‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 130 sur 291 · Manche, arr. Saint-Lo, c. Marigny · texte numérisé non relu

Manche, arr. Saint-Lo, c. Marigny

4. Lettres de rémission, datées de Paris en juin 1363, et accordées Charles, alaé flls et lieutenant du roi, à Jean et Jeannin Potier, frère Saint-Gilles, qui avaient pris vivres sur le plat pays, • comme, ou t< que les guerres commencièrent ou pais de Consientin, les ennemis, gloiz et Navarroiz, eussent pris et occuppé fors ou dit pais et rançonn

' villes et les habitanz dMcelluy pais tout environ..., et il soit ainssi qn

diz exposanz, qui touz jours se sont loyaument portez envers monseig et nous et n'avoient de quoy vivre en forteresse, se soient tenuz en 1m JJ 92, n- 272.

; T). Manclie. arr. Saint-Lo, c. Canisy.

! 6. Lettres de rémission accordées par Charles VI, en juin 13S1, à

Cuilleron de la paroisse de la Mancellière, en la banlieue de Sain

I m comme, environ vint quatre ans a, qqe les guerres estoient si gra

^ parties de Normandie, que les bonnes genz du plat pais ne savoiei

t retraire leurs biens ne aler à refuge hasiivemeni en ancanes forter

qu'ilz ne fussent surpris des Anglois et autres ennemis de nostre roya et que aucuns des genz de la dilte parroisse avoient fait fosses et cav

1 terre es quelles ilz avoient mis pluseurs de leurs biens à sanvelé

double des diz ennemis qui lors tenoient pluseurs forteresses on dit et environ ycellui. » JJ 119, n* 172.

Le cœur se serre quand on pense que des populations, qui avaient goûté toutes les douceurs du bien-être, vécurent pendant des années au milieu de telles angoisses. La royauté sut du moins apprécier le dévouement de sujets aussi fidèles, et rendit plus d'une fois un touchant hommage à leur patriotisme. « Les habitants de la terre qui se tient française et fidèle au roi et à nous , dit le régent dans un acte de décembre 1358, n'osent demeurer en leurs hôtels , maisons et habitations ; mais il a fallu que les uns se réfugient en marais, les autres en bois et les autres en villes fortifiées : ils ont tout laissé le leur pour Tamour du roi et de nous*. » « Nul bon Français, lit-on ailleurs, loyal envers le roi, nous et la couronne de France, n'osait alors habiter, demeurer ni converser au plat pays; mais force a été à ceux qui avaient quelque argent de se retirer dans les forteresses où ils ont vécu à grands frais et dépensé ce qu'ils possédaient, tandis que les indigents se réfugiaient dans les bois où ils ont soufTert beaucoup de misères et de mèche fs ^» Une sympathie vraie ne perce- t-elle pas dans ces lignes empruntées à des lettres de rémission du régent Charles, du futur Charles V? Et nous-môme, avouons-le, à la distance de cinq siècles, nous sommes profondément ému à notre tour devant tant de souffrances, nous qui sentons couler dans nos veines le sang de

1. ■ Les habitans de la terre, qui se tient françoisc et bienveuillani de nostre dit seigneur et de nous, n'osent demourer en leurs hostels, maisons et habitacions, mais a convenu les uns retraire en marois, les autres en bois et les autres en villes forteresses et divers pqis; et ont tout laissié le leur pour Tamour de nostre dit seigneur et nous. » JJ 87, n* 107.

2. • Nulz bons Françoiz et loyaulx envers monseigneur et nous et la couronne de France n'osoit habiter, demourer ne converser ou plat pais; mais convint que ceulz qui avoient aucune finence se retraisissent en fors où ils ont moult fraie et despendu en usant leurs biens à meschief ce qu'il avoient, et les autres se sont retrais en maroiz et en bois où il ont souffert moult de misères et meschiez. » JJ 92, n" 2'i2, ^ 84.

ces vilains du Colentin, de ces humbles martyrs du Ira-"

vail champêtre qui payèrent d'un te! prix l'honneur de

rester fidèles t. leur roi et traversèrent, sans désespérer

de Dieu ni de leur pays , d'ausssi épouvantables

épreuves.

Ce tableau des misères de tout genre dont soufTraient j les populations de l'Avranchin et du Cotentîn, lorsqu'à | la lin de 1357 Bertrand du Guesclin Tut appelée exercer J un commandement parmi elles, était nécessaire pour | faire comprendre la popularité que conquit bien vite le ] nouveau capitaine de Pontorson. Quel malheur que nous ne connaissions pas la vie si active de Bertrand dans ce poste diflicile, vie de surprises, d'embuscades, oïl il fallait fitre constamment sur la défensive ou prêt A prendre l'offensive, lantdt pour repousser, lan- Idt pour attaquer les garnisons navarraises d'Avranches et de Mortain qui poussaient des reconnaissances et se laissaient entraîner par la soif du pillage jusque sur la terre de Fougfres appartenant au comte d'Alençon'l '

La garnison d'Avranches paraît avoir été mi-partie d'Anglais et de Navarrais. Le connétable Richard Scholi et le receveur Guillaume de Tultebery' étaient Anglais; mais les principaux capitaines étaient Navarrais, notam-

t. Par acla dolé de Pnria rn mara I360{n. st.), Cb&rks, riigent, accorda des leUrea de rémiBBion à Guillot Leboul, de Saint-Jatnes de Berron, qai avait mis A mort Jacques Tircton, Anglois, fait prisonnier par Guillaume de Muchelinn, chevalier, alors bon et loyal Fronfaîs, lequel Jacques Tire- LoD et ti^s complio» les Natari-ois d'Avmnchcs • alloienl piller en la terre ite Fougiïrcs qui est i moascigacur d'Alencon. ■ JJ 87, n' 363.

2. Ilicliard • Chollv •■ , canni'lnble de la garnison, et Guillaume de Tnttftbery. - anglois, receveur d'Avranches •, sont mentioDDés dans des leUre de rémission accordAes, le 16 août I3â7, par Robert de Ctermoat, sire de fiosmont, marichn] et lieutenant du duc de Normandie, à Colin Talevai, clerc, de la paroisse de Bacilly (Manche, arr. Avranches, c. Sartillj}. JJ 89, nM81.

ment le fameux Bascon de Mareuil, le Bacon de Jean le Bel * et de Froissart'. Ce Bascon, l'un des plus audacieux chefs de bandes de son temps, avait débuté dans la carrière par un coup de maître; vers 1350 il s'était emparé par escalade du fort château de Comborn en Limousin où il avait fait prisonnier Archambaud, vicomte de Comborn, qui s'était rançonné à vingt-quatre mille écus. Au commencement de 1358, le 17 février, la veille de la Quadragésime, qu'on appelait au moyen âge le dimanche des Brandons, ce hardi partisan, profitant sans doute d'une absence de du Guesclin, vint mettre le feu aux barrières de Pontorson. Cette alerte n'eut pas de suite. Les gens d'armes de la garnison, sous la conduite de Guillaume Héraut, dit Patoul, accoururent éteindre le feu et firent si bonne contenance que le Bascon ne jugea pas à propos de pousser plus loin son attaque. Les Anglo-Navarrais d'Avranches serraient alors de si près Pontorson que leurs sentinelles avancées se tenaient à très-peu de distance des remparts de la forteresse française. Le lendemain de l'alerte donnée par le Bascon de Mareuil, Guillaume Héraut alla tuer par surprise l'une de ces sentinelles, un nommé GefFroi le Clerc, qui, caché derrière un arbre, le guettait lui et ses compagnons d'armes. Toutefois on peut se demander si Guillaume en cette circonstance n*avait pas masqué du prétexte de l'intérêt public une vengeance privée, car cet homme d'armes, poursuivi en justice à l'occasion de l'homicide qu'il avait commis, fut obligé de se faire délivrer par le régent des lettres de rémission*. On en est réduit, il faut bien l'avouer, à cet incident,

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