CHAPITRE XUL
Maladie çl^ Cliwlet-^fMii. ^ Fijâie» difiBnes d« ««Ito 4i0|id^« -^ D«r* Dières sollicitudes pout* la Suède. — ScèDes de fomille. — Le moU de janvier et la prédestination.— Courage et résiguation. •* Agooie et niork
Nou« vivons |>afcoutu les divêrsas |iliMei de la >ifi 4e 8$i*qp(dMt(9^ Il nous reaki à racQolèr la lia de çei howBf^ çél^ViQ^ à rwuiner l«i foiti i^rineipav^ de 30Q dîsloîrQ) le» traits didiioetife d« éoB oumc^ lèrei e( ^ flire ce fu'il reçvi de ia naUiro el ce <|U'fi tjut dm cfrG9iistaaQ!9i au Htilicti deëqueUes s'éfasva on pradig|çiU}a fortaae.
OoMu d'uM forte qonatiittAîoo ^ qu'aueun exoéa If- avait altérai Cbarleanioan oanserva )ua(|o'Â un à§^ Uv&-'àrAmié une saïuapaf&îter deiieiidalit, il épr^u ^^1 diqHii&qttiaMaiiai (kê emb^r^n glaîroax du m Tf PfHuraU d^ M dîgaitiaiv. U était sujet i de fré qpeiMLs yoipi^Sûfoento et resaeDbllt ^ aux pieds et aux j^iibçs^ mm (^la i9i|)f09pÂaifi de froi^ qi^ô^ même en été, il fallait souvent placer des boakm d'eair cbaude d^na son lit. thi^^ p»aêéè au qudi^ue sorte dans soa état pprinai ^ c6s accidents a'avaient 'm^ s|)iré ajacupa Âuquiélude sér ieuaa sur la sMilé du rm^ ni ^ieu Miaog(& aMK )iabjiii«ied de sa yîo> Sa laiUq
312 HISTOIRE DE BBRNADOTTE ,
souple et élevée, son port noble et majestueux, son regard vif, profond mais tempéré par une grande expression de bienveillance, sa parole abondante et fortement accentuée, sa tenue simple mais toujours soignée, lui donnaient, à quatre-vingts ans, les apparences d'un homme de soixante parfaitement conservé.
Cependant, dans les deux -dernières années de la vie de Charles- Jean, les forces de ce prince s'étaient sensiblement affaiblies. 11 s'occupait encore des al&ires publiques avec la mdme assiduité que lorsqu'il était dans la force de l'âge ; il conservait la même uniformité de caractère et ses rapports avec sa famille et ses ministres étaient aussi fréquents, aussi animés. Il était facile, néanmoins, de remarquer i|ge Tespiit de Bernadotte était livré à de mélancoliques préoccupaiions. Il revenait plus fréquemment sur l'état de la Suède ; sur ce qu'était ce pays, à ré|K>que de son arrivée ; sur les progrés qu'il lui avait faitfeire; sur les améliorations qu'illui procurerait encore, si la Providence lui en laissait le temps, et sur les dilDcuités que son successeur aurait à surmonter pour accomplir la régénération de la Scandinavie. •
4lors, le roi s'arrêtait tout à coup et paraissait abîmé dans une rêverie. profonde. PUîs, sortant de son abattement , il parlait avec bonheur de son lils qui, disait-il, valait mieux que lui; des ^lidt^quu-
CB^RLES IIV. 313
lités de ce prince, de l'esprit cultivé, de la douceur el des grâces, de sa oompagne, des cinq enfants que le ciel leur avait donnés, du bon sens de la Suède qui savait bien tout ce qu'elfe devait à sa dynastie, de TEurope qui n'avait plus aucun inté^êi à troubler^ Tordre établi, depuis trente ans, dans les États du Nord, et de la résistance que l'énergique patriotisme de la nation présenterait à toute tentative de bouleversement. Dans ces moments, rceil ardent de Bernadotte reflétait \e sentiment d'orgu^l qui rem-* plissait son âme^ à de si grands souvenirs; mats it était évident qu'il pressentait sa fin procbaine. Et ce pressentiment ne devait pas tarder à se réaliser.
Les mois de janvier et de février furent toujours, pour Cbarles-Jean, une époque de malaise et de^ tristesse profonde^ Au commencement de chaque année^ sa santé se dérangeait plus ou moins; il éprouvait de vagues inquiétudes, semblait obsédé par rappréhensîon d'un cbnger sans motif, et, lors* qu^un accident lui arrivait à cette période fatidi-^ que, il le considérait en quelque sorte comme une nécessité de sa prédesii nation. C'est ainsi qu'un jour y apprenant que les flammes dévorent le château de Rosendal, sa résidence préférée, il se montre presque salisfeit de ce sinistre, comme on Test quand T inconnu se dégage et qu'on peut se dire: « Ça n'est que cela* »
Bernadotte attribuait volontiers ces altéralions
3ti UlSTOlHfi OE BfiaiilÂ0OTTKy
périodi^tiei ife m sanlé el de 6ob eeprk » aun eiiu <»qitaiioei.d9 m naUsancei Veau au ttoada «inann iBnne, faibln et aouffreieux, see prentiéres doutoure dataient du tnoîe de janvier a II étaîl, dîeait-il, Aè h^ O0iii|»let) et «ces angoitees iotltnettfea étaient i'effiil d- Une organisalion inacheYée» le cri d'une naturetn
Maie, dès les premiers jours de onra, Bernadott* relfOutait sa féréailéacaontiiaiéei aa santé m raf«fiormissait; U rajeunîsaatl sa rie pfr «a ohangemens aitudaîn d'habitudes, ei^ dans sesefluaione înliiaMi il racnniàtl avee naîTeté las maudiies wiueûoea de jàtivîeF et de fiÀvrier^
/. hù 36 janviei» MiA » Cliarles^Jean ^ après s'être livré à ses oecupatioqa aecetituniéea) aë eeucha à onae heuiiss^ saas que rien^ -^ai on ii'eat une Iqfère llissiUide-^aanonçét révénemeni (fuise préparais Itdormit profondémebt juaciu a sii hernies dit aiatîn. Mais^ à ce niomeiït) an faillie iinleaMSii aeftiit etitea^ diis dans la pi^ce que son valet de tbamiire oœup^ prài de rap|)arleaienl royal. Ce aei^vitenr dottc «i mUml du Urwi qui vient de frapper soA ofaitts ai Y4M nsod^Hrittii'^ Joraqne, apercevant l'oariUatmi d'un« soflii6tta, il se préetpile dani la ohambro éê sfiu maiira qu'il trouve évanoui sur aen lit*
L9 tète de Charles-Jean étaii renversée et aaa traita, fortement colorés , présenuiont leus fea eafactères d'uqe alUiquu d'apopkaie. L'akiroia ae répalidîlats-
§àûk àèûê le pâiàiê^ ol quatre médeeiDS) aoawnif en toute hâte, s orapresséveat de nîgtiar TangiMte p»^ Ueet. Cette «Mgiiée fut, dîl<^o, fatale à Ctiarle»*Jealiy qui , sujet i dea expeeteratlons aangutnei ^ ii*avaii nul besoin de oe reniéde héroïque. CependaBi la «mg arriva eo abondance ^ et de foi la vomiaaeaaeDta fiminoérent l'étoufleiiieut qoi Oppressait le peit L*évfinoiiîaaei»eot duhi jaaqn^i onaè heures» Aiora la molada parut soriir d'une longue léthargie, aielu quelqaei gouttes d'eau et retomba dans sci preniiére prastrationi Mata, 4 deay heureai il se ranima de nouveau, et put adresser quelques paroles aux pei^ sonnes tpie pe triste aecident avait groupées autour (k sa conché»
Le 06 jadvier éuH ranqîtersaire ée4a naissance de Ckarteè-Jean» Sebn l'uaage^ tout était préparé puur la eélébration de cette 6oteiinhé< Maie, A la «Mvelle de la maladie du roi , une grande coim alerqalvan se (^andît dans la eapkule; les prépa^ ' raiiftde fêlé AireM eoninctnandés) les Ihéftlrea fetvi •sés^ et lea grands eorpi de TÉiat se réuQireni aU palaia, bon piM pMr félieiler le monarque, mais pour aMewIr*, dans le aileivce et la 4cie4eur, tMeaue de la catastrophe qui préecetipait lom tes esprita.
Cette eoinoidenoe entre la ftté et la maladie de Ciiaate»4eaii y rappelait les dert)fers itiomenta du grand Gvstaw. Ge Ait aussi en ja^vrer (4560) que le. r^atauraleur éa riiidé|)endanoe Buédoîee sentit
316 HISTOIRE DE BERNABOTTE,
les premières attetnles de la maladie qui devait le conduire au tombeau. La cour et les grands de i*État étant venus , à l'occasion du premier de l'an , complimenier le héros : « Messieurs , leur dit Gus- » tave, je vous remercie des vœux que vous m'a- » dressez; mais, tout me Fannoace, cette année »sera pour moi la dernière. » Depuis ce jour, il devint triste, silencieux, et, après avoir langui quelque temps, il succomba à une atrection d'estomac dont les principaux caractères se sont reproduits dans la maladie qui a frappé Charles-Jean. Bfois revenons à ce prince.
La nuit du 26 et la journée du 27 se passèrent en alternatives d'abatteraeni et de paisible délire. Le 28, l'état du malade devint plus grave, et Ton ne con- . serva plus qu' un faible espoir de le sauver. Cependant la fièvre et le délire ayant cessé, le roi sommeilla quelques heures et l'espoir renaquit. Ce mieux con- * tinua jusqu'au 2 février, époque à laquelle un appé* tit plus vif et un sommeil plus calme semblaient annoncer que la maladie était vaincue. Mais alors une douleur aiguë se déclara au pied droit, et devint bientôt si intense que, quoique Tétat général continuât à s'améliorer , les médecins éprouvèrent des inquiétudes sérieuses sur la nature et la gravité de cet accident. Dès ce jour, la convalescence demeura btationnaire, l'appétii s'affaiblit , le sommeil fut fréquemment troublé et les forces diotinuèreat rapide-
menl. Cependani, vers le milieu de février Charles- Jean dormit six ou sepl heures sans se réveiller; mais il était tombé dans un grand affaissement, qui n'était pas moins le résultat naturel de la maladie que l'effet de l'opium qu'on lui administrait à fortes doses, pour calmer la douleur locale. Le 46, il put travailler une demi-heure avec le chancelier des alfiiires étrangères, auquel il dicta une circulaire relative aux témoignages d'intérêt que le corps diplomatique lui avait donnés depuis le commencement de sa maladie. Il se ût aussi rendre compte, par M. de Lewenhaupt, des dépèches des ambassadeurs et du contenu des feuilles étrangères. H écoutait avec avi* dite tout ce qui avait trait à l'impression produite au dehors par la nouvelle de sa maladie. Ce jour-là, apprenant la mort du maréchal d'Erlon, Bernadette iit un magnifique éloge de cet officier trop honnête homme, dit-il, pour ne pas avoir dû mourir pauvre. A cette période de la mala<lié, la figure du roi était fort amaigrie, mais le regard conservait sa vivacité habituelle; il parlait plus bas et plus lentement, mais sa pensée et son expression n'étaient pas moins animées. Toutefois, une lassitude extrême succédait à ces réactions d'une nature puissante. Le 2i février, il éprouva un paroxysme durant lequel les médecins désespérèrent de le sauver; mais, le 23, il reprit des forces, retrouva un peu d'appétit et dormit huit lieures consécutives.
*t18 HIST01RI t>6 MimilDOTTG,
r«r« Deux plaies yélateni formées , TuM sor Torteil et l'aiHre à la nalieanoe du mollet : tout <ispoir de telat s'était évanouie
Alors, Charles '•Jean 9 eonsidéiiipt sa guérisou eoHinie fortilotitease^ dit lui-inèine (fti'îl Aillait 80ii«^ ger à prolonger la régence déjà conférée au prince rojal. Maia^ dé» que les erises élaîent passée» , il ne manquait jamais de 9« faire rendre oampte^ par son fils, des travaux du conseil; et, ptr MM. Ihre et de Lewenbaupt, des dépôcbesl do ses ministres et surtout des journaux étrangers^ l^'en dissuader était impossible. Ce prince^ qui n'avait pas l'habitude d'o€9cuper spéculativement sa pensée^ éprouvait un tourment insupportable quand son activité natu« relie manquait d'aliments extérieurs.
Dès les derniers jours de février, la maladie^le Gharles^Jean prit les caraoléres les plus alarmants. Après avoir envahi les doigts du pied , la gangrène attaquait le haut de la cheville. C'est à ee moment qu'une nouvelle ordonnance prolongea ta régence jusqu'au 1** mai. Le 26 et le 21^ le roi^ qui ne se foisail a«* eune illusion sur la giavité de son état^ n'en appela pas moins auprès de soii lit le ministre des afbires étrai^res, pour se foire rendre compte des dépè*obea et eneore des journaux^ il était alors très-aftifblt, msÂs il eonservait la mèoio force d'àroe^ la même lucidilé, le même intérêt pour ks albires :
CnA^M HIV. Éi%
on eM éîi quMl noifiiU mourir dMs \m mitii de \k poytvléf el mettre à proOl toos les inslaDts qui le séparaient de son heure dernière. On cite une ftmie de traite ^i prouTent la fortitude et la résignation de m prince. Instniil delà r^etir de fa température, il ordonna (}u*if ne grande qmntité de bols fICkt acbetéé à ses frais el distribuée aux indigente. Ce même Jour^ il dicta à un emplojfé dee relations extérieures, M. Manderstrom, diverses dépéc^ies pourleS ministres suéckûs aecrédités au dehors. Le 29, ayant mandé le eomte Ch. deLowenhjelm, -^qui joua un si grand rôle dans les affaires de 4849 et 1814 ^ i\ pressa cordialement la main de ee irieil ami, rappelant avec etimplaisànce les grands événemenls auxquels il avait pria part. Puis, Cborlee-^Jean s'entretint, scut, avec l'évéque Hédien; ils éohf^ngèreni sous Tœ!! de Dieu qnelquea paroles suprètnes, et ie ministre des autels se retira profomiément édifié da courage et des aenllineiits religieux du roi mourant. Alors Bernadolte voulut vo^ir aussi ses officiers tes plus dévoués^ PeyrOB, G^llenbavit, Piper et Charles Degeerl Vinrent ensuite m. de Rosenblad et le ministre de la justice, qui ftirent consultés stnr la teneur dn tes«> lament rojal. Enfin ^ les membres du conseil ajant été appelée pour assister à la signature de Fordon^' nance qm pralongeait la régence^ le roi mourarrt leur adressa des paroles d'adieu.
Qoalid ces tristes délails forent connus , Tafllic-
tion du peuple se montra sincère, profonde, et, pour nous servir des expressions dUin témoin oculaire , la capitale présenta l'aspect morn^ et silencieux d'un couvent. Mais, de tous les dévouements individuels que Charles-Jean avait eu le rare privilège d'inspirer, le plus touchant fut celui de son grand-maréchal du palais, le jeune comte de Brahé, (ils d'un officier-général qui avait partagé toutes les fortunes de son maître. Ce favori fut incomparable pendant la maladie du roi au chevet duquel il passa quarante jours et quarante nuits, sans se déshabiller. Charles-Jean l'aimait d'un amour de père et, dès qu'il ne le \o;yait pas ou ne l'entendait plus, il demandait avec anxiété : Où donc est Brahé? Cette dévotion à une grandeur qui s'éteint, survécut à Charles-Jean, et, lorsque les dépouilles du roi furent déposées dans la tombe, le désespoir de Brahé devint tel, que, quelques semaines après la mort de son maître , il succomba lui-même ù son désespoir* Ce chambellan possédait du moins une vertu, la reconnaissance. Il est vrai qu'il était bien jeune.
Le 5 mars, Charles-Jean tomba dans une telle prostration que toute la famille royale accourut pour recevoir son dernier soupir. Il résista encore i cette crise; mais, le 7, la maladie dégénéra en une alternative presque régulière d'assoupissement et de délire.
Le 8, à deux heures du matin , les ministres fu-
rent convoqués au château ; à dix heures et demie, les prières publiques commencèrent dans les églises où le peuple accourut en foule j donnant les témoignages d'une affliction touchante. Les médecins estimaient alors que l'agonie ne commencerait que dans la huit, et que la nature résisterait encore long-temps. En effet, entre dix et onze heures, le roi eut un moment lucide; il n'avait plus la force de parler, mais il put indiquer qu'il voulait que son lit fût refait, et'témoigner quelque impatience de la lenteur avec laquelle on exécutait sa dernière volonté. A midi, tout annonça une dissolution prochaine. Les ministres, auxquels le prince royal avait permis de se retirer, furent rappelés au château, et, à quatre heures, le roi, sortant de son assoupissement, se souleva de lui-même, étendit les bras, coînmc pour bénir sa famille prosternée à ses pieds, prononça le nom d'Oscar, jeta un regard d'adieu sur la reine,, retomba sur son chevet et rendit son âme à Dieu.
Ainsi s éteignit, après un règne de plus d'un quart de siècle^ et à Tâge de quatre-vingt-deux ans et quarante et un jours, Bernadotte Charles XI V-^ Jean, roi de Suède et de Norvège, des Goths et des Vandales.
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T. lU 21
32tî niSTOlRK DR nEANAnOTTE,
Étade sar li Tienla i3liiiri6i>idia:el. récàpililâltoB ie& prlÉcipâiBx MU de sa carrière. — Li^ «oerre ^e BefoMotte cootre la France éUii-«lle dans rintérét de la Sa^e. — . Chades-J«aQ considéré comme général français. •— Idem comme roi de Suède.-* Parallèle entre BernadoUe el Napoléon. — Lear place dans riilatoire.
Après avoir retracé les Faits de Phistoire, séparons Beraadotte des accidèdts duceessii^ de sa fortune, et réduisons Thommeà sa valeur individuelle.
L'étude de la vie du feu roi de Suède révèle un caractère qui dislingue éminemment ce personnage de toutes les renommées sorties, comme la sienne, du creuset de la révolution française. Né de cette révolution, Bernadotle la trarersa s^ns s'imprégner ni de ses passions, ni de son audace, ni de ses vertus, ni de ses vices. Sans vocation démocratique, il fit servir les principes de la république aux intérêts de sa fortune^ sans préjugés nobiliaires, 21 .offrit les libertés de son pays en holocanste à un liommc, dès que la toute- puissance de cet homme fui affermie, et il brûla Tcncens sur le réchaud impérial ; sans fanatisme révolu lionnaire , il se nièla à tous les complots contre le premier consul el consentit, lui républicain, à escorter le corps
CHAULE» XIV. 328
municipal de Paria, proclattiahi Tertipire dans les carrefours. « Que voulez-vous, disait-il un jour à » La Fayette, nous sommes tous plus ou moins cour*- » bés devant l'idole (1). » Sans idolâtrie pour la royauté, Bernadotte brigua ardemment uile couronne et se complut aux pompes de la monarchie; sans haine pour sa pairie, il ameuta les étrangers contre elle, fouilla de sîi main dans les profondeurs de ses plaies, les mit à découvert, indiqua aux enneniis là 06 il fhllait là frapper et la frappa luimême. Aux coups qu'il portait k là France, on eût dit une âme pleine de fd^eurs, et l'âme de Berna^ dotte n'était pleine que d'égolsine. Pour ne pas réflé* chir, il se battait; et, pour soutenir soil triste courage, il faisait mentir sa conscience, en tâchant de se persuader qu'il ne pouvait faire autre chose que ce qu'il faisait ; enfin, il se créait des nécessités de circonstance, comme s'il ^ avait dès circonstances au-dessus de la patrie et d'autres nécessitée que celles de l'honneur.
Charles-Jean se blottit dans son ambition, et, peut-être, se croit-il prédestiné à l'affranchissement de l'Europe; il est l'esclave de ses idées, tantôt vraies, tantôt fausses, rarement sincères, jamais complètes, et il s'attribue une mis3ion humanitaire; il spécule
(f) Mémoires 4» général La Fayette, piibKéfl par sa famiUe.
sur le despotisme, comme il spécula sur la liberté, et il se dit envoyé de Dieu pour rendre la liberté au monde.
Cependant , de tous les actes coupables que commit Bernadette, il n'en est peut-être pas un seul qui , à la rigueur , soit l'effet de son libre arbitre. Si , des clameurs ,de la démagogie , ii passe à une soumission muette sous le consulat et sous Tempire; s'il veut concilier l'honneur de l'indépendance avec les honneurs de la servitude ; s'il ne sait ni résister ni obéir au despotisme impérial; si, assez audacieux pour mérita le mécontentement de son maître, il ne peut ni supporter la di^ràce ni se rendre justice; s'il frappe à toutes les portes, pour être pardonné par l'homme contre lequel il conspire; s'il use dix ans de sa vie dans une politique boudeuse et énervée; si , maréchal de l'empire, il sacrifie sur deux champs de bataille le grand intérêt de sa gloire à la mesquine satisfaction de ses rancunes; si, prince royal de Suède, il déchire la France qu'il aime encore; si, avec un sentiment excessif de sa dignité personnelle , il ne sait par quelles humilités témoigner à Alexandre les lerre-à-terrede son dévouement; si, à Gros-Beeren, à Denewitz, à Leipsig, il combat à outrance ses compatriotes et pleure sur le sang qu'il a versé (1) ; si, à l'aspect du
(1) Un jour, dnns un de ses campemcnU, Charles Jean voyant passer.
sol natal , il s'arrête, hésite, revendique Tindépendancedeson pays, et court à Paris demander son dividende des dépouilles des vaincus , — c'est qu'il ne s'appartient jamais, c'est qu'il appartient à l'action extérieure, qui le domine et que sa règle mo* raie est toujours subordonnée au sentiment perverti de son intérêt , sans que ni l'ardeur des convictions ni la violence des haines puissent expliquer les fautes de sa vie. Il se jette étourdiment à travers fous les partis, toutes les situations, pour chercher sa place, et, quand il croit l'avoir trouvée, il ne fonctionne plus que pour lui : son cœur l'incline quelquefois vers le bien, mais son orgueil le pousse irrésistiblement au mal.
Pour justifier Bernadette d'avoir pris les armes contre la France, on a allégué sa qualité de prince royal de Suède. Ce prince, a-t-on dit, ne pouvait rester Adèle à ses devoirs de Français, sans manquer à ses devoirs de Suédois.
 considérer les choses de haut, nous pourrions demander s'il est jamais permis de préférer un trône à la patrie. Mais admettons que le fils adoptif de Charles XIII ne relevât, en effet , que de la Suède; et qu il ne dût qu'à elle son épée et sa
à qaelqiie distance de sa tente, un convoi de blessés fiançais , entra dans une violente colère contre ses officiers, et leur demanda comment ils pouvaient permettre qu'on exposât à sa vue ces mallTeureux dont il ne pou* vait alléger le destin, ni guérir les blessures. (Marmier.)
32(> HISTOIRii p£ BKRNADOTTE ,
vie. Il rester^ toujours à examiner si la volonté et les intérêts de la Suède jvistiOaiept |a giierre contre la France , à Tépoque où Bernadotte entraîna ce royaume dans les rang^ des ennemis de Fempire.
De l'aveu de Charles- Jean, les penchants de la Suéde, en 1813, ses souvenirs et ses^vœux étaient pour la France, et ce ne fgt qu'en faisant violence aux sympathies nationales, dont son élection était la plus éclatante preuvQ , qu'il parvint à jeter ce pays dans la coalition. Ce triomphe sur l'opinion pqblique des Suédois, était même un des titres sur lesquels le prince royal fondait le plus volontiers ses droits à la gratitude des alliés (1).
Quant aux griefs de la Suède Qonlrç la France, en quoi consistaient-ils? La perte de la Finlande, les rigueurs du blocus continental et l'invasion de la Poméinjmie, voilà les principales causes de guerre alléguées par le prince royal. Mais la perte de la Finlande fut le résultat de la lutte insensée que Qusiave IV voulut soutenir, ap^ès la paix de TiUU contre la Russie et la Prusse. Sous un roi moins extravagant et avec une politique pigs prudente, la cour de Stockholm aurait conservé ce fleuron de sa couronne. D'ailleurs, quel fruit la France relira-t-elle
(1) Voir ses lettres, déjà citées^ à l*eim)ereur de Russie^ j|u roi de Pnissf et au prince régent d'Auglelerre.
CIIAIIUIS XIV. 3tJ7
de (aconquêiede la Finlande par la Russie? Aucun. Prit-elle du moins une part active à cet événement? Elle éluda, au contraire, touiQ interyention décisive contre k| Suède et faillit , pour ce chef, se brouilter avec la Russie (i); Pourquoi ne pas accuser aussi le cabinet des Tqileries clés témérités systématiques dont les rois de Suède ont si long-temps légué Théritageà leurs successeurs, du détrônement de Gustave |Y et de Texclu^ion donnée à la descendance . de ce prince? La Suède n'était donc pas en droit de reprochera la France, sa plus vieille alliée, la perte de la Finlande. Seulement la France ne voulut point, pour un intérêt qui ne la touchait pas essentielle^ ment, engager une nouvelle guerre dans le nord de l'Europe, lorsqu'une lutte suprême s'ouvrait dans le midi.
Les grandes mesures des gouverneroenis ne doi-^ vent pas être jugées isolément : c'est le rapport de chacune d'elles avec la politique générale de l'État qui donne la mesure de leur moralité. Or, si l'alfoi- Uissement de la Suède fut une suite malheureuse de l'alliance franco-russe, il faut rechercher quel était, en d807, le rapport particulier de la Suède avec le système politique de la France. Non -seulement Gustave IV était, alors, l'allié persévérant et opiniâtre
* (I) Voir la correapesdanoe dn goiivernetnent (rançais avec le maréchal Bernadotteygovvcraeiir des viHfS anséaUqiiea.
328 HISTOIRE DE BEhNADOTTE,
de l'Angleterre, défiant seul l'armée victorieuse quand tout le continent acceptait la paix de Napoléon ; mais il réclamait aussi , et à grands cris, la déchéance de l'empereur des Françai&et le rétablisse^ ment des Bourbons, comme condition sinequd non du rétablissement de Tordre général (i). Gustave IV allait plus loin : il osait proposer à un maréchal de France (2) de jouer le rôle de Monck, à ce point »que, le A juillet 4807, Napoléon dut ordonner à Brune de parler de Gustave IV comme d'un « homme » plutôt fait pour régner sur les Petites-Maisons que » sur la brave nation suédois^. » Les événements qui amenèrent la réunion de la Finlande à la Russie, furent donc provoqués par l'inhabileté et la folie du gouvernement de Stockholm; et si Napoléon ne crut pas devoir intervenir pour sauver l'intégrité deJa monarchie suédoise, c'est que le chef de cette monarchie persistait à agir comme son plus intrai* table ennemi. Sérieusement, pouvait-on exiger de l'empereur des Français, qu'il compromit sa politique pour défendre le plus obstiné des alliés de l' An-
Ci) Le 2 juin, Gustaye IV écrivait an roi de Prasae : « Pour atteindre ee » but important, on doit, je crois, s'intéresser à la cause légitime de la » maison des Bourbons, en se déclarant publiquement pour elle et en ne » perdant pas de tuc les principes et les droits sur lesquels sont fondés » l'existence de tous les gouyernements légitimrs. •
{'i) Au maiéclial Bruuc» qui lui répondit publiquement qu'il proranait . la majesté royale eu (c cbargcant directetneut de tentatives de corruption.
glelerre? Ainsi donc, ce n'était pas comme réparation de la perte de la Finlande, que la Suéde était en droit de déclarer la guerre à la France.
Cependant, et il ne faut pas l'oublier, en 1812 Napoléon offrait à Charles- Jean, comme prix de son alliance contre la Russie, de lui garantir le recouvrement de la Finlande, s' obligeant à ne signer la paix qu'à cette condition (1). Étrange politique vrai< ment, que celle d'un cabinet qui , pour se venger de la perte d'une province , s'allierait à la puissance qui l'en a dépouillé, contre celle qui veut et peut la lui faire rendre et à laquelle il n'a, tout au plus, à reprocher que de l'indifférence pour ses intérêts! La Suède combattant avec la Russie pour obtenir une satisfaction de l'usurpation de la Finlande, voila certes une combinaison à la sincérité de laquelle la postérité ne croira jamais.
Mais te système continental?....
Le système continental imposait, il est vrai, de douloureux sacrifices à la Suède, comme à tous les autres alliés de Napoléon. Mais cette immense conception du génie d'un grand homme, eût-elle moins affranchi la Suède que le reste de l'Europe, de la ty-
(1) Si le prince royal entend bien ses intérêts» rKmpereur consent à lui offrir son alliance, et à lui garantir qu'il ne fera pas la paii, sans que la- Finlande soit restituée à la Suède. » (Note du duc de Bassano, 7 mars 1812.)
330 IIISTOinE DE U|^Ui\AI>OTTK ,
rannic niariliroc et comqierciale de l'Angleterre ? D'ailleurs, le cabinet de Stpckholm s'était volontairement rallié au système continental, par le traité du d4 juin 1810. Cependant, ce traité était à peine signé, que déjà le prince royal ae rapprochait de tous les onnenûs de la France , entretenait des relations secrètes avec la Grande-Bretagne et ouvrait frauduleuseatent tous les ports de la Suède au commerce de cette puissance. De plus, ce système continental, objet des récricninations de Bernadette^ n'avail-il pas été le principe et la cause déterminante de son élection ? En appelant un lieutenant de Napoléon, un allié de sa famille, au trône de Gustave lY, les Suédois avaient-ils, pouvaienl-ils avoir un autre but que de se placer sous le prolec-* torat de la France et de se concilier la bienveillance du puissant Empereur? Toute autre interprétation de l'élection d'Orébro serait inadmissible. Or, le grief tiré des vexations du système continental manquait évidemment fie base et de franchise* La France pouvait récriminer sur ce chef, mais w>a pas la Suéde,, et moins encore Bernadotte. Reste la question de la Poméranie.
Quand, après d'inutiles avertissements donnés au gouvernement suédois, Napoléon se décida à faire entrer (tes troupes françaises dans cette province, les ports de in Poméranie étaient l'asile rie tous les navires <|ui se livraient impunément au tralic dos
CHARLtS XIV. 331
dooroes coloniales, el le prince royal de Suède avait, depuis plusieurs mois, prépsirçi ^ défection avec la Buasie : le fait était coQstant. Par tous ces motifs, Toccupation delà Poméranie n'était, delà part de la France, qu'une mesure de p^éservaiiop et de défense, provoquée pav l'infidélité du cabinet de Stqçkholm aux traités qui liaient les deux États. Fallait-il, en effet, qu'en présenq^ d'une gqerre imminente avec la Russie, Napoléon attendit que le nord de l'Allemagne fût encombré de marchandises anglaises, et que la forteresse de Strol^ sun^ fût livrée à ses ennemis? Aussi ^ lorsque la . nouvelle de Toccupation parvint à ^tpckholm, le gouveri[)ement suédois, qui avait prévu cel évéi^ment» eç fut-il méc^iocrement a(Qigé, inais il affecta de §'; montrer très-scnsible (1). L'invasion de b Poméranie ne pouvait donc pas être, pour la Suède» u^e cause légitime de guerre- En réalité, cette puissance n'avait jamais eu à soutfrir du contact de la France dont elle avait reçu» pendant trois siècles, tant de; preuves de libéralité. Si la hauteur du cabinet des Tuileries avait quelquefois blessé la cour de Stockholm, il çst certain du ^oina que la nation suédoise ne pouvait être $ou§ Tin-; fluence d'aucune des justes s^niniosiUs qqe ressen-
(0 BîKiwHlt, ttM<>k« «^ fi«iiifts<mii{lafM>léMi.
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taient les populations germaniques long-temps foulées par nos armées.
Que si, néanmoins y on admet que la perte de la Finlande, les sévérités du système continental et l'occupation momentanée de la Poméranie, commandaient à Bernadette de prendre les armes contre son ancienne patrie, il restera encore à résoudre la question de savoir si le prince royal de Suède fit cette guerre comme on obéit à une nécessité douloureuse, et s'il s'arrêta aussitôt que les intérêts essentiels de sa patrie adoptive furent satisfaits.
Il faut bien le reconnaître, Charles-Jean ne se borna pas à combattre la France. Après avoir sollicité la guerre, il en devint l'âme, la pensée dirigeante, rinstrument le plus actif et le plus persévérant. Il blâma, comme une faute des alliés, l'armistice de Plessvvitz; il s'irrita contre le congrès de Prague; il détermina, à Trachemberg, la levée de boucliers de l'Autriche, fomenta la trahison des Saxons, la défection de la Westpbalie, de la Bavière et du WurtiBmberg, entraîna Murât par son exemple, exalta les espérances et les prétentions des coalisés, et ne cessa de les exciter contre la France qu'après les avoir poussés jusqu'au Rhin.
Alors, cependant, les intérêts légitimes de la Suède étaient satisfaits. Cette puissance avait reconquis son indépendance politique, la liberté de son commerce et ses possessions continentales. Mais Tin-
térél personnel du prince royal réclamait autre chose. Héritier de la couronne de Gustave IV, il voulait, à tout prix, porter un royaume en dot à ses nouveaux compatriotes et placer la Norvège entre lui et le prétendant. Seul prince plébéien assis à côté des dynasties anciennes, il voulait vieillir sa dynastie d'une conquête et la fortifier de la reconnaissance des Suédois. Glorieux capitaine de nos grandes époques, il apercevait, à travers les convulsions de Fempire, un trône chancelant, et il se demandait pourquoi la couronne d'un soldat ne tomberait pas sur la tète d'un autre soldat.
Cette Norvège, que la loyauté de Napoléon avait dû refuser à ^ambition de Bernadette, ce prince la cherchait dans toutes les ornières. Mais, en supposant même que l'Empereur eût consenti à dépouiller un ami fidèle, au profit d'un allié douteux, l'acquisition de cette province eût-elle sufB pour retenir Bernadette dans le système français? Oui, aussi longtemps que la main puissante de Napoléon eût contenu l'Europe; mais, au jour des revers, ni la Finlande ni la Norvège ne l'auraient garanti de la défection de Bernadette; car cette défection,. qui était la loi de son caractère, fût devenue celle de sa position : il avait une couronne à conserver.
Oui, en combattant pour la Suède, en 1813, le prince royal fut moins l'homme de sa patrie ado}>ti\e que l'homme de ses intérêts propres. li aima la