‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 179 sur 286 · Chronique des qtMtre premiers Valois, p · texte numérisé non relu

Chronique des qtMtre premiers Valois, p

2. Le prince de Galles flt d*abord semblant de demander la main de la comtesse de Kent pour un chevalier de ses amis nommé Bernard Brocas : « El alors fut le prince moult soupprins (surpris) de l'amour à la comtesse. Et lors prinst la comtesse à plourer comme feinme soubtile et pleine d*aguet. Et donc le prince la prinst à conforter et la prinst à baisier

une de ces confidences qui enchaînent pour la vie son adorateur. Le prince de Galles est pris, en la courtisant, aux pièges de cette enchanteresse. Ce qui n'avait été d'abord chez le vainqueur de Poitiers qu'une distraction galante ne tarde pas à devenir une passion irrésistible; et dix mois ne s'étaient pas écoulés depuis la mort de Thomas de Holland , que la comtesse de Kent se remariait, le 18 octobre 1361, malgré l'opposition du pape Innocent VI* etmômed'ÉdouardlIIjà l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre.

moalt souvent, en prenant ses larmes à grant douceur, et lui dist : « Belle cousine, j'ai à vous parler pour un des preux chevaliers d'Angleterre, et avec ce il est moult gentil homme. » Madame la comtesse respondi, en plourant, au prince : « lia! sire, pour Dieu, veuillez vous souffrir de telles paroles. C'est mon entente que je n'aie jamais espoux. Je me suis du tout donnée au plus preux de dessous le firmament ; et, pour l'amour d'icellui, jamais espoux fors Dieu n'aurai, tant que je vivrai. Car c'est chose impossible que je l'aie ; et pour la sienne amour me veux garder de compagnie d'homme, ne jamais n'est mon intention de moi marier. > Le prince fut moult en grand désir de savoir cil qui estoit le plus preux du monde, et moult requist la comtesse qu'elle lui dist. Mais la dite comtesse, plus Ten vcoit (voyait) cschaufîé, plus lui prioit qu'il n'en cherchast plus avant, et lui disoit : « Pour Dieu, très cher seigneur, en soi agenouillant, pour la très douce vierge mère, veuillez vous en souffrir atant. * A bref raconter, le prince lui dist que, si elle ne lui disoit qui estoit le plus preux du monde, qu'il seroit son mortel ennemi. Et lors lui dist la comtesse : « Très cher et redouté seigneur, c'est vous, et, pour l'amour de TOUS, jamais à mon costé chevalier ne gerra (couchera). » Le prince, qui moult fut adonc embrasé de l'amour A la comtesse, lui dist : « Dame, et je voue à Dieu que jamais autre femme que vous, tant que vous vivrez, n*aurai. * Et présentement la fiança, puis après assez briefment il l'espousa. » Chronique des quatre premiers ValoiSj p. 124 et 125.

1. Au début. Innocent VI s'était opposé à ce projet d'union parce que le fils aine du roi d'Angleterre était non-seulement le coUsin au troisième degré de Jeanne, mais encore le parrain d'une fille issue du premier mariage de la comtesse de Kent avec Thomas de Holland. Toutefois, dès le 30 juin 1361, il chargea Androuin de la Roche, abbé de Cluny, l'archevêque de Ganterbury et l'évèque d'Oxford, d'accorder en son nom une dispense au sujet de ces empêchements A Edouard de Wodestock, prince de Galles. Martene, Thea, Anecdot., t. II, col. 1016 & 1018.

DU GUESGLIN ET LES COMPAGNIES. 3(à7

D'ailleurs , la mission confiée à Holland eût-elle eu tout le succès possible, le vainqueur ne s'est engagé nommément à faire évacuer que les forteresses les plus importantes'. Outre ces forteresses, que de lieux plus ou moins forts d'où il reste à déloger les Compagnies ! Du Guesclin inaugure ses opérations par une campagne dans le Maine. Il emporte d'assaut Sablé', SainUBrice* et quelques autres repaires du brigandage. En même temps, il met de bonnes garnisons dans les châteaux du parti français. C'est ainsi qu'il nomme un écuyer nommé Jean Dorenge, capitaine de la Motte de Brée, dans le Bas-Maine, avec toute juridiction sur les châtellenies d'Évron, de Monceaux et de Meslay *.

Un revers grave vient interrompre le cours de ces succès. Un jour que du Guesclin et Guillaume de Craon, au retour d'une chevauchée du côté de La Flèche, veulent passer la Sarthe pour se diriger vers le Bas-Maine, ils trouvent Hugh de Calverly, l'un des capitaines anglais qui infestent les frontières de Bretagne et du Maine, embusqué au pont de Juigné% et bien résolu à leur disputer le passage de cette rivière.

Au milieu et au-dessus de la foule bigarrée des aventuriers du quatorzième siècle, Calverly se détache avec

1. Ces forteresses, dont il importe d'autant plus de donner ici la liste que la plupart des noms ont été estropiés par Rymer, étaient^ dans le comté d*AIençon et le Perche : Domfront, Messei, Tinchebray, Neuvy-au- Houlme, le Merlerault, la Ferlé-Fresnel, Villeray, 3fir«6eI-»ur-ie-Lo»r; — dans le Maine et TAnjou : le Bois-de-Maine, le Plessis-Bouré, la tour Saint-Ciiristophe, la tour de Villicrs, Fresnay-le-Vicomtc, la Flèche, la Roche-d'Iré, le Fort- Joulain, Passavant, VillevieZf Roussailéesi^en Normandie : Auvilliers, la Roche d'Orival, le Ncubourg, Honfleur, Saint- Vaast, Condé-sur-Noireau, Husson. R^mer, vol. UI, p. 536 et 547.

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