‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 181 sur 291 · Rymcr, vol. HI, p · texte numérisé non relu

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Juîgné auprès du duc d'Orléans fut sans doute couronnée de succès, car le capitaine de Pontorson est à peine de retour en France que nous voyons le roi Jean, par acte daté de Compiègne, le 14 juin, lui assigner la somme promise. Charles, comte d'Alençon, qui, en qualité de seigneur de Fougères, a dans sa mouvance la terre de Sens appartenant à Bertrand, veut aussi venir en aide à un vassal dont il a plus d'une fois éprouvé les services. Après la mort de Foulques, son père, dont elle était Tunique héritière, Jeanne Malemains, mère de notre héros, était restée quelque temps orpheline avant de se marier à Robert du Guesclin. Pendant cet intervalle où le service du fief s'était trouvé en souffrance, les seigneurs de Fougères, ancêtres du comte d'Alençon, avaient eu, selon la coutume féodale, le bail de la terre de Sens située dans leur relief et donnée à Foulques par lolande de Lusignan. ils avaient profité de ce bail pour reprendre une partie des donations et concessions faites par la dite lolande. Le comte d'Alençon s'empresse d'autant plus de réparer cette injustice que du Guesclin, pour payer sa rançon, a dû engager tout ce qu'il possède. Par acte daté d'Alençon le 21 juillet, en présence de son frère Philippe, archevêque de Rouen, Charles, seigneur de Fougères, « considérant le bien, prouesse et vaillance de Bertrand, > remet celui-ci en possession de toute la terre de Sens et de tous les droits dont avait joui son grand-père*.

Du Guesclin déploie tant d'activité, et ses protecteurs ou amis le secondent si généreusement que, dès le 18 octobre *, il a trouvé le moyen de faire honneur à ses engagements. A cette date, sa rançon doit être payée, puisque

1. Dom Morice, Hist. de Bret,, Preuves, 1. 1, col. 1541 à 1543.

3. Bibl. NaU, dép. des mw., Titres originaux, au mot du Guesclin.

nous le voyons reprendre du service. C'est que, malgré la paix qui est censée régner depuis la conclusion du traité de Brétigny, le roi de France n'a jamais eu plus besoin de recourir au dévouement de Bertrand et à son ardeur guerrière.

Un mois environ après la mort de Thomas de Rolland, Edouard III a institué Jean Chandos son capitaine général sur le continent *. Il a chargé, notamment, ce brave chevalier de faire évacuer les forteresses que les Anglais occupent encore dans les provinces dont la possession est laissée au roi de France. Chandos vient donc à Paris réclamer, au nom de son maître, la livraison des provinces cédées en vertu du traité de Brétigny. On dirait que le roi de France prend à tâche de fuir l'envoyé du roi d'Angleterre et cherche tous les moyens de retarder l'entrevue. Quand Chandos arrive à Paris, Jean s'est déjà sauvé à Melun, et sitôt qu'il apprend que l'ambassadeur anglais se dispose à le relancer dans cette dernière ville, il court se réfugier à l'abbaye de Barbeau, près de Château-Thierry. Le jour où il faut enfin s'exécuter, le vaincu de Poitiers prétexte une saignée pour ne recevoir Chandos que dans l'après-midi. Si le roi de France se fait saigner, n'allez pas croire qu'il soit malade. Non, mais il a peur de l'effroyable coup de lancette que l'Anglais s'apprête à donner dans les plus belles provinces de son royaume, et tout son sang en bouillonne à l'avance *.

L'entrevue a lieu. En retour du sacrifice vraiment cruel auquel il vient de se résigner, Jean ne dissimule

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