‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 45 sur 69 · HISTOIRE DE 8£RNAD0TTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE 8£RNAD0TTE

reni composés, en nUijorité, des ackersaires du gouvbruement, et toutes 4es adresses exprimèrenl, avec plus ou moins de méoageraent, le voui de ycir plusieurs questions sociales et politiques , volées ou rapprochées de leurs solutions.

Effrayé de cette preoiière manifestation , Iq ministère, se disloqua, et plusieurs de ses membres don* nâreni leur démission, dans l'espoir de conjurer la crise qui se préparait. Mais ces changements partteis, ainsi que les nouveaux choix auxquels ils donnèrent lieu de la part de la couronne, nesatislireut point les Éiais qui persistèrent à demaa^^ un changement radical dans la direction des attitrés. La di^e débuta par une mesure grave. Elle suppi*ima les fonctions de chancelier de cour et de secrétaire d'État ; définit et proclama la responsabilité des ministres, pour tous les actes eit ordonnances qu'ils contre-signeraieot. (Jn changement fondamental dans la constitution fut voté, ensuite, à une grande majorité, par l'ordre de la noblesse. Ce corps privilégié consentit à l'abandon des droits héréditaires en vertu desquels il siégeait, et à l'introduction d'Un nouveau système de représentation nationale. Il ne s'agissait de rien moins que de créer une oliambre unique, et de l'obtenir par des élections générales, en conservait, toutefois y la distinction des classes et des ordres. Le parlement devait ensuite se diviser en deux grandeg fr^uion^ et iinfDÎsîr, à l'ijuslaf dualorthtng oorvé-

CHARLES XlV. 26?

gien , un quart de ses membres pour former ùde sorte ée sénat où chambre fasiùte(i). Le système de ♦^élection, et cdaî d*une représentation divisée eD deux grands corps politiques, furent également adoptés par les autres ordres , avec quelques dîHërenoes d'application. Ge furent là les deux premiers, les deok plus importants résultats de la session. Cependant, ces changements organiques, adoptés par la diète de M40, durent, aux termes de la constitution, être renvoyés à ta législature de 1845 pour leur admission définitive. Le moment est donc arrivé où de grandes choses doivent s'accomplir dans la Scandinavie. Vainement te dernier roi , s'appujant sur rélément aristocratique, au ra*t-îl voulu modérer les besoins de réformes qui poussent incessamment le monde vers le progrès: une immense transformatKMi coofitituiionneUe s'accomplira bientôt dans ce pays.

A^ès ee double 4riomphe de là diète de 1840$ l'attitude des États , vjs-à-vts du gouvernement , ne perdit rien de son caractère menaçant. Une question 9rdeiite s'oflnl a son examen , celle de la cf^selk roffote. Pour comprendre cette question , il feut savoir eommeoi se régissent, en Suède^ les DnaiM^es de l'ÉAat. EUes y sont réglées par deux bureaux ou

(1) eeauiiioiit de Va^sy^ Bistaàre dfs Était européens.

268 HISTOIRE DE BEBNADOTTE,

cours administratives, le rUcsgœlds kantor et le stals konlor. Le premier dépend exclusivement de la diète et a , seul , le pouvoir de faire des «mpruiiis ou de contracter des dettes pour les besoins de l'État, lorsque les ressources votées par le parlement sont insuffisantes. Le second bureau est chargé de faire rentrer les divers revenus publics, de les placera la banque nationale, et d'y puiser, ensuite— sur les demandes du roi arrêtées par le conseil d'État et contre-signées par le ministre des finances — les sommes nécessaires aux divers services. Les états de dépenses sont ensuite soumis à la vérification de la cour des comptes. La liste civile et les fonds destinés au servie^ diplomatique sont, seuls, affranchis de ce contrôle. Or, à cùlé de ce mécanisme légal et régulier, Charles-Jean ,• voulant se rembourser de sommes avancées par lui , pour subvenir à l'insuffisance des ressources de la petite ile de Saint- Barthélémy , avait établi une caisse d'Étal qui, sans aucune garantie constitutionnelle, faisait des emprunts publics et contractait des dettes. De là un déficit de 775,000 rixdales, dont le ministère, demandait le payement aux États, sous le titre d'arriéré de la cassette royale. Cependant les emprunts de cette caisse avaient eu lieu même en dehors du conseil et sous les seules signatures du roi, .du ministre M^ettersledt et du secrétaire d'État Skogman; et il en était ré-

sullc une espèce d'émission d'effets publics non reconnus par les Ëtats-généraux. C'était là une infraction flagrante à la constitution , une atteinte grave portée au crédit du royaume. La diète s'éleva avec énergie contre cette usurpation , que les partisans de la cour ne purent défendre qu'en exaltant les droits de Cbaries-iean à la reconnaissance publique. Mais cet argument fut repoussé comme peu parlementaire. Toutefois, l'opposition crut devoir profiter de la position di£Sciledans laquelle la couronne s'était placée, pour l'amener à une transaction qui intéressait le bien-être du pays, plus sérieusement qu'une allocation de quelques mille rixdales. Mais Je roi s'étant cru en droit d'exiger, sans condition, le payement de cet arriéré, et l'opinion publique . s'étant emparée de la question, la demande du gouvernement, ainsi que tous les amendements proposés par SCS amis, furent rejetés par la majorité des États. La couronne subit, dans cette sessioa, plusieurs autres échecs considérables. La diète, et particulièrement l'ordre des paysans, se montrèrent inexorables sur toutes tes questions de budget. Le roi avait demandé des fonds, pour servir des pensions à qitelques-uns des ministres récemment sortis du cabinet. Les États rejetèrent la partie de Fallocalion destinée à deux membres du cabinet, MM. Akerhielm et Hartmandorf, qui, en 1838, avaient persécuté la presse; mais ils assignèrent

270 ttlSTOtRfl tiE PPltNif^OtTE ,

UD^ peosioTi Qonvf lisible au Gomtô de Hard, que l'eslime pubUqiia a^vaîtaccopipftgnédans^sa relraite.

Le gouvernement éprouva ensuite une auire défaite d'un caractère plus §rave«

En vertu du § 103 de la constilu(îon de 4809, le» douze juges, nommés par le roi pour composer le tribunal suprême, sont soimis^ dans tes premier» travaux de chaque diète, au scrutin secret d'un jury formé de 48 membres délégués par les Élats^. Ce jury vote la conservation ou le renvoi « soit collectif, spit individuel, des membres de la haute cour, sans avoir à alléguer ^i acq^sation ni reproche, et la couronne doit immédiatement se conformer à ce verdict souverain. Or^ depuis 4823,^ Charles-Jean cj^mandait aux États^^généraux la suppression de cette disposiMon organique^ comme coutraire à une bonne administration de la justioe et destructive du principe de Tinainovibilité des ma* gistrats c Quelle impartialité, disait }e roi, peut^n

• attendre d'un tribunal dont tous les membres

• sont soumis à des chances de déconsidération si » faciles à produire et si difficiles à éviter? » Charles-Jean voyait aussi dans l'article précité , un^ at-^ teinte à la considération dont la constitution veut que le pouvoir royal soit constamment environné. « Or, ajoutait-il, cette considération est-elle bien > garantie, lorsque, pour infirmer ou annuler les » choix que le roi fait de ^s délégués , pour

GlIilMiES XIY. 9r7i

9 ïesifM^ÏW 46 la prérogative royale , il suffil qiil^ » trente-siï individu» déchirem que ce» délégués t n'ont poiat leuc confiance^ et que, par cekr seot^ 9 le mooarqqe est obligé de lea congédier y alors » même qju'iia eonservent lii tienne ? > Charles-Jean reprotluisit ^tte dernatide dans la dtéte de i8i0) mais les Étals la repoussèrent encorey par des considérattoos puisses dans la oéc^sité de ne pas affranchir les JMges supérieurs de tout contrôle national, et de tonte responsabilité envers les représentants du pays. Le roi fut profondément blessé de celte résistance opiniâtre) ipais U SQ borna, dans son dis* cours de clôture^ 6 témoigner ses regrets en ces lerines; € J'^i respecté la réponse négative des Étals- « généraux, sans partager les principâs d'ordtie sot^ 9 cial sur lesqueU elle s'appuie^ 9

Ces lutle^ portèrent, jusqu'à la fin de la diète, le inênae caractère d'aigreur d'une part, et de sévérilé de l'autre, Le parti du gouvernertient y perdit bcaacoup de sa (considération^ et l'opposition y acquit une consistance et une autorité morale qui lui avaient manqué jusque-là. Sa conduite et ses pfilict|)ea trouvèrent de puissantes sympathies dans toutea les classes de la société évidemment animées du même esprit de résistance aux empiétements de la eou* ronni^. Du reste, le mouvement réformiste de la diète de 1840, l'attitude sévère des partis et leè dé- Aules du pouvoir e;iécutif , dans d^s questions qui

272 HISTOIRE DE BERNABOTTE,

l'intéressaient personnellement, n'engageaient point îe principe même du gouvernement. La diète et le pays voulaient évidemment pousser la cour et le ministère dans les voies du progrès. L'un et l'autre exigeaient que le pouvoir revint aux principes de la constitution de 1809 dont il s'était souvent écarté, et qu'il travaillât même à la purger des inconvénients graves qu'elle renfermait. On voulait enfin une réforme complète dans la représen tation nationale, mais on respectait sincèrement la royauté et la dynastie. Charles-Jean ressentit un vif chagrin de l'opposition qu'il rencontrait au sein de la diète et dans l'opinion. Il s'émut surtout du caractère révolutionnaire que les journaux du continent aflectaient d'attribuer à ces vicissitudes parlementaires ; et ce fut. à cette époque que parurent, sous ses inspirations, divers écrits dont les auteurs s'attachaient à combattre les fausses interprétations de l'Europe, sur la situation de la -Suède; à grandir la popularité de Charles-Jean, et à prouver que la dynastie de ce prince était assise sur des bases inébranlables. Mais ces apologies , plus ou moins intelligentes , manquèrent leur but par l'exagération même des éloges prodigués à un homme qui, malgré ses fautes et ses erreurs, était assez riche de' son . propre fonds pour pouvoir se passer d'une immortalité d'emprunt. Cependant, si Charles-Jean vit avec douleur les discussions ardentes des États-gé^

néraux, il faut reconnaître que non-seulement il ne fit rien pour étoufrer ces débats ; mais qu'il usa toujours .de sa prérogative pour prolonger la durée des sessions au delà du terme fixé par la constitution.

A cette époque, la question égyptienne, qui pouvait entraîner TEurope dans une nouvelle guerre, inspira de vives inquiétudes au roi de Suède. Quoique cette puissance ne fût pas engagée dans la querelle, la dynastie de Bernadette était naturellement intéressée à ce qu'une rupture, dont il était impossible de calculer les suites, ne vint pas troubler l'équilibre fondé en 1814, et menacer l'ordre politique dans lequel elle avait trouvé sa place* Aussi, sous le prétexte ostensible de protéger les intérêts commerciaux, qui pouvaient se trouver compromis en Orient, le roi envoya une escadre dans les mers du Levant, sous les ordres de l'amiral Nordenskiold. Les instructions de cet officier lui prescrivaient des procédés conciliateurs et une circonspection extrême, dans ses rapports avec les commandants des forces maritimes des puissances étrangères. Il lui était enjoint de se prononcer contre l'ambition du pacba d'Égypie, et de blâmer la copduite de ce prince vis-à-vis de son souverain légitime. Cette conduite, disait Cbarles-Jean , avait été digne d'éloges, aussi longtemps que Méhémet-Ali s'était borné à régénérer la vieille terre d'Égypie, sous les auspices du sultan ; mais elle était devenue coupable, T. n. 18

374 HISTOIRB Di5 SÊHNADOTTE,

dès le jour oà il avait usurpé iês droite ifWOnléÈUbles de son maître; et c'était pour cela que le roi de Suède avait saisi Toccasion d'accoider à ses alliés Vappm moral de sa siluatixm et de m poUHque^

Tel était Tesprit des insiruciiont donnéêis, par Gharles-Jean , au coainMimlant de se^ vaisseaux aitiai qu'au consul général de Suède A Aioxandriè. Du reste, ci s deux fonelîonnaires devaient réunir leoi'a efibrts, pour amener une solution pacifique, et eni'pêcher que la tranquillité de l'Europe ne fût troy*» blée« Ce réaultatétait) en eflet, le plus désirable pour Bernadotte qui, en défendant les droits do la vieille barbarie ottomane sur la jeune civilisation égyp^^ tienne, obéissait, à regrei sans doute, à une né* oessité de position.

Le dénoûment des ai&ires d'Orient rendit la po* Uiique extérieure de Charles-Jean k ses praliqueB habituelles. Loin d'épix^uver aucune altération, les rapports intimes qui, depuis 1814, avaient existé, presque sans inteiTuption, entre les cabinets de Pétei'sbourg et de Stockholm, se resserrèrent encore par de nouveaux avantages eommerciaux aooordés au pavillon russe, dans les ports de la Scandinavie. Avantages doat aucune autre nalion européenne no jouissait au mên^ degré. Cependant le peuple aué* dois était loin de partager les prédileotîoDa moscovites de son souvei*ain« U conaervMl uo naicr souvctfûr de la perte de la Finlande, v€^ak tvec

GIIARCE9 HVf. 97ft

fuéAtncb s'életer^ en faœ de Sbckbtrim^ la fenû-» resse d'Aland, et coiHîniiait à considérer la Russie èclmèie mu eniieiili ndtntel. Chaque jaur^ au contraire 4 lea ressenti tnents natimiauK contre \é Dane^ mark tendaient à s'affaiblir j et une cohvcnlion iaierven|ie) ^n 1841 , dans le but de diminuer led droits déliassage du Sund, ^^droits auxquels étaient soumis les narires suédois ; -- contribua à rappro^ eier deux ^enpies cpàe la tx^mftitinauté d'origine, de religion et presque db langage, tend nécessai- Pbment à rémiir*

Mais bette tendance ihème était un objet d'inquiétude pdur Cbartes-iean. Il y Toyait un premier pas versèelte fédération des races seaddiiKives qu'ilavait si hautement rëpronvëe (1)« Or^ pour changer la direction des esprits^ il s'attacha à raffermir et à Hiiitei plier lés relations commerciales de la Suéde afee TAngfeterre, la France^ laHollahdé) la Bel*giqne, k: Hanovre» la Prusse^ l'Espagne^ le Portugal, k Turquie, la Grèce ^ les États-Unis^ et (|uelques^ unes des républiques de T Amérique méridionale* Mais^ de tous ces États, la France fut loi^ours le fflbins favorisé et, pai^ um cdnséqiienee oaturelloi eelùi qoi ^ à s(xn teUr^ accorda le moins de facilités au commerce suédois* £q résumé, la politiqae extérieure de la Suède , sans porter un caractère exh« . "-f . . ^- - - - - - -, , - , , . . , . , - ..... ,... . ■ . >

(1) mik cfti«pS«e À.

clusîf et tranché, n'était et n'est réellement encore qu'un satellite du système russe.

La clôture de la diète de i840, prononcée le 45 juin iSli 9 mit un terme aux discussions violentes que les débats parlementaires entretenaient, au dedans et au dehors du corps législatif. }^es imaginations se calmèrent; tout rentra dans Tordre accoutumé, et, depuis cette époque jusqu'à la mort de Charles XIV, aucun événement digne de remarque ne se produisit dans l'histoire des deux royaumes unis, ni dans celle du prince qui devait présider encore quelque tempsà leur destinée. Cependant, les forces de Charles-Jean, épuisées par soixante ans de travaux et ébranlées par de récentes émotions, s'affaiblissaient à vue d'œil. Tout entier aux devoirs de son gouvernement, le vieux roi les remplissait avec la même ponctualité que lorsqu'il était dans toute la vigueur de l'âge. Dévoré du besoin de tout voir par ses yeux , il exigeait , comme autrefois , que toutes les affaireç lui fussent soumises, et qu'on ne lui épargnât aucun souci. Mais il était évident pour tous, qu'il avait le pressentiment d'une fin prochaine^ et qu'en se dévouant jusqu'au bout aux intérêts d'État, il n'obéissait plus qu'a la religion du devoir.

Avant de retracer cette dernière phase de la vie de Bernadette, et de considérer la carrière de ce prince à un point de vue général, il faut résumer,

cnABLES XIV. * 277

les améliorations matérielfes et intellectuelles que les deux royaumes Scandinaves doivent à l'influence de son règne.

Ce sera le sujet du cbapi tre suivant.

278 ' HISTOIRB DB BKBlUrDOTTE ,

Page 1