‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 46 sur 69 · CHAPITRE Xfl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xfl

Appréciation du règne de Charles* JeaD. — Ce qu'était la Suède à l'époque de son élection comme prince royal. — Ce qu'elle est aujourd'hui. -^ Même examen à l'égard de la Norvège. — Rérormes financières. — Économie inférieure.— Sciences et arts. — Commerce et manuractures.-» Institutions militaires et forces publiques. — Institutions politiques et judiciaires. — Ce que sont aujourd'hui les deux royaumes scandiDaTeH. — De quel poids ils doivent peser dans la balance de l'Europe. •« Alliances du nouvejiu règne. — La France.

Le long règne de Charles-Jean fut-it un bienfait poHr la presqu'île scancKnow?

Pour résoudre impartialement cette grande question, il faut se placer devant les faits de ce règne, et dépouiller les souvenirs, les préventions et les rancunes qui peuvent égarer la justice des hommes.

Or, de quelques reproches que la France ait le droit de poursuivre la mémoire de Bernadotte, il est certain qu'en thèse générale, l'histoire signalera ce prince comme un des meilleurs rois qui aient passé sur le Irôno. El ce jugement sera le résultat d'une appréciation équitable des divers progrès qui se sont accomplis en Suède et en Norvège, depuis iSiO et i8i5 jusqu'en 4844.

Examinons d'abord ce qu'élail la Suède, à l'époque de l'élection de Bernadotte.

Vieille terre de liberté, ce pays est, de tous les

Étals deF£iiM|ie, odutoù te goovernenMiii repréaeiitatif date de phia ioiri. L'bisloirecles temps les plus teculés Mieste t'exîsleûce ée diètes puprtagées an plosÎMNrs oi^es. Dès le xv« sièele, les paysans «lééfiB faisaient déjà partie prépondérante de la représetttélÎQtA aatioBale, et, akirs^ les paysans étaient esdai^s dans presque tout le Nord (i). Depur^ celte âpQqiie îtts^^à nos îews, la division du parteoient eo ^aire bralk^bes, la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et les; pà]Fsan&, a survécu è toutes les révohltiâM^ CepettflaiitqSÎ la liberté est vieille en Suéde, le desfMktiafiie y fut souvent coAtemporain de la liberté. Aucun paya «s fiit agile par plus de révohit^ag.; niais,. )iis^*aa milieu du \W siècle, presque toutes s'aeeûiaplriireùit ai» parotif de la Hberté. L'bisbwe de oette naliM préseate, oqœndani, lecb \ii>ît^îlMdesi les pl«» éèiaff^sa. libres \pms\xik ^ Hfieno^ CMT véieine du despeftiame; passaoat des e^ioèft de là dèaiaigogie à i'obéisaaneo lu pLaa abnelac^, buitûl FaMOiir d»r 1» tiberlé parait être le caoraetôre assi^iek des Siiètioîs ^ tamàt ih ste dislingwant par un dé^^oueffiMrt aveugle et une aiMeinmsien servi le ^ leurs seMiei*aiûs« Kbiieiuis de to«te contrainte,, jaloux jk l'e^'S de; l'autorité royale,, on feqaliques> doc leurs pmilége&, qiuel<i^efeîs on les» voit sa soulever tu«^i)|ibU30Usen)ei)L> entraîner^ comme, un toi*reQt, - 1 ' ■ -, , ' ■. ^ ■■

{y) yoRalre.

tout ce qui leur fait obstacle ; précipiter leurs mat- Ires du trône où ils les assirent, et briser toutes les digues qu'ils avaient élevées pour protéger la faiUe autorité de la couronne.' A une autre période, la dernière étincelle de patriotisme parait éteinte parmi les Suédois, comme s'ils étaient épuisés par de trop violentes secousses. Alors, esclaves et patiemment soumis à la plus violente oppression , on dirait qu'ils n'ont jamais connu les douceurs de la liberté. A l'aspect de cette contradiction dans le caractère national , le philosophe ^rait tenté de croire que des races absolument différentes ont successivement habité ces contrées.

Mêmes contrastes dans l'influence qu'exerça la Suède sur les affaires de l'Europe. Dès le ix« siècle, ce peuple faisait la terreur des côtes de la Baltique, et se présentait en maître jusque sur les rives de la Seine, brûlant, saccageant tout ce qu'il rencontrait sur son passage. « A son approche, dit un historien, les moines ajoutaient un nouveau verset aux litanies du cloître, et Charlemagne pleurait en les voyant \enir. » Deux fois il fut dans la destinée de ce petit État, de rompre l'équilibre de l'Europe. Au xvii^" siècle, Gustave- Adolphe brisa la puissance de l'Autriche, et au xix*", un des successeurs de ce grand capitaine, détermina la défaite de Napoléon et la ruine du plus grand empire des temps modernes, près des lieux mêmes où, en mourant, le vain-

CBARLE8 XIV. 28i

queor de Tilly avait cueilli le plus beau de ses trophées. On voit donC) tour à tour, celte terre de héros donner des lois aux plus grands potentats, inonder les empires, déposer les monarques et distribuer les sceptres; ou, tombant du faite de la. puissance, rappeler ses troupes , restituer ses conquêtes, perdre de son importance politique, et disparaître dans Foubli du monde.

Telle était la Suède, lorsque la révolution de 1809 l'affranchit de la tyrannie stupide et furieuse de Gustave IV, et mit à découvert les plaies liideuseè de sa situation. Depuis 1772 , époque où le despotisme de Gustave III avait succédé au joug d'une oligarchie factieuse, la nation gémissait sous une oppression délirante. Quelques mois encore de cet affreux régime, et la nationalité suédoise allait s'absorber dans un autre empire. Mais cinq semaines suffirent à ce peuple indéfinissable, pour renverser un trône, en élever un autre, improviser une révolution et accomplir une réforme profonde. Après avoir déposé Gustave IV et s'être donné un nouveau roi, cette nation, hier encore si meurtrie et si abaissée, présenta, le 6 juin 1809, à l'acceptation de Charles Xlll une charte précédée de ce préambule monumental : c Nous soussignés, les » États du roNaume de Suède, comtes, barons, » évéques, ordres de la noblesse, du clergé, de la » bourgeoisie et des paysans , qui sommes main-

9Si9 HISTOIRE ne WfIftàAOTTE,

^ ^q^.t As^ôml^lâl CI» dièto généiab^ poiir 9 el pw ^noilf^yei^ abienta^ savaîr Êâsoos » <)iiq ^ fi^f te ch^ngc^nneiit 4^ fjf^mmt^meni qui imm «. d'^vc^r Ueu , e^ dMqudi oa»» avoM. daané notre ». Hnwm« çon^Km^ti^n^ noMs, hs mandataires é§ 'p la ngMç». mi4Qi^» aomim nmlrési dams lé ékrvét

» de la patrie, en élablissarU une aubre mm^ilnUêm^ ». ^\^$i^ qn^en ak^rogeaiiit )est<Okftin<bii]Mitek» plus » j^u GQoijf^s. QH vigoei^r îys(|u'à ce joiif, ratoir } ele« i IScq^^iHQ^^ CQi»venu$. et i)VQi^ résolii ëfélahUr, ». pour le royi^ç^B de Su£^.^ Ql l^ p^ys qkit ai relt>' 1^ Y^nt,. la, fqirQ^a de ^QUiern^ObeM suivante {iy •

Ji^nnal^i QQAstUHttoH çDni^a«fa4*^le pkia solewwt^ lagtem Iç grand prÎBf^îpe ^i lia $ouver<iîiieilé du peuple?

C^ fyiX qiiJf^si çQWWe Qpi^iiAtiQ» diveote dî» eclle ^Qjt^xera^U^^té, qu# le iioui«eaiu voi acfopiti^ deSrOiaîiis ()iç$, JJÉUaJtv^, la co,urQaDe taipl>ée éii ki tète de fîw^ ti^ve I Y. Cependant, tes ÉUi^.-fcn<^^ip{X^ iWiqiMe fppat Qcpupôs, du besoin de p<)$ef dô«. enur»iM au:^. empiétei».€inu de ce. pouvoir vqy^l ddQt h Si)éde \enai>k die faive «ne si eçuelle expérieu^y im* pcoviséiceut. UJ»e i^uMituiioa ean^^iqu^i^ , rnUbsi*-^ leusç et. e.wp/eiQi|^ 4 l'excès de. tQMte b) muéfiftp^ge

( I )> Voii:, |{{iu0&'jiJ0l4l)c«tiveB, b*" 9, tlu premier vohime, 1% tvife de la

d'mi pwfil^ dani \f^ im{% furent «i sau¥Oi^ et «à outTste^wseinei^ VK4«», L^'ofiCia^KM» ôlfiU IWiUe f^Q^. doute, et il ne falIaH poîqt \à laisser ^iJ^^app^r \ ïùsl\^ la prépi|^tqt)M «yee Jb^q»^^ o« YQuluf te fiai^r«

^ Çeroadqt*^ De Qfi ^^ïp^r^ el^it, par o^çi^pl,^^ Is^ ctm^rvaliûi) de$ fiv^r^ <>r4vv s^ çl& U diiHe; fr^r.

1^ (ffVvofi)i.ivf^fay»l(^ei qui $u%ai^^ I^Ue^lyPQ^^ iwiUqW^ 1? Roç^ea^^ç ^^uç iwwpH^iîiifo.vaie. E» eJtk

|t> «cil 7 », ^ Sêèiâ, aavirott deiini mM^ ^atr» caéts. i|«lll«^ ttobUi»-

il est rare que Id nombre de ceux qai assistent à cette assemblée dépasse quatre cents peisouws. Uo grand dignitaire de k^Étati nommé par te rof , Prf§WjPi,8V|JJi le ifi^e 4e majrét Iwlv de. U^J^Ve.» P.<?ft-9^!»ienî^9t ^ r^H' DÎQi^ de la nol^j(ç$jvç , ç^i^ çitf^.e c^)J.es des aut^r^.. Qrd;,e^ , |prsqi)'il)| se foi ment en diète gén^r;}).^:. II. ç.xistjç, au palaiji <jiçs n.o^le^ un regisU^ *!??!^^ a.^ M^rÇ <l'<>r i$i, V^u.is^- )/ej( noms d^ t<^iJ^e9 1^ Ov^iUlifS I^t>^i~ 9}5îljt"< ?. y ***.°J^ l9sçr'.l/î>,^t <?l>ac»;.a 4.'^"\eï^î wn^fHMié d*M0,niJro4BQ d'i^rdfiç. inyariabie çt pcr|)4tuel , et^ tf>! sque les chefs des l^;nilles d^ la npblesse ^ignent les açtc^ d^ I9 di^te, \ls Tont précéder leu; t^gQj^ure df^o; nuinér^q qui est inséparable de leur iv>m piiopre- Pli/si/çurs f^^n^i.n.es |ont. éteinttjs.;^ i^ais leors noms et leqrs. numéros su^isfei^ V^iliqors sur Içs r^istresr

» ^'ordre du ctprgé se compose de l'archevêque d*Ugsal, qui en. est, toujours \p ^résîdept, dçs onzp autres é\:èque8 du royaum$^et des d.éçutés nommés par te^i eccliésiastiques réunis dans chaque diocèse. Le i)opibr^ total des députés du clergé ne dépasse pas soixapt» membres*

» La bourgeoisie est représentée par les d^put^s des qi^tre-viq^t-cinq

ne coDstitue-t-elle pas une anomalie monstroeuse, et qui doit nécessairement disparaître du droit public de tout peuple réputé libre?

Mais cette salutaire réforme, il fallait Texiger sous Tempire d'une révolution triomphante , et ne pas donnera la monarchie raffermie lé droit de la combattre ou le mérite de l'accorder. Cependant, ainsi que le fait observer un judicieux publiciste, la révolution de 1809 fut consacrée par les quatre ordres, et Ton conçoit, dès lors, que, juges dans leur propre cause, les hommes du privilège n'aient eu nulle envie de se suicider (i). Ils conservèrent donc religieusement un pouvoir législatif qui était l'apanage exclusif de la naissance pour la noblesse, des fonctions ecclésiastiques pour leclergé, du droit de bourgeoisie dans les villes, et de la propriété rurale possédée par les

WIIm de Ia Saède , dont dix poor Stockholm, troto poor Gothemboorg, deux pour Iforlusping, et un aeal pour tontes les antres. Deox petites Tilles pèuTent se réunir pour nommer un, député.

> Les paysans choisissent leurs députés par arrondissements. Les conditions d'éligibilité sont les mêmes que pour la bourgeoisie : il faut être propriétaire dlmmeobles. 11 y a environ cent quarante à cent cinquante députés de cet ordre. L'ordre des paysans et celui de la bourgeoisie sont chacun présidés par un orateur nommé par le roi.

> Les députés du clergé, de la bourgeoisie et des paysans reçoiYent, pendant la session, une indemnité pécuniaire ; elle est payée par leurs commettants qui en fixent Tolontairement la quotité. Un député des paysans peut représenter plusieurs arrondissements et en cumuler le traitement. » (Lebas, Suède et Norvège.)

(f) Daumont, Vayaçe en Suède.

CHARLES xiy. 286

paysans. Tout le reste est frappé légalement d'incapacité politique. Une partie considérable de la population est formellement exclue du droit le plus iirécieux pour des citoyens, celui de délibérer sur les affaires publiques; et cette exclusion alteint les classes les plus nombreuseset les plus honorables. Par exemple, le propriétaire du plus vaste domaine, ou le plus habile agronome, ne sera jamais député, parce qu'il n'appartient pas à l'ordre des paysans: toute la classe connue en Suède sous le nom de sland personer, composée de près de cent mille individus considérables, se trouve comprise dans cette exception. Un maître de forges, un laborieux industriel, s'ils ne possèdent que cette industrie, ne peuvent être non plus membres de la diète (1). Le savant dont les travaux auront immortalisé le nom, l'artiste le plus illustre, ne seront point députés, à moins qu'ils ne soient nobles ou bourgeois. Linné lui-même n'aurait pu représenter son pays, et le célèbre Berzélius n'était pas éligible avant d'être anobli.

On comprend donc que la réforme de tous ces vieux abus soit vivement réclamée par les patriotes suédois, et que leurs vœux deviennent d'autant plus

(1) Cepandant, depuis 1821, les États, par une favenr spéciale^ ont daigné accorder aux mattres de forges et propriétaires de mines de nommer trob dépotés^ qni assistent à ses assemblées avec l'ordre de la bonrgiBoisie; mais ils ne peoveut délibérer que sur les questions relatives aux mines et aux forgies.

288 HISÎOIRt; DK BVMADOTTE,

énei^queë que la civilisàtîtm s'djgranctit davantage^ et que le calme du dedans et ta paix du deSiOrs lai&» sent plu8 de loisirs au culte des droits ^titiques (i). De là les récriminatibhs publtijues el tes rih débats qili impHinent souvent au gouvernement de Cliar* les-Jean, le carabtèré d'une réaclion contré les principes qui l'ont placé sUr le trôiîe. De ià$ aussi , ces agitations périodiques^ qui présentent comme équi- Toque la bonne foi de ce prince, et comprdnelteDt sa popularité aux yeux de l'Europe.

Telle était la situation politique et morale de la suède, lorsque le prince rèyal commença i prendre «ne part active dans la direction des affiiires du royaume.

A cette époque^ la situatioil matérielle du pays était encore plus déplorable. La Suède venait de subir icRites les conséquences d'une guerre désastreuse. La Bothnie occidentale, qui avait été le principal tbéâti^e des hostilités, était coniplôtement ravagée; la plu* ))art des habitants avaient fui les violences d'une soU datesque effrénée; ceux qui étalent restés succombaient sous le poids de la misère et des maladies;

(1) Au mois d'avril dernier, peu de jours après la mort de Charl<*&* Jeao, nn manifesté signé par phnfetfrs nembits des ÉtAs, et <|ui nppelle celui que Sleyès publia en i788, prodtiiÉft ta plus grande itnpresaioa en Suède. La conclusion de ce manifesté ert qu'il faut supprimer la re^ présentatioa par ordres, et adopter lii reprétentitlon p«r le droit eonmimi. La Suède demande une constitution démocratique oomlae la WorTégc.

CHAULE» XIV. 28^

plus de quinze cents pek^sonnod éiâient mowes de faim, dans h Beul district d'Utncoî lés tefres ^tîsu taiem sans cuhare^ les champs sans moissons* les vivres, les bestiaux avaidrtt été enlevés pbUr la subsistance dss armées; les pâturages lètaîent détt^uits et un graad nombre de maisotis incendiées (1)* defe cent mille combaiiants qui avaient ouvert la tatapagae, à peine trônie mille restaient debout; les împ6ts/ les prestations en nature, épuisaient toutes les ressouroes; les travaux des mines étaient pres-^ que abandonnés; les fers, manquant d'écodiement; oocombraient les entrepôts; la perte de la Finlande ^t de la Poiftéranie^ l'interruption des communicâiiofis avec la Baltique, venaient d'aflamer le pays*, la cherté des objets de première nécessité était ex^^ oessive, et la souifrancc de la population pau vt«e^ sans exemple; tes ct^édits ouverts sur la banque, j^ar les États-généraux, avaient été épuisés en un clin d'deil ; les subsides payés par l'Angleterre (1,200,000 liv. sierl. ) avaient disparu dans un abîme de besoins ; toutes les espèces d'emprunts avaient été épuisées; les créanciers de l'État n*éiaient point payés, et Une delta accablante pesait sur ses finances; lai se^de des troupes était arriérée; le budget de la guerre, |jour une seule campagne (26,000,000 rixdales de banque), avait excédé le chiffre de tout le numé-

(1) Ph.Lebas.

raire en circuiatioo dans le royaume, el, joint aux autres impôts, il égalait 23 pour cent de tout ce que le pays renfermait de valeurs quelconques en argent et en marchandises (i). En résumé , au dedans un peuple malheureux et exaspéré par tous les genres d'humiliation et de douleur; au dehors, du côté du Nord, le colosse russe qui, depuis la conquête de la Finlande, pesait de tout son poids sur la Suède; à l'Ouest, le Danemark, son ennemi naturel et qui n'avait jamais manqué de.profiter de ses malheurs : telle était iasituation de la Suéde. Resserrée entre la Baltique et la Norvège, elle ne paraissait avoir d!autre perspective qu'une agonie plus ou moins longue (2). Jamais elle ne s'était vue si près d'une ruine imminente. Elle avait la paix, il est vrai, mais cette paix lui coûtait le sacrifice de la Finlande et des lies d'Âland, c'est-à-dire l'abandon du tiers de sa population et la cession de ses plus importantes possessions extérieures, des boulevards qui commandent le golfe de Finlande et ce» lui de Bothnie.

L'État de la Norvège était -il moins désespéré, quand ce pays passa, en 1814 , sous la domination suédoise?

Malgré quelques tentatives infructueuses pour re*

(1) Rapport préseoté par Cbarles Xûl, à la diète de 1809.

(2) Ph. Lebas.

conquérir sa nationalité (i), la Norvège était restée depuis 1790 sous le joug incontesté du Danemark. La guerre entre les cabinets de Stockholm et de Copenhague avait fini sous les murs de Frédérikshald. Charles XII mort, la paix du Nord ne Tut plus troublée jusque vers la fin du XYIII^ siècle, et ce long calme profita à la Norvège. Le commerce s*accrut; l'exploitation des mines se perfectionna; les sciences et les arts prirent quelque essor sur ce coin de terre relégué aux extrémités de l'univers, au milieu d'une nature ingrate et d'un ciel rigoureux. Alors apparurent Louis Holberg, l'honneur de la littérature Scandinave; Gunnerus, le grand naturaliste; les poètes Tullin et Wessel, et plusieurs autres écrivains célèbres dont le génie n'aurait pas été désavoué par

(1) Par la paix de 1720, la Nonrége, qui avait faiHi être conquise par les Suédois, resta unie au Danemark; mais des mesures intempestives, priaes par Frédéric IV«, amenèrent des complots dont les suites pouvaient être la restauration du- troisième royaume Scandinave. Frédéric ayant voulu changer le cadastre, ainsi que les poids et les mesures, cette entreprise, mal dirigée, excita un mécontentement général, qui s'accrut CBCore quand ce roi fit vendre les terres des églises. Un habitant de Drontheim, Inul, crat pouvoir en profiter pour opérer une importante réTolution. Aid<Hiecamp du général suédois Cojett, il fit proposer au aar Pierre-le-Grand de faire une descente en Norvège. Le jeune duc de Holstein, que Frédéric venait de dépouiller d'une partie de son héritage, devait Atre proclamé roi de Norvège. L'Islande , le Groenland et les lie de Feroé, auraient indemnisé le oar ; mais ce complot fut découvert, et Inul paya son audace de sa tète. » (Ph. Lehas.)

T. II. i9

HISTOIRE DE BCRNApOTTE ,

uof nalioï| plus faypri^ée q^ie |»Nofy,éj[e. C^gflîjqni le Danemark avaj^ associe ce pays à }out^ \^ ^Ipi^^î' ludes de sa for(^nc , et, depui§ fa révolution àe \p6\ , il i|]i ^ypit ii^ppsé son propre principe, c'es|-à-^ire, le despotipip^ je p jug ah|jK)iu (juj, jamaig pe^jt-êlrs, eôi été procjamé : « Lqs rqi§ héréditaires de D^pep^^fk ! ^^ f!? îij9n^?^'. PP'*^?!^ ^ cjéclafatioii c|}f Ip ja{^i[ier » i661, seront réejlepient, et deyfQnl êfrp rp^rcj^s ; par tous leurs sujets, comqie les seuls cbejs su|>rè- » mes qu'ils aient sur la terr^.Ils ^rpnt ^u-de$^u$ de î Ipijtes jes Ipjs hupi^jnes, et ne i:econp^!(pfi|, flao$ » je§ affaife^ eççlé^iîisjiqueç et c|yijfi^, ^V^uj^p jqge » <|ue piei| seuj^i). » E^ çffej, fjuatfe £|f{? après cette résplutjpn sac^^ilége, Frédéric flj jégua à Christjaj} Y rs«tprj|é 1^ pjijs i|li(njj^6 qu'eût î^f^iais exercée un monarque européen. Ce ne fut, il est vr^i , que pour échapper à l'oppression d'une aris» tocratie insolente, que les Danois se donnèrent un maître omnipotent. ' Ce peuple voulut se sauver de Tai^arcliie féqdalq p^r le despotisipe d'uf; sei)l : sqlennelle consécration de cette éternelle vérité^ que le plus désastreux de tous les gouvernements est un fdpx gpqvernem^nt représeptatif. Llaulorit^ (les ro» de Danerac^rk ne fut pas toujours oppressive, il est vraij niais ce n'est jamajs impunément qu'un peuple $ul)U, pendant cent cipqupote 9n«9 l'iQPqeac^

(0 Déclaration de la noblesse, du clergâ et de la boargeoiaie.

dp pouvoir al^sôlu, et, quipll^ quespil l^ iqQ^éi^fion <)u (}^poti$o)c, je principe suffit pour dégrader upe nation et tarir en elle toutes les sources des id^é^s généreuses. Aussi, quoiqu'en 1814 il se troviv^j; en Djorvégp de$ hofnmes d'u» gr^nd courage civil et d*UQ§ sincère probité politique, le^ inasse§ av^iept* ^les p^rdM les habitudi^s de l'iadépendance e( les idées de la liberté. Le syst^pie d^pois les avait épervées, avilies, et il n'est guérie permis de douter que, Si elles se soulevèrent up instan) contre le traité qui le^ réunissait à la Suède, ce fut moins pour défendre une indépendance dêslpng-tefnps oubliée, que pour s'épargner les soucis d'uii cbangement de servitude. De là la i^olle résistance des Norvégiens et 1q facile triomphe des Suédois/ C'est que les grandes énergies nationales ne fi>nt explosion que pour la liberté vraie et Tindépendance réelle.

Au point dià vue de rimportancp politique et eonstitiiUonoeile» la Noji'véga était donc, en 1815, en arrièrp de tous les peuples civilisés de l'Europe. Sous le rapport commercial et industriel, elle se trouvai! dans un état d'infériorité encore plus mafqué. Ses couunuoications commerciales avec le dehors étaient nolljss ; .Qon crédit était riviné et la circulation rér duite à des flots de papier monétisé qui ne reposaient sur aucune garantie. La pénurie du numéraire était affreuse, le cours du change ruineux et l'agriculture insutnsante pour alimeiifcr les habitants qui no yi-

vaient qu'à l'aide d'une iinportaiioh effrayante de céréales étrangères. L'industrie était étouffée, et la population réduite a moins d'un million d'âmes éparpillées sur d'immenses espaces. Enfin, et pour comble de maux, le pays succombait sous une dette de près de trois millions de billets de rixdales banco, créés, en grande partie, pour subvenir aux besoins de la guerre, où plutôt du simulacre de guerre entrepris pour résister à la Suède.

Voilà ce qu'étaient, il y a trente ans, la Suède et la Norvège. Jetons un coup d'œil sur l'état actuel de chacun des deux royaumes unis.

Délivré des soucis de la guerre, Charles-Jean concentra, comme nous l'avons déjà dit, tous ses efforts sur la situation financière de la Suéde. Le premier soin de ce prince fut d'amener un arrangement entre l'État et ses créanciers, aHn d'arrêler les déplorables conséquences d'une émission désordonnée tle papier-monnaie. Avec le million de lÎTres sterling (vingt-cinq millions de francs) que l'Angleterre lui avait personnellement alloué, à titre d'indemnité pour les dotations qu'il avait perdues en France, Charles-Jean établit un fonds d'amortisse-' ment affecié à l'extinction de la dette étrangère (i), et la Suède lui dut de pouvoir, en moins de

(1) En écliaoge de cette somme, les États-géoéraax lai constituèrent nue rente annoelle de 400,000 fr. reTçrsible sor serf descendants.

treate ans, se débarrasser du fardeau qui l'écrasai t. Le discrédit profond dans lequel étaient tombées tontes les valeurs publiques, entraîna d'abord de funestes crises, telles que la déconfiture des banques particulières. Mais aujourd'hui , et grâce à l'action continue d'un habile système d'amortissement, la Suède est affranchie d'une portion considérable d'une dette qui avait pour origine les extravagances de Gustave IV.

L'agriculture, cette premièce source de la prospérité nationale, à peu près tarie en iSiO, forme maintenant la richesse la plus réelle du royaume; et les améliorations obtenues dans les diverses branches de l'industrie agricole , ne sont pas moins dues aux constantes sollicitudes du gouvernement qu'aux bienfaits d'une longue paix. C'est en effet sous le règne de Charles-Jean, que s'est achevée une des plus grandes révolutions foncières des temps modernes, c^est-à-dire le partage des communes dans les provinces septentrionales du royaume, dans l'Ile d'Âland et dans le Jutland , partage qui produisit un accroissement immense du sol labourable. C'est enfin aux travaux géodésiques, aux opérations cadastrales, aux défrichements, à l'assainissement des terres, aux dessèchements des marais, aux canaux de dérivation, à la propagation des bonnes races, à la création de fermes et de bergeries modèles, à la fondation des caisses d'escompte destinées à rap-

iHi HISTOIRE de: bkRNADOTTE,

procher les fcapîtaux dé ragrîcultdre, à l'amélîoraitîon des races chevalines, appauvries par les néceséîtés d'tine Wngue guerre; aux encouragements donnés à Fart vétérinaire, à rélàbli^sement d'une nieilteure police rurale, à des droits d'entrée et de Sortie toujotir^ calculés sur Têtaf dès hécoFtes, à là création d'une académie d'dgrîculttire, ^hcée sur lé pied de^ corps savants les plus tionôréâ; 6' est à toutes ces choses, ordonnée^ ef souvent défrayées par la couronne, que la Suède est redevable des Immenses progrés agricoles Qu'elle a faits depuis trente ans, et qui ont doublé la fortune nationale, créé en abondance les matières premières que IMnduiSirîe itiet en œuvre, et aflfrauchî le rojâuiiic du trîbdl onéreux qu'il payait à ^ét^'anger, poiit* se procurer les premiers besoins de la vie:

Dans ce môme laps de temps, une impulsion vigoureuse â été imprimée à l'exploitation des mines et, fen géhcral, à toutes les branches de TindustHe nationale. En iSlO, la valeur des produits industriels n'excédait pas, en Suède, dii millions de frailcs; etie s'élève aujourd'hui à plus de trente mitlions. Dans l'espace des vingt -deUx dernières sihiiécs, le mouvement commercial de ce pays â toujours augmenté. En 1821, la ^ommé dés exportations était de vingt-quatre millions; celle des imporiatiorisjde vingt-deux. En *84iO, ïa' pï*èinière s*esl élevté a (foârame rtfîlHôh's; h sét-dnde, 3 li-eùte-

ciÙRit's XIV. 295

SIX (4). Les recettes de la douane étaîeht; en 1821, dé trois àîlIioiis^.Les droits ont été dimihdés stir un assez grand nombre dé marchandises, et, riiâlgrè collé dîmîïiùtiôn, tes récoltes ^é ôbHl élevée)^ â sept mîfliôris de frâncè 6rî iéio. Lès reifèfiUs de là j)bsté se sôrii dccrueé clalls ÎS mênVé f)rbl[A>/'tiori î kii ùerii st)ix3n{è-dïx rhîllé francs en lÈÛi; dbtizé cefit ËàiiiWié iVdllé feh 1845. Une très-gràrifté pàvite dil service des postes est fdJlc j^ar dès batealii à vapeur. On en compte à présèitt cinquante àîx,' tdhdis q\i*W n'j eh àvùît qu'uh sùdl èiî 48^6;

Cepeiiâàni îï doîl êlre [)errbîà de rèfirôclier â Cliârfeà-JéaK, de é'êfré trop àtù'clié a féèlèin'èntef Tessbi* ihdiistrîél de s'd ij>âlrîe addplive. ^bur évitée iihe prbduciîon en désaccord avec M Cbtisonirnat^ôri înr'éVlicure et tes é^tpo'rlàtiôns aii aefibK, il a riiàihfeKU des privilèges rêjjipduvés pdr le& vêrîtatfes [irîficfpeé dd fcgimé ôonsiltiitionrieL Peût-ôtré dih-(-ori qùé ces tîmités imj[)ôSëes S une activité surat)bhddiilë, ètàieiit îiécôsiàaîi^eà clïez uiie nàtîôrt [Sàùvre *él '4^ wh désastre cDriiiffércîal èAt énervée jDoUr longtemps, tbiljôulrs esï-il que fe maîntîen des maîtrisés et des cofpbraïîoiis industrielles, Séra'it-if daifi*à rîhïêr^t i)assagéi' des cîloyen^, n'eiV constitue pas moins une anomaTié dahî§ le système j^oliïîqué qui t^églî fa iSuélle.

(Ô m'. Marinier.

296 ursToiRE de bernadotte,

Quoi qu'il en soit, à côté de ces institutions surannées, figurent de grandes et belles innovations, de vastes travaux et des constructions monumentales qui sembleraient inconciliables avec les ressources d'une nation pauvre, si Ton ne savait tout ce qu'une administration prudente et habile peut obtenir du temps et d'une sage économie. Au premier rang des grandes choses .réalisées en Suède depuis un quart de siècle, il faut placer le fameux canal de Gothie commencé par le grand Gustave, repris et achevé, cent cinquante ans plus tard, par Gharles-lean. Ge canal, qui a pour but de réunir la mer du Nord à la Baltique et d'ouvrir de nouveaux débouchés aux productions du pays, est, sous le rapport civil et militaire, un des plus magnifiques monuments du règne de Bernadotte. G'est , en effet, aux efforts et aux encouragements prodigués par ce prince, qu'est due la puissante impulsion qui a triomphé des obstacles que présentait l'achèvement de cette vaste entreprise.

L'érection de la forteresse centrale de Garlsborg, entre les lacs Wenern et Wettern , sous la protection de laquelle les armées suédoises pourraient se reformer en cas de défaite; les travaux qui défendent la forteresse de Kungsholmen construite à l'entrée de la rade de Gariscrona, port le plus important de la Suède; la reconstruction du portd'Helsingborg, en face d'Elseneur; l'établissement de celui de Malniœ, qui regarde Copenhague; la fondation d'un

hôtel des Invalides, espoir et récompense des braves vieillis au service de la patrie; le percement de nouvelles voies de communications enlre la Baltique, la mer Glaciale, la mer du Nord, et, surtout, entre la Norvège et la Suéde; plusieurs tleuves et rivières rendus navigables, malgié de grands obstacles; un bon système forestier substitué à des abus séculaires; de vastes plantations d'arbres propres aux constructions maritimes; plusieurs hôpitaux, hospices, maisons de détention et de travail, construits ou restaurés; de superbes casernes; des travaux d'embellissement, comme les vastes quais de granit qui entourent aujourd'hui Stockholm; des musées, des écoles, des bibliothèques publiques, des* établissements somptueux, comme la belle manufacture de porphyre d'Elfdai ; enfin, des constructions universitaires : tels sont les monuments que l'administration et, souvent, la munificence personnelle de Gharles-Jean, ont légués à la Suède.

Ce prince fit toujours, de l'organisation de l'armée et de la marine, l'objet de ses plus vives sollicitudes. Sous son règne, le personnel et le matériel des forces de terre et de mer reçurent une augmentation considérable. L'armée de terre se compose aujour- * d'hui de. quarante et un mille neuf cents hommes de troupes régulières, dont trois mille ({uatre cents hommes d'artillerie et de génie et cinq mille cent de

i^^ HISTOIRE DE BERNADOTTE,

cavalerie, flî l'on ajoute à ce ctïtlfro ôehl treiilè mille hommes de la fandwelir que la lôrmct au premier signal à la disposition dii gouvernement, ainsi (jue quatorze mille hommes de lrou[)é4 réglées et environ vingt mille de landwehr que pëiit fournir là Norvège, on aura, pour les deux royaumes unis, urt fitat militaire de deux cent six mille hommes. Chiffre exorbitant, quand on le comparé S une populatiofi tétate de m'oitis de quatre millions el demi cl'îndîvîdUs, et à un revenu public quî lie s'élève pas a 50 millions de francs (î).

Maié il nie falit pas oublier qu'organiséb (fans uà but d& préservation et de défeiisé {ilutôt tjue d'agression, TîTirméè suédoise se compose de trois ^)ariies tîîàtinctes , dont la première {V armée indelta) ait formée dé régiments dont les soldats sont entretenus par leè proiyrîélaîrcis dé certiaiffes ter^os, et les officiers par divers domaines qui leu^ sbn( attribués; dont là seconde {wcer/l'odè) y permanente ci récl'uiée par des enrôlements vDlonlaires, est seule soldée par f État, et dont la troisième {bévfBriïï^)'j e^pfecé de milice él de landwehr, peut être à cliaque instant appelée à la défense du pays, mais ne reçoit dèsoîde qu'en caifïpagne, oîi lorsiju'elle est àppefée à prendre les abrheis pour s'exoi'cer aux manœuvres militaires,

. (1) Le reveoB de la Siiède est en nio>eiitte de 4o «illioiit «le fritte* i et celai de la Norvège de 6 millions.

cfiÂRLiÊs .<iv, îi99

6ë qui h'â Hè'ii que peh(!;iht ffuûlorzc jours dé Tatii^e. Cette rtiilke est cèpètidant armée et habillée ittu ft^is dû trésor.

11 jr a, pdur toutes les tiroupeé suédoises; troî^ grands eeritreà de réunion désignés d'avance : Stockholm , Christianstad et Venersborg ; dé sorte qu'au premîet' signal, uri grand ttîouveraentdeconcentrd-' tlôn pêirt être opéré avec uri ordre et une rapidité £(c)tiHra(bles. La totalité de Târmëe peut être rhobî- K^ée et i^sseniblée dutour de la capitale, en trehtecînq jôiirs de hiafrche * devdht thrislianslad, en trènlelieur joiîfë; H à Vetiersborg, en quarante et uri jours. Là fnôltré de cti tôirips sUfïit pôiit réunir Id ftiôitïé deParméô(i).

CteHfe-Jedrt d ail; dé la S'cândihdviô, la quatfrcttté ptîissàttcë iTiaritîhne dé l'Europe. Sôh armée mivdtê èc cô^osé d'Urté flbhe (Te dît vâisséhui de ligne, hbk frégates, dix corvettes oïl brîcts, et d'un'e noAibfreuisé rfotlîfTé de tlîaloapes canonnières, fornrirnt bh ttftal ch qmhzh cenïs bbucheé à feûf. lï faut ajoutera ce dénombrement, la marine norvégienne qm àfe possède pds de ^aîèéèani dé haut-bord, tnàis dont les bricl», lés schoortérs et leis 'éhàîoupes canonrtiérei p^ésétilent envîroti cent ciùquarite ou cerit sôNàrtte bâtiments montés par |)rës de six miïfe marins. Cette flotte, constamment maintenue sur un

(1) statistique du colonel Ch. Forsell.

300 HISTOIRE DE BGRNADOTTE ,

pied respectable, entretenue avec le plus grand soin et s'accroissant chaque année, constitue un des principaux éléments de la puissance des deux royaumes unis. L'activité et les sacrifices de Charles-Jean ont porté la construction navale au plus haut degré de perfection. La Suède est peut-être le seul pays où plusieurs vaisseaux de ligne sont mis à couvert, et conservés dans des cales sèches creusées dans le granit, Rien, en Europe, n'est comparable aux docks de Gariscrona, ni aux merveilleux travaux qu'ils ont nécessités. Mais ce quiiionorera surtout le règne de Gharles-Jean , c'est le grand canal de Gothie dont nous avons déjà parlé, et qui permet aux deux stations maritimes de Stockholm et de Gothem bourg de communiquer entre elles, et de se réunir à travers le continent suédois, sans que les flottes ennemies puissent s'y opposer. Et, cependant, le budget de la marine suédc^ise ne s'élève qu'à 2,300,000 francs, tandis que, calculé sur les dépenses de la marine française, il devrait, proportionnellement, s' élevar à i3 millions (i).

L'armée suédoise est redevable à Gharles-Jean de l'atténuaiion d'un vice séculaire, lequel sans doute ne tardera pas à disparaître entièrement de l'organisation militaire de ce royaume. Là, en effet, existe

(0 l'U. Lehas.

eacme aujourd'hui, la vénalité des commissions; c'est-à-dire que lorsqu'un ofiBcier est promu à un grade supérieur, il doit payer à &on prédécesseur une somme déterminée par les règlements. Charles-Jean consacra un million de francs aux officiers dont la pauvreté paralysait l'avancement, et ordonna qu'à l'avenir la caisse des pensions prêterait les sommes nécessaires, sans autre condition que le versement d'un intérêt dont partie sert à l'amortissement gra* duel du capital.

Les codes, les sciences, les lettres et les arts ne sont point restés étrangers au mouvement générai qui s'est opéré, en Suède, durant les trente dernières années. De nouveaux tribunaux d'appel ont été institués, pour rapprocher la justice des justiciables. Les lois civiles et pénales ont été soumises à la révision d'un comité spécial, chargé de les mettre Jdn harmonie avec les besoins du siècle et les progrès de la civilisation (1). Et si Charles-Jean se montra souvent peu favorable à la liberté de la presse, il faut du moins reconnaître qu'en toute autre matière, il s'efforça d'adoucir les rigueurs de la législation criminelle dont il demanda constamment la réforme aux États généraux, et qu'il effectua, par ordonnances, toutes les améliorations qui rentraient dans la compétence du pouvoir exécutif.

(I) La ducuttioD et l'adoption de ce vaste travail sont réservées à la diète de 1845.

3Q3 HISTOtRf: pÇ ^ppN^pOTTE,

Charles-Jean ne sq borm pQmi à mxotlre pt îifl'ermir le' bîj3n-ê(re fDS^tériel ijg |a Spi^de, sou existence |>oliMque «et sa puissance iniUlaire. C§ prince aai))iMopDa |a |[)oire 4p prologer les scieori,^s, les lellres ^t l§s 3rt§. || fppfla de pQipl)reu|^ établissements desilpés k rinstrucliop pq))Mqpe9 préa à0 nouv(3l|es chaires d!içuçeigi)eiiient, multiplia les écoles prjpiaires, fit de popibreu:!^ sacrifices personnels pdur tontes les branches de la science, e) yil briller, sous son règne, une foule d'bpmpçs de génie. Dans les sciences, B^pzelîus, dont le non) est enropéen ; Si/vambcrg, savanf. ipaihémaMpi^o; Gayi^r, célèbre historien. P^ns |^s lettres Tévéq^e Tcgnep, Valerigs, Wuloiark, Beskow, Hierta, Qrinckn)ap, Yalin et Frazcf) , poètes et prosateurs d'qn talieol remarquable. Dans la sculpture , Fogett>erg« Bustrœi9 et Gœthe. Gpinme peinlr«is, Yestrin, Falilcrantz , Kraft , Lauréus > Sandberg , Pierre U»rberg, etc. Comme musiciens ; UïerYall et Crusel, dont les compositions font les dé|ices du I^ord. Tous ces hommes (l'élite reçurent des encouragemen).s de Bernadotte, et durent a la constante protection de ce prince une partie de leur célébrité.

En résumé, on doit reconnaître qu'à Texçepiion du grand Gustave, qui affiranchit la Suéde de la tyrannie sanguinaire du Danemark, nul prince ne fit plus pour ce pays que Charles XIV. Il le releva

pfocurQ rindépi^ndaDCi^ au dehors et ^ne grande |j|rQ$][>ér jté PU dp^^^^s- Et cpt^e régénéra tipn> Qpérée sur u|) sol stérile^ faiblement peuple pt engourdi par qn ciel rigourf^u^^ Berqadotte i'apcpiTipiU qrialgré les cjésayaiHagfis de sQp individualisé étrangère, n^algf^ les obs(ac)es qi^e {uj créaient» ^ c|iar fjue paç, |e§ soupçons d'up peuple jaloux de ses droits, les entraves d'une consiilution ombrageux et les intriguas (|e ses ennemis in(érieur9 e{ QXté-ri^|ïrs.

Cbafles-Jean pe lit pas ipojn^ pour l9 IVoryége f|ue pour |.£( Suéde. Qn ^ yji que , p^nd^nt prè$i de trois siècleji, ce pays avî>i^ é^é sops la dépendapfOQ absolue du Gjqncrpark dppt, en réalii^, il n'était c|u'une annexe, une espèce de coloniç torturée pqr les caprices et les exacijou? <]eî )a métropplç. Depuis qu'elle est passée sous |a domination d^ roi^ c|c Suèd^, la Norvège forpie mp royaupoe pop^ip^T lenient indépendant, qui a se^ lois, son armée, sa marine, ses finances et sop administration. Sa dette esf éteinte; ses revenus, ainsi qqe sa population, sont 49u|>lés ; son agricpltur^ e^t prospère; son inclusif ie se développe; spn commerce s'ét<3pd, el, nialgré les pré|entiops e^ jeç attaquer contre Ijs* quelles Charles-Jean a eu tant à lutter, il laisse ce peuple en possession d'une si grande liberté, que, s'il existe un pays au monde où la forme dp gouvei*-

nement soit la monarchie républicaine^ c'est assurément la Norvège. Là nulle aristocratie, une égalité absolue entre les citoyens, et des lois votées par une seule assemblée ouverte à la plus mince propriété. C'est le storthing, véritable souverain, qui a l'initiative, la sanction, le veto, tout le pouvoir législatif. Que reste-t-ilau roi? Le veto suspensif, c'est-à-dire une fiction. Sans doute, on peut trouver que l'équilibre manque à une telle constitution. Mais à cela les Norvégiens répondent, d'abord qu'ils sont fort heureux, et, ensuite, que le chef de l'État étant le roi de Suède, ils ont dû se réserver plus de garanties contre un souverain étranger. Ce qu'il y a de certain, c'est que nul pays , en Europe, ne possède un gouvernement plus semblable à celui des États-Unis (1).

La Norvège ne doit point, il est vrai, cette constitution à Charles-Je^n. Livré iin instant à luimême , après son insurrection contre le traité de Kiel, ce peuple eut le bon esprit de se constituer en État libre et indépendant, et de faire, de l'acceptation de sa charte, la condiiion préalable de sa réunion à la Suède. Mais, après avoir accepté un pacte quiétreignait la prérogative royale dans les plus étroites limites, Charles-Jean eut du moins le mérite de la respec-

(I) Ampère, Esquisses sur le Nord.

ter religieuseoieai ; et, s'il dejfoanda quehiuefois des modifications , il n'employa jamais la violence pour les obtenir. H sollicita des réformes qui lui furent refusées, mais il ne chercha point à les imposer par la force ^ et l'histoire lui tiendra compte de son res* pect pour les droils de la nation.

En dernière analyse, Charles XIY a-placéet maintenu j pendant trente ans , la Suède et la Norvège dans une voie de progrès moraux et matériels dont les annales de ces peuples n'avaient jamais offert l'exemple. Au dehors , une grande indépendance relative^ au dedans, une existence calme, un gouvernement modéré , des lois respectées , la liberté, l'ordre et une prospérité inconnue jusqu'alors : voilà ce que la presqu'île Scandinave doit à l'admi* nistration de Bernadotte. Et quelques reproches que l'histoire ait d ailleurs à faire à ce furince, elle dira que, sous son règne, deux peuples, long-temps opprimés par le despotisme nobiliaire, l'oligarchie féodale ou la royauté absolue, vinrent se reposer dans un système représentatif imparfait sans doute, mais assis sur des principes démocratiques et out vert à toutes les améliorations de l'avenir.

Cette transformation ascendante a changé les ancî^is rapports de la Suède avec l'Europe. Réunie à la Norvège par des liens que d'antiques préyentiens afl&iblissent encore, mais que le temps et une sage politique resserreront peut-être; forte de sa

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