‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 44 sur 69 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

RéactioD d« la révolation de juillet sar la Soède — Réveil de ce peuple.'

— Adresse énergique des ÉUts-géoéraux à la Couronne. — Ils demandent des réformes et des garanties. — Guerre contre la presse. — Attaques contre le roi. — Condamnation capitale pour délit de presse. —

. État des partis. — Politique de Charles^ean daos les affaires d'Orient.

— Dislocation du ministère. — Demande d'une chambre unique.— Résistance de la Couronne. — Ajournement de la question. — Écliecs éprouvés par le gouvernement. — Chagrins de Charles- Jean. — Conduite équivoque dans la question égyptienne. — Clôture de la diète de 4S40. —Rétablissement du calme. — AfTaiblissement de la sanlé de Charles- Jean.

Pour bien apprécier la situation intérieure et extérieure de la Suède au moment où nous sommes arrivés, il faut reporter nos regards sur les années précédentes.

En 1834, époque de l'ouverture de la dernière diète, presque tous les États de l'Europe étaient travaillés par une sourde agitation. On avait comprimé le développement de la révolution de juillet, mais on n'avait pas étouffé le besoin de réfor* mes et de progrès qui agitait tous les esprits. Les couronnes ne tombaient plus sous les pavés, mais les peuples restaient à l'état de lutte morale contre les vieilles monarchies, les principes de la liberté contre les traditions de l'absolutisme.

La réaction des changements survenus en France, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Pologne, en Suisse, en Angleterre, et même dans quelques parties de l'Allemagne, s*élait fait sentir en Suède , oii elle avait réveillé le désir d'une liberté plus grande. Ce peuple,- si assoupli depuis vingt-cinq ans à la main de Bernadette, si tolérant et si respectueux, se prend tout à coup à demander des changements, des améliorations et des garanties; il se hérisse d'inquiétudes et ses soupçons, ses plaintes, ses exigences viennent se formuler , avec modération, il est vrai, mais avec une fermeté énergique, dans l'adresse des États en réponse au discours de la couronne.

Même avant à cette époque, les journaux des divers partis soutenaient une guerre dans laquelle la couronne n'était pas toujours épargnée. Les organes de l'opposition s'attachaient à montrer l'État languissant du commerce, dont ils attribuaient le malaise au maintien des anciennes lois restrictives et à l'établissement tardif du crédit public. Ils accusaient le roi de s'être personnellement opposé, pendant douze ans, à la fixation du papier-monnaie, et d'avoir ainsi empêché Taccumulation des capitaux. S'il eût cédé, en cela, aux avis de ses conseillers, la banque nationale eût été assise plus tôt siir des bases solides; des banques particulières se seraient établies dans les provinces, et l'industrie ne serait

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plus i ia merci des rafisures arbitraires do pouvoir. Qn flamandait donp rabolitioo des préi-ogalives al> soluas du gouvernement, en matière de légîsialion cou^merciâle. La presse opposante récriminait avec violence contre raccroissement des charges publiqiaes qui» dans l'espace de vingt ans, s'étaient éieyiéesde3,i3«,276rixd. B'*^ à 10,898,490 rixd. B^. £bar(e&W.€An avait successivement fai( porter sa liste civî}e i 719,250 rind. Aandis que celle de Charles XIH uèi^il qjue 4Jk 467,i823 rixd. B"^. La nation, succoml>9it soAis l.e £)ix de ces dépeaaes exagérées , inutiles ejl faites ^ns discernement, pour maintenir un établissement militaire en dehors de toute proportion avec les besoins deTÉtat.

P'4^fi ajuti^e côté, diverses lois, votées par les chambr^ dan$ rintéi'^t du bien-être polilîqiie ou matérie} de jia nation, attendiîei)t en vain la sanction royal^.. De ce «ombre paient les nou.veaux coules ciyil et pép^l ; la loî sur l'émancipatiojii du iravail et de l'industrie^ la loi relative à l'orgaiiisation pn/Qicipale et au païqpérisme ; /enfin , la grande quesr tion de la réforme parlementaire pefôévérammeiit éludée par la cpuronne.

Les journaux de l'opposition poursuivaient aussi d'un blâmée sév^e les attaques du gouvernement qonLre 1^ liberté 4e la presae, et ses u?ndances à opprimer tous les écriv^^iiiis qui osaient critiquer les ^cles du r^ne ^Uiel. Us rappelaient sans cesse,

en lémoigpage àes appétits despotit}Ues de la ooqiroDiie, le prooès de M. Lindenberger condamné à mort en 1934, comnoe auteur d'une représentftiion adressée à Charles-Jean , relativement à un privilège lie théâtre dont le roi jouissait îllégatemeut, selon le publîciste. A la vérité, la courmine avait reculé devant l'exéciition de ce jugeaient di^conien, et oommué la peine de M. Uhdenberger en trois années d'emprisonnement. Mais cette odie^ise sentence, obtenue à la Êiveur d'une loi tombée depuis loDg^temp^ en désuétude, n*en était pas moins un attentat contre la liberté de la ivresse, un outrage aux droits de la pensée, et un moyen d'întimidati<>n contre quiconque ne s'agenouHlerait pas aux pieds de la nouvelle dynastie. Détenu depuis long-lémps, M. Lûdenberger , après avoir refusé sa grâce et même la commutation, iii demander au roi d'être décapité le plus tôt possible. L* invasion du choléra et le décret d'amnistie qui suivit cette grande csdamité, vinrent mettre un terme à cette affaire. Quatre années plus tard, M. Crusenstolpe, Tun des plus élégants prosateurs de la Suède, fut condamné à deux ans de prison, comme ayant accusé le conseil d'État d'avoir accordé un grade supérieur à un officier qui n'y avait point droit. Alors la population de Siockholm prit feit et cause pour l'écrivain et se souleva en grand nombre. On parvint difficilement à léptrimer £ette émeute, dans laquelle plusieurs

personnes furent tuées ou blessées, et qui révélait des symptômes menaçants d'insurrection. Les juges devant lequel le procès avait été porté, furent montrés au doigt et poursuivis parle peuple, toutes les fois qu'ils parurent dans les rues de la capitale. Enfin ces deux procès de presse avaient laissé dans Stock|}olm de tristes souvenirs.

De leur côté, les organes du gouvernement repoussaient, par des assertions contraires, les accusations de leurs adversaires. Ils ne niaient ni le paupérisme ni le vagabondage signalés par l'opposition, comme une preuve matérielle de la détresse du pays ; mais ils voyaient, dans l'accroissement de cette lèpre , un effet inévitable des progrès de la civilisation. Suivant ces journaux, la Suède était plus heureuse, plus libre, moins accablée d^impôts qu'aucun autre État de l'Europe , et ses souffrances n'existaient que dans l'esprit de quelques mécontents. Quoi, disaient-ils, c'est dans cet état parfait de prospérité et de tranquillité; c'est ay milieu de ce calme profond, que l'on mééonnalt les résultats (i'un règne consacré tout entier au bonheur de lu Suède! N'est-ce |>as Charles Jean qui a rétubii le royaume chancelant , et relevé sa gloire anéantie ? Puis revenait l'éternel inventaire des services que Bernadotte avait rendus à sa patrie adoptive et de ses titres à l'immorialilé.

Enfin, les vagues appréhensions qu'entretenaient

les affaires d'Orient et les probabilités d'une guerre générale qui , en mettant en péril le reposMu nord de l'Europe, eut pu forcer la Suède à reprendre les armes: tout cela imprimait à la situation une pby* sionomie inquièlé et agitée qui ne pouvait manquer de se reproduire dans les actes de la représentation nationale.

Tel était Tétat des esprits, à l'ouverture de la diète de 1840. Nous avons fait connaître le discours de la couronne. Abordant la question capitale— celle des réformes à introduire dans la constitution et réclamées par l'opinion publique — Charles-Jean avait dit: « Le pacte fondamental a réglé le mode d'après » lequel les changements doivent être opérés, et, en, » s'y conformant, la nation peut s'attendre à coque » j'examinerai les questions qui me seront présen- * té^ par les États- généraux. Tout ce qui pourra > consolider le bonheur et la tranquillité nationale, » sera l'objet de mes réflexions et de mon entière » sollicitude; enfin, ce qui sera praticable et utile » ne pourra jamais être rejeté par moi. »

Cette réponse évasive à un vœu péremptoirement formulé, ne satisfit personne, et les premiers travaux de la diète révélèrent un mouvement prononcé vers l'opposition. Ce mouvement se manifesta avec une égale énergie dans les quatre ordres de la noblesse, du clergé, des bourgeois et des paysans. Les comités chargés de l'examen préalable des projets de loi, fu-

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