‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 7 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traité èe TiMtf. — Bernadotte gDnTeraeor des tines anséatiqae» et de Énu IcB (Htys flitaén entre lea toucbes 4e U Tnfw «t oaHeft^e l'Elbe.— fipédition des Ai\gUU contre Copenlo^iie.-^lUppertsdefienMdette avec le Danemark. — Démonstrations militaires contre la Suède. — Napdéon ne veut pas sérieusement faire la guerre h cette puissance. — DéfsettoB du oQcps espagnol de k Kemana. ^MlaRi sar cet événement. — Beraadotte égajré {>ar aon amovr-iiropre. *» A^écuÛma de son administration comme gouverneur des villes anséatiques. — Le mobilier de son hôtel.

La bataille de Friedbnd , dans laquelle la Mes- Mre de BemodoUe ne )ui permit patnt 4e oombattre, termina U campi^gne et la guerre de 1807.

Les traités de Tifeiu signés le 7 juillet , entre la France et la Russie, et, le 9, entre la France et la Prusse , assirent sur de nouvelles bases le système politique de l'Europe, et apportèrent de notables changements dans l'organisation territoriale du coBtinent. Mais ces traités n'appartiennent à notre sujet que par les stipulations qui affeelent ks pays sar lesquels le prin«e de Po»t€*GorirO:va exercer un véritable pro-^onsulat.

S'il est aujourd'hui une \érité hors de eontesia* tioD, c'est que la paix du continent ne ppu^ait exister sans la paix maritime. Il fallait à tout prix

ClAKLEt 3L1T. 98

dbofiler rÀogleterre cm la «ontraindne à wie ré* OdoeilMlioa wee la Fmiee. Ce rérahat fut, i tBulM leB époques du règne de Napoléon , le but fiMentiel de se politise, te mobife de lom sas acte». Tels étaient auaBÎ le ((rend objet de la guerre de 1807 et ridée-iaère des cenveotiona de Tikilt. Mais, ponr «ttaîiidre TAnglelerre , il ne enttsaii pas d'avoir «nievé tout le continent oootre cette puis aanee; il fiillaîl encore interdire à son commerce rentrée de tops les porte germaniques, l'aoeès et le séjour de tous les flen^ies du nord de rAlienngne; il fallait arracher ces populations à un si* malacre de neutralité maritime qui les enrichissait, et les plier aux dures néeeseités d*une guerre à ou* tmnoe; en un mot, il fallait leur faire accepter les rigueurs du famenx décret de Berlin (1), au riaque de firoîaaer de nombreux intérêts et de créer des haines inextinguiblos.

Asanfément, ie décret de Berlin n'était qu'un grand acte de représailles pour les violences inouïes que l'Angleterre exerçait sur TOoéan, contre le droit des gens upii/eraellement respecté par les fieuples - policé». C'était PappKcation, faite» l'Angleterre sur loua les rimges européens^ des principes qu'elle appliquait elle-même sur toutes les mers. Juste ou

(f) Du 21 novembre 1806.

96 HISTOIRE DB BfiRNADOTTE ,

non au point de vue des franchises comnercialesdes États neutres, jamais mesure no fut plus politique ^ ni moyen de guerre plus légiiime et plus efficace. Les plus grands hommes d'État de l'Angleterre l'ont depuis hautement avoué : « Le blocus continental » était la conception la plus profonde et la plus » dangereuse qui eût jamais été imaginée pour arri- » ver à rexUnction graduelle de la puissance bri- « tannique (1). » Sous la pression du système continental, la ruine de l'empire britannique n'était plus en réalité qu'une question de persévérance et de temps. Mais, quelqu'indis|ieii$ables que fussent ces représailles à l'affi anchissement maritime de l'En* rope, elles n'en imprimaient pas moins à la domi* nation française un caractère d'oppression et de tyrannie qui la rendait odieuse, surtout aux populations river^nes de la Baltique. Là se trouvaient le littoral anséalique, que devait nécessairement ruiner le système continental, et la Prusse qui , réduite à ses possessions de la rive droite de l'Elbe, écrasée sous le poids des contributions de guerre et humiliée de ses défaites, ne pouvait voir dans la paix qu'une nécessité transitoire. Sur l'autre côté de la mer du * Nord, était la Suède gouvernée par un prince en

( 1) It i8 indead the deapesl tnd most niicfaitTOiis confriraDoe ever jH davised for the graduai extinctioii of Eoglaod. — V. pièces justificaliTes»

COARLES XIY. 97

(lémence , dliié opiniâtre de l'Angleterre , et qui , iikème pendant les négociations deTilsitt, alors que la Prusse et la Russie avaient posé les armes, défiait follement le vainqueur de Friediand (1). Venait ensuite le Danemark récemment enlevé à une neutralité fructueuse, pour être enchaîné au système continental, mais qui, suivant un historien, craignait plus encore Napoléon qu il ne redoutait les Bottes anglaises.

Tels étaient les grands débouchés qu'il fallait nécessairement fermer à Findustrie britannique. Le prince de Ponte^Corvo fut chargé de cette ta- <he difficile. Le 14 juillet i807, il reçut Tordre

{!) « A Tilflin, la Suède t comme rempire ottoman, avait été Mcrifiée à la Russie et au système coolinental. La fausse ou folle politique de Gustave IV fut la cause de ce malheur. Depuis 1804, ce prioce semblait s*étre mis à la solde de TAngleterre. Lui-même avait rompu le premier l'alliaoce de la France et de la Suède; il s'était opiniâtre dans cette fausse politique jusqu'à lutter d'abord contre la France victorieuse de la Russie et bientôt contre la Russie réunie à la France. La perte de la Poméranie en 1807, celle même de la Finlande et des Iles d'Olaod réunies à la Russie en 1808, n'avalent pas ébranlé son obstination.

« Ce fut alors que son peuple irrité ressaisit la puissance qui lui avait éie ravie en 1772 et en 1778 par Gustave 111, et dont son successeur faisait un si mauvais usage. Gustave IV ftit arrêté , déposé , sa descendance direcle exdpn da tr6ne , son onde mis à sa place, et le prince de Hoislein- Anisusteroboorg élu prince royal de Suède. La guerre avait* été la rans« de cette révolution ; la paix en fut le résultat : elle fut siguée avec la Russie en i S09\ mats le prince héréditaire mourut alors subitement, etc.» De Ségor , UUioire de Napoléon et de la Grande-Armée en 1 8 1 2 , 1. 1, p. 37. T. I. 7

96 HISTOIRC Dfi BMIfADOTTE,

d'occuper les ailles anséattqoes , el degouirermr tous les ^ys situés entre les bouches de la Trave et celles de TElbe et du Yeser, jusqu'à l'Ost-Frise. Arrité & Hambourg le 26 , son premier soin fut de se Htrer h une enquête minutieuse sur ia situation générale des pays compris dans son gouvernement. « L'occupation des ports du Holstein, écritatt^il » à l'Empereur, causerait un préjudice notable à » l'Angleterre ; mais cette mesure serait incom- » pléte tant que la ville de Copenhague resterait » sous la dépendance anglaise. » Bemadotte pensait que la fermeture du Sund entraînerait la conclusion de la paix, et que, pour atteindre ce résultat, le cabinet de Copenhague se résignerait assez volontiers aux sacrifices nécessités par cette expédition. Maïs, informé des armements qui se faisaient dans les ports d'Angleterre, Napoléon n'avait pas la même confiance dans les dispositions du gouvernement danois, dont il gourmandait énergîquement la mollesse el Timprévoyance, Aussi, le 2 août écrivît-il ik Bernadette que, si l'Angleterre n'acceptait pas promptement la médiation de la Russie, il fallait que le Danemark lui déclarât la guerre ou que la France la déclarât au Danemark (1). « Dans ce » cas, ajoutait Napoléon, vous sercE destiné à wus » emparer de tout le continent danois. »

(1) « Votre langage doit être oeloi-cî : Toas récrier beaucoa|i sur ce que

CftJ^BLES XIV. 99

L'événement ne tar«]a pas a justifier les prévisions de l'Empereur. Le Saoût, une expédition sortie des ports d'Angleterre et ayant à bord trenle mille hommes de débarquement, se présentai Tea» trée du détroit. Elle sc^ composait de deux divisions dont 4' une alJa menacer la Séelande, tandis 4)M Tautre jetait l'encre devant Kronenbciurg. Le 16, le prince royal de Danemark déclara la guerre à la Grande-Bretagne, et réclama enfm la coopéra^ lion des troupes françaises. Mais treize jours s'étaient écoulés depuis Tapparîtion des forces britanniques dans le Sund, et cette lenteur à appeler la France à la défense du Danemark avait fait nakre de graves soupçons dans Tesprit dn prince de Ponte- Corvo* Il y voyait la preuve que cette puissance j^ontait surtout de nous immiscer dans ses afiaires, et que ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'elle se décidait à recourir à nous (1). 11 répondit au priuce royal que le concours de la France serait proportionné au degré de résistance

« cette puissance a ouvert le passage do Sund et laissé icioler une mer » qui , pour les Danois, aurait du être aussi inviolable que leur territoire.

• /ai donné les ordres les plus précis A fait témoigner mon mécontente* » nMDt, parmesaneiitsd'fflavtMiiiig^sur^eque m» ordres ne s«iit point

• e&écutés. Veillez à ce que toutes les mesures soient prises pour que

> tout le mal qulT est convenable de faire à TAngleterre ne soit pas neii-

> traliaé. » LeUrfUé Napoléon du 2 atnti I8û7«

(1) Les journaux de Londres avaient annoncé que rexpédUioadii I

iOO HISTOIRE DE BERNADOTTE,

que les Danois opposeraient eux-mêmes aux Anglais. Cependant, la cour de Copenhague rompit avec l'Angleterre qui ne lui demandait rien moins que l'abandon de sa capitale et de la Séelande aux troupes britanniques. JBernadotte offrit alors \ingl-cînq mille hommes au prince royat dont il reçut encore une réponse évasive, comme si l'entrée des Français sur le sol danois ne lui paraissait pas moins regrettable que les hostilités de l'Angleterre. Dans ces circonstances équivoques, le prince de Ponte-Corvo demanda l'autorisation d'entrer dans le Holstcin, nonobstant les hésitations du cabinet danois. Mais, soit que Napoléon ne pressentit pas la catastrophe de Copenhague, soit, comnle tout l'annonce, qu'il attendit, |3our ordonner une expédition en Danemark et ultérieurement en Suède, que les Russes fussent entrés en Finlande, ce monnrque montra lui-même quelque indécision, tandis que les Anglais marchaient droit à leur but. En effet, pendant que le Danemark perdait un temps précieux en négociations cauteleuses, la flotte britannique bombardait Copenhague, et s'emparait de toute la marine danoise composée de dix-huit vaisseaux, quinze frégates et plusieurs bricks. Ce grave événement se passait du 2 au 7

était faite de concert avec le Danemark, et pour Inifoornir un appni qu*a réclamait.

CHi^RLES XIV. 101

septembre* Alors Bernadotte, qui n'avait encore à sa disposition que des troupes hollandaises et espagnoles (1), fut renforcé d'une division française accourue de Straisund. Mais il ne lui parvint aucun ordre de mouvement, et ce ne fut que vers la iin de janvier qu*on lui prescrivit de tenir un corps de dix-huit mille hommes prêt à pénétrer , au premier signal, en Séelande et en Scanie, pour s'y réunir aux troupes danoises, et former une armée combinée qui serait placée sous son commandement. ^

Toutefois, ce projet ne reçut son exécution qu'au mois de mars 1808. Alors seulement le prince de Ponte-Corvo se dirigea sur les lies danoises à la tète d'un corps composé de dix-huit mille Français et de

(I) Oo se flooTieDt des armemeots suspects qoe l'Espagne avait faits peadant la campagne d'Iéoa, et des proclamations inMscrètes do prince de la Piix. C'est alors que, pour neutraliser un ennemi prêt à se déclarer, et conformément aux stipulations des traités, l'Empereur demanda an cabinet de Madrid l'envoi, sur les bords de l'Elbe , d'un corps de quatorze mille Espagnol*. Le prince de la Paix avait invité Napoléon à désigner lu-môme le commandant de ces troupes, en reconunaudant à son choix les généraux Castanos et O'Farill. Mais Napoléon leftisant ou diffiSrant de se prononcer , le gouvernement espagnol déféra le commandement au marquis de la Romana qui avait été élevé en France où il Técot long«temps. « Or, dit un historien, si le oorpe espagnol avait eu pour chef le général Castanos , celui-ci n'aurait pas battu Dupont à Bajlen; s'il avait obéi à O'Farill, la désertion n'aurait pas en lleo. > Oa sait, en eifeti qoe ce général était tout dévoué i la France.

102 HISTOIRE DE msitlf AVOTTE,

treize mille Espagnois commandés par le célébré marquis de la Romana (t). Réunies aux troupes da Danemark, ces forces présentaient un effectif de Irente-six mîRe hommes.

ÉYidemment, le but de cette expédition étaîC moins d'enyatiir la Suède dans Tinrtérêt du système français, que de paraître faciliter aux Russes Toccupation de la Finlande, conformément aux con- Tentions secrètes de Tîisrtt. Cela résulte des instructions adressées, les 15 et 25 mars, au prince de Ponte-Corvo. On lit dans la première de ces dépêches : 9 Prince, l'Empereur a reçu la nouvelle que 9 les Russes sont entrés en Finlande, et que les » premiers coups de fusil ont été tirés contre les » Suédois. L^ntention de Sa Majesté est que vous » activiez votre marche autant que possible; s'il » arrivait, comme on croit avoir lieu de Tespéjt rer, que les Belts vinssent à geler, vous ne devez * pas béstter à les passer avec trente mille hommes. »' Dans la seconde, on remarque cette observation: € Des frontières de la Russie à Âbo, il j a un mois de » nMirdie^ ainsi les Russes ne peuvent y èlre arrî-

(OCMte diTiston , qui fonmit le comHngefyf e^pagnof au senîce et îà France, nrtnt été dh-igée vers fe nerd de r Allemagne , m nionient oà !9s* poléon méditait nnTanen de la Pémnflole; on Tcrra toat à f heure eoi» ment les nvacliiimtioas l»ritâiHi!<|aes et te patriotisme cetHlhitt parvInreaC à déjouer les calculs et à tromper la prudence de r£m]>€rear.

chabus XIV. 103

» vés que du 20 au 25 mar»* Or, avant d'^ntr^r an

> Scâoie, il 6$t jaécecsaire de coanattre : l"" aï Iw » Ruasea aaot airivé^ à Abo; S"" U Dombre de Mrou^ » pea qii6 Jea DaaoU viiuh^t employa dan9 Texpé* » dition de Scanie. » Et plus loin : « L'EUvp^reur 9 Youa défead expreasémeot de i^asaer en Suède, »aî lea Danois juoul quatorze mille hojnix^ à » joindre à voa troupes, Sa U(nje$(i u'q point un OÊse» 9 grandmtéréléaM ceUeeçepédillJm, pow la baaarder 9 avec moiofi de irenM mille hommes, > Il reasort de cette eircojospectioa inuailée, que la ïn^nm nV irait eo effet qu'un intérêt irèa-secondaire au succès de rexpéditioo contre la 8uéde, Napoléon voulait se moAlrer fidèle à sea engagemeate aecreta euYera la Russie, joaais voilà tout. JOViUeurs, cette gua-re ne devant plus produire une forte impression aurJ'Angleterre, Napoléon n'y attachait qu'une médiocre importance et il u'eùt pas demandé mieux que de la voir traîner en longueur. Cela est si vrai que le duc de Viceoce, son ambassadeur à Péterabourg, conjiouant à exciter le gouvernement russe à un grand déploiement de forces conlre Ja Suède» l'Ëmpertur désapprouva ce zèle inopportun et écrivit de Bayonne^ le 22 mai, qu*il n'avait n rien à

> gagner à voir Les Rmssea à Stockbolm* » aussi les Suédois avaient déjà obleDU, en Finlande, de nota^ blés avantages contre les Russes, que la France ne menaçait point encore la Suède d'une invasion se-

rieuse. Mais, alors même que cette invasion fût réellement entrée dans la politique de Napoléon, des événements d'avant-garde que nous rapporterons tout à Theure, en auraient indéfiniment ajourné l'exécution.

' Quand le corps du prince de Pontè-Corvo arriva à Copenhague , le dégel était complet , et la flotte anglaise avait repris ses positions dans le Sund. Alors venaient d'avoir lieu l'invasion de l'Espagne et l'abdication de Charles IV. La nouvelle de ce grand événement pouvait produire un effet dangereux sur l'esprit des auxiliaires espagnols qui servaient avec nous dans le nord de rAllemagnc. Aussi, le 29 mars, le major-général adressa-t-il, de Bayonne, la dépêche suivante au prince de Ponie- Corvo : « L'Empereur m'ordonne de vous expédier » un courrier pour vous porter le Moniteur de ce

• jour (1). L'intention de Sa Majesté est que vous » teniez ces nouvelles secrètes aussi long-temps que

• vous le pourrez ; vous en causerez avec le comman - » dant des troupes espagnoles, et vous prendrez » toutes les mesures nécessaires pour que les der- )» niers événements ne produisent aucun mauvais 9 effet sur les soldats. Sans doute la haine que ces «troupes, comme tous les Espagnols, portent au » prince de la Paix , leur rendra cette nouvelle

(t) Il contenait Tabdication de Charles IT.

> agréable; mais, comme on assure qu'il y a un

> parti de formé en faveur du roi Charles IV qui ;i » été fijrcé de donner sa démission, et qu'iï est pas* » «Î6fe que leprince des Asturies ne soit pas long4emps • à la donner a^issiy il est nécessaire de dérober le ^ plus long-temps possible à ces troupes la connais- » sance de ces événements. »

Le prince de Ponte-Gorvo porta , avec autant de prudence que faire se pouvait, les événements de Bayonne à la connaissance des divisions espagnoles placées sous ses ordres, et îl reçut sur-le-diamp leur serment de fidélité au roi Joseph. Ce serment de fidélité, prêté à un prince étranger, dans de telles circonstances, par dés soldats dont l'attachement à leur roi et à leur patrie était proverbial, devait nalurel- Imient être suspect à Bernadette. Mais la faiblesse de ce général pour les troupes étrangères qu'il était toujours disposé à croire dévouées à sa personne, sa présomption démesurée, sa confiance aveugle dans le marquis *de la Romana qui avait su s'emparer de son esprit en caressant toutes ses vanités, laissèrent s'accomplir un des plus déplorables événements de cette époque. En effet, dans les conditions politiques et militaires où l'empire était alors placé, c'était un grave, un déplorable événement que la défection d'un corps considérable de troupes étrangères commandées par un maréchal de France. Pour l'insurrection espagnole c'était à la

iù% HISTOIRE PE BM^AàDOTTE,

fiûs une Douv6Ue force de résîataiiGeat mm u impulsion morale; poor les autres ennemis de la France, c'était le premier indice d' une défiM^lion |^ nérale , le premier symp&ftme d'une dîakicaltoo passible de tant d'élémeaU bétérogtees qm fornaieoC la puissance impériale. Enfin, oet événement devait exalter les espérances des adversaires de Napoténn, el affaiblir la confiance de ses amis daaa la solidité de son pouvoir.

Déjà prévenu de la révolution de Bayonoe et du soulèvement de TEspagne, par des avis arrivés de Cadix, de Calice et de Londres, le nu»ri|ui6 de la Romana , de concert avec Tamiral anglais Keath et don Raiaei Lobo envoyé près de lui par la députalion des Âsturies, avait arrêté le pr(>îet de passer avec ses troupes sur les vaisseaux anglais qui f taiionnaient dans la Baltique. La Romana, dit un historien , avait les qualités ou les défauts qu'exigeait la drconstance* Uomme d'esprit, éclairé, plus adroit qu'il n'appartient à un noble caractère , il portait au plus baai point le désir de la célébrité. Il est permia decroiM que Jo ^Vle de Xénophou tentait son imaginatÂm aventureuse, et que l'idée de ramener soncorpada troupes en Espagne l'occupait depuis le moment où la querelle s était envenimée entre le parti fnuH çais et le parti de Ferdinand VII. Pour mieux dégnt* ser ses véritables inteations, la Romana avait pam embrasser le parti français avec chaleur, commeélant

CHARLES XiV. 107

celui delâ^tre, de h phriosophre et de la cfrîtisalion* Dès le 47 juin il avait écrit au maréchal Bernadotte quMI était prêt à reconnaître le nouveau roi et à fui obéir, ûonecmeu des avantages que t Espagne devait retirer de sa nonvelle consHiuHon. La Romana s'était aussi emparé de l'esprit de Bernadette, enflatlant Tamour-propre de ce maréchal toujours jalou]^ de plaire aux troupes qu'il commandait, et surtout aux troupes étrangères(l).

Yainetnent, huit jours avani Fexéculîon de ce plan, le gouvernement danois avait-il fait connaître au prince de IV>nte-Ciorvo qu'il existait des intelligenees suspectes entre la Romana et l'amiral anglais; vainement, par une dépèche du 15 avril, l'Empe* reur fui -même avait- il recommandé les divisions espagnoles à litwf? sa surveillance. Aveuglé parles protestations et les serments de la Romana , Bernadotte ne vit que des craintes chimériques dans les avis qu'il recevait de toutes parts, et il laissa au chef espagnol la liberté de répartir ses soldats de la manière la plus propre à favoriser leur embarquement. Il est juste, cependant, de reconnaître qu'en traçant au pnnee de Ponte-Gorvo le plan de campagne qu'il devait suivre, le major-général lui avait prescrit de faire passer trois régiments espagnols dans tes Mes danoises, mais aucwk régiment fran-

i08 HISTOIRE DE BERNADOTTE,

çais, jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouveaux ordres. Or la proximité des lies danoises et des stations navales de TAnglelerre, dut être la cause déterminante de la défection qui allait s'accomplir. Quoi qu'il en soit, il y avait alors six mille hommes en Sca-* nie, quatre mille dans l'île de Langeland et deux ou trois mille en Jutland ou en Séelande. La^ Romana se trouvait de sa personne dans l'ilede Fionie, avec six mille soldats auxquels il fit prêter le serment de iidélité au roi Joseph; mais les régiments qui étaient cantonnés en Jutland le refusèrent avec éclat. Les uns et les autres étaient également déterminés à se soustraire à la domination de la France, et, dès que le vice-amiral Hood parut devant Nyborg, tous levèrent le masque et se préparèrent à passer sur les vaisseaux britanniques.

Alors, Bernadette dont les yeux étaient enfin dessillés, franchit le petit Bel t et marche sur la Romana qui, avec une grande partie de ses troupes, s'était enfermé dans la forteresse de Nyborg pour y attendre les chaloupes anglaises. L'embarquement s'effectua dans la nuit du 10 ^u 11 aoOt, et six raille vieux guerriers castillans firent voile pour l'Angleterre.

La division espagnole qui se trouvait dans la Séelande fut désarmée par les Danois et livrée au gouverneur des villes anséatiques. Puis, tout ce qui n'avait \y\x prendre part à la défection de la Romana

fol enoyé en France comme prisonnier de guerre.

Enfin, l'invasion de la Finlande par les Russes, fa révolution qui éclata à Stockholm au mois de mars 1809, la déposition de Gustave IV et l'avénement au trône, du duc de Sudermanie qui se hâta de demander un armistice aux puissances avec lesquelles la Suède était en guerre, toutes ces circonstances réunies mirent un terme aux opérations que no.us venons d'esquisser. D'ailleurs, la guerre allait bientôt appeler le prince de Ponte-Corvo sur un plus vaste théâtre. Mais, avant de le suivre sur de nouveaux champs de bataille» où sa conduite donnera lieu à de nouveaux reproches, il faut rendre hommage à la manière avec laquelle il avait administré les villes a nséa tiques.

Ainsi qu'on l'a déjà vu, l'application rigoureuse du système continental ù des populations maritimes qu'avait enrichies le commerce britannique, la destruction impitoyable de toutes les marchandises anglaises que pouvait découvrir la police, la cessation de tous les armements dans les ports du littoral et la détresse des populations riveraines entretenaient, dansée pays, des sentiments de désaffection et de haine que la force comprimait mais n'étouffait pas. Le prince de Ponte-Corvo comprit ces difficultés et s'attacha à atténuer par les formes là sévérité des mesures qu'il était chargé de faire exécuter. Il gouverna les villes anséatiques comme il

IM HISTOIRE Bfi BfiANADOTTE,

avait gouverné le Hanovre , c'est-à-dire avec une modératioB, an esprit d'ordre et de justice qui allégeaient autant que possible le poids écrasant de la domination française. Exercées par lai, les exigences les plus acerbes perdaient toujours quelque chose de leur rigueur, parce qu*il avait soin d'apporter une grande équité dans la répartition des sacri lices, et de ne les accompagner d'aucune vexation gratuite. Nul ne posséda à un plus haut degré que Berna^lotte le talent de régulariser le désordre, de dignilier la force et de se créer des droits à la recoanaissance des populations qu'il était condamné à opprimer. C'est ainsi, par exemple, que, grâce à l'autorité morale ^ue lui valaient ses bons procédés , il put mettre à exécution une mesure qui , confiée à des mains moins habiles, eût inévitablement produit une commotion générale. Voulant réduire les |>ays anséatiques à l'impossibilité de renouer leurs communications commei-ciales avec l'Augleterre. Napoléon avait résolu de transporter leurs matelots sur ses propres flottes. En conséquence, un décret du 17 février 1808 prescrivit au gouverneur-général de lever trois mille marins sur le littoral de Hambourg, de Brème et de Lubeck, et de les diriger sur Flessingue et Boulogne. Cet impôt du sang, qui achevait de ruiner l'existence politique et commerciale de ces provinces et qui s'attaquait aux sentiments les plus intimes de b la-

niHIe , provoqua une telle explosion de tnécontemements qu*oii put craindre un instant une résistance ouverte. Cependant, Bernadoite apporta tant de ménagements dans Texécutron de eette levée qu'elle s'eifectua sanstrouMes, et, si le comingent de matelots exigé par FEmpereur ne lui fut point entièrement fourni , c'est parce que son lieutenant ^auHit bien voir une impossibilité là où H n'y en avait pri»bablement pas.

Ce n'était point seulement dans les circonstances séneoses quête prince de Ponte-Corvo faisait preuve d'un sentiment parfait des convenances; il portait plus de modération encore dans les choses qui lui étaient personnelles. Les magistrats de Hambourg ayant affecté à son Ic^ement un h^tel dont le mobilier tom.bait presque en lambeaux, il n'eut ganio de se plaindre de oc manque d'égards; mats un Jour qu'un des sénateurs de la ville était venu lui deman-dertagi'àced^un prisonnier, et lui déetaraît,en riant, qtfil ne te quitterait qu*ai>rè8 l'avoir obtenue, dut-il rester huft jours dans son p&lais : « Va pour huit jours » et même pour quinze, répondit Bernadotle; mais 9 dites-moi, je vous prie, quelle est la partie de » l'hôtel que vous voulez habiter, afin que je la » fasse meubler convenablement. Tout ceci est bon » pour un soldat comme moi, mais je ne souffrirai > pas qu'un sénateur tel que vous soit aussi mal » logé. » — Le lendemain le mobilier de l'hôtel du

1i2 HISTOIRE DE BERNADOTTE ,

gouvernement fut renouvelé avec tant de luxe, que le prince dut intervenir pour empocher qu'on ne $ub- 'stituât trop de magnificence à trop de simplicité.

Bernadotte entrait aussi dans tous les détails re^ lalifs au bien-être de son armée; aucune desbrap* chesdu service n'échappait à sa vigilance* Le caser* nement, la nourriture, la solde, l'habillement, les hôpitaux , la discipline étaient l'objet de ses soins les plus assidus, et sa sollicitude s'étendait également aux troupes françaises et aux corps étrangers placés sous ses ordres. Il s'occupait sans cesse à ranimer, à fortifier le moral des uns et des autres; il pourvoyait largement à leur subsistance, complétait les cadres, remaniait l'organisation, agissait, trop souvent peut-être, sur l'imagination des soldats par des ordres du jour et des harangues, les tenait constamment en haleine et préparés à de nouveaux combats.

De là les sympathies ardentes des populations du nord de l'Allemagne pour le prince de Ponte-Corvo, et cette réputation d'équité cosmopolite qui, en 1810, favorisèrent si efBcacement son élection comme prince royal de Suéde.

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