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c'est un aigle qui se met à la tête d'une bande de vautours.
Les reines Blanche et Jeanne ne laissent pas, malgré les promesses faites à Charles Y, de souhaiter ardemment le triomphe de leur frère et de leur neveu. L'arrivée du généralissime navarrais est une occasion qu'elles saisissent de manifester avec éclat leurs véritables sentiments. Le lundi 13 mai*, avant d'aller prendre le commandement de son armée, Jean de Grailly assiste à un grand dîner que la reine Blanche donne en son honneur au château de Vernon. La reine Jeanne, qui assiste à ce dîner, nourrit depuis longtemps un sentiment tendre pour le brave et séduisant captai. On prétend même que le roi de Navarre a promis la main de sa tante au seigneur gascon, à la prière du prince de Galles. A la fm du repas, au moment des adieux, cette princesse donne un baiser' à son amant comme une récompense anticipée de la victoire qu'elle attend de lui. Mais, hélas I elle a passé l'âge où une femme est en droit de tout exiger en retour d'une telle faveur. Veuve de Char-
1. « Le lundi des fcries de PeDtliecoustes. » Chronique des quatre premiers Valois j p. 144. En 1364^ le lundi de la Pentecôte est tombé le 13 mai.
2. « Et au départir baisa (il s'agit du captai) madame Jehenne, car le roy de Navarre, à la requeste et prière du prince de Galles, lui avoit accordé qu'il l'auroil à femme. Moult plut celui baisier au captai, car madame Jchenne estoit une des plus belles dames de Creslienlé. » Chronique des quatre premiers Valois, p. 145. — Celle madame Jeanne est bien la Teuve de Charles le Bel, car c'est elle qui après la prise du captai lui flt obtenir quelques jours d'élargissement afin qu'il pût venir la voir à Château • Thierry, d*où cette princesse a daté plusieurs de ses actes (Arcli. Nal., K 185, n* 12, pièce 12*^). C'est elle aussi qui fit assigner comme lieu de détention au vaincu de Cocherel, au lieu du Marché de Meaux, Paris où elle habitait pendant une partie de l'année le magnifique hôtel de Navarre, sis entre la porte de Saint-Germain et Thôtel des archevêques de Rouen, que lui avait donné son mari Charles le Bel (K 47, n*' 48' et 48^). Voyez le n* Lxi des pièces justificatives.
les le Bel, mort en 1328, Jeanne de Navarre a déjà, depuis quelques années, atteint la cinquantaine. Dans cette saison de la vie, les baisers ont beau être donnés par des lèvres royales, ils ne forcent plus la victoire.
Le lendemain de cette fête, le mardi 14 mai, le captai de Buch passe la journée à concentrer ses forces entre Vernon, Pacy et Évreux. Il sait que depuis le commencement de mai, duGuescIin reçoit sans cesse des renforts à Rouen où il a établi son quartier général et que les Français doivent bientôt entrer en campagne. C'est pourquoi, il donne Tordre à ses gens de s'avancer dans la direction de Pont-de-FArche, afin découper, s'il est possible, à ses adversaires le passage de la Seine. Le mercredi 15, l'armée navarraise se met en mouvement de grand matin. Au moment où l'avant-garde longe un bois, elle rencontre en route un héraut du roi d'Angleterre.
Ce héraut, nommé Faucon, arrive du camp ennemi; et le captai, qui le connaît de longue date, lui demande d'où il vient et s'il a des nouvelles des Français. « Oui, de par Dieu, monseigneur, répond Faucon; j'arrive de leur camp ce matin môme : ils vous cherchent aussi et ont grand désir de vous trouver. — Et de quel côté sontils, reprend le captai , sont-ils au delà de Pont- de-l'Arche ou en deçà? — Ma foi, sire, dit Faucon, ils ont passé Pont-de-r Arche et ils ne doivent pas être loin de Pacy. — Combien de gens sont-ils et quels capitaines ont-ils? Dis-le moi, je t'en prie, doux Faucon. — Ma foi, sire, ils sont bien quinze cents* combattants, et toutes bonnes troupes. Il y a Bertrand du Guesclin dont les Bretons forment la compagnie la plus nombreuse, le comte d'Auxerre, le vicomte de Beaumont, Louis de Chàlon, le
1. Diaprés Cuvelicr, les Français étaient au nombre d'onze cents combattants. Chronique de D, du Guesclin, t. I, p. 156, vers 4231.
sire de Beaujeu, le maîiredes arbalétriers', TArchiprêtre*, Oudart de Renty. îl y a aussi des hommes d'armes de votre pays de Gascogne, les gens du seigneur d'Albret, Petiton de Curlon, Perducas d'Albret. Il y a enfln Amanieu de Pommiers et le soudic de la Trau. » Le captai est stupéfait en entendant nommer les Gascons ; le sang lui monte au visage, et il reprend en disant : < Faucon, Faucon, est-ce bien vrai ce que tu dis, que ces chevaliers de Gascogne dont tu viens de prononcer les noms, sont là, et aussi les gens du seigneur d'Albret? — Sire, dit le héraut, je vous jure que oui. — Eh bien ! s'écrie le captai avec un accent de colère et en se prenant la télé à deux mains, par le cap Saint-Antoine, Gascons contre Gascons s'éprouveront*. Et où est donc le sire d'Albrel? ajoute-t-il après un silence. — Sire, répond Faucon, il est à Paris, auprès du nouveau roi qui s'apprête à se rendre à Reims, car le bruit court partout que dimanche qui vient* il s'y fera sacrer et couronner. — Faucon, si Dieu et saint Georges nous voulaient aider, je pourrais bien prendre les devants sur son couronnement*.» Le captai refuse ensuite de donner audience à un autre héraut