‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 42 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Pliysionomte de la cour de Bernadette. — Lutte intestine entre la dicte. ncrvëgleDiie et le gcMlyenieftient. — Sonrec de tontes les difficultés .i*\ f^die U €liailM-Jepia. rr U demande ia ré^isio^ «le la consUtutien d^^ a rintéiéi de la préro^ti?e royale. -* Résistance de la diète. — Tend«incci contre-révoluttonnaires de la couronne. — Calme en Suède. — Mariui^c da duo de flndermank^. -^ Bm'U d'assassinat et manœuvre us^e. -^ Le doc de SudenDaiiie Tiee-roi de Norr^ie.— Adaieiatietion ietérieun • «« RouYeao débat e^tre la Suède et la fioryége, — Fête séditieuse. — Uii« opposition inusitée se produit au sein des États-généraux de Suède.— Clwrles«leêD et la réfolutton de 183o. — Conspiration ourdie h Yieniit eoQtt^ la djMsIie de Bemadolte. «- Mésiqtelligaiiee entre les cours M Paris etde Stockholm.— I,a prepiière condUionpour intpirer de ta çvH' Jianee est la bonne foi. — M. de Saint-Simon, lord \yellingtuu et li^ maréchal Soult. -^ Le /choléra. — Belle coi^nite de la famille royale 4e SmMe. -^ ^nyiiatiea. ^ Voyage en Ifory^e. — NeufeUe levée de boucUers de la diète norvégienne. — Dissolution de ce corps lé^islatil. — Protestation et résistance. — Mise^en accusation d*un ministre. -^ Modératieià de Cbarles-Jeen. — Secret de ces 4roubl(>e — Nouveaux efft>Jrls ^ C^KVsi-Jein peur obteew qve U consti|utioa nofvég'cvtK^ soit modifiée. — • Nouvelle résistance de la diète.— Testament polti'ine du roi.

TautQ^ lea oofQplicalions eiUérioure«i de quelque gravité éU|i^ à pet) près écartées , Charles-Jeau $ie con^ora n%nfi ré$erve aux affaires du dedans. Col hq^ime, doP^ ^ pensée et raclioa avaient été si long-lamp^ c^(^ d'un Iribua, fut pris tout à coup de mpJaacoUe ft d^ faiiigue, comme si toi^tes les pai$R»«(^ da sa pd^on $*éiaient épuisées à at?

216 HISTOIRE DE BBRNADOTTE ,

teindre le but auquel il était arrivé. Assis sur un trône encore tout imprégné d'oligarchie, on eût dit qu'il comprenait que l'origine de son élévation et sa physionomie étrangère ne lui permettaient pas de déblayer ces décombres de la Téodalité. En effet, les révolutions qui, depuis un siècle, s'étaient opérées en Suéde avaient changé la constitution et modiflé les lois de ce pays, sans altérer ses mœurs arislocra-' tiques. Des factions également oppressives s'étaient succédé au pouvoir, les privilèges s'étaient déplacés, le royaume avait été déchiré par des dissensions civiles ou des guerres étrangères; mais, circonscrite entre les diverses castes nobiliaires, la lutte n'avait fait généralement que porter ailleurs le siège de l'usurpation, et rajeunir les instruments de la tyrannie. Sans doute les factions des b(mnets.ei des chapeaux n'exerçaient plus ce despotisme oligarchique qui avait si long-temps pesé sur le peuple et sur la couronne. Le temps n'était plus où qudques sénateurs factieux s'arrogeaient insolemment le droit d'inventorier les bijoux de la reine Ulrique, de renvoyer l'instituteur des enfants de Frédéric-Adolphe, de choisir ses domestiques, de régler l'économie de la table royale , d'apposer la griffe du monarque sur des actes dont il ignorait même l'existence, et de vendre lâchement à toute l'Europe le sang et les ressources de la Suède. La cour avilie de Gustave III, ses parasites dépravés, ses comédiens.

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ses peintres, ses poètes, ses musîcîeos et ses danseurs avaient ^iement fait place à des joies moins immondes, à une aristocratie moins dégradée et pour laquelle, par une soudaine métamorphose d'idées et de principes , la couronne était devenue la source de tout. Enfin, trois révolutions successives avaient relevé la dignité de l'homme, dans ce pays où les agitations d'une liberté menteuse cachaient un abtme de servitude et de corruption. Cependant, à travers toutes ces tourmentes , toutes ces convulsions , le génie aristocratique et les traditions nobiliaires avaient survécu, et ce n'eût pasété impunément qu'on eût voulu les heurter de front , à la cour de Suède. Là étaient encore les descendants des Armfeld, des Uglas, des Fersen, des Horn, des Brahé, des Hart, qui peut-être n'espéraient plus se gorger, comme leurs pères, des dépouilles du royaume ; mais dont l'orgueil et l'avidité souffreteuse se seraient mal accommodés d'un réformateur austère.

Cette situation plaçait donc le nouveau roi dans une alternative pleine de difficultés. Précipiter la réforme, attaquer en face des abus séculaires, c'était 8'exposer aux plus grands périls, se mettre à la merci des rancunes féodales et se livrer à l'étranger. Persister dans les vieilles habitudes, c'était irriter le peuple contre la nouvelle dynastie, et, partant, compromettre sa popularité au dehors.

Charles-Jean voulut rester également éloigné des

QI8 iiisToinrR i>e mtti.iADOTTE,

pRodîgaiiles ftistoeiises àè Gustave III el Uds haiiiludM presque boui^epises de Charles Xlili Sa opur Ail dk l^e^ans magniiicenoe, réservéesans péitontisme^élé^ gaale sens aifélprio. 11 modîiia beaucoup 1q vieux cé^ rémonial, mais il conserva avec soin les pratiques asaentieUes de Péliqueile ix)yale. t It joignait, dk Mi de Marinier, les (rails de oaracière le$ plus dîspa^ rates el Ids plus dtffietleaà eonèilier. Da vieiltesidt^M républicainos s-aasociaietlt en lui à des pèflohanls dTautoohalie; Il n-aimail pus la noblesse et il ne 8'en«* toiiraitque de nobles^ » Les eourtjsans élâieni l'objet desfiiarcaiutea dq Bennailolte el il napoutati fifre sans oilUf ttsaas : il lesoumblaildUioonmirs, d'amploiaet éé forlilne. 11 aîmail le uoinnierce de ses anciens ciunpalrioies , el il n'avail voulu eo eonserver aucun auprès de aa persenup. Sa coqr offrait iin fl|Sf>ect liMit «ililaire; il mettait de la coquetterie à s'y foire dîslînguer par la simplicité de son costume , inain on ne pouvait s y présenter qu'^n uniiuriBe« Elte ne respirait ni le pari'um des amours de Gustave IV, ni le reflet brutal des guerres dé Charles XII. Ijtè niiitsitaa, le$ dmfs d» l'armée, les sommités dç la magistrature ^t de la sci(^Qce^ quelques femmes d'une mé- ItAimlique beauté et d' uœ élégance tonte i^arisienne, oomp^sâîaut l^^rcK^options royales, auxquelloa pr^ ^îdaieA^ toujours celle poUteaae exquise et cetlç niv banilé de form^a qui dialiogueat lesSnédoisi ftotre ttW^. kfi p§^(4M d^ ^ VMe germanique* Le roi seul

OUfttKS XIVi tilt

flWiUail gâM el wptrainl au milieu 'de sa doan. Une iristaiiè hebîlveUe tM»pârait le sombre éclat de sea yeux» coomie si la rapnésealalion lui eAi élé amére» «t qu'au $ein de ees paisîblei^ joies, il eâi la(i}Qfira éprouvé Une aeorèfe douleur. Vers minuiii la fewiUe royale et le« ^aads ofliciers de b eour romie s^asseyaiwl à une mèu^e lablu; les auiraà QOAviyaa itrenaieii pkce à des tables veîaînes al ua jtep%6 aQipptueui; teripinait la soir^.

Ou r^ale^ Cbarles-Jêad avail apporté sur I^ inhie les babitudes excentriques de toute sa vie. Oe suldat^ que dé¥prait un inaQense besoin d'activité^ vivait habitufillemept du genre de vie le plus aingulia*. Cou- (dié tQiit6 la journée, il ne s'oecupait d'pffaires que ds^iia aon l|t et ne prenait que quelques tasses de bouilloo pour toute tiourpituiie. Il se levait veri lesoir, poar dpnner audience à ses wimstres et au publia A iiiili)iilt^ on lui sDrvail un repas splendide smquel il puPâMil une large part. Le sonper fini, il reigagnatt aoB lit et s'endoroafiit aussi t<>l d'un sommeit profond. A partir de la fin de l'automne jusqu'au ooinnien*oameiit de mai, il ne quittait pas ses apparteinenle. Mais» si quelque maUieor publie, quelque io^ eanctie venait à éclater dans Stpekhotm, de nuit ou de jour, p|ar lelemlis \e^ plus rigoureux, h l'in^ stant mèwe^ le roi montait ^ obeval et courait au lieu du désastre. L'été venu, il changeait d'iiabitudes. Q« le voyait presque cb^qw joui' lW9v-

ser les rues*^de la ville, soit pour visiter quelques travaux publics, soit poor se rendre à son élégante maison de Rosenthai, où il aimait à réunir un cercle d'hommes choisis, et à recevoir les étrangers (1). Charles -Jean portait dans ces réceptions particulières une affabilité parfaite. C'était là surtout qu'il aimait à s'entretenir des choses du passé, et sa conversation n'était plus un entretien , mais un long et pompeux monologue dans lequel il revenait, avec une vivacité toute nléridionale, sur les divers incidents de sa fortune. Il parlait volontiers de son attachement pour les idées de sa jeunesse, de la nécessité où il s'élait trouvé de se défendre contre les provocations et les attaques de Napoléon, et de la fatale alternative ou son titre de prince royal

de Suède Ta vai t jeté en 18i 3 Et, alors, le cri d'une

rancune sans élévation et d'une immortelle jalousie s'échappait encore de son âme. « Ne parlons plus de cette époque, s'écriail-il ensuile, mes entrailles en sont encore émues. Mais, un instant après, il revenait sur le même sujet, comme si une pensée impérieuse, une pensée rebelle , à laquelle il tentait en vain de se soustraire, le ramenait malgré lui & cette phase décisive de sa vie (2). » EnOn, combattu entre ses souvenirs du passé et ses appréhensions pour l'avenir, Charles-Jean n'avait pas trouvé le bonheur sur le

(1) X. Marinier, La Suède ious Charki XiV, — W IbM.

CHABLES XIV. S2i

trône. Cet homme, qui avait bravé la oolére de Napoléon, craignait pour raffermissement de sa dynastie ; il frémissait aux moindres attaques dirigées contre les prérogatives de sa couronne ; il s'effrayait du mauvais vouloir d'un publiciste, et un article de journal hostile à son gouvernement suffisait pour troubler toute sa sérénité.

On trouve la trace des préoccupations de Charles- Jean, ainsi que le fruit de ses méditations^ dans les conseils qu'il ne cessait de donner à son fils qui , mûri de bonne heure par l'étude et la méditation , était déjà apte à les comprendre.

c Le plus habile homme du monde, lui écrivait-il, » doit toujours écouter l'avis de ceux-mémes qu'il

• pense être moins habiles que lui, dés le mo* » ment où il les a appelés dans ses conseils, il est

• de la prudence du prince de parler peu ; il est » aussi de son intérêt d'écouter beaucoup; il pro- » fite alors de toute sorte d'avis. Les bcms sont » utiles par eux-mêmes, et les mauvais font ressor- » tir les bons.

» La probité d'un homme d'État n'est pas tou-^ » jours d'accord avec une rigueur permanente. Cette » rigueur est souvent compagne de Tinjustice , et il » faut la distinguer d'une sévérité dont on doit t user par nécessité dans beaucoup de circonstances.

• Lorsque cette sévérité est commandée par l'inté- > rét général, elle nous enjoint d'être inexorables.

lât HlSTOIfifi ni liRf^flADOTTe,

• Une ()rofbilé hoblë, un cafijctél^ ouvert éi ftdtic

• obligent de refuser* hurdimcnt tm\ qui ont des % prélentions exagô^ëes ; tu dois contracter cette i^ habitude.

» L'intérêt public exigé qtie éeitli qui ft la conh duite deâ États, les ^ouirertte de telle sorte qu'il » ait les mojens de les garantir^ non-^seuleinent » de tout ie mal qOMI peut é\itef , mais encore de

# i*appréhensîon qu'ils en pcmi^faieht afoir. > Dans ur»e autre circonstatice, Charles-lean écrit

à son fils qu'il a appris avec botihétii* rùccueii bien^ veillant qu'il a reçu du peuplé, le soir d'une itiumtnation. « Continue, dit-il , d'exciter l'intérêt et de mériter les suffrages du public ; un prince rie fait jamais trop pour les obtenir. Je suis charmé que tu ie sois entretenu^ en route^ avec les personnes marquantes et surtout avec les paysans. Un prince ne doit jamais perdre roocasioh d'apprendre à connais tre le pays et le peuple qu'il est appelé à gouverner un jouri » Une autre fois il lui recommande de bien s'observer, de s'exprimer avec beaucoup de soin, et de ne pas se dissimtiler qtie'Ies Danma sont ses éternels ennemis, etc.

Cependant, tandis que Charles était abnrbé far ces sollicitudes domestique», de nouveaux soucis Iih étaient préparés*

La réunion de la Nonrége à la Suède était politiqtaement consommée, meis la haioeséralaireqai divisait

les Heot peuples n^éiait pas éteinte. Les dntîpitthten oationales avaient reparu, et les rapports fédératifli ' ne s'établissaient pi^int sans snseiter de vives dissen-*^ siops entre les deux pays. Une lutte, souree réelle de toates les difficultés du ivgne de Charles XIV^ ne tarda pas à s'engager entre le poufoir légi»» fcrtif et le gouvernement norvégien. Le roi siyarlt ordonné la démolition de la forieMsse de Dron4 theim, l'un des bouletards maritimes delaNor^ Tége, les États vireqt là une arrière^pen^ de ty^ rannîe, ei, le iA inai iHë^ ilsdéerélèrent qij*i) serak' ftiit au monarque des représentations énergiques Mr l'inopportunité d'une mesure qu'ils eonsidéraîcAt comme attentatoire ik Tindéfiendance naiîonalai Dans la même session, le storthing prit diverses résolutions hostiles à la politique suédoise. Il enleva aux comtes et aux barons lo droite qu'ils eiierçaient depuis on temps immémorial, de désigner les ministresdu culte dans leurs paroisses respectives , et de rendre la juBÛoedana ieura domaines. Il résolut également de supprimer y aux décès des pit>priétalrt8 aetuels, toutes francbises de taxes et de dîmes. Ëntin, uae proposition tendant à abolir l'hérédité de in noblesse, fut prise en sérieuse considération et renvoyée à la diète suivante^ pour y ôlre statué. ?iious verrons plus tard quel lut le sort de celte importante proposition. A la même é|)oque, les étals norvégiens, étant appelés à délibérer sur le choix d'une Hrpulation destinée à se

rendre sur la froolière, poury recevoir Charles XIV, au moroentoù il allailse Taire couronner en Norvège, soixante-sept voix, contre cinq, rejetèrent la proposi* • tion, attendu la nécessité où se trouvaient les députés de s'occuper des intérêts du peuple et d'expédier les affaires arriérées. Ce refus accusait peu d'enthousiasme pour la nouvelle dynastie ; il blessa profondément Charles-Jean qui eut le tort d'exprimer le dépit qu'il en éprouvait, et de provoquer des manifestations populaires qui atténuassent, aux yeux de l'Europe, l'effet produit par réciatante indifférence de la diète. Ce fut à cette époque qu'eut lieu, en effet, l'insurrection des paysans de Christiania, dans le but supposé d'abolir les États-généraux et de proclamer le pouvoir absolu de Charles- Jean. Vint ensuite la question du partage, entre la Suède et la Norvège, de la dette danoise reconnue par le traité de Kiel et consacrée par celui de i8i9. Pour apprécier la moralité de ce débat, il faut se rappeler qu'en vertu de l'article l"' de la Constitution (1) du i novembre 1814, la Norvège formait un état libre et indépendant) réuni à la Suède sous un même sceptre, mats conservant son administration particulière , ses lois , ses Onances , son armée et sa marine. Par l'article 93, la Norvège s'était reconnue débitrice de sa propre dette natio-

(1) Voir pièces jastificatîTes y tt« 15.

nale, mais de ntdk autre. Toutefois, quand il fut question de régler la part de la dette danoise atrérente à la Norvège , la diète prétendit que la Suède devait partager ce fardeau. Charles-Jean refusa de transmettre cette proposition aux États-généraux de Suède, avant desavoir positivement si la Norvège consentait, de son côté, à coopérer à l'extinction de la dette suédoise. En attendant, le roi insistait pour que la représentation norvégienne lui fournit les moyens de remplir les engagements contractés envers le Danemark. Ce conflit se termina par une transaction, et, peu de temps après, les diflScultés relatives à la question financière furent définitivement réglées, au moyen d'un emprunt fait à l'étranger sous la garantie du storthing.

Cependant, la résistance opiniâtre que cette assemblée venait d'opposer aux prétentions de la Suède, servit de prétexte à Charles -Jean, pour demander la révision de la constitution de 1814. Le 2 août 1821 il adressa à la diète norvégienne un message dans lequel on lisait : c II est de fait que là où il existe un » roi et une législature, il faut que leurs deux pou-

• voirs se balancent, pour que l'une des deux au-

> torités ne vienne pas empiéter sur les attributions

> de l'autre. Lorsque ce principe est méconnu, et, » qui pis est, lorsque le contraire est consacré par

• le pacte fondamental, la lutte entre les deux » pouvoirs qui , pour l'intérêt de tous , doivent

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