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fraient alors certains pays du continent avait de quoi satisfaire les imaginations les plus exigeantes. Si, après être descendus au fond du souterrain auquel la croyance populaire du moyen âge donnait le nom du lieu d'épreuves de l'autre vie, ces deux Italiens avaient voulu se faire une idée du monde infernal, de la méchanceté des démons, des souffrances des damnés, il leur suffisait vraiment de venir en France.
Les démons, c'étaient les brigands des Compagnies. Les damnés, c'étaient les gens des campagnes. Quand on a étudié d'après les documents originaux la situation de notre pays pendant la régence du dauphin Charles, le sentiment que l'on éprouve est une pitié mêlée d'épouvante. Dès les premiers mois de cette régence, la commune de Paris se met en révolte ouverte contreTautorite royale. Bientôt, les paysans à qui Marcel tend la main du moins au début se soulèvent à leur tour, et la fameuse jacquerie ensanglante TIle-de-France, le Beauvaisis, la Brie et la Champagne. Pendant ce temps, les Compagnies, à l'appel du roi de Navarre, commencent à fourmiller comme une hideuse vermine sur le cadavre de la France abattue. Charles le Mauvais, qui profite de sa mise en liberté pour attiser partout le feu de la discorde, Charles le Mauvais, qui tient toutes les mailles de ce filet où le dauphin est sur le point d'être enveloppé, joue selon son habitude Un double jeu : d'une part, pour se concilier la noblesse, il aide le régent & réprimer la jacquerie; de l'autre, il encourage dans leur rébellion les Parisiens qui l'élisent capitaine de leur ville*. Soudain, comme si cette tragédie n'avait pas assez de complications, un nouvel acteur y intervient, le plus redoutable de tous, quoiqu'il se cache sous un
l. Le vendredi lo juin 1358. Grandes Chroniques j l. VI, p. 115 et 116.
masque et reste dans la coulisse, c'est le roi d'Angleterre.
Depuis la victoire remportée par son fils à Poitiers, Edouard n'a qu'un but : se faire céder les plus belles provinces du royaume et arracher la plus grosse rançon possible en échange de la mise en liberté du roi Jean. €'est dans cette espérance qu'il a consenti à signer le 23 mars 1357 la trêve de Bordeaux et s'est engagé à ^'abstenir de tout fait de guerre jusqu'à Pâques 1359 {21 avril). Au commencement de 1358, certains préliminaires de paix sont arrêtés entre lui et son royal prisonnier, mais on refuse de les ratifier à Paris. Sur ces entrefaites, la guerre ouverte qui éclate entre le dauphin et Etienne Marcel, les progrès du roi de Navarre, la faveur croissante dont ce prince insinuant jouit à Paris, è Amiens, à Laon et dans quelques autres villes, vieuit nent ouvrir à l'ambition d'Edouard de nouvelles perspectives. Que, dans la lutte décisive qui paraît s'engager entre les deux beaux-frères, Charles le Mauvais, soutenu par ia faction du prévôt des marchands et de Robert le €oq, parvienne à l'emporter définitivement sur le régent et à le supplanter, l'implacable ennemi de Jean de Valois n'a garde d'y faire obstacle. Seulement, le rusé conquérant s'empresse de prendre ses précautions pour que, le cas échéant, il ne puisse perdre, par suite du triomphe <lu Navarrais, le bénéfice des victoires de Grécy et de Poitiers. Voilà pourquoi, dès les premiers jours de juin, lorsqu'il croit que le dénouement approche, il entre en négociations avec son cousin de Navarre. En même temps, comme il a une confiance assez médiocre dans la bonne foi de Charles le Mauvais, il fait occuper les forteresses de Poissy et de Saint-Cloud par ses gens d'armes. Ces Anglais ne tardent pas à s'emparer aussi de Creil et d'Argenteuil. Bientôt même, ils parviennent, sous
les ordres du fameux James de Pipe, capitaine d'Êpernon, à pénétrer dans Paris ' dont les habitants, après les avoir j admis i\ combattre parmi eux contre le dauphin, ne rougissent pas de les prendre à leur solde et de loger leurs principaux chefs au palais même du roi. Edouard s'était pourtant interdit, par la trêve de Bordeaux conclue l'année précéJenfe, tout acte d'hostilité contre le royaume pendant deux ans; mais il est convenu, pour sauver les apparences, que ces garnisons anglaises, cantonnées aux environs de Paris, feront la guerre au régent sous le couvert du roi de Navarre.
Celui-ci profite de la position ambiguë, déloyale du >| roi d'Angleterre vis-à-vis de Jean et du régent, pour 1 traîner les négociations en longueur. Ce qu'Edouard veut, Charles le Mauvais ne l'ignore pas, ce n'est rien de 1 moins que la couronne de France. Or le roi de Navarre <^st bien résolu, de son cûté, à s'approprier cette même i couronne si, comme il l'espère, la complicité de quelques meneurs dévoués  sa cause le rend maître de la capitale du royaume. La mort tragique de Marcel dans la ! nuit du ai Juillet, au moment même où le coupable et i infortuné prévôt se dispose à ouvrir les portes de Paris & l'allié des Anglais, vient anéantir ces espérances ou, si Ton veut, ces illusions. Dès te lendemain, Charles le ^ Mauvais, que cet événement a rendu plus modeste dans \ ses prétentions, invite ses plénipotentiaires à faire abou- i
I . ■ IpsA quaquc civiUs Pariaknsis proinii^it e\» (Anglis) fldoiii, et luper I hac. Me doniirius Jacobus de Pjpc cum Iriftinta vins inervasut est Fsri- T HÎiis videra cîvilatcm, spaciandi gratin. Cumque aliquandiu inonm Iraitis- 1 ECt ibidem, surreierunl quidam de civilalc et iaterfeceront amnes iltoà 1 triginla viroa. DomÏDaB Jacobus vero evaiail, adtniniculo unius de civit«(a 4 8u(Tullu8. . (TwïBden, HUt. Angl. Script.,t. It, col. MIS.) ■ El furent T Bticuns d'eulz logiez au palaiz du roj' de Praoce, c«mm« M<' Jamea Pippes, Jacques Standon, Jacques Plan lin, M>' Jelian Jouel, Thoinas Caun. • Chroii. deii Valoù.p.SO.S].
tir enfin les négocialions pendantes depuis plus d'un mois et à signer un traité, en se soumettant aux conditions posées par Edouard. Ce traité, daté du \" août et destiné évidemment à rester secret, consacre le démembrement de la France au profit des deux contractants. Le roi d'Angleterre se fait naturellement la part du lion, il s'adjuge le royaume de France proprement dit. Le roi de Navarre a pour sa part le comté de Champagne et de Brie. Comme les plénipotentiaires n'ont pu s'entendre au sujet de la Normandie, du bailliage d'Amiens et du comté de Chartres, le traité porte que les deux souverains décideront eux-mêmes de la possession de ces provinces à leur première entrevue. Sauf ces pays, le surplus du royaume doit revenir avec la couronne au roi d'Angleterre*.
Important au point de vue de l'histoire de Paris en ce qu'il éclaire d'un jour tout nouveau les deux derniers mois de la révolution dirigée par Etienne Marcel, le traité du !•' août 1358 offre un intérêt bien plus considérable encore au point de vue de l'histoire générale de la France. A la lumière de ce traité, les événements des^ quatre années comprises entre le désastre de Poitiers et le traité de Brétigny, les plus terribles peut-être de nos annales, apparaissent pour la première fois avec leur véritable caractère; c'est comme un éclair dans cette nuit sombre. On s'explique enfin, grâce à ce document, l'appui si actif, quoique plus ou moins déguisé, qu'Edouard prêta dès lors à Charles le Mauvais.
Désormais, en effet, les Anglais vont faire cause commune avec les Navarrais pour occuper et ravager notre pays. Le malheureux régent ne passera plus un seul
1. V. notre mémoire déjà cité : Négociations des Anglais avec le roi de Navarre pendant la révolution parisienne de 1358, dans les Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris j t. I, p. 113 à 131.