‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 43 sur 69 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

220 HISTOIRE hE ER*NAÛOTTE,

» marcher de front, se trouve en quelque sorte éta- » blie de droit , et le résultat ne saurait jamais être » prévu. » Cette observation portait principalement sur rartîcle 79 de la constitution, qui n'admettait ler^to de la couronne que pour trois législatures, c'est - à - d ire qu'après trois repi*oductions successives, les résolutions de la diète acquéraient force de loi, nonobstant le r^to royal. Alors on vil se renouveler, sous les glacer du pôle, le grand débat qui, vingt-cinq ans auparavant, avait si puissamment agité la France,, sur l'action du monarque dans la confection de la loi. Gomme Louis XVI, Charles- Jean réclaniait le veto absolu , parce que, disait-il : « Il n'est pas présumable que, lorsqu'un » roi rejette ce que trois législatures différeqtes lui » ont proposé, ce rejet ne soit pas basé sur des

• considérations tellement majeures que, dans Tin- » térèt de l'État, cette loi n'aii pas été de nature à

• ne jamais devoir être adoptée. » A cette singulière doctrine, Charies-Jeaq ajoutait un argument comminatoire, qui faisait pressentir la possibilité d'un coup d'État. « Si, disait^il, le combat est » une fois engagé et que la législature doinine, il » n'existe plus de monarchie : cette législature i^gne » par l'anarchie. Si, au contraire, lo corps i^pré- » sentatif succombe, il entraîne la liberté dans. ^a » chute; car quel est le prince qui ne profile pas

• d un succès politique! » Mais, en Norvège comme

CHAULES XIV. S27

en France, le droit d'annuler la volonté nationale, par un refus de sanction royale, était considéré comme une énbrraité. Là, comme ici, le grand principe, la nation veut, le roi fait, apparaissait comme l'axiome fondamental de tout gouvernement monarchique représentatif. Les partisans de la souveraineté nationale, c'est-à-dire la diète tout entière, défendaient le simple t?eft> suspensif, par ce principe qu'une seule volonté ne peut pas suflire pour régler les destinées d'un peuj)le^ et ique, dans l'élaboration des lois, il doit arriver un terme oA la repriserïtation nationale peut se passer de la sanction du roi qui, n'étant après tout que le mandataire du peuple, doit se borner à faire exécuter la loi qui lui est conSée.

Indépendamment du veto absolu, Charles -Jean réclamait, pour la prérogative royale, le droit do dissoudre la diète, ainsi que celui de révoquer tous les fonctionnaires publics, excepté les }u^^s; la nomination du président des deux chambres, et, enfin, la rédaction du règlement dos travaux intérieurs de rassemblée législative.

Ce message fut accueilli avec une dédaigneuse froideur, par le storthing qui en renvoya la discussion'à la session de 4824, dans laquelle les mêmes . propositions furent rejetées une seconde fois. Alors se reproduisirent, de la part de Charles-Jean, une série d'exigences contre- révolutionnaires, qui i^e

tendait à rien moins qu'à intervertir les bases fondamentales de la constitution norvégienne. Mais, après de vifs débats dans le sein de la diète, les propositions du roi furent successivement écartées, dans une seule séance et à l'unanimité. Le storthing alla plus loin: il vota une adresse à la couronne, pour lui exposer le grave inconvénient qu'il y au* rait à porter la plus légère atteinte au pacte fondamental.

L'insuccès de cette tentative contre les fran* chises qu'un pacte solennel garantissait à la Norvège, fut accueilli par Bernadotte avec résignation et comme une conséquence déplorable sans doute, mais naturelle et légale du gouvernen^^ent représentatif. Le roi affecta même de rendre, dans cette circonstance, une entière justice aux bonnes intentions qui avaient dirigé l'assemblée; et, tout en regrettant que ses propositions eussent été rejetées. Sa Majesté trouvait un motif de consolation dans la conviction que ce refus n'avait pour cause que la crainte de toucher trop tôt au pacte constitutionnel (4). Le roi comptait sur l'avenir.

Sans chercher à apprécier la moralité des changements réclanu^ par Charles- Jean sept années après la réunion de la Norvège à la Suède , un fait frappe tout d'abord l'observateur impartial. C'est que cette

{1) Voir pièces jii^mcativefl»n« 22.

constitution que le roi essayait d'altérer si profondément en 4821 et 1824, avait reçu son serment de fidélité en 1814, alors que la soumission de la Norvège était encore en question. Or, les inconvénients signalés par Bernadotte, n'étaient pas moins manifestes en 1844 qu'en 1821 et 1824. Il eût donc été plus loyal et plus digne, de ne point accepter la constitution norvégienne, quand il y avait danger à la repousser.

En Suéde, l'administration de Bernadotte rencontrait peu d'obstacles sérieux. La marche de son gouvernement était facile, et ce pays jouissait d'un calme si profond, que les États-généraux ne furent réunis qu'après l'intervalle de cinq ans fixé par la constitution , quoique le pouvoir exécutif eût la faculté de les assembler extraordinairement toutes les fois qu'il le jugeait nécessaire.

Au mois de janvier 1823 , Charles-Jean annonça à la diète suédoise le prochain mariage du duc de Sudermanie avec la princesse Joséphine, fille aînée d'Eugène Beauharnais. La nation salua avec enthousiasme un événement qui affermissait la dynastie de son choix, et donnait à la Suède de nouvelles garanties de sécurité. On regrette, néanmoins, que, pour mieux éprouver sans doute le dévouement de ses peuples et les intéresser plus étroitement à sa conservation, la cour de Stockholm ait cru devoir recourir, vers la même époque, à une manœuvre ait et peu digne de la

290 HlSTOIRIi DE BERNADOTTE,

véritabJe ()0(Hiterit6 qui j^otégeail la famille royale* Tout à coup (mars 1923), et presque à jour fixe, uh bruil sinistre se répaudH dans toute la presqu'île. Des assassins, accourus du continent , cherchaient, dit-on, à attenter aux jours du roi et du prince royal. Les rapports diplomatiques et des lettres anonymes ne laissaient aucun doute sur Tetistenoe de ce complot, dont Texécution rejetterait la Suède dans un abîme sans fond. Exploitées avec habileté, ces vaines terreurs provoquèrent, de toutes parts, les manifestations les plus honorables^ mais aussi les plus gratuites pour la dynastie de Charles- j^eao*

Ce prince profita habilement de Tanxiété puUt* que , pour resserrer le lien qui attachait la nation à sa famille. Répondant à une adresse que venaient de lui présenter les Étatis-^éaéraux du royaume, il leur dit que l'horreur que toutes les classes de citoyens avaient fait éclater spontanément, à la première nouvelle des trames que le génie du malour* dissait contre lui , le dédommageait amplemeai de rirnpression qu'il en avait dû €|>ronver. « Qi^ne 9 d'une natioa loyale et fidèle, ajoutait Charles- » Jean, je vous vois avec émoticm vous serrer autour » de moi ; non que je pense courir aucun dan* » ger; je dédaigne de croire qu'il puisse en exister 0 de réel, mais cet éladi, emblème véritable de tout » ce que l'amour de la patrie offre de plus imposant > et de plus seiennel , se pi éseotera aux i^eupies

4;«4iuj!:s XIV. 231

4» ^b^aii|[er8 comme h owbpléaMeot de rinviotabUilé » de vo$ dwite) de b ftainiiejié de voire pacte fboda- • nefUdl ^ duebùix libre et unGmimeqm en fui la » CûÉ^éi^umee. » Là, en effet, était tout le secret de cetie eoo^piratÂoQ dont rëxisteaœ ne reposait que sur des lettres aBOuyoïes* Charles -Jeao ajoutait, cependant, que toutes les recherches autorisées par les lots du pays^ oontinuaieot d'avoir lieu, mais qu'il lai resLait l'e^raaoe que l'odieux projet ooaçu coQire sa dynastie n'avait point germé daJis un coour svédois.

Le fnariage du duc de Sudermanie fut célébré à Stockbolin le 49 Juillet 1823, en présence des Étatsgénéraux de Suède, d'une dépuiation de la diète noTTégienne , et airec toutes les pompes de la vieille royauté. Alors, aussi, il fut arrêté, sur la demande des Étais, que le couronnement de la reine aurait lieii le 2f août 18Î9 , anniversaire de l'élection de son ïfmi comme pritteé royal de Suède.

Ici fhiit la série des événements généraux qui risitrent dans l'établissement de la dynastie de Bermn dette sur 4e trône deSiiède. Aux agitations de cette intromsation ex^ique, succéda un ordre de faitset de progrès iiitérleurs, dans lequel le génie organisateur deCi*>artes-îeàn brille d'un vif éclat.

Appelé par 4a constitution à la vice-royauté de Norv^e, le prince royal se rendit en 1824 à Christiania, pour y i>rendi*e les rè-nes du gouvernement.

Voici le texte même des instructioDS que Charles- Jean donna à son fils, dans cette circonstance : « Mon cher Oscar , an moment de ton départ pour la Norvège, j'ai pensé qu'il ne te serait pas indifférent de lire quelques idées qui pourront te servir d'instruclions pour ta règle de conduite, dans les conjonctures où tu vas désormais te trouver. Tu seras dans plusieurs occasions isolé et abandonné à toi-même, ne pouvant pas te réfugier, comme tu Tas fait jusqu'ici, sur le sein paternel, el obligé' sans cesse d'éludier les hommes et de te préserver de leur versatilité, en tâchant de connais Irc les choses. J'ai donc pensé, dis-je, qu'éloigné de ton ami , de celui qui attache son bonheur et sa gloire à la réussite de tes entreprises, tu trouveras quelque utilité à porter tes regards et à asseoir tes pensées sur les réflexions suivantes : — Elles m'ont été suggérées par les événements qui se sont passés sous mes jeux, par la lecture de l'histoire du monde, et particulièrement de celle du Nord.

» Le caractère des Norvégiens t'est connu; tu l'as étudié dès ton adolescence. La nation est loyale, hospitalière et généreuse. Ayant eu peu de contact avec le reste de l'Europe, elle a conservé ses mœurs et elle lient à ses vieux usages. — Chez les peuples du Nord, plus qu'ailleurs, Thabitude est une seconde nature, et leur caractère n'ayant pas la

même mobilité qu'on trouve dans le Sud, lorsqu'ils ont ac<5ordé leur confiance à un (>rince , il faut qu'il commette bien des fautes, ou qu'il devienne bien malheureux, pour que l'intérêt qu'il a inspiré d'abord disparaisse tout à fait. — Montesquieu a dit que l'honneur, inconnu aux États despotiques, où souvent même on n'a pas de mot pour l'exprimer, règne dans les monarchies; il y donne la vie à tout le corps politique, aux lois et aux vertus mêmes. — Cependant les Norvégiens ont donné tant d'exemples de fidélité au gouvernement absolu, pendant un siècle et demi, que nous sommes forcés de reconnaître que l'honneur a été pour beaucoup dans la constance de cette fidélité politique. — Les convulsions qui affligeaient l'Europe n'avaient pas pris racine chez eux, et malgré quelques brouillons ils n'ont jamais été en révolte contre leur chef absolu. — S'ils se sont insurgés contre le roi de Suède, devenu leur. souverain par le traité de Kiel , c'est l'héritier de la monarchie danoise qui les y a engagés, et nous devons dire, pour l'excuse de ce peuple, qu'il a cru agir d'après la volonté du roi de Danemark. Ce qui prouve en sa faveur encore, c'est que, malgrél'excès d'indulgencedu gouvernement, enl815, 1816 et 1817, malgré la licence de la presse et l'insouciance des administrateurs en général, la masse des citoyens n'a jamais manqué ni de res-

234 HISTOIRE DK BERNADOTTE,

pect ai de fidélité ^overs ges nooveavx priooes. Ceci oe doit jamais s'eflaœr de âotre méiDoîrc. On trouve parfois, dans ces diniats glacés, des esprits dont la vivacité est acoompagoée de peu de jug^nent. La légèreté de telles gens n'est pas moins dangereuse dans radministration des affaires publiques, que la méc^hanceté et la fourberie de bien d'autres. — Tu connais Fespèce d'aristocratie qui a pris racine en Norvège, mâlgné qu'il n'y existe plus de noblesse. Tu trouveras li, comme partout, certains personnages qui , n'ayant pas assez de lumières pour se conduire eux-mêmes, pensent en avoir trop pour réclamer œlles des autres, et ont la dangereuse prétention de vouloir donner des conseils au prince. — Il y en a beaucoup qui, fertiles en inventions et en pensées, sont si variables dans leurs desseins, que ceux du soir ne ressemblent nullement à ceux du malin. — Ce sont ces hommes dont il faudra te méfier, ea évitant toutefois de leur laisser pénétrer la connaissance que tu as de leur caractère. La constance des jKHnmes est une si grande qualité, que, malgré que très-peu d'entre eux en soient gratifiés, c'est un crime à leurs yeux d'avoir pénétré leur légèreté.

» iléfie-toi encore de ces esprits foHs, ou de ce qu'on appelle vulgairement grands esprits. — Gaux-ci sont plus dangereux qu'utiles. Le inaniiement des alfaircs leqr est totalomeoi élraiiger. Ils

OÊÂMSLES xtv. 235

M TÎf-arfeat et ne s'arrélettl iMlle pirt.

» fil rimmilké et U Moriestie mM des tertus es6e»tîeU«, peur omk qui saM dénués à la con* dflile des Éùits, la présonpckm est un des plus grabds dé&olfe qui poissent affliger les hommes revêtus <le charges piiUiqoes, surtout daiîs les placesémioentes. Pins ua esprit est<élei(éet itK)ins il doit dédaigner les cousais des personaes plaoées près de lui^ auiis ces oenseils ne doivent jamais être uâe r^ie fixe pour le prince. — Il doit les peser avaot de les adinetire ou de les l^ejeâjer, et si^ par cet ^%êiaen^ il est cou vaincu que ces coci^ seîls valent mieux que les projets qu'il a cobçus Jkii-uièiBe, U doit se les approprier coMiiiie provenant de sa profM'e réfiexion; car il y a souvent autant deiocrile à teconaaltt^ oe qui est ntiie, ^piand ea court persodneUemefit les chances de ta non-néuastte, qu'il peut s'en trouver dans la hamiiefete d'Une idée qui est jetiée d'abord loaMiie ta conseil , sans que céhu qui l'a pnodoîie ait eu ie temps de la peMr et tie l'approfondir. » Ce qui eât bien daàgei^eur ta ^ouwrnement d'un Éiat^ c'est tàùe conscfeace trepcràJnliHeet irop scrupnleuse. U Bst vrai que^ quand oto manque de GO*scienoe, on cûmniet beaucoup d'injustices et (le cruautés^ nais le sorupule peut aussi I»r4duîre beaucoup d'éateiioii atd' indulgence pré-

judiciables au public. Ceux qui tremblent devant les principes et les choses les plus assurées, dans la crainte de se compromettre, perdent souvent les États qu'ils auraient pu sauver avec eux-mêmes. *. • Tu dois aussi examiner les personnes qui sont employées au gouvernement de l'État, afin de démêler si elles pensent et si elles marchent de concert avec lui , si elles agissent de même et si elles tiennent un langage conforme au sien. — Si quelqu'un, agissant bien en ^et, parle plus faiblement que les autres, il manque de probité politique, et il charge de la haine d'autrui ceux dont la franchise des paroles est correspondante à la fermeté des actions.

• Dans tous les pays, et principalement dans les pays constitutionnels, dans ceux surtout qui ont éprouvé des révolutions, il y a plus de gens* qui se plaignent des désordres, qu'on n'en trouve qui veuillent s'occuper des moyens de les faire disparaître. La probité d'un conseiller d'État doit être active; elle dédaigne la plainte et s'attache aux objets solides dont le public peut tirer avantage, dette probité s'efforce de démasquer ceux qui , n'ayant que le bien de TÉtat dans la bouche, ont dans le cœur une ambition tellement déréglée, qu'aucun frein n'arrête leurs désirs et que rien ne les satisfait ni ne les contente.

» Une longue paix a éloigné la nation norvégienne

GflARLES XIV* 237

de son anlique penchant pour la gloire militaire. Nous devons donc nous attacher à lui faire faire des progrès dans tout ce qui tient à Tart de la guerre si éminemment nécessaire; car de nos jours, un État qui n'a point d'armée est à la merci du premier occupant. Tancrëde de Haute%ille subjugua la Sicile, avec une trentaine de Normands. Si la Sicile avait eu un esprit guerrier; si elle avait eu ^juelques compagnies permanentes, elle aurait mis fin , dès le premier débarquement, aux aventures de ces Ijommes étonnants. — Les héros du Nord se faisaient redouter de la France et des côtes maritimes de l'Europe, dans le moyen âge. — Sans vouloir ramener ce temps-là , il est nécessaire de persuader aux Norvégiens, que ce ne sont point les harangues de la tribune, ni les toasts portés dans les banquets, qui donnent ni qui conservent l'indépendance aux États. — Le monde n'est pas libre parce qu'on porte un toast à sa liberté. — L'empire le plus puissant ne saurait se vanter de jouir d'un repos assuré; s'il n'est en état de se garantir en tout temps d'une invasion subite et d'une surprise imprévue. — Qui a la force a toujours raison en matière d'État, et celui qui est faible peut difficilement s'exempter d'avoir tort, au jugement de la plus grande partie du monde. Le grand Frédéric disait : Pour faire la guerre j il faut de l'argent^ de l'argent el encore de

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238 HISTOIRE t>Ë BEtilVADOTtE,

» Vurpenl. C'e&t qu'il savait qu'avec de l*ai^nt on j obtient des soldats. Aussi je préfère dire avec Ma- » chiavel, sans cependant admettre au reste ses » principes de gouvernement : PourfHire la guerre, » il fatd des hommes^ des hbmmes el encore des hernie mes. Avec des hommes, l'on est maître des res* » sources des vaincus et on leur 6te tout moyen de » corruption. — Ainsi, quand tu fèras la guerre, » ménage le sang de tes soldats et soigne-les dans

> leurs maladies; évite les petits combats, mais ex-

• pose à propos Ion armée, lorsqu'il s'agira de la

> gloire et du sort de la patrie. — Beaucoup de ba- » tailles ont été perdues parce qu'on a voulu trop » ménager quelques corps d'élite....

» Le dief d'up État constitutionnel ne doit ja-

> mais hésiter, quand il s'agit de maintenir Téqui- » libre politique. Cet équilibre n'est assuré que » par l'exécution ponctuelle et religieuse de la loi. » — • Un chef absolu peut, sans inconvénient et sans » danger, se relâcher parfois sur l'exécution rigou- « reuse des lois qu'il a promulguées. Il modifie ou » aggrave à son gré les punitions; tout ce qu'il con-

• cède est une faveur et un abandon de sa puisj» sancej l'État réside dans lui seul, et les individus » composant cet État «ont obligés de se conformer

• à sa volonté, tandis que, sous un régime constitu-

• tionnel, le prince n'est autre chose que l'exécu- » teur d'4in pacte passé entre lui et le peuple, et

CHARLES XIV. à3ft

ne» le régulaleiir des volontés de ce même peuple; cap du moment que cette volonté est consignée dans UQ acle^ quel que soit le nom qu'il porte, il en résulte que les lois qui en sont èma- . nées, ayant obtenu la sanction réciproque de la nation et de son chef ^ celui-ci doit exiger que ces mômes lois, qui sont la sauvegarde de l'État et la garantie de chaque citoyen , soient maintenues et respectées sans que personne ait le droit d'^i contrevenir. — Il faut à cet effet qu'elles soient claires et intelligibles , aOn que leur justicç soit évidente dux yeux de la simple raison. C'est alors qu^on {>eul être inexorable envers ceux qui les violent. — Si quelques exemples n'arrêtent pas le cours de la désobéissance, la continuité des punitions l'emporte. 11. en est dans l'ordre civil comme dans l'état militaire ; la persévérance civilise les nations; elle établit la discipline dans les armées. Il s'ensuit que si l'on châtie ceux qui manquent à leurs devoirs et à leurs obligations, on éti châtiera peu y car il n^est j3as dans la nature de rhomfne des exposer à une punition qu'il sait être inévitable. — Cependant je suis loin de te conseiller de mener les hommes par des voies eiitèmes. On doit toujours employer avec ménagement les moyens que la nature nous donne pour les conduire. — La fermeté, la sévérité même ne sont classées au premier rang des vertus civiques qui

9 caractérisent un prince, que lorsqu'elles sontem- » ployées à propos. — En examinant la cause de tous » les relâchements, Ton reconnaît qu'ils provien- » nent de l'impunité des crimes, et non pas de la » modération des peines. Il s'agit donc de les appii- » quer à temps et aussi promptement que les formes » peuvent le permettre, afin de frapper d'abord le p délinquant et d'en imposer ensuite a ses amis et à

• ses partisans.

» Lies finances sont le nerf de l'État. II est im- » portant de bien connaître la recette et la dépense,

• de créer des ressources sufiisantes pour couvrir

• les besoins sans être onéreuses pour la nation, » et de les employer avec discernement. II faut 9 qu'un État soit économe tous les jours et magni- » fique par circonstance.

» La religion est la sauv^arde d'un peuple. Le » prince doit être religieux par principe, et ce » principe doit se développer chaque jour. — Son

• exemple est la principale éducation de la nation » qu'il gouverne; — que le prince soit chrétien, » philosophe et guerrier, son peuple sera naturel- » lement religieux, éclairé et brave, » etc. (I).

Les quatre années qui s'écoulèrent depuis i824 jusqu*en 1828, n'olfrent rien d'important dans This-

(1) Lettre du roi de Suède au prince royal, Stockholm, 3 avril 18S4.

CHARLES Xl\. 241

loire de Charles -Jean. Une nouvelle révolte de paysans norvégiens, dans un district de la province de Dronlheim, où elle fut facilement réprimée, est le seul événement, de quelque importance, qui eut lieu dans cet intervalle durant lequel le nouveau roi n'eut à s'occuper que d'aiïaires intérieures. Mais, vers la fin de 1827, de nouveaux nuages s'élevèrent entre les deux nations Scandinaves. Persistant dans sa résistance aux ordres du roi , le storthing avait , une fois encore, rejeté les propositions de Charles- Jean, tendant à introduire des changements organiques dans la constitution norvégienne* L'esprit d'opposition que nous avons déjà signalé , avait même porté les États à supprimer la moitié des émoluments attribués au gouverneur général du royaume, et à refuser les fonds nécessaires à l'achèvement d'un château royal à Christiania, Char les- Jean se montrait profondément offensé de ces échecs réitérés, lorsqu'une circonstance plus sérieuse vint exalter le mécontentement et, peut-être, les alarmes de ce prince. U apprit que depuis quatre ans une grande partie de la population et la diète elle-même célébraient, comme une fête nationale, le jour où, en 1814, l'assemblée d'Eidswold avait proclamé la nullité du traité de Kiel et choisi pour roi le prince Christian de Danemark. Aux yeux de Bernadotte, cette solennité commémorative était non-seulement un acte d'ingratitude, mais un symptôme non équivoque des T. u. 16

34^ Hiâtoitve bË 0et(pr4DOTTi: ,

rancunes qui fermentaient toujours m eœur âè h nation norvégienne. Le roi demanda împérieusénient l'abolition d'une fête qui nourrissait de si dangereux sentinbents , ei èelte abolition fui ac • cordée par le storthing, sans^ toutefois, que te son-* \enir du 47 niai 1844 cessât d'être invocfué, à tout propos, au sein mémo de la représentation nationale.

À la même époque, une opposition inaccoutumée se manifesta tout à coup dans les États-généraux de Suède. Sans s'écarter des bornes constitutionnenes, cQs États, assemblés à Stockholm le 4 novembre 4828^ s'élevèrent avec énergie contré plusieurs actes du gouvernement; ils accusèrent les ministres d'abus de pouvoir, et demandèrent le renvoi de eetix des conseillers de la couronne qui opprimaient la presse. Un seul ministre fut sacrifié aux justes ressentiments (lu corps législatif j maîj; cette session n'en fui pas moins marquée par d'importantes améKoraiions intérieures, telles que la publicité des débat» de l'ordre des nobles qui, jusque-là, discutaient ii huisclos ; Tabolittoft de plusieurs monopoles; ée nombreudes réformes jodieiaires , et un système dPiiH struction publique éminemment plus targe e( plus libérât que tout ce qui avait été fait précédemhienl. •

Ce fut aussi vers^ee temps-là, que, eoofevniément » la résolution de la diéie de 4823, Eugéave-Bi^rnar-

dîne-Désirée Clary fut couronnée; reine de Suède et de Norvège. L'Europe yîl alors la fille d'un simple négociant de Marseille, s'asseoir solennellement sur le trône des Ulrique-Éléonore et des Marie- Christine^

En 1830, Bernadette se montra fidèle au principe qui l'avait couronné. Il fut l'un des premiers souverains qui reconnurent la dynastie fondée en France par la révolution de juillet. Il agit de même à l'égard des Pays-Bas, dès que les événements de septembre eurent soustrait ce peuple à la domination de la Hollande^ Mais, après ces deux grands éyénements, Charles- Jelin ne s'immisça dans les aflarires de la France et de la Belgique, que pour s'enquérir des changements que leur nouvelle situation pourrait apporter au traitement des vaisseaux suédois dans leurs ports respectifs j et , sur la réponse que tous les droits antérieurs seraient res* pectés, les relations diplomatiques continuèrent sans interruption.

En 1832$ le repos dé Charles-Jean fut un instant troublé par une conspiration ourdie, a Vienne et à Stockholm, dans l'intérêt de la famille déchue. Deux adeptes de la vieHIe aristocratie, les barons Yegesack et Duben, tentèrent quelques eflbrls pour réta* blir le fils de Gustave IV; mais cette conjuration, dont les ramifications ne furent jamais exactement connues, n'aboutit qu'à l'arrestation des deux chefs

qui furent condamnés au bannissement, comme coupables de haute trahison.

En 1833, une mésinlelligence, assez grave d'abord pour motiver le rappel du ministre de France à Stockholm, troubla l'harmonie qui paraissait régner entre les deux cabinets. La France était représentée en Suède par le marquis de Saint-Simon qui , après avoir été accrédité à Copenhague, était revenu, pour la seconde fois, à la cour de Charles XIV. Mais, dans l'intervalle qui s'était écoulé entre les deux missions de ce diplomate, le gouvernement suédois avait cru avoir à se plaindre du cabinet des Tuileries, auquel il attribuait des manœuvres de propagande contraires aux intérêts de la dynastie de Charles-Jean. Ces griefs avaient donné lieu, de part et d'autre, à des récriminations qui jetèrent de l'aigreur entre les deux gouvernements. Les choses «n étaient à ce point, lorsque M. de Saint-Simon revint à Stockholm, où l'on avait pris d'avance la détermination de ne le voir que dans les grandes occasions, et de se borner, envers lui, à des procédés de simple politesse. Cédant, cependant, aux instances du comte de Lowenhjelm, son ministre à la cour de France, et qui se trouvait alors à Stockholm , le roi consentit à ce que M. de Saint-Simon fût invitéà dlncraii château deRosendal, invitation qui pouvait être considérée comme une faveur. Toutefois, même dans celte occasion non officielle, Charles-Jean s'était abstenu de tout entre-

lien particulier avec ie ministre de Louis-Philippe, lorsque M. de Lôwenhjelm insista de nouveau au* près de Sa Majesté, afin qu'elle ne montât pas en, voiture, pour rentrer à Stockholm, sans avoir adressé quelques paroles bienveillantes à M. de Saint*Simon« Le marquis fut donc invité à passer dans un ca* binet voisin du salon où se trouvaient les autres con*^ vives. La conversation ne fut pas longue. M. de Saint-Simon ayant dit au roi qu'il avait de trèsbonnes nouvelles de Parisj que les agitateurs et les propagandistes perdaient de leur influence, et que, néanmoins, la confiance extérieure ne s'établissait •pas, quoique le gouvernement français fit tout pour donner de la sécurité au dehors, < Cela est fort bon, répondit sèchement Charles-Jean , mais sachez, monsieur l'ambassadeur, que, dans le temps où nous vivons, la première condition pour inspirer de la confiance est la bonne foi. • Ni le nom de Louis-Philippe, ni celui de son gouvernement ne furent prononcés. Cependant l'allusion était sanglante, et, en quittant le château de Rosendal, le ministre des Tuileries témoigna à MM. de Lôwenhjelm et de Wetterstedt, la douleur qu'il éprouvait des impressions fâcheuses que le roi de Suède paraissait avoir reçues, a l'égard du gouvernement français, depuis son premier séjour en Suède.

Quoi qu'il en soit, la conversation de Rosendal devint, pour M. de Saint-Simon, le thème d'un rap-

246 HISTOIIIE DE BERNADOTTE,

|)orl à la suite duquel il reçut l'ordre de demander ses passe-ports et de quitter la Suède (1). De son « côté, le gouvernement suédois retînt M. de Lo< wenhjelm à Stockholm, tout en témoignant au ctibinet des Tuileries son étonnement et son affliction d'une mesure qui portait les caractères d'une hostilité gratuite. « Nous resterons sur la défen- » sive, écrivait à ce sujet le roi de Suède, et, la • première irritation passée, on reviendra, nous » le présumons, à une marche convenable et éclai- « rée. Quand les passions gouvernent les peuples, > les chances leur son t contraires. . . Nousn'avons rien » provoqué, mais nous sommes en mesure de nous* » défendre. Nos ennemis de position s'en réjouiroii!, » comme ils se réjouirent de notre lutte contre Na-

(1) Lors de l'abdicatioii de Napoléon en 1814, le gouTeroemeot provisoire dépêcha un officiei-général au duc de Wellington, près de Toulouse, pmir l'infA>riner de ce i^nd éTénenient. Le duc s'empfessa d*iln transoiettra la nouvelle au maréchal So«lt,par la voie dln porleaieiitaire qo'il lit accompagner, pour plus d*évidence, par rofficier-général français qn lui avait été envoyé. Le maréchal Suult fit arrêter cet officier, et écrivit an iltoc que, connaissant ee personnage pour un menteur de profession , il était aOr qu'il n'y avait paa on mot de vrai dates tout oe qa'il di8att,el quîl allait le faire fusiller. Leduc de Wellington fit annoncer aussitdtau marédial, que, sMI faisait fusiner son émissaire, il se verrait forcé, lui, de faire fufilHër un général de Tarmée du duc de Dalmatie. fait prisonniar la veillé, et qu'ainsi ce serait deux officiers français de tvéa, saiK que cdaobangiett rien aux événements. C'est ainsi que l'agent du gouvemement provisoire cdiappa au M)ii qtie lé maréchal Soult lui destinait. Cet agent 'était le IttarqBli àé Sainf-Simon.'

GHâRliES XtV. S47

» pplé^o/^lors notas n^écions pas les agresseurs; JT Dousiie le sommes pas davantage dans les circon* # sl^Dces présentes, mais nous repousserons de , > fnâme toute apparence de vassalité. Pour nous, un » village lihre est préférable à Irmle mUlwns dhom- .» fne$ asservis. Il ne peut ; avoir de politique natio* » pale extérieure sans indépendance; c'est par suite ? dd ç<^ principe qu'on a reconnu , dès leur avéne- » nient, dona Maria, dona Isabella et Louis^Phi- » lippe lui-m.ême. • A cette mésintelligence succcdçre^t biontAt des rapports d'une nature plus paci* fique, m^is les relatioiis des deux gouvernements restèrent long-temps froides et mesurées.

Ce fut au milieu de ces complications que le choléra éclata en Suède; Ce fléau , qui depuis deux ans rayaggait le continent de l'Europe, fondit avec violence sur toutes les provinces du royaume, décimant les populations, et saisissant ses victimes dans )ous les rangs de la société. Â Stockholm, la terreur foi profonde. Au s|>ectacle animé d'une grande capitale succéda une morne» une effrayante solitudo; jes rues étaient désertes et les maisons fermées ; lo port était encombré de vaisseaux délaissés par louis équipages; les quais étaient couverts de marchaiîdises abandonnées; tout ce qui avait pufuir s'él^ul éloigné précipitamment d*une ville désolée où Ton respira.it la mort avec l'air. La famille royale se dévoua et resta, Gliarles-Jeau et son fils furent udnii-

rables d'abn^tion , de charité et de courage. Le jeune prince visitait chaque jour les malades, prodiguant ses soins, son argent et ses forces , rassurant et contenant, par son exemple, la population ef- Trayée. Le roi voulut aussi que cette grande calamité ne changeât rien à la marche ordinaire dés pouvoirs publics, et que l'administration et les États-généraux continuassent leurs travaux en présence de la mort qui planait sur toutes les tètes.

Lorsque Tépidémie toucha à sa fm, Charles-Jean en remercia le ciel par un acte de clémence. Le 2i août, anniversaire de son élection comme prince héréditaire de Suède, il proclama une amnistie dont Tes termes attestent que rétablissement de la nouvelle dynastie avait rencontré plus d'obstacles qu'on ne le supposait généralement en Europe. Après avoir récapitulé les principaux événements qui s'étaient passés en Suède depuis 1810, et rappelé que, dans les plus grondes crises, son gouvernement n'avait jamais recouru à des lois d'exception, le roi ajoutait : a Malgré l'agitation que laisse toujours » dans les esprits, et souvent même dans les actions, » une secousse de l'ordre sociaF telle que la Suède » venait do la subir, la pairie n'a eu à regretter que » la séparation de quelques individus qui ont pro- » voqué sur eux l'application de ces mômes lois , pour » délits politiques de lèse-majesté. Nous rappelant » qu'à pareil jour, il y a vingt-quatre ans, nous

> abordâmes sur le rivage suédois, nous avons cru » devoir saisir l'occasion de cet anniversaire, pour t remercier h Providence de la diminution du fléau » cruel qui a ravagé différentes parties dos royaumes • unis. Nous profitons encore de cette journée pour

> déclarer, comme nous déclarons par la présente, » que nous accordons une amnistie pleine et entière >à ceux qui, depuis notre arrivée en Suède, ont

> été condamnés pour des délits politiques et de lèse- » majesté, » etc.

Large , complet, sans restriction, ce décret d'amnistie est un des actes honorables du r^ne de Bernadette. Et c'est ici le cas de faire remarquer que, prin«e héréditaire ou roi de Suède, Charles-Jean ne voulut, dnns aucune circonstance, permettre qu'une goutte de sangexpiât les crimes commis contre sa personne ou son autorité. Premier exemple dans l'histoire, d'une révolution qui s'accomplit sans persécutions, et d'une dynastie qui se fonde, se consolide et vit trente ans, pure de tout contact avec les bourreaux.

Vers la fin de i835, Charles-Jean, espérant que sa présence en Norvège dissiperait les ferments de distorde qui agitaient encore les esprits, parcourut plusieurs provinces de ce royaume. Il y fut accueilli nvec empressement et revint en Suède persuadé que les dissentiments étaient apaisés entre les deux pays, et que sa politique n'aurait plus à lutter contre Jes obstacles que les États lui avaient obstinément

250 HISTOIRB DE BIShlVADOTTE,

gascltés jusque-là. Mais l'illusion de ee prince devail être de courte dui^. A peine rentre à Siockhoim, il apprit que, dans une séance publique, la diète nor* ▼égienne avait invoqué de nouveau le souvenir fectieux du 17 mai 1814. Cette réminiscence de nationalité, cette persistance dans une commémora tien hostile à la Suède, déterminèrent Charles-Jean à dissoudre le storthing. Un décret du 2j^iiillet 1836^ autorisé d'ailleurs par Tart. 70 de la Constitution, prononça la dissolution de la législature norvégienne. La diète protesta tumultxieusemept contre hi m^ure qui la frappait ; mais le roi n'en persista pas moins dans sa détermination qu'il motiva ainsi, dans un message adressé au président du gouvernement royal de Norvège : « Les actes du storthing » ont seuls décidé le roi à le dissoudre. Ces actes » sont des faits avérés; chaque citoyen peut s'en » convaincre. Le roi n'a pas expliqué tous ses mo- » tifs-^ il en a de très^égitimes. Il a trouvé^ chez * quelques hommes, Tintention persévérante de » rappeler une époque ou les deux p^iples étaient » en armes l'un contre l'autre; époque où leui^ dis- » sensions, si elles eussent continué, auraient cOuj» vert de deuil les deux pays. Le roi a consulté le i^ {iacte fondamental; il a reconnu que le § 10 lui ¥ commandait de ne pas retarder son exécution; il » Ta fait. La loi est souveraine pour" tous, et c'est » au roi à la taire res{>ectcr. »

CBARLEg XIV. 36t

MésnmQtqs^ maigre les tenined préeU de cette réponse et le di*oit incontestable de ia couronne, la storthing continua se^ délibéraï;idn8. L'assembiée alla mémi» jusqu'à décréter fa réunion de l'odelsthing, c'ést-à-dire des deux sections de la diète , à refiel d^examiner la conduite du conseiller d'État qui représentait te gouvernement royal en Norvège. Le siorthing ne bohia pas \^ sa résistance* Il iraduis|l le ministre d'État, comte de Lewen^kiold , devapt le rigs^rail, tribunal composé en partie xles membres de Rassemblée qiii avaient réclamé contre la dissoTulion) ce qui constituait la diète juge dans sa propre cause. Cependant, alarmé sans doute de celle effervescence, lé roi ne crut pas devoir pousser les choses pins loin ; if se borna à ordonner fexamen de la loi relative à la responsabilité des membres de la diète, et renvoya la qiiesHion principale à la décision d*ttn Storibing extraordinaire- Aient eonvoqiié pour le mois d'octobre 4836^

Celte assemblée,* quoique formée en majorité des membres ide b diète récalcitrante, délibéra avec calmé. Une réaction fevorabte s'opéra dans les esprits, les difticultés s'aplanirent el Tharmonie parut renaître entre les deux royaumes. De son cOtéy Gfaârles-Jean , voulant iaire preuve de modération , se borna à rappeieif à la Norvège ce qu'elle devait à son gouvernement. « Toujours, diî^ait-il, » on me trouvera fidèle observateur du pacte lon-

252 HisToine de bernadotte,.

» damental, mais résolu, en même temps, à repous- » ser les funestes interprétations. De vaines paroles » débitées à la tribune, ne peuvent pas faire dispa- » rattre les faits. Calme et prospérité depuis vingU » deux ans, liberté plus étendue que celle des Sué- » dois, industrie croissante, finances rétablies et » marchant vers la perfection des calculs, cessation » de l'impôt foncier pendant les trois années du » budget, voilà les résultats obtenus. Et que peut- » on vouloir en Noryége?Que désire-t<on de plus? » Que l'on s'explique, et je répondrai la loi à la » main, la justice dans l'âme, l'affection dans le » cœur. »

Charles-Jean eut bientôt le secret de l'énigme. Les résistances de la diète norvégienne, ses retours soudains vers le passé, la hardiesse de ses provocations n'étaient point des faits isolés. Tout cela se rattachait à des manœuvres secrètement ourdies, en Allemagne, contre l'établissement de 4814. En effet, uneassociation déjeunes illuminés s'était formée en Danemark, dans le but avoué de diriger l'esprit public vers le renouvellement de l'ancienne confédération de Calmar (1) entre la Norvège, la Suède et le Danemark.

(I) On sait que ce traité fameux (30 Juillet 1997), qui d^irint le titre des préteDtiona du Danemark sur In oooronne de Suède, fut pow eet éan pays une source de désordres, de confusion et d'anarchie. C'était une association , conclue dans un intérêt de despotisme aristocratique, entre les oligarques des trois royaumes.

Cette association y qui avait pour organe une feuille intitulée V Union du Ncrdj trouva assez d'échos, en Suède, pour éveiller l'attention de Charles-Jean sur les dangers d'une entreprise dans laquelle il apercevait la main cachée de ses ennemis. Il fit aussitôt adresser aux autorités de Tintérieur, ainsi qu'à ses agents diplomatiques, des instructions où on lisait: « Le roi n'ignore pas les sourdes menées qui Il s'agitent en Europe, de près ou de loin ; menées à 9 l'aide desquelles on cherche partout à réchauflTer, » dans un but subversif, des animosités qu'un » esprit de vertige peut seul évoquer. Charles XIV i» déplore ces tentatives ; mais, dans la sphère de sa » propre action, il saura les réprimer, de quelque » côté qu'elles se présentent et quels que soient les » souvenirs qu'on veuille rappeler, soit antérieurs » soit postérieurs à cette réunion de Calmar de si » douloureuse mémoire pour la Suède. » Le roi exprimait, en terminant, l'inébranlable détermination de maintenir l'état de choses existant, de cultiver l'amitié de ses voisins et alliés, et de leur offrir au besoin ses bons offices dans C intérêt de la paix générale.

On comprend déjà que la divulgation du projet dont nous venons de parler, devait avoir pour résultat d'alarmer les États maritimes, notamment la Russie et la Prusse, sur la possession éventuelle des deux rives du Sund par une même puissance. Char-

à6l fltstoiRB hn MteifAOOttE,

les-Jcan ataît mesuré le ddng(T que des crsrftrtM dé ecttenaiurep(>uvai6ntappelersurlui'niéme,el il s'étsif l hâté de les dissiper. • Je désire^ écrhaiti^ii i ses » agents, que mes sentiiaents li^^dessus sofeot aussi » etairement compris qu'ils sont sîncèrenieiii dxpli-

Cependant) un nouveau sl4>rthing avait été convoqué pour le 9 février 183d« Gharles^ean, ^sistant toujours dans ion projet favori de faire modifier la constitution norvégienne, se rendit à Cbrisliania^ pour y Hiîre eh personne Touverture do la diète. Après avoir parlé de la sécurité et de la (prospérité intérieure que ce (^ys devait à son nnioA avec^ la Suède, le roi s'appesantit sur Tévid^nte nécessité de donner des bornes à l'autorité si élendue d^ la représentation nationale.

« Vos libertés individuelles me sont obères , di- » sait-il; mais j'ai acquis la tMmviction que Ta- » mour de la liberté et l'amour de la patrie de- » valent se tenir par la main ei marcher sur la » même ligne. La liberté peut entraîner à de funesles • écarts; l'amour delà patrie, au contraire, en don- » nant à l'enthousiasme une forme rationnelle, l'ar^ » rête sur la pente de l'erreur. »

Charles-Jean renouvola son éternelle demande du vélo ahnoluj mais les États la repoussèrent encore et avec la même fermeté qu'en 1821, 1824 et 1836. Seulement ils consentirent à renvojerà Texamen d'une

■Digiiize'd by VjOOQIC

commifiÂion, l'artieteido l;i ConstUution qui converlk en loi, tout projet adopté par trois atortiiogs consécutifs. C'était pour la couronne un succès relatif, et le rôi, ne se tenant point pour battu, annonça qu'il reproduirait sa proposition à la prochaine diète.

l/épocjue fixée par la Constitution pomh réunion quinquennale de la diète suédoise, était arrivée. Le 25 janvier 1840, Charles ÎIV ouvrit la seseion législative, par un discours qui était le résumé do sa vie tout entière el, en quelque sorte, son testament politique. Voiei la lin de ce document qui produisit une vive sensation en Europe :

« Avant de descendre dans la tombe, où me con-

• duirontplus de quinze lustres que j'ai passés sm

> cette terre, après avoir surmonté tant de diifieuK » lés el vaincu tant d'obstacles, je dois vous dire en*

> core une fois : c comprenez votre gouvernement », » et vous répéter ce que je dis, le 5 novembre iSiO,

> on prêtant serment aux lois qui me furent pré-

• sentéesy avant d'avoir reçu ceux de la diète : « La » paix est le seul but glorieux d'un gouvernement » éclairé. Ce n'est point l'étendue d'un État qui » constitue sa force et son indépendance. Ce sont ses » lois, son commerce, son industrie et, par-desjsus » tout, son esprit national. » Ces paroles, je me le » rappelle, furent universellement accueillies.

» L'homme célèbre de l'époque pesait alors sur

• la Suède de tous le poids de sa grandeur et de

» sa puissance. Un envoyé de paii: cherchait à éia* » blir son pouvoir » en flattant les uns et en mena- » çant les autres. Il nous imposait l'obligation de » déclarer la guerre à la Grande-Bretagne. La situa- > tion de la Suède m'affligea vivement , sans néan- » moins m'effrayer. Mon* àine s'éleva jusqu'à la » hauteur des périls que vous couriez. Malgré mon » penchant pour la retraite, au moment de l'élection ji nationale je pris l'engagement de vous retirer de 1» l'état accablant où vous vous trouviez; et cet en- » gagement fut scellé, dans ma pensée, avec un cri » intérieur qui me parut inspiré du ciel. Je suis » parvenu à vous servir, sans m'attacher exclusive- » ment à parler votre langue. Celle de l'humanité, » qui indique même à l'homme privé l'obligation t d'être utile à son semblable, fut le nouveau codo » de mes devoirs. Je l'ai gravé dans tout mon être 9 en caractères de feu. La connaissance de votre lan- » gue, de vos habitudes , de vos vertus nationales et » de vos erreurs, est celle de votre histoire. £llc • consiste dans les succès et dans les monuments » que je laisserai à ma mort; voilà ma principale » gloire (1). Ces monuments sont les ressources que » vous ne possédiez pas à mon arrivée; ces raoou-

(1) Celte phrase est peu intelligible , mais nous nous sommes fait un devoir de ne jamais altérer le texte, généraiemeut difliis et incorrect, des discours et des lettres de BernadoKe*

» menlB sont rextinciion de votre dette extérieure »'et de la presque totalité de celle de l'intérieur; un • excédant du revenu annuel de la banque , élevé du »• chiffre de 2i8,000 rixdales de banque à celui de » prés de 700,000 basé sur des créances réelles;^ 9 ces monuments sont le creusement de vos canaux ; » le déblaiement des fleuves et des rivières; le per- 9 cément de nouvelles routes; lés forteresses qui 9 s*élèvent ; les ports et les môles qui ont été cou'^ 9 struîts ; vos magasins et vos arsenaux ; une armée 9 de plus de cent mille hommes, composée non de 9 vieillards et d'enfants, mais de vétérans et d'a<» 9 dultes ; une flotte entière d'environ deux cent » cinquante chaloupes et yoles canonnières; une 9 augmentation de la grande flotte, en frégates et 9 vaisseaux neufs ; une agriculture qui se perfec- 9 lionne chaque année ; une industrie manufactu- 9 rière plus que doublée dans plusieurs branches 9 essentielles ; les revenus des douanes presque » triplés, en diminuant les droits d'entrée et de 9 sortie; une population approchant de celle de la 9 Suède et de la Finlande avant la perte de cette 9 province, c'est-à^ire, plus d'un quart au delà de 9 celle que j'ai trouvée à mon arrivée. Je ne vous 9 parlerai pas du pljus étonnant de tous : celui de la 9 réunion d'un peuple qui, dans Jes premières épo- 9 ,ques de votre histoire , était presque continuelle- 9 ment en opposition avec vous.

j^ ttlSTOlM b% SElUIAt>OTTE ,

» Dieu qui m'attend, Dion que j'inveqm popr la continifàlidn de vos f^rospérilés présente», connaît le désir ardeni que j'aî eu de vous rendre heereux. Sî je n'aipu y parvenir ooitiplélenieni, par suite d6 l'inconsltince de noUe Irâmanilé, j*ai au moins réussi, par sa divine ppolee- Uoa, à vouB arracher du malheur oo vous étiez rcdui&s, et h diminuer les souffrances et les besoins.

» Forcé de rendre à des attaques provoeatriees, le Tout-Puissant a permis que la grande partie d^i) soldais qui franchirent \h Baltique avec moi, revint au milieu de s^ concitoyens y après atoir contribué à la délivrance de l'Allemagne et fixé r indépendance de leur patrie. Cette indépen* dauce, Messieurs, se perpétuera , car vous le voudrez avec votre roi. Ne sortes jaouiis des bornes que la nature, et^ plus encore, ses révolutions matériellos ont posées pour vous. Rentrez dans vos limites, si vous êtes forcés do les dépasser, après avoir rqjelé les injures sur les agresseurs* Insulaires sur les neuf dixièmes du territoire des deux rajapmcSi nous ne tenons au continent que par upe région presque stérile. Noire position» trace notre politique. Sillonner toutes les a)er$ f^yec nos vaisseaux jsl désirer la paix du monde^ voilà f\o\re vocation !

» Les puissances étrangères continueiM de nous

» donner des preuves de leur confiance et de leurs

> bonnes dispositions.

* Conservez ces avantages que votre gouverne- » ment a procurés aux dent rojailmes. La prospé* » rite intérieure et F indépendante au dehors ne » peuvent se eonsoltder que par f 'amour de la con- » corde, de la justice et la soumission aux lois. Je

> prie la Providence die vous maintenir dane ces 9 heureux •entimentsl.

» Appelé bientôt dans une autre vie par le cours » de la nature, j'implorerai encore la béoédtclion » du Créateur, pour deux peoplesi que tant de verttls » honorent quand ils sont laissés à eux-mêmes, et » qui m'ont donné un témoignage si touchant de • legr atTec^ion et de leur gpiitilade. »

iCiCw

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