BERTRAND DU GUESCLIN. I - J
19k CHAPITRE VII.
Un arrêt inédit du parlement ', où noire héros n'est pa: nommé, mais oii figurent Olivier de Porcon et Jean Hogar ou Uongar, les deux plue inséparables compagnom de Bertrand, nous révèle la rùgion qui fut alors le principal théâtre de ses exploits et aussi le caraclëre parMculier de la guerre qu'il lit aux Anglais, il dut prendre pour base d'opérations les Torteresses Trançaises de Ponlorson, de Dinan et de Fougères. C'est aux environs de cette dernière place , non loin de Bazouges ' , que Guillaume de Saint-Hilaire, chevalier, sire de Montagu, e1 quatre écuyers, parmi lesquels on cite Olivier de Porcor et Jean Hogar, arrêtèrent un seigneur anglais nommé Jean Berkeley, prisonnier de Jean de Chaponnols écuyer français, au moment où il allait rejoindre l'armée du duc de Lancastre campée devant Rennes, pour se procurer l'argent de sa rançon. La présence de Porcon et de Hogar nous autorise à supposer que leur chel opérait dans la région oii fut fait ce coup de main, quoiqu'il n'y ait pas pris une part personnelle. Jean Ber keley avait été arrélè et détenu au mépris d'un saufconduit que le capitaine d'Alençon lui avait délivré. Aussi Jean de Chaponnois, menacé de perdre une rançon de quinze mille livres tournois que son prisonnier lui avait promise, assigna devant le parlement les compagnons d'armes de du Guesclln qui furent condamnés à restituer Jean Berkeley à son premier maître, et à payer au roi une amende considérable.
La région, très-boisée aujourd'hui encore, qui s'étend entre Pontorson, Dinan, Fougères et Rennes, seprétail Li merveille au genre de guerre que Bertrand fit aux Anglais pendant les premiers mois du siège de Rennes,
Il a'avait pu arriver assez tôt pour s'enferma* dans \m ptace avaat rinvestissement * ; il se dédommagea de œ^ contre-temps en attaquant sans cesse les denrières de l'armée assiégeante ou les partis isolés qu'il pouTait surprendre. Après chaque affaire^ il se retirait soil à PoatorsoBy. soit & Dinan, soit à Fougères, selon quel'expéditiofi avait eu lieu aux environs de l'une ott de Tautre de ces trois forteresses. Sa petite troupe se composait de soudoyers de Poniorson et des garnisons voisines auxquels vinrent se joindre sans doute quelquesuns de& anciens gars du Fougeray. D'Argenlrë cite parmi les compagnons d'armes de Bertrand à cette époque Lucas de Haillechat, Henri Leraut, Jean Eongar,. OUvier de Porcon, Robert de Pleguen ^
A cette période de la vie de notre héros se rattachetout naturellement son fameux duel contre Thomaa de Canterbury qu'il est impossible de placer en 135^^ comme Tont fait jusqu'à présent d'après Cuvelier tous^ les historiens'. Nous avons vu plus haut qu'au mois de
1. « Mais Bertran de Guesclin se fu es bois boutez, A tanips n'i pot venir que D*i pot estre entrez. »
{Chron. rimée, éd. ChaiTiôre, 1. 1, p. 42, vers 1078 et 1079.^
2. Hist. de Brel.j troisième éd., liv. VI, chap. xxxiii, p. 403.
3. Cavelier veut bien convenir (éd. Charrière, L 1, p. 9&, vers 26R el 2615); « qu'on ne sait pas le temps certainement » oU ce duftl eot liflo* Toutefois, il se décide après quelque hésitation à le placer ea 1359, pea avant Tinvasion d'Edouard qui débarqua à Calais le 30 octobre de cetfcfta&née. Du Guesclin se serait battu contre Thomas de Canterbury pendant que le duc de Lancaetre assiégeait Dinan. Or en 1359, œ n'est pas Benriy duc de Lancastre, remplacé dans son gouvernement dès le moia d'aoAi 1358 (Rymer, lU, 403), c'est Robert de Herle qui était lieutenant dans le duché pour le roi d'Angleterre {Ibid^ p. 404, 421, 431). D'ailleurs, ni le» àcHoê ni les chroniques du temps œ font mention de ce prêtendik aiégp de Dinan qui eût été contraire à la trêve de Bordeaux renouvelée à Laftdres le 18 mars 1359 et prorogée jusqu'au 24 juin suivant oin laBieta^pift^ était nommément comprise {Ibid.y p. 422 et 423). Au eomnAeneenieni de cette année, le duc de Lancastre était en Angleterre où il aieiatiit aa
janvier 1357, Dinan était le boulevard des Torces françaises envoyées par le dauphin pour faire lever le siège de Rennes. Dans ces conditions, qui ne comprend que le chef de l'armée assit'^goanle avait le plus grand inlérél à se rendre maître d'une place d'oîi l'ennemi menaçait sans cesse ses derrières! On peut donc supposer, sans invraisemblance, qu'A une certaine période de l'investissement de Rennes, probablement pendant les deux premiers mois de 1357, le duc de Lancastre mit le siège devant Dinan. Les habitants se trouvèrent tellement pressés qu'ils conclurent une trêve avec le prince anglais; ils s'engageaient à lui rendre leur ville s'ils ne recevaient pas de secours dans un délai fixé.
Un frère puîné de Bertrand, alors fort jeune, Olivier du Guesclin, faisait partie de la garnison de Dinan oii il servait comme archer A cheval dans la compagnie de Jean Raguenel. Un matin, il prend fantaisie h ce jouvenceau de profiter de la trêve pour chevaucher tout seul aux environs de la ville assiégée. Un chevalier anglais, nommé Thomas de Canterbury', le rencontre, le
mariage de Blanche ia G lie avec Jean de Gand, l'ua dos DU d'ËdoDard III; A la Un de «eplenibre, il paesaîL le délroil el en octobre il nvageail l'Arlois ainsi qae la Picardie {ChroniqiitadcJ. Froiisart,l. V, |i. lvi et it.i). Henri du Knigliton, chanoine de Lcicestcr donl Ile >ri, duc de Lancastre, était Hcigneur (Twy»dun, Hût. Angl. Scri/il., t. Il, col. 36îâ ci 36î6), n'aurait [laa manqua de parler de ce Mtge, s'il avait eu lieu, Ini qui relate avec tant de eoin dana la chronique tous les laïla de guerre du vainqueur d'AafKroche. On no saurait davantage rapporter le combat aingulicr de Bertrand contre Thomas de Canterbury aux mois de juin el de juillet 1359, puisque 4u Guesclin asaistait alors, comme nous le verrons plus loin, au mége de Uelun. Pierre Lebaud [Hhl. de Brel., éd. d'Hoiicr, Paris, 1638, p. 31â) place aussi le siAge de Dinan bu printemps de lïâ9, maïs il ne fait «via -demmeat que suivre la version de Curelier, et s'il indique quarante Jours an lien de quinze jours pour la durée de la Irdvc, cette variante eal -duo h une Icfon de quelque manuscrit autre que les deux qui ont éti' mi* à profit (lar CbarriËrc.
1. Cuvelier dit que ce clicvaticr était frÈre de l'arclieVêque de tanicf-
fait prisonnier et exige, pour lui rendre la liberté, une rançon de mille florins. Bertrand, cantonné à ce moment entre Dinan et Pontorson , est informé de TarreslatioQ de son frère par un chevalier breton qui revient du camp anglais. A cette nouvelle, il rougit « comme un charbon », monte à cheval et se rend à la tente du duc de Lancastre. Il trouve le prince jouant aux échecs*. On offre à du GuescUn le vin de la bienvenue. « Je ne boirai, répond Bertrand, que quand on m'aura fait justice. » 11 expose le grief qui l'amène et accuse Thomas de Canterbury d'avoir violé la trêve en arrêtant son jeune frère. Le duc de Lancastre fait venir aussitôt le chevalier dont se plaint du Guesclin, et lui dit :
a Voici Bertrand qui vous vient accuser de ce que, malgré le répit accordé aux assiégés, vous avez aujourd'hui pris son frère et le voulez rançonner comme votre prisonnier. Qu'avez-vous à répondre?
— Sire, répond Thomas en toisant du Guesclin avec arrogance, si ce Bertrand que je vois ici prétend soutenir que j'ai fait chose dont on me doive bldmer et que loyal chevalier ne puisse faire, voici mon gage : je suis, prêt à prouver mon bon droit en champ de bataille,, corps à corps, pair à pair. »
Bertrand, sans dire d'abord un tout seul mot, s'élance pour saisir le gage.
bury; il se serait appelé alors Thomas de Isicp, puisque Simon de Islep avait succédé en 1349 à Thomas Bradwardyn dans la dignité de primat d'Angleterre.
1. D'après Cuvelier (éd. Charrière, t. I^ p. 82), le duc do Lancastre jouait une partie d'échecs avec Jean Chandos, en présence des comtes de Monlfort, de Pembroke et de Robert KnpUes. On remarquera que le troavère indique ces mêmes seigneurs comme faisant partie de Tentourago du duc de lancastre au siège de Rennes antérieur de trois ans, s'il fallait l'en croire, au siège de Dinan. II y a tout lieu de penser que Jean Chandos n'a assisté ni à l'un ni à l'autre de ces événements militaires.
o J'arceplo votre défi, s'écrie-tril aussitôt qu'il tient ie ^age en sa main, et devant les barons je vous ixsmbat- 4rai avant qu'il soit nuit. Faux chevalier 1 traître! tous mordrez la poussière devant tous les seigneurs, ou h fMMite mourrai.
— Je ne vous ferai pas défaut, n'ayez crainte, reprend le chevalier anglais. Jamais nul jour en lit ne dormirai jusqu'il ce que je vous aie combattu.
— Et moi, riposte Bertrand, je le jure par la sainte Trinité, jamais ne mangerai que trois soupes au' vin Avant que je soie armfi,
— Je vous ferai Irien équijx'r, dit à du Guesclin un chevalier de l'entourage du duc de Lancastre, et vous prêterai mon meilleur destrier, car je veux de vous deux 4antAt voir l'essai. »
La nouvelle du combat qui doit avoir lieu ne tarde pas -à se répandre dans la ville assiégée. Toute la population s'en émeut. Bourgeois et bourgeoises désirent tellement le succès de Bertrand que l'issue de ce duel les préoc- ^:upe. Une noble damoisclle de Dinan, qui se pique de <:onnaltre l'avenir, rassure ses compatriotes en leur annonçant à l'avance que Bertrand sera vainqueur.
Fille de messire Robert Raguenel, dit Robin, el de -Jeanne de Dinan, vicomtesse de la Bellifcre, Tiphaine Raguenel avait alors vingt-quatre ans. Très-versée dans l'astronomie et la philosophie , clic passait pour la fille la plus sage et la plus instruite qui fût clans tout le pays. On racontait même qu'une fée avait présidé à sa naissance et l'avait douée du don de prophClie. Comme Jes femmes en général et les Bretonnes en particulier, la fille de Robert Raguenel devait fitre sensible à la
I. Tntàaoupetau l'in, trois mom^aux àt pain trompés dans àa ■CVsl auisi, coiuQie chacun sait, r«cceplioD de l'anglais nop.
gloire, et un brave, si laid qu'il fût, avait grande chance de faire battre son cœur. Aussi, dans la circonstance dont il s'agit, un sentiment aussi vif que tendre rendait sans doute plus perçante encore la seconde vue de Tbiphaine. On est d'autant mieux fondé à le supposer que, quelques années après cet incident, la belle devineresse épousa notre héros. Un écuyer nommé Amauri s'empresse de rapporter à du Guesclin l'augure favorable qui le concerne. Bertrand, loin de se montrer touché de cette prédiction, affecte l'indifférence et y répond d'une manière fort brutale, < Va, fou; dit-il au messager, sottises que tout cela ! Qui à femme se fie n'est guère avisé : en femme n'a de sens non plus qu'en la brebis. »
Deux amis de Thomas de Canterbury, Robert Knolles et Thomas de Grandson, essayent en vain, au dernier moment, de faire la paix entre les deux champions. Du Guesclin ne veut entendre parler d'aucun accommodement. Le combat a lieu sur la place du marché de Dinan en présence du duc de Lancastre, que l'on a laissé entrer dans la ville avec une escorte de vingt chevaliers, et de la plus grande partie des habitants accourus pour assister à ce spectacle. A la première passe, les deux adversaires se précipitent l'un contre l'autre avec tant d'impétuosité que leurs lances se brisent et volent en éclats ; ils saisissent alors leurs épées. Longtemps, ils se frappent d'estoc sans parvenir à s'entamer, tant leurs armures sont impénétrables. Enfm, dans un effort désespéré que fait Canterbury pour fendre la tète de son adversaire, son épée porte à faux et lui échappe delà main. Bertrand descend aussitôt de cheval, ramasse Tépée et la jette hors du champ. L'Anglais, n'ayant plus d'autre arme que sa dague, refuse de combattre à pied, comme du Guesclin l'y invite à plusieurs reprises. Celui-ci se débarrasse en toute hÂte de ses armures de jambes qui le
gênent, afin d'avoir toute la liberté de ses mouvements* Grâce à cette précaution, au moment où Thomas fond sur lui pour l'écraser sous le poids de sa monture, Bertrand réussit à esquiver la charge. En même temps, il enfonce son épée dans les flancs du cheval qui se cabre^ tombe et entraîne son cavalier dans sa chute. Bertrand se précipite sur son adversaire « comme lion crété », arrache le casque ou bassinet qui lui couvre le visage et le frappe si fort à la tête avec ses gantelets de fer que Thomas de Canterbury est bientôt aveuglé par son propre sang. Le capitaine de Dinan et quelques autres chevaliers, tant anglais que français, s'interposent : « Ami Bertrand, vous en avez assez fait. L'honneur de la journée est pour vous.
— Beaux seigneurs, laissez-moi terminer ma bataille; car, par la foi que je dois à Dieu le droiturier, ou il se rendra mon prisonnier comme il a tenu Olivier mon frère, ou je vais le tuer sur l'arène de ce champ clos.
— Bertrand, lui crie Robert Knolles, veuillez bailler votre champion au duc de Lancastre qui vous en saura gré et vous en tiendra bon compte. Vous en avez assez fait : il est à votre merci.
— Je l'octroie, répond Bertrand, tout à votre désir. » Bertrand s'avance ensuite vers le duc et, se mettant à
genoux :
« Noble duc, je vous prie et requiers, ne me veuillez haïr ni blâmer si j'ai maltraité ce meurtrier. Ne fût pour votre amour, il eût été occis.
— Il n'en vaut guère mieux, dit en souriant le duc. De tant qu'en avez fait, on vous doit bien priser. Votre frère Olivier sortira de prison, et il aura mille livres pour s'équiper. Vous, vous aurez les armes du félon chevalier et son cheval aussi. Quant à lui, jamais à ma cour il ne pourra reparaître, car les traîtres n'y sont pas admis. »
Le duc de Lancastre prend ensuite congé des habitants de Dinan après avoir bu le vin d'honneur qu'ils lui offrent et regagne son camp. L'heureuse issue du combat met le comble à la renommée de Bertrand. Dès lors aussi, on a plus de confiance encore qu'auparavant dans le sens divinatoire de Thiphaine Raguenel, dont la prédiction s'est si bien réalisée.
Peu après le duel de du Guesclin contre Thomas de Canterbury et avant l'expiration de la trêve, les assiégés reçurent sans doute du dauphin Charles les secours qu'ils attendaient. N'espérant plus après l'arrivée de ces renforts se rendre maître de Dinan, le duc de Lancastre leva son camp et alla rejoindre le gros de son armée qu'il avait laissé devant Rennes. Les forces anglaises se trouvèrent ainsi concentrées autour de cette dernière ville qui fut soumise au plus étroit blocus. Dès le début du siège, le duc, ne pouvant prendre Rennes d'assaut, avait entrepris de l'investir. 11 avait échelonné ses troupes sur tout le circuit des remparts de cette place dont il faisait surveiller les portes et dont ses détachements commandaient les principales issues. Il voulait obtenir ainsi par la famine ce qu'il n'osait demander à la force ouverte,et il y aurait réussi s'il n'avait trouvé dans du Guesclin le plus terrible et le plus infatigable des adversaires.
Embusqué dans les forêts qui avoisinent la capitale de la Bretagne, Bertrand se donne pour mission d'inquiéter, de harceler sans cesse les Anglais. Il court la campagne, rôdant autour des partis ennemis et épiant leurs moindres mouvements; il intercepte leurs convois, enlève leurs quartiers, détrousse leurs vivandiers, tombe à l'improviste sur leurs fourrageurs et leur fait presque tous les jours des prisonniers. Il met de l'intervalle entre chacune de ses escarmouches ou il en change complètement la direction, afin que l'on soit moins sur
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ses gardes; puis, soudain il revient à lacliarge au mo-, ment oix l'on y pense le moins. Pai-rois même, il prolîlei, de l'obscurité de la nuit pour aller réveiller les assié-i géants jusque dans leur camp et s'esquive aussitôt qiiQj l'alarme est donnée, non sans avoir mis le Feu aux tenitii des Anglais.
Dans une de ces attaques de nuit, du Guesclin réussit à s'emparer de quatre chevaliers anglais. L'un de cef prisonniers est cliargé d'aller dire au duc de Lancastra^ qu'on le laissera en repos, lui et ses hommes, s'il veut permettre à Bertrand et ù ses gens d'entrer dans la villft» ] On répond à cette demande par un refus, et le siège n'en est poussé qu'avec plus de vigueur.
Le due de Lancastre a juré de n'abandonner la partie^] que quand il aura fait flotter sa bannière sur les créneaux des remparts de Itenncs. Après plusieurs assaut&i infrucliicuv, il se décide à employer la mine. L« commandant de la place ussiégée évente cette mine, en en^ joignant à tous les habitants dont les maisons sont attenantes aux remparts, de suspendre dans leurs salles basses de petits bassins de cuivre, afm de pouvoir se rendre compte par la vibration de ton t ébranlement pro» duit dans les profondeurs du soi. On découvre ainsi la point précis des remparts sous lequel les assiégeants oot creusé une galerie souterraine, et on peut la contre-miner. Une fois la mine éventée, Bertrand de Saint-Pern, Geof- Troi de Saint-Barthélemi, GcofTroi Dupont, connétable de Rennes', s'y précipitent l'épée à. la main et massacrent bon nombre des travailleurs anglais dont ils détruisent l'ouvrage.
Furieux de cei échec, Lancostre a recours à un autre
I. Cm Irois noms sont donnés par Berlrand d'Argenlré (Wùloire da ] Bretaffiu, p. 404). D'après le vieil historien breton, DortrAud de Saint- | P«ni, et nOD Pcnhoët, aurait été capitaine dr Ronnes.
stratagème pour venir à bout de la résistance de la garnison. Il sait que les habitants de Rennes, par suite de rinvestissement de leur ville, souffrent depuis quelque temps de la disette de vivres et que la viande surtout commence à leur manquer; il fait donc Wcher un troupeau de porcs* aux abords des fossés, pensant que les asiégés ne résisteront pas à cet appât et sortiront pour s'emparer d'une sî riche proie. Le capitaine de Rennes devine le piège. « Laissez-moi faire, dit-il à ses gens, nous aurons les porcs des Anglais sans courir aucun risque. »
Il ordonne d'amener et de suspendre par les pieds une truie près d'une des portes* de la ville en face d'une prairie où paît le troupeau dont Lancastre fait à dessein l'exhibition ; on a soin en même temps d'abaisser le pont-levis. La truie ainsi suspendue se met à pousser de tels grognements que presque tous les porcs de la prairie voisine accourent sur le pont. On s'empresse alors de la détacher et de la faire rentrer dans Tintérieur de la place où elle entraîne la plus grande partie du troupeau des assiégeants. Le tour une fois joué, on relève le pont; et, quand les Anglais se présentent : « Vous nous devez des gages, leur crient ironiquement les assiégés du haut des remparts ; ne vous en allez pas sans nous les payer, puisque c'est nous qui sommes mainte • nant vos porchers. »
Malgré ce ravitaillement inattendu, les habitants de Rennes ont bientôt épuisé leurs provisions et commencent à être en proie & la famine. Le commandant de la