction trou vprçnt en Suède iinogé-» néreuse hospitalité (i).

A Tintérieur, la situation du (ils adopiif de Char'les Xlll s'alTermissail sans obstacles ; son infiitigable dévouement auK intérêts de la Suède accraî&s;iit chaque jour sa popularité. Mais^ au dehors i les trames ourdies en faveur du prétendant trpublaiunt encore la séc^urité de Bernadette. Rendue au repos et à Tintrigue, par la chute de Napoléon ; débarrassée des craintes qui l'avaient si long-temps contenue, la. vieille aristocratie avait pris pouf bu( de ses hostilités, Villégitimilé du prince royal d^ Suéde* Quelques services qu'il eût rendus à la féodalité restaurée, c'était, pour elle, un horrible scan<> dale que de voir le iils d'M^ avocat béarnais, uo enfant de |a république, un ancien jacobin» assis sur les marches d'un des plus vieux trônes de r (Europe, tandis que le descendant des Gustaves promenait son infortune et ses prétentipns dans toutes les petites cours d'Allemagne. C'était là un

( I ) Voir, pièces jii«(ilicati«eft, i)o 19, ^ettre 4» prifw^ 'oyM •» mwé^l Giouchy. qui demandait à prendre du service en Suèc|e.

QHXUhES XIV» 1^

alleiilnl vivant nu principe monarchique, une anomalie gouverncmenla!e, un vice dans la consliLntion politique de 4'Europe, qu'il fallait extirper à tout prix, Les peiiles négocialîons se croisaient ' donc en tout seris, pour appeler l'intérêt sur la Tamille déchue, et propager des espéraoces de restauration.

Ces espérances, favorisées par plusieurs cabinets au nombre desquels figurait, en première ligne, celui des tuileries, reposaient principalement sur les tiens de parenté qui unissaient l'empereur Alexandre à Tex-maispn royale de Suède. Oncle des enfants de Gustave iV, ce monarque avait accepté b tutelle (lu jeune prétendant, et, comme tuteur, il avait votilu que les intérêts pécuniaires de son pupille avec le gouvernement suédois fussent définitivement réglés. Enhardis par cette circonstance, les ennemis de Bernadotte demandèrent que le prince Gustave fût élevé à la cour de Saint-Pétersbourg; mais Alexandre répondit qu'il était plus convenable de former cet enfant pour la vie privée, que de faire son édaefttion dafl« un palais^ Néanmoins, peu rassuré par toucôs les înirîgucs qu'il Voyait s'agiter autour de lui, le ministre de Suède à la cour de Russie crui devoir proliter de cet incident, |30ur négocier fa henorlcîatîon du prince Gustave à ses dioils éventuels au trôné, moyennant un établissement Uuaneîerqui lui serait cbnslilué par le gouve^nen>ent

suédois (1)^ Mais le comle de Lowenhjelm, qui seul avait conçu le projet de cette transaction , l'ayant comuiuniquéau prince royal, Bernadotte en ressentit un vif -mécontentement, et répondit par la lettre suivante, document historique d*un haut intérêt, tant par la fermeté dont il est empreint que par les faits curieux qu'il révèle :

< Le comte d'Angestrom vous écrit ce que le roi » Ta chargé de vous dire, par rapport aux ouvertures » faites sur l'établissement du jeune prince fils de la » reine Frédérique. Certes je n'ai rien à objecter > contre un pareil établissement. Mais je ne puis » que m' étonner que l'idée en soit venu dans le mo- 9 ment présent, surtout en me rappelant ce que » vous avez écrit vous-même dans une de vos dépê- » ches de Saint-Pétersbourg, où vous annonciez que • l'empereur Alexandre vous avait dit., au sujet de » la demande qu'on venait de lui faire de pouvoir

(I) En prononçant la déchéance de GoatoTe IV, les* Élata-g^ranx de 1809 avaient mlR ses biens sous le séquestre, et lui aTaient interdit le droit de les aliéner. Toutefois, une pension de 66,666 thalers , qui pouvaient être considérés comme le montant des intérêts de sa fortune, a?att été accordée au roi déchu. Plus tard, et sur la demande de Charles- Jean, les comptes de la Suède avec Tancienne famille royale forent entièrement liquidés. Le 10 août 1824 , on déposa antre les mains du comte de Sucbleten, cliargé des pouvoirs de Tempereur Alexandre, tuteur des enfants de Gustave- Adolphe , une somme de 577,136 thalers de banque de Hambourg , montant du capital de la fortune du prince exilé dont la pension cessa d'être portée au budget des dépenses de la Suède.

• envoyer le prince Gustave dans celle capitale, qu'il

> lui paraissait beaucoup plus convenable d'élever

> ce prince pour la vie privée que de faire son édu- » calîon dans une cour. En réfléchissant sur tant de » circonstances, en y ajoutant co qu'on a lait insé-

• rer, de temps en temps, dans les papiers publics, je » dois nécessairement croire qu'on a quelque des- » sein, et que la tutelle du prince Gustave, que sa « majesté l'empereur Alexandre a bien voulu accep- » 1er pour tout ce qui a rapport à ses affaires pécu-

> niaires, a fait naître des espérances aussi ridicules » que coupables. Je suis confirmé dans ma convie- » tion par tout ce que j'apprends des menées de la

• vieille margrave, grand' mère du prince Gustave, et » des intrigues de la reine Frédérique avec la cour » de Bavière. Peut-être sa proche parenté avec une » grande souveraine est-elle, aux yeux de cette prin- » cesse , un motif de concevoir de chimériques pro- » jets; peut-être les a-t-elle formés sur la chute de

> Napoléon, celui-là même qu'elle avait choisi pour

> le protecteur de son fils. Dans tous les cas elle se j» trompe; dans aucun il ne saurait être question » de renonciation de la part du prince Gustave. J'ad-

> mets qu'un excès de zèle ait pu vous inspirer cette » idée, mais son exécution n'est compatible ni avec » mes droits, ni avec l'honneur de la nation suc-

> doise. Ce n'est pas moi qui ai déplacé Gustave- Adol- » plie et sa famille; c'est la volonté de la Suède en-

iHii HISTOIHf. Dis fti»ai\AI)OTTË,

> iiorc^ suivie de rabdiedtîoii $olei)nalli)de w \mnce. 9 J'ai ctc appelé par le elioix des habili^iis d'un » ro}'auine électif , je connaissais tout le dnîiger d'y » répondre et j'aocepui, anioié par le dé^ir dé rde- * ver la gloire de la Suéde et par l'espoir d'y réussir. » 11 faut être au-dessus du eomqiun des tioinmes p pour oser embrasser une pareille situalton» Si » l'empereur r^apoléon av^it été guidé par des idées » libérales, il serait enœre au faite de sa puissance; 9 mais il fut un tjran et il fut renversé.

)i Mon épée et n^es actions, voilà nfiesaïenx; L'ad- » option du plus vertueux des rois, l'éieelion wia- » nîmed'un peuple libre, voilà mes droits fortifiés » par l'amour et la confiance du peuple, et par l'es- » time que je lui porte} je pourrais y ajouter Téclat » du nom suédois relevé et les intérêts de la Suéde » défendus.

j» Si I ne complanl pour rien un peuple libre et 9 habitant un royaume électif, on osait parler de » droits héréditaires, j'ai entre les rnains des preu- » ves incontestables que le ci^lev'fint roi n'en eut » jamais. La lettre de Gustave- Adolphe à sa mère^ » ses déclarations à Francfort et en plusieurs en- » droits fournissent bien d'autres preuves. L'amitié

> et le tendre attachement que j'ai voués à Tempe* » renr Alexandre, m ont empêché de faire connaître » des pièces insultantes pour sa belle-sœur et pour » son ci-devant beau-frère. Les é^rds qu'on 4oit

CHARLES Xlf. 187

• au malheur m'oat aussi porté au siienœ, mais tout

• a un terme» Si Ton ooutinue ces cabales; si cos

• tnanii^s, dont je connais par&itemeol la source^ ne » finissent pas; si , dant les gazettes , on fait dotinor

• au fils delà reine Frédérîqùe un titre liijurieuK pour

• le roi et ia nation ^ je ne saurai me dispenser de p rendrepubliqiles les preuves irrécusables de riilo-

> gitimitédu ciHlevant roi. Au reste, qu'on inti^igile, » qu'on forme des pariis contre moi» mon eomr et » mou Imtq^ sont les mêmes* Geluî qui a Mé lutter ^ contre Napoléon ne doit plus rien craindre^ et si ,

> ce que j< suis loin de unoire, je venais à succom- » ber , je mourrais eu moin» avec la satisîietion d'a-

• vaîr déf^du les droits de le netion suédoise en

• même temps quu les miens et ceux de mou fils :

• il n'en e^^iste jamftis de plus légiUm«s«

» Vquis vpyes par m que je mm de vous dire, i mansieur 1^ Comte, oombien il serait iiicunv^nant 9 et contraire k h dignité du rpi et du nom suédois,

• de weltre eq avant I^ renoueiatioa du prince Gus- » (ave 4 dqs dreits qu'il ue peut jamais réclamer » sans insulter & ceui des u^tiow et à la sainicté

• d^ lois social^*

» You$ demand^eaç une audience à Sa M^jeslé 9 rempereui* Alexandre et vous feres çopnj^Ure à ce » monarque^ que c'est seulement psir déférence pour

• lui que je me suis abstenu jusqu'ici de douoer de » la publicité ^lan pièces qui réd^îrai/^t la reine

» Frédcrique et son fils au silence. Je rendrai toujours » justice au noble caractère, à la pureté des prin- » cipes et à Télévation d'âme de l'empereur Alexan- » dre. J'ai entendu plusieurs fois, de sa bouche, qu'il 9 appréciait plus les hommes que. les titres; j'ai été » de son avis, car le siècle où nous' vivons nous a

> fourni des preuves irrécusables de ce que valent » les hasards de la naissance. Philosophe et soldat, » ce prince sait apprécier l'un et l'autre: il fut l'ami » de Napoléon, tant qu'il le crut noble et grand; il » devint son ennemi, il le dé(x>sséda ensuite, parce

> qu'il reconnut que cet homme extraordinaire n'a- » vait jamais eu pour but le bonheur du genre hu- » main, mais uniquement sa propre élévation , dans » la carrière que j'ai parcourue. Monsieur le Comte, » je me suis aperçu du degré de conQance que je » pouvais accorder aux gouvernements et même aux » individus, et, je vous l'avoue, ce n'est passant un

> sentiment pénible que j'ai éprouvé tant d'ingra* » titude de la part des uns et des autres. Mais, au » milieu de ces renversements d'idée, de cet oubli » des principes, une voix consolatrice me dit que » l'empereur Alexandre est au-dessus de son siècle, » et que , loin de l'avilir, loin de travailler à son abais- » sèment, il cherche à lui donner de l'éclat, parce 9 qu'il aspire à la gloire que ce siècle porte son nom. »

Quels étaient donc ces documents mystérieux dont le prince royal de Suède se déclarait dépositaire?

Jusqu'à quel point constalaient-ils rillégiliiniié de GustovelV? Quelles sont les circonstances de celle illégitimité?

Quelque pénible que soit la tâche de révéler de semblables turpitudes, l'histoire doit écarter le. voile que les dévots de la monarchie ont long-temps étendu sur la naissance de Gustave IV.

Gustave III, notoirement abandonné à de honteux penchants, avait étéliancé en 1764 à la princesse Sophie -Madeleine de Danemark qu'il épousa en 1766. Comme on le sait, la cour de Stockholm était, à cette époque, le foyer des plus étranges déportements. Onze années s'écoulèrent $ans que le mariage de la jeune reine Fût consommé. Cependant Gustave III, qui voulait donner un héritier au système qu'il avait créé, conçut l'odieux projet de faire féconder le sein de sa femme par un de ses favoris, le major comte de Munke; et il ne rougit pas de proposer lui-même à la reine de recevoir un étranger dans son lit. < Abélard, dit un histo- » rien anglais, quand il suppliait Héloise de céder » à ses vœux, n'employait pas sans doute plus d'é- 0 loquence, pour parvenir au but de ses désirs, que » l'étrange Gustave pour assurer son propre déshoii • » neur. Avec des larmes feintes et des soupirs qui » paraissaient s'élever d'un cœur réellement oppressé »par le chagrin et la honte, il avoua qu'une inca- » pacité physique l'éloignait seule du lit de son

490 tllSTÔlIlfef bE frÈ^NAftOTTË ,

épouse, Hj afitt de Isr Riire eonsetilir plos facile^ ment à une proposition si ifile, if insinua que sd mère avail été la cause volontaire de son iBathetir N fit leâ plus grftttds eflKM'ts pour persuader à te reine que la stabtirté de son IrMie dépendait de sa eondescendanee. Pour tranqffîHiMr la conscience de celte jeune femme, il toi oflirit une rét>U((kiliofi secrète et vouht fui fmer une discrétion éternelle; mais là relfke connaissait trop bien ce prince artificieux pour confier 6on honneur à sa gardé i rougissante, te eorar tfgfifé ûff inilto passion» diverses qu» Se comb«ttaien(, ponvant it peine parler ei n*osant regarder wn mari en ikiee, eHe lui fit signe de.se retirer et 4e lui aeèotcter lf# peu de temps pour rappeler s« enprifs^ agité». A leur prechifine entrevue, elle dit A son épo«« qM^ quelqn'exiraopdinaire quefûit sa propmMon, efto se somiiettrait à sa volonté) mais que ie^priiicfrpM moraux et religieux dan» lesquet»eUe'a\aif été élè^ vée, exigeaient qu'il consentit préaflablemènlà un divorce que suivrait un mariage avec le major Mmike. Quand le roi sentit que rien n'était capable de kri fhire ehanger d'avi», il eéd* <)e bnmie grâee^ En attendant, il fallaic eoi^rer aui yeux du publie sa (n'étendue réconciliation avec la ruine. On rendit donc que, pendant le séjour du roi en Finiande^ il avnit, |\ar le moyen d? un de se» migftona nommé Roseinstx^in, découvert qm la reine^ qu'il

CËARitS XtV. 4^1

» ftvnk JM^fte-là a«oiMde de Aiftfli<}uér cFamour poui" » taK, était dit c<^iitrfi>re éperdu iHent éprise de sod » bîoB^aîfiié Gasitf %e. Le peiiple reiHKt grâce à lAeii » de eetle beiireMe réconoftiattoà. Les dcfupules de «h r^œ Tinrent vajfieus par un itrariagè sifn«Flé, » sa slérilitc ^eêm etGoêlftve IV Tinl ao noomie (1). « Le mariage de lafomoïé de Gusràtë |H avec an favori de mm niwi Tmti^ e6i eiicore à l'état de (|iie8lko« De8 tukoas de potUique et de moralité l^cutenl fdri \ma b^9 dQimé naissance à eette ahec^ dote pap^wiée cependatti par plusîeiira historietts. Mai» Fillégilifaité de Gustave iV papait établie par di» Êâts petteoDtc^able». Indépendamment de ta lettre da prioee roy^A^ que nous fêtions de Iranscf ire, — bttte que itornadglte n'eût jamais osé meltr^scHis leayeuK d' Aimaadre) s'il n'avail pas e« la prevve matérieile dea feUa qu'il arvan^ail^ — les aotorités le^ pktt. graiiea s''acc5Mdent à MbVip qqe, fe veille d«i jawB dû SI» abdftca4iew(3^ mer» 1809), Gastfive l¥ eii& me entrevue avec la pefne q«i Im apprit Hu'ik ae davâk pas te jour a« devolef^ mi. Cette ré^ékàîùaj aveu dotitoiireM poup une tûète mais adDOcifisenaent léei. au malheur d'un henifue de ta tceoipe de Gurtâ^e kV, amenai l-abdteaiid«i de ce prince. « En effet ^^ dit Bignon, avec un caractère

(4) Cmurs âiê Noré^ ptr Bivwiu Tbaie I , p* 2ê.

492 HISTOIRE DE BEUNADOTTK,

» dans lequel se mêlaient, quoique défigurées, la re- » ligion et la chevalerie, il était tout simple que Gus- » tave IV, respectant l'arrêt de la Providence, re- » gardât comme un devoir de conscience de renon- » cer à un trône auquel il pouvait avoir droit selon » la loi des hommes, mais non devant Dieu. Sans » garantir que ces bruits portassent sur un fait vrai , » nous devons dire qu'on plusieurs occasions Gus- 9 tave IV a paru en confirmer lui-même rexacûtude: » peu de lemps après sa déposition, ce prince étant » venu s'établir dans le grand-duché de Bade, où je » résidais alors comme ministre de l'Empereur, j'ai » souvent entendu citer de lui des propos bizarres, » incroyables, qui ne pouvaient guère avoir d'autre » explication (1). » Le célèbre professeur allemand Schlœser, qui a publié un recueil de pièces officielles sur l'histoire de Suède, corrobore en tous points l'opinion du diplomate français. Enfin, il parait incon* leslable, et c'est à cela sans doute que faisait allusion la letlre de Bernadolte, que les Étals -généraux de Suède sont nantis de documents authenliques et desquels il résulterait qu'en 1777 le comte de Munke, t^cujcr et favori de Gustave 111, aurait été introduit dans le lit de la reine par le roi lui-méme(2). Ce comte

(1) Bignon, Histoire de France, t. VHI, p. t63.

(2) On lit dans les Mémoires d'un écrivain danois, qo'avant sa nM>rt Giifitavp ni renferma des papiers d'État dans nn coffre de fer, qu'il con-

de Munke, banni en 1792, pour criitfe de fausse monnaie, vécut long-temps en Italie, où il rédigea divers écrits dans lesquels il avoua et expliqua la mission génératrice dont il avait été chargé en 1777. Tandis que le prince royal de Suède se défendait contre les intrigues du dehors, ses ennemis du de* dans menaçaient sa vie ainsi que celle du duc de Sudermanie. Vers la fin de mars 1817 , on annonça à Stokholm la découverte d'un complot tendant à empoisonner le père et le ûls, avec du verre pilé. Mais cette conspiration, dont les journaux étrangers firent grand bruit , se réduisit à des proportions si infimes , que son existence même ne fut jamais bien constatée. Cependant elle donna lieu à des démonstrations de dévouement si propres à inspirer aux étrangers une haute opinion de la popularité de Bernadette, qu'on l'attribua généralement à la politique de ce prince II est certain du moins que Charles-Jean saisit cette occasion pour haran-

liA à la garde Je roniversité d'Upsal. b Le contena de ce cofTre doit être ■ oonn'u de bien peu de personnes vivantes aujourd'hui, à moins qu'on ne

• râit ouvert depuis la révolution de 1809, ce qui ne serait pas impos- B sible. Il y aurait donc de la présomption à affiriner quelque chose de » positif sur un point aussi délicat, mais je fonde mon opinion sur celle

• d<*s patriotes suédois qui ont fait la révolution de 1809. Je peose donc » qu'il ontient l'histoire secrète de la naissance de Gustave- Adolphe IV. V Le roi avait ordonné que ce coifre restât fenué jus'|u*à Tcxpiralion d'un » demi-siècle après sa moi t. » (Notes de Brown.)

itt4 HISTOIRE De bernàdotte,

guer indéfiniment tous les corps de TÉtat, el rêve* nir, une fois de pluè, sur les diverses phases de sa carrière militaire et politique. Il dit à des officiers de Tarméc, qui lui étaient présentés par le maréchal deStedingk, qu'il n'attendait pas moins du dévouement de ses braves et fidèles compagnons qui avaient vu œ qfi'il avait fail pour la pairie, el qui savaient ce qu'il était prêt à faire encore. Au fait, que voulait cette faible et méprisable poignée de turbulents qui semblaient s'agiter dans l'ombre pour troubler la tranquillité publique? S'ils ne s^attaquaient qu'à sa vie et à celle de son fils, Bernadette dédaignerait leurs projets et leurs efforts; car il était soldat, et il avait appris depuis long-temps à mépriser la vie. liais les conspirateurs voulaient ébrapler les lois de la Suède^ attaquer son honneur, S) liberté, et il devait s'élever pour défendre toutes ces choses sacrées. Après avoir rappelé, suivant son habitude , les causeii de son élection et les services qu'il avait rendus à la Suède, à l'Europe et au monde, le prince royal terminait sa harangue par des paroles auxqqelles les circonstances politiques de l'Europe prêtaient une haute signification :

« Vous le savez, Messieurs , je ne marche qu'avec » la loi, et je ne veux marcher qu'avec eUe. Mais si, » oubliant ce que je vous dois; si, oubliant mon » caractère et mes principes, je me laissais enivrer » un jour, en buvant dans la coupe de la puissance,

CRARLES XIV. 195

* pour altcntcr à votre liberlé, osez me rappeler à

* moi-même ; c'est le devoir des braves de parler » avec franchise et loyauté; mon cœur sera toujours » prêt à vous entendre; mais si, ennemi de ma gloire » et de mes intérêts, je refuse de vous écouter, tour- » nez alors y j'y consens^ tournez contre moi ces j» mêmes armes que vous venez m'oiïrir en ce mo- » ment pour ma défense. »

La réponse du prince royal à l'adresse des bourgeois de Stockholm, oiïrait aussi quelques traits remarquables : « Je vins, disait-il, au milieu de vous,

* et j'apportai, comme titre et garantie, mon épée » et mes actions. Si j'avais pu vous apporter une

> série d'ancêtres depuis le temps de CharlesMar* » tel, je l'aurais désiré seulement par rap|)ort à vous. 9 Pour moi, je suis également fier (Ijl's. services que » j'ai rendus et de lu.gloire qui m'a élevé. Ces pféten- » liousscsuntaccrues par l'adoption du roi et le choix » unanime d'un peuple libre. C'est là-dessus que je » fonde mes droits; et, aussi long temps que l'Iion-

> neur et la justice ne seront pas bannis de la terre, » ces droits seront plus légaux et plus sacrés que si » j'étais descendud'Odiu.L'histoiremontrequ aucun » prince ne monta sur le trône, si ce n'est par le choix » du peuple ou par la conquête. Je ne me suis point » frayé une voie à la succession de la Suède par les »'armes. Le choix libre delà nation m'a appelé, et » voilà le droit sur lequel je m'appuie. Rappelez-

196 HISTOIRR DE BRI^NADOTTC,

» VOUS votre élat à mon arrivée, ol voyez ce que vous » êles maintenant.... (1). »

:^ Pour apprécier la noble fermeté de ce langage , il faut se reporter à la situation politique de l'Europe en 1817. Partout la révolution, ses principes et ses hommes étaient vaincus. La proscription planait sur r Europe entière; elle frappait toutes les têtes libres, présidait à de froids calculs et dévorait, en espérance, des milliers de victimes. A Garisbad, à Francfort, à Berlin, à Vienne, à Pétersbourg, à Varsovie, le despotisme triomphant attaquait la liberté civile, la liberté politique, la liberté de la pensée, toutes les libertés, et, partout, le despotisme avait pour auxiliaires les passions et les ressentiments implacables des vieilles aristocraties. En France, Témigration, le parti deTétrangeretles missionnaires; en Angleterre, une oligarchie, obstinée à défendre ses privilèges féodaux, et, en Allemagne, Tanti-judaisme et les congrès liberticides n'étaient plus occupés qu'à river les chaînes des peuples, et à faire la guerre au genre humain. Enfm, les destinées de l'Europe paraissaient retombées dans les mains d'une classe qui, pour faire triompher ses seuls intérêts, se précipitait aveuglement dans les voies de la monarchie absolue et de la tyrannie. Partout la ruse à la place k la bonne foi, la violence î\ la place de la justice,

(I ) Voir pièces justificatif (»«, n*» lî).

CU4RLES XIV. ^ 197

et UDe affreuse ingratitude pour récompense des services que les peuples venaient de rendre aux rois opprimés par Napoléoa. Telle était la situation de l'Europe, lorsque le prince royal de Suède, menacé lui-même dans son existence « ne craignit pas de revendiquer hautement les droits des nations, de flétrir tous les actes d'oppression, de proclamer d'austères vérités, et de prêter à plusieurs Victimes l'appui d'une pitié courageuse.

Peut-être le souvenir de cette époque de sa vie , a-t-il quelquefois consolé Bernadotte du malheur d'avoir trahi ses devoirs envers la France.

198 HISTOIRE DE BERNADOTTET,

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