‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 9 sur 69 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Débarquement des Anglais en Seelande. — Cet événement réveille les espérances des ennemis intérieurs de Napoléon. — Intrigues de Fouclié et de Tali'eyrand. — Ckinspiration ourdie contre l'empereur. — Ses divers* foyers.—- SoiiU, Ney, et Saint-Cyr. — Fouché veut qu*on noie Napoléon dans le Danube. — Bernadotte à Anvers. — Manœuvres de police. — ^ Étude du caractère de Bernadotte. — Une de ses lettres à madame Moreau. — Un aveu. — Lutte entre la télé et le cœur de Bernadotte. -^ Un ordre du jour plus imprudent que coupable. — Il éveille les soupçons de l'Empereur. -^ Mesures de précaution. -r Nouvelle disgr&oe de Bernadotte. — Sa résistance. — Il revient à Vienne. — Son entrevue ave(i Napoléon. — Supposition vaniteuse et injuste de Bernadotte. •— Indulgence de Napoléon. — Bernadotte est nommé gouverneur-général de Rome avec un traitement de deux millions. — 11 vise à autre chose.

KernacloUe venait d'aiTiver à Paris, lorsque la nouvelle du débarquement des Anglais sur la plage de Brée-Zandt (1), se répandit tout à coup dans la capitale de l'Empire. C*était dans les premiers jours d'août 4809. Depuis plusieurs mois il se faisait dans les ports britanniques, d'immenses préparatifs qu'on supposait, généralement, destinés contre la péninsule hispanique, ou contre quelque point de l'Allemagne septentrionale. Un débarquement sur ces

(1) L*expédition anglaise, signalée le 29 juillet au matin, vipt mouiller au nord de Cadzand et de Walclieren. Le 30 la descente s*opéra sur cette dernière Ile, à la plage de Brce-Zandt.

CHARLES \1V. i4i

parages eût, en effet, favorisé le développement de rinsurrection germanique, et, peut-être, entraîné la Prusse dans la guerre contre la France. Cette expédition , que retardaient les intrigues de la cour de Saint-James, sur le choix d'un commandant en chef, et que le cabinet de Vienne pressait inutilement, aorait pu épargner de grands désastres à la maison d Habsbourg et créer de sérieux embarras à Napoléon.

Alors aussi se tramait en Porlugal, sous les auspices du maréchal Soult(i), une grande conspiration militaire, qui n'étail pas étrangère aux délaisqu'éprouvait le départ de l'expédition britannique. Si cette conspiration, dont nous expliquerons ailleurs l'origine, les instruments et le but , avait réussi, l'armée anglaise aurait débarqué dans la Gironde, pour favoriser la marche des insurgés sur Paris. C'était en prévision de cet événement, que l'Angleterre avait réuni 39 vaisseaux de ligne, 30 frégates et iOO,000 hommes dont 45,000 soldats, et dépensé 500 millions. Mais les incidents qui arrêtèrent l'explosion d'une révolte militaire en Porlugal, la victoire de Wagram , l'immobilité déjà trop prolongée de l'expédition qui était prête depuis^

(I) Daos OD autre livre sur la période impériale , Vaateur produira le» ineaves tie la complicité du maréchal Soult dans la conspiration militaire Eu t^Mlugal , etc.

ffô HISTOIRE DE BERNADOTTE ,

le 10 juin ; toutes ces circonstances (ftirent changer la destination de cet armement formufebië.

Neanmoiris, comme une tentSrtîîfe sur Ife- lAtbraF allemand n'offrait aux Anglais qu^uti avantage încertSiin et élbigné, elle avait été élticfée, malgré les instances de TAutriche*. C'était un ititérêt direct, prochain, immédiat, que recherchait lé cabinet de Londres, et cet intérêt appelait son armée à l'embouchure de TEscaut, à Flessingue, à Anvers le grand chantier de la marine française.

En eflfet, depuis dix-sept ans, Toccupatton de la Belgique n'avait cessé d'être- une cause incessante d'alarmes pour PAnglelerre (4). Ses crainte, ses jalousies s^ exaltèrent encore à< Ib vue des immenses travaux exécutés dans les ports dte ce pays. Notre marine portée à fOO vaisseaux de ligne, au milieu de tous iesr embarras de la guerre continentale et maritime; le bassin d'Anvers prêta abriter 40* vaisseaux ; des chantiers oA 20 grandi navires pouvaient -être construits à fti ftis; Ptessingue' apte àr recevoir une escadre toujours prêter à appareîllfer;^ lé bassin dé Tèrnemee, d'où 40 vaisseaux pounraient, en une marée, s'élancer sur les côtes britanniques;. TïTscaun Kè avec* Fîntéweur, pau fe canat db Sttnt-

(1) On afwire que la recoanaissance de la république par le gooTer* nemeut anglais, ne tint qu*à la réunion de la Belgique à la France. — Pelet.

OHâlOfS* XIV.. 113

QuâtttÎDç avce le reste de l'Europe, par le canal du Rhm^.el appertantfdain DoaoliaBtîers les boi^detoaa ks payst, c'en était piu& qulii ne fallait peur exoiter les Anglais à an eflert déaespéîné contre la France; Enfio : < ks plus habilaB marina de Pikngleterre' avaient neeonnu qu'en parlani de TBacaut, pour &ire une deseenle sur leurs eâiea, k France avait toutes le» probabilités* en sa faveur, et que la posaessîon.de cette partie de la mer du Nord lui dbonerail une supériorité incontestable, alors surtout que la Hollande était subordonnée à sa politique. Notre en* neraie, embrâsaée par uae longue ligne de ports^de* puia^le Texel'juaqu'àBrasi,. devait finir par suceoBOr ber (!)• » U éiaîi: donc- du plus haut intérêt pour lai GinnderBretagne de ruiner nos élabiisecnients^ de rGacaiU,. et, pour obtenir oe grand- résultaU, oe n'était pas tirop^ poun cette puissance^ de courir le» baaards dfuneguenred'ittvasioB snr un sel- dont la peflfieaeipafttt, à loutes les.^quea^ une disa oondi-tions essentielles de Isi prospérité et de lai sécurité militaîne de: la Eiianoe.. Enfini, la nmiveUe de l'ar*misticerdaeZnaiiaiet ia.ofainlede voîd la paix. rétablie sur la:€nntinent^ déteitaîaèrent.le' wintstène anglais à dirigen suff lesbeunllea de l!Bseautv. ha* fbreet de terra, et de met qn^il tenait réunies depuis deu» mois dans les Dunes^et dansla^ Tamiae.

(i) Mémtttm pÊMftm^nMUkn^

4 H HISTOIRE DE BGRNADOTTE ,

L'expédition appareilla Jes 28 et 29 juillet, sous les ordres de lord Ghalham, commandant de Farmée, et de sir Richard Strachan , chef de Tescadre. Le «10 , la descente s'opéra dans Tlle de Walcheren. De criminelles intelligences existaient depuis long-temps, entre nos ennemis du dedans et ceux du dehors. Les Anglais comptaient surtout sur les trames ourdies 4lans une partie de la Belgique et de la Hollande. « Les défections , les manœuvres secrètes , les ventes F de forteresse, dit Montvéran, auraient été eflTec- » tuées si Texpédilion annoncée en mars, prête au » mois de mai , eât eu lieu à celte époque (i). » Ces ti*ames, dont Paris était le centre, avaient aussi leurs foyers à Bruxelles et Amsterdam. D-un autre côlé, Texcommunication fulminée par le pape, en 1809, avait eu pour but principal de détacher les peuples et le clergé de l'obéissance à Napoléon, et ce moyen H vait exercé une influence déplorable sur le fanatisme des catholiques belges, parmi lesquels les prières pro imperalore cessèrent aussi long-temps que le triomphe de Napoléon ne fut pas constaté par la paix de Schœnbrunn. Aussi un premier acte de félonie ou de lâcheté accueillit-il les Anglais, à leur débarquement sur le territoire hollandais. Un général de ceue nation, Bruce, évacua Weere sans combat, livra à Tennemi l'important passage du Slou, qui

(1 Histoire crilique et raisonnée de la sUuatioH de CAn^leUrre,

l'introduisit dans TEscaut oriental, sans qu'il dût essuyer le feu de Flessingue ni de Cadzand , et le conduisit ainsi à quatre lieues d'Anvers, trois jours seulement après son débarquement. Plus tard, un officier français, auquel était confiée depuis plusieurs années l'importante défense de Flessingue, livra, par capitulation, cette place aux Anglais avec 4000 prisonniers. Non-seulement le général Monnet n'avait pris aucune disposition pour défendre Flessingue, mais il avait encore méconnu l'ordre formel de faire (X)uper les digues, et, quand il posa les armes, le 45 août 1809, le rempart était sans brèche et l'en* nemi a 800 mètres de la place (1).

La nouvelle de ce débarquement parvint rapidejBCDt à Paris, où se tramait une conspiration sénatoriale et militaire contre Napoléon. Enhardie par les événements d'Essling, l'audace des conspirateurs avait été refrénée par la victoire de Wagram ; mais l'apparition des Anglais raviva toutes leurs intrigues, et, comme le dit un contemporain, ils ne s'en tinrent pas à de simples espérances, à de vains pt*ojets : ils eu i^inrent à des mesures qui pouvaient avoir Icà plus graves résultats, et que nous signalerons tout à rheure. D'un autre côté, la présence des Anglais

il) Le génénl de diviaion Monnet, qui commandiit Flessingue, M con- «Utnoé à mort par contumace; mais, rentré en France api es les événe* ments de 1814, la Restauration rétablit cet officier dans son grade et ses îlignités.

Uù HISTOIRE oe aemiAK>TTE,

sur vm «dl %iii faisait partie iu terriloire français, produisît uae senaati^a profonde ^ et (Mvrit oa ohaaip sans Haiile aiu ealeiils de l'an^Mtioii et de la haine.

IjOS enoeflaîs de Napoléon fireat «oaaer haai l'îaipréveyaaee de ce ttonarque, qpii^ dttaieai-iJs , avait laissé saas défense le côté le pi» vulnérable de son empire, pour aller guerroyer a quatre cents lieues de ses frontières. Soit irréSesîon ou absurde jakmsie, quelques memixres de la famille impériale ountribuérent à aeerédiler cette opinion, par Timprudence de leur conduite (1). Le roi Louis, par exemple, faisait aniMmcer, dans son journal officiel , la création d'vnenottveUearaaée destinée à couvrir Aniers et plus forte que € ceHe dent l'absence avait » procttpé aux eoknemis roccasion de se rendre mai- »tres de Tile de Walcàeren et de Sud^Bevelaud, » umtheur que toul le numde atmt prévu depuis Vé- )» hégHemenl de l'armée nationale. » De son côté , Fottdié, en ordonnani la levée des gardes nationales, osa dire, dans one circulaire adressée aux préfets :

(1) Chaque membre de la famille impc^riale avait, à Paris, des agents qoi soignaient ses intérêts ou ses préventions. On assure que dès cette époqup, Joacliim y entretenait, pour cet objet, trois de ses aides^de-eami*, et son premier iXnmbeHm. L'on d'eu M Wîfié w oomnenoeoent de 1810, et on Iroura dans ses papieis diX'iieaf lettres qui révéièrest ses projets. — Le général Pviet, fJollectian de mémoire» polUiqueM et militaires.

c Prouvons à i'Euroj^ que jû le géaie de Na(K>léoQ ]»peiit dûAoer de l'éclat à la Fraoce, sa préêetiee » n'est pas nécessaire pour repousser l'ennemi. » Enfin» Talleyrand , qu'une éiroile intimilé liait au duc d'Otrante dctpttis l'invasion de l'Espague, disait publiquement que le moment de se montrer était arrivé , si l'an ne voulait se résigner à « n'avoir en > France que des mamelucks et des Polonais (1). i»

C'est au milieu deces excitations factieuses, qu'on afifycil à Paris la nouvelle de la capitulation de Fles^ sîngue rendue aux Aillais, après un simdacre de défense, quoique cette place, abondam ment |K)ur vue de vivres et de munitions , eut une garnison de 4000 bommes.

On veut qu'à cetle «époque, le prince de Ponte- Corvo ait encore trempé dans une conspiration ourdie pai* Foaché» pour renverser l'Empereur. Ceci mérite <paelque& explications.

Qu'il existât , en 4869 , une conspiration permalicule contre Napoléon; que, si ce grand hommeavail été dé^it dans les plaines de la Moravie ^ on eût essayé de lui barrer le chemin do la France, c'est ce dont il n'est plus permis de douter. L'histoire déchirera un jour le voile qui couvre encore les complols tram^^ à cette époque, par quelques-uns desgcands digiûlaires jde l'Empire^ et leurs intel-

( 1) TfeibaaAsM^ Vi^aoB, Narrin, etc.

ligences criminelles dvec les ennemis de leur pays. Il suffît aujoup<rhui de rappeler les symptdmes qui, à la lin de 1809, révélaient l'existence d'une conspiration anti-impérialiste. Cette conspiration avait ses foyers sur divers iK)ints éloignés. A Oporto, le maréchal Soult intriguait ouvertement pour se faire décerner la couronne de Portugal. En Espagne, on préparait des insurrections républicaines dans plusieurs corps de l'armée, et Ton irritait le mécontentement de Ney et de Saint-Cyr, dont la loyauté eût reculé sans doute devant une rébellion ouverte, mais dont le mécontentement et les discours imprudents enhardissaient les véritables conjurés. Dans le deuxième corps , quelques misérables étaient même entrés en rapports directs avec les Anglais. En Allemagiië^^ la conspiration avait encore plus de profondeur et d'étendue; on y préparait le soulèvement général des populations. La destruction d'une escadre française au milieu des batteries de l'Ile d' Aix, avait produit une vive émotion dans la Vendée et la Bretagne. « On voulait, dans la supposition où Na- » poléon viendrait à être défait djms une grande ba-

* taille, prendre les armes et recevoir le duc de

# Berry.... Dix mille conscrits réfractaires étaient » prêts à se soulever.... De là Vendée le complot

• s'étendait dans la Bretagne, le Maine, la Basse-

• Normandie.... Bordeaux n'y était pas étranger.... » Au moindre revers des armées de Napoléon et à la

» moindre crise politique, le feu de rinsurrection » laissait échapper ses étincelles.^.. Le parti de » l'opposition avait dans la Vendée ses points de cor- » respondance et de ralliement (1). »

Les départements étaient inondés d'agents étrangers, qui y fomentaient impunément l'esprit de blâme et d'opposition; ils prenaient toutes les couleurs, tous les masques, pour produire la lassitude de la guerre, dénaturer et pervertir l'esprit public. La ba taille d'Essling, où la fortune se montra infidèle aux armes françaises, avait échauffé tous ces ferments de révoile. Alors des insurrections avaient éclalé sur •les derrières et sur les flancs de nos armées, en Saxe, en Franconie, en Souabe, en Lombardié, dans les pays vénitiens, partout. A la nouvelle de cet événement, toutes les espérances des ennemis de l'intérieur s'étaient ranimées. Immédiatement après la bataille d'Essling, dit M. de Las-Cases, un émissaire arriva du champ de bataille auprès de Fouché, pour lui faire connaître l'état désespéré des affaires, qu'on pensait pouvoir être très-favorable à certains projets. Cet émissaire était chargé de prendre ses avis, et desavoir ce qu'on pensait au dedans. A quoi Fouché répondit, dans un état de véritable indignation : * Mais comment revenir pour demander quelque » chose, quand vous devriez déjà avoir toutaceom-

(1) BisMre de$ guerres dé la Vemiéty par M. de Betucbamp.

130 HISTOmE Dt BTEHNADOTTE,

» pu à VOUS seolsî Maïs vous n*êle« là-bas que des » pautes mouillées qui n'y cntendei rien : on vous » te fearredams un sac, on te note éans te Dtamibe, » et puis tout s'arramge feeîtement et partout. »

Encore «n échec , et , au detfens comme an dehors, FEmpire étart assailli p«r d'initembraftks ennemis.

Le triomphe de Wagram af ait ooraprime %mrs ces projets, mais la descente des Anglais sur les oiVtes de Hollande et fa chute de Ftessmgne tes firent Wentôl renaître. Sons prétexte de sauver PÉtnt, fwiché prît tes mesures les plus propres à t^andre Falarme et à exagérer te sentiment du danger. ?l appela toutes les gardes nationales aux armes, même celtes du Piémont; il puMia !a ctrcutenre perfidement équivoque dont nous parlions tout i f'hcfrre, et fit déférer à Berrradofte te commandement en chef de Tarmce du Nord. Déjà, te 1" août, tt avait tBs^jé de faire accorder à ce maréchat te commandement des gardes nationales de France, en remplacement do général Sarnle-Suzanne. « Fotiché, dfrt Fahhé de -9 Monlgarllïird , s'était attaché à capter le iirtnce de » Pontc-Corvo et à usurper son eslirae. H témoî- > gnait à ce prince plus de déférence qu'il ne con- » vient sans doute à un ministre. »

Bernadotle partît te 12 de Paris et arriva te T5 à Anvers, où, peu de jours après, il reçut la visite d'un agent sen^ct du nrintsCre d^ la p^Kce, qwî ve-

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ïy éisaitril, de la part évt dac d'Otmote, Ivà annoncer qne rEmpereiir éfdH trèMiialade; que ses feeuhés meiytaies étaient nolablemenl affiiibiîes, €t qn^îl était essentiel de s'entendre 6ur œ qu'il y aiik i finre dans nn moment si critic|oefK>nr TÉtat. « Gé- » néralemenf , ajoutait réamaaire de Penché y en 9 jette les yenx sur inons, prince , ponr eontribnerè » une organtsation qni pnisae donner une sécurité » penumnente à tons les Français. • Cette démarebe était-elle «a moyen de polîoe, pour mîenx sonder les intentions éa prince de Ponte-Ck^rTO, ou un ap^ pel direct à la trahison? Quoi qu'il en soit, et sans dégnîser son éloignement ponr Napoléon, Benia* dotte répondit qu'il resterait ûdèie aux ef^gagemmèk ée la nation.

Alors, cependant, les intentions de Bernadette et ses rapports suspects avec les ennemis de l'Empereur, donnaient de si TÎves inquiétudes an gouver* nement, que le doc de Fekre, ministre delà guerre, a^it mandé à son beau-frère, chef d'état-magor du prînoe de Ponte-Gorvo : « Nons avons des raisons » de croire à d'étranges menées de la part de Ber«* » nadotte, à une ambition tout à fait extravagante; » ainsi point de démarches, point de signatures qui » puissent vons compromettre. Veiller aux pié-> • ge8(4). »

(OCTM à M. «e Las^Câses qiie foi erniSée eette kUre.

152 * HISTOIRE DE BERJVADOTTE,

Le momeol est arrivé d'apprécier l'esprit d'opposition de Bernadette, et de rechercher jusqu'à quel point l'humeur inquiète et jalouse de ce général, son orgueil irascible et ses velléités de résistance, étaient de nature à se traduire ea rébellion déclarée contre l'autorité de TEmpereur . Si l'on remonte au principe de son antipathie pour Napoléon , on le trouve dans l'iœpatience avec laquelle son imagination ardente et un sentiment excessif de sa valeur personnelle, lui faisaient supporter le joug de l'autorité, quel que fût l'homme qui l'exerçâU Son caractère frondeur lui rendait toute obéissance intolérable, et avec d'incontestables talents militaires il ne se pliait qu'à r^ret à des inspirations qui n'étaient pas les siennes, et il exécutait toujours mal les plans qu'il n'avait pas conçus.

Cette tendance invincible, que rien ne put dompter, fui la première cause du dissentiment qui divisa ces deux hommes et finit par les armer l'un contre l'autre. Napoléon exigeait une obéissance passive, et Bernadolte ne s'accommodait même pas d'une obéissance indépendante. De là les querelles d'Udine, la bouderie du 18 brumaire, les démêlés de la Vendée, l'hésitation d' Austerlitz , l'insubordination indirecte d'Auerstaedt, Tindécision d'Eylau , la présomption de Wagram , la proclamation d'Anvers, et, enfin, la levée de boucliers de 1813. Napoléon était né pour commander, Bernadotie pour ne

CHAKLGS XIV. I5»t

pas obéir : la lutte de ces deux natures contraires a perdu la France.

La tôte de Bernadotte était grosse de projets de révolte; tout lui était motif de conspiration, et, sous l'empire de cet individualisme capricieux , il prenait les blessures de son orgueil, ou les mécomptes de son ambition, pour des griefs nationaux. Mais, quand on étudie tous les phénomènes de ce caractère quinteux, et qu'on pénétre au fond de cette vie tourmentée par de grandes qualités et d'immenses défauts , on est forcé de reconnaître que , si des besoins de vengeance traversèrent constamment l'esprit de Bernadotte, jusqu'en i812 aucune pensée de trahison ne germa long-temps dans son âme. On ne saurait nier, cependant, qu'il n'ait trempé dans plusieurs complots tendant au renversement de Napoléon consul et empereur , et que les conspirateurs de toutes les époques n'aient fondé de grandes espérances sur ses antipathies présumées. Mais, après avoir obéi aux premières sollicitations adressées à ses rancunes ou à sa vanité, il voyait l'abîme, avait peur et s'arrêtait.

Les panégyristes du prince de Ponte-Corvo ont inutilement nié ces tendances conspiratrices; elles ne sont plus à l'état de question, et les aveux mêmes de Bernadotte ne permettent pas à l'histoire de les contester. C'est ainsi, par exemple, que, contemplant avec amertume la décadence de son ancienne

15i HISTOIRE DE BERHADOTTE ,

patrie, etdbétssaivt peut-être à un ben sentiment, M. déplorait, en i8i6, de ne pas avoir, ^tnse^RS a?aBt, mit a eKécMioB le projet mviç» s^^m Horeav , de reawerser Napoléon. Voieî -ce qn'îl écrivait à ee sojeft à ia veuve du vaincfoeur d'Holieiilinéen : « Si Fim f et Taulve, madaiRo, iiew portions nos regards » sur le fMfié et sî nous retracions à notre mémoire 9 le projet que le •général Moi^a et moi discotioiis V quelquefois en Totre préseBoe, nombien n'ararien»- » nous pas i regretter de ne pas avowr mis i eiiéeii* » tion les conceptions hardies qui (disaient Tobjei à de nos entretiens , et qui n'avaient d'antre but qvre 9 de ditwrer Im France (funjmig opfreêmMT^ tout » en conservant le cahictére et ia gtoîre des bafci- » tanss de ce beau pays(l)! » €et aven ne laisne pins de place au doute. Ministre de la répuMi<]ue, général du consulat ^ grand dignitaire deTEmpire, Bemadotte s'associa à presque toutes les conspirations ourcRes contre Napoléon, mais il n*en consomma aucune; il caressa l'idée, mais il recula de- Tant l'exécution , il s'arrêta à la compKcité morale. Cependant, il ne faudrait point conchire de cette conlradtctton que Bemadotte manquait du courage - nécessaire pour réaliser une grande entreprise. Sa natore aventureuse le poussait, au contraire, au-de-^

(1) Lettre da prince de Ponte-Corfo à madame la maréchale Moreao,

€HA1I«.ES XIY. 155

^nl ée tontes les téménlés^ mais, dans ce cœur né Ib^, la recMmansanee fifiit lonç-fefRps psrr re* prendre ses droks, et Benradotledetaîtà Bonaparte Que iniiaeiiae veraivinHssaiice. €e sentifiiefH; ne fahaodkntiia tovf k fiiit qoe sur les marches du trône. CohiMe en Pa^jà vu, le prinee #e Pente-Corto awt été noanné général en cfvefde Parmée^hi Nord. O^aprétendoqo'il n'araUpoint se'ffieîtéce cemmai»dément ; qne, font meurtri encore de fa disgrâce de Wagraa>, il commença , au contraire, par témoigner une vive répngnance à aller se placer à fa tête de Tarmée d'Anvers, mais que les instances de Fouciié , qni réunissait dans ses mafins les doubles pouwir» de «linistre de la police et de fiôtérieur, triomphèrent aisément de l'hésifatron de Bemadotte , lei)nel sacrifia ses rancunes personnelles aux dangers de la patrie. Ce sont là des supportions gratuites qui s'éraDOuisaent devant un fait incontestable; c'est que, le 3 aoôt , Bernadotte accourut offrir ses serf ices au conseil de régence et au ministre «te la guerre, t ne » serait-ce, dit-il, qfie ponr condnire une compagnie 9 de vétérans à l'ennemi. » (1) Or Bernadotte ne pouvait recevoir d'autre commandement que celui de général en chef. Il le reçut en effet de9 matos du rot de Hollande, qui, en sa cfuafi lé de connétable de l'Empire, avait dû prendre la direction des troupes.

Cl) BignoD, Histoire de France*

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