‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 196 sur 291 · Finistère, arr. Norlaix · texte numérisé non relu

Finistère, arr. Norlaix

lies de Bretagne, sa part de la cargaison d'un naTÎre capturé par ses gens d'armes sur les partisans de Montfort. Du Guesclin se trouvait là dans une région assez voisine de la Roche-Derrien et de Tréguier. Il put assister par conséquent à la cérémonie mémorable, contemporaine précisément de son séjour à Saint- Pol-de-Léon, où Charles de Blois, sans doute pour remercier Dieu des brillants succès que ses troupes venaient de remporter, parcouru l à la fin de l'hiver de 1363 l'espace de deux lieues qui sépare la Roche-Derrien de Tréguier, en portant, pieds nus et couvert seulement d'une chemise, à travers la campagne glacée et couverte de neige, la châsse de saint Yves, pendant que les Bretons, témoins attendris de cette humilité poussée jusqu'au martyre, se dépouillaient de leurs vêtements pour les étendre sur le passage de leur duc*. Bertrand, dont Tâme ne devait rester insensible à aucun genre d'héroïsme, se rappelait peut-être cette scène émouvante, lorsqu'à son lit de mort il ordonnait, par une des clauses de son testament daté du siège devant Châteauneuf de Randon le 9 juillet 1380, d'envoyer un pèlerin prier pour lui aux tombeaux de saint Charles de Blois et de saint Yves, en recommandant de faire à chacun de ces deux sanctuaires une pieuse offrande.

Les succès, obtenus dans cette campagne par le lieutenant de Charles de Blois, sont d'autant plus brillants (jue Carhaix et Saint-Pol-de-Léon, situés en Bretagne bretonnante, appartiennent à une région où l'influence de Montfort avait été jusqu'alors prépondérante. Dans la Bretagne française, les armes du mari de Jeanne de Penthièvre ne sont pas moins heureuses. Robin de Vaucouleur, un autre de ses lieutenants, se rend aussi mat-

]. Voyez plus haut, chap. II, p. 36.

tre à la môme époque de la Roche aux Anes, lieu fort dont on ignore la position précise, mais dont il faut chercher remplacement sur les bords de la rivière de Rance.

Sur ces entrefaites, le roi Jean a quitté dès la fin de septembre 1362 sa capitale désolée de nouveau par une épidémie meurtrière*. Il est arrivé le 20 novembre à Villeneuve, quinze jours environ après le couronnement du nouveau pape Urbain Y. Il se tient depuis lors dans ses villes du Midi et surtout à la cour d'Avignon. II y passe rhiver en fêtes chevaleresques dont la présence de deux autres souverains, Valdemar III, roi de Danemark*, et Pierre I*% roi de Chypre*, rehausse encore Téclat. Pierre I*"^, que ses victoires sur les Infidèles ont rendu populaire dans la chrétienté, fait son entrée à Avignon le mercredi de la semaine sainte. Le surlendemain de Tarrivée du roi de Chypre, le vendredi saint 31 mars 1363, les trois rois,t comme on se plaît à les désigner, prennent la croix pour répondre à rappel entraînant du pape qui la leur remet en grande pompe. Urbain V a voulu prêcher lui-môme la croisade, mais rimmense multitude, accourue pour Tentendrc, après avoir été subjuguée un moment par le prestige d'une éloquence qu'échauffe un cœur d'apôtre, n'a besoin que de réfléchir ensuite froidement à ce

1 . André Simonet, de Lucques, marchand de draps d'or et de soie à Paris, rue Ncuve-Saint-Merri, se rendit à Bruges en septembre 1362 « tam ob dubium mortalUatis épidémie ParisiiAS tune incipienlis quam pro loquendo cum aliquibus societatis Guenisiarum tune Brugis existentibus. » Arch. Nat., secl. jud., X^ 8, f" 41. — L'inventaire du magasin de ce marchand est fort curieux (f^ 41 à 43).

2. Valdemar IH fit son entrée à Avignon le 26 février 1363. Vitœpap. Aven. y t. I, col. 401.

3. Pierre I" fit son entrée à Avignon le mercredi 29 mars 1363. /6id., col. 401, 983.

projet pour perdre aussitôt toute foi en ses chances d'exécution.

Plus prompt à Tenthousiasme que préoccupé des moyens pratiques d'améliorer le sort de ses sujets, le roi Jean aurait certes une croisade à faire. Cette croisade qu'il pourrait accomplir sans mettre le pied hors de ses États, ce n'est pas contre les Sarrasins, c'est contre les gens des Compagnies, Anglais, Gascons, Navarrais, Bretons du parti de Hontfort, dont son royaume est plus que jamais infesté, qu'il devrait l'entreprendre. En vain, par un mandement, en date du 18 janvier 1363, le roi d'Angleterre a fait sommer les chefs de quelques-unes de ces bandes, notamment James de Pipe et Hugh de Galverly, de vider les provinces laissées à Jean en vertu du traité de Brétigny^ L'audace de ces brigands ne connaît bientôt plus de bornes. Le jeudi saint' de cette année^ cinq cents d'entre eux ne craignent pas d'attaquer Orléans, et ils auraient réussi à prendre cette ville, si un enfant n'avait, comme par miracle, réveillé les sentinelles qui dormaient*. Un routier anglais qui, au commencement de l'année précédente, s'est emparé de Vendôme dont il a rançonné lecomte à quarante mille florins*, Robert Markaunt, peu après la tentative contre Orléans, fait une excursion jusque dans la banlieue du Mans, où il essaye de surprendre, au moyen d'une feinte, le château de Touvoie * appartenant aux évoques de cette ville ; mais

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