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Le Miaasson, affluent du Clain

BUTBAMO DU OUKSCLIN. I — 10

désormais historique de Maupertuis^ non loin des champs de bataille qui avaient vu les victoires de Clovis et de Charles Martel, ce ne fut pas seulement une armée française qui fut vaincue, ce fut la France de Philippe Auguste, de saint Louis, de Philippe le Bel qui s'écroula comme par enchantement. Un coup de foudre abattit l'arbre dont Dante avait dit, moins d'un demi-siècle auparavant, qu'il « couvrait la chrétienté de son ombre ». A la nouvelle de la défaite de Poitiers, il y eut en Europe une impression générale de profond étonnement, presque de stupeur. Dans une lettre écrite au retour d'un voyage qu'il fit à Paris au mois de décembre 1360, Pétrarque a exprimé avec force TefTet que produisit partout le désastre dont la France avait été frappée environ quatre ans plus tôt. « Dans ma jeunesse, dit Pétrarque, les Bretons que Ton appelle Angles ou Anglais, passaient pour les plus timides des barbares ; maintenant, c'est une nation très-belliqucuse. Elle a renversé Tantique gloire militaire des Français par des victoires si nombreuses et si inespérées, que ceux qui naguère étaient inférieurs aux misérables Écossais, outre la catastrophe lamentable et imméritée d'un grand roi que je ne puis me rappeler sans soupirs, ont tellement écrasé par le fer et par le feu le royaume tout entier, que moi qui le traversais dernièrement pour affaires, j'avais peine à me persuader que c'était 1& le pays que j'avais vu autrefois*. »

1. Aujourd'hui la Cardiaerie, lieu-dit de la commune de Nouaillé, Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu, à environ 8 kilomètres au sud-est de Poitiers.

2. Petrarcœ epislolœ familiareSj édil. Fracasselti, vol. III, ep. xir^ p. 162. La lettre, d*ob est extrait ce fragment, datée d'une auberge dea Alpes le 27 février 1361 « ex itinerc, per Alpes el glaciem, hieme horrida », est adressée à Pierre le Poitevin ou Pierre Bersuire, traducteur de Tile-Live.

LA BATAILLE DE POITIERS. \kT

Quelle fut la cause d'un si soudain et si prodigieux écroulement? A notre avis, ni Tordre imprudent donné par le roi Jean dès le début de Faction & ses^ hommes d'armes, excepté & trois cents chevaliers réservés pour l'attaque d'avan^gardey de descendre de leurs chevaux ; ni l'injonction faite au dauphin Charles ainsi qu'à ses deux frères, après une première et malheureuse escarmouche, de se retirer avec leurs gens loin du champ debataille; ni même la conduite vraiment honteuse et pusillanime de Philippe, duc d'Orléans, qui alla de bonne heure se replier avec sa division derrière le corps d'ar« mée de son frère, ne sufQsent pour expliquer la défaite de Poitiers. Malgré ces défections, les Français qui tin* rent bon restaient encore supérieurs en nombre & leurs adversaires dont ils égalèrent au moins le courage. Nonseulement le roi Jean, de sa personne, une hache de guerre & la main, se battit comme un lion, mais encore la division qu'il commandait, animée par son exemple, fit des prodiges de valeur; et cette division, nous le répétons, était & elle seule plus nombreuse que l'armée anglaise tout entière. Et pourtant le résultat définitif n'en fût pas changé, et l'on peut ajouter hardiment qu'it ne pouvait l'être. C'est que la défaite des Français avait une cause profonde, inéluctable, indépendante de la bravoure personnelle des soldats, de Théroïsme et même jusqu'à un certain point de Thabileté de leur chef. Cette cause était la révolution radicale accomplie sans bruit,, depuis vingt ans, par Edouard III, dans la manière de faire la guerre usitée jusqu'alors.

Le vainqueur de Crécy, et c'est par ce côté que son règne marque une époque décisive dans l'histoire du moyen &ge aussi bien que dans celle de l'Angleterre, est le véritable créateur de l'infanterie moderne.* Qu'on se garde bien^ du reste, de faire honneur de cette création

aniqnement aa génie militaire da roi anglais ; Edouard y fut amené par la nécessité, qui a été si souvent la cheville ouvrière du progrès. Le levier qu'il employa est le même , à le bien prendre , auquel ont eu recours dans tous les temps, pour s'assurer la suprématie à la guerre, les pays de peu d'étendue territoriale et par conséquent de population restreinte; ce levier, c'est le service militaire obligatoire. Si le nom est, comme on le voit, trèsmoderne, actuel même, la chose est ancienne précisément chez le peuple qui y est le plus étranger aujourd'hui, et Ton peut établir par des preuves certaines qu'Edouard la pratiqua sur une large échelle.

Les textes qui démontrent ce fait sont tellement nombreux, qu'on ne pourrait les énumérer sans écrire un chapitre , non le moins intéressant, il est vrai, ni le moins neuf de l'histoire d'Edouard III, et cela n'entre point dans le plan de ce livre. Qu'il nous suffise de citer, entîe mille autres, une ordonnance par laquelle Edouard enjoint à tout Anglais, jouissant depuis trois ans de quarante livres de terre ou de rente, qui n'est pas encore homme d'armes, d'embrasser l'état militaire.

a Que ceux qui ont quarante livres de terre ou de rente annuelle dont ils ont joui pendant trois ans entiers, et qui ne sont pas encore hommes d'armes, aient à embrasser la profession militaire ^ » Une ordonnance

1. « Quod omnes illi, qui quadraginta libratas terne vel redditas per annam habeant et eas per très annos ÎDtegros tenaenint, et nondum sunt milites, ordioem sascipiant militarem.... • Rymer, Fœdera., vol. H, p. 899. Dans ce passage, miles doit être traduit par homme (ParmeSj non par chevalier, car en Angleterre, comme du reste dans les autres pays de l'Europe, la qualité de chevalier ne fut jamais une propriété héréditaire inhérente à la naissance comme le rang de gentilhomme ou à la position de fortune, mais bien un titre essentiellement personnel et viager. Cette ordonnance est du 20 décembre 1334, mais elle fut renouvelée plusieurs fois, notamment le 20 avril 1341 (/6id., p. 115), le 6 février 1366 ^Rymer, vol. III, p. 786).

complémentaire oblige, sous les peines les plus sévères, ceux qui ont vingt livres de terre ou de rente, & se pourvoir de chevaux, de harnais et des armures, tant défensives qu'offensives, propres aux hommes d'armes montés ; ceux qui possèdent quinze livres, & se munir d'un haubergeon, d'un chapeau de fer, d'une épée, d'un couteau et d'un cheval. Tout rentier de dix livres doit avoir un haubergeon, une épée, un chapeau et un couteau ; tout rentier de cent sous, un pourpoint, un chapeau de fer, une épée et un couteau; tout rentier de quarante à cent sous, une épée, un arc, des flèches et un couteau ; tout rentier de moins de quarante sous, de fausses guisarmes, des couteaux et autres menues armes ; tout propriétaire de moins de vingt marcs de capital, une épée, un couteau et autres menues armes. Enfin, tout Anglais qui ne se trouve pas compris dans les catégories précédentes, doit se procurer au moins des arcs, des flèches et des pieux^ Six mois plus tard, Edouard III ordonne que tous ses sujets prennent les armes, de seize ans & soixante'.

On voit parces exemples, pris, pour ainsi dire, au hasard dans l'immense collection des actes d'Edouard III, cornbien fut profond l'abime creusé parles institutions de ce roi novateur entre les mœurs, les habitudes des pays situés des deux côtés de la Manche. En France, la profession d'homme d'armes constitue un privilège exclusif que la noblesse revendique pour elle seule et qu'elle dispute au reste de la nation avec une sorte d'égoîsme jaloux,

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