‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 89 sur 291 · Fist bien quatre mil pors venir et aasambler · texte numérisé non relu

Fist bien quatre mil pors venir et aasambler

{Chron. rimie, L I, p. 46, vers 1208.)

2. S'il faut en croire Bertrand d'Argentré (Hist, de BretagrUy p. 404), il s'agirait dans ce récit de la poterne Saint-Yves donnant sur le pré Raoul où paissaient les porcs des Anglais.

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place assiégiie réunit alors un conseil et propose i voycr un messager à Nantes où l'on croit que se trouve Charles de Blois, pour informer ce prince de la situation; mais la dilTiculté est de travi^rser les lignes du duc de Lancastre. Un bourgeois, qui n'a plus rien i donner  manger à sa femme et à ses nombreux enfants, offre de se charger du message. On convient qu'il se présentera ù l'ennemi comme un déserteur, et l'on fait semblant de courir à sa poursuite pour donner plus sûrement le change aux assiégeants. ArrClé aux avant-postes et conduit à la Icnlc du duc de Lancastre, ce bourgeois dit que les assiégés sont sur le point de mourir de faim, mais qu'ils attendent pour le lendemain un convoi de quatre ou cinq mille Allemands auxîliaircsau service du roi ileFrance, allié de Charles de Blois. Ce Jour-là môme, les assiégés, comme il a été convenu enlre eux et le faux déserteur, afin de rendre le récit de ce dernier plus vraisemblable, sonnent des instruments et se livrent aux démonstrations de joie les plus bruyantes. Le duc tombe dans le piège qu'on lui tend; il se porte avec lélile de ses gens du cûté par où sa crédulité s'est laissé persuader que la prétendue armée de secours et les approvisionnements doivent venir. La nuit suivante, le bourgeois s'échappe furtivement et s'achemine vers Nantes. Le hasard veut qu'il tombe au milieu de la petite troupe de du Guesctia. Notre héros apprend ainsi que le duc de Lancastre est allé avec la plus grande partie de ses forces à la rencontre d'un corps d'armée et d'un convoi purement imaginaires. Bertrand s'empresse de saisir une occasion aussi favorable de forcer le cordon d'investissement et de pénétrer dans Rennes; sachant que les lignes anglaises sont ii peu près dégarnies de troupes, il les attaque aussitôt, met le feu au.\ tentes et fait main basse sur plus

de cent charrettes chargées de viande salée, de vin, de blé et autres provisions qu41 introduit avec lui dans la ville aflFamée * . Du Guesclin s'est rendu populaire par les bons tours qu'il a joués aux Anglais depuis le commencement du siège. Son arrivée excite des transports de joie, et le convoi de vivres qu'il amène met le comble & Tallégresse générale. Les habitants de Rennes accourent enfouie à sa rencontre; les femmes et môme les petits enfants veulent lui faire cortège. Bertrand, qui retrouve à Rennes son cousin Olivier de Mauny, descend chez sa tante, sans doute la dame de la Roberie, la môme qui lui a autrefois donné l'hospitalité lorsqu'il s'est en fui de la maison paternelle.

Ici se place un fait très-important, parce qu'il tend à prouver que, si notre héros fit à ses débuts la guerre de partisan, il n'eut jamais rien de commun avec les chefs des Compagnies et se piqua toujours, à la différence des brigands de profession avec lesquels on a eu le tort de vouloir parfois le confondre, au moins pendant la première période de sa vie, de respecter la propriété privée. Il fait venir les charretiers qu'il a amenés de force dans Rennes et leur demande si les approvisionnements entassés dans leurs charrettes leur appartiennent en propre ; il reçoit une réponse affirmative. « Puisque c'est ainsi, leur dit Rertrand, vous ne perdrez pas un denier, on va vous payer ce que ces denrées vous ont coûté. » Il leur

1. Bertrand serait entré dans Rennes après le 3 mars 1357, s'il fallait en croire une notice imprimée annexée aux titres originaux sur la famille du Guesclin déposés à la Bibliothèque .Nationale : « Du Guesclin, lit-on dans celle notice, était en la compagnie de Pierre de Villiers, capitaine de Pontorsonel de Saint-James de Beuvron, sous lequel il servit depuis le 7 août 1356 jusqu'au 3 mars suivant. » Le chevalier de Fréminvillc dil, de son côté (Histoire de du Guesclin, p. 33), que Bertrand entra dans Rennes par la porte Mordelaise. Nous ignorons à quelles sources on a pu puiser de» indications aussi précises.

rend leurs chevaux et leurs chariots et les renvoie vers le camp anglais avec un message de courtoisie pour le duc de Lancastre, leur faisant promettre seulement de ne plus ravitailler à l'avenir les assiégeants. Les charretiers transmettent fidèlement le message et disent au duc de Lancastre : « Sire, Bertrand se recommande à vous et dit que par Dieu il vous viendra voir en voisin le plus tôt qu'il pourra. II a assez de vivres, lui et ses gens. Et quand il vous plaira des vins de la cité, il vous en enverra, et du boschet^ aussi, pour radoucir votre cœur*. »

Malgré le défi ironique contenu dans ces paroles, le duc de Lancastre est si frappé de la généreuse conduite de du Guesclin envers ses vivandiers qu'il désire vivement connaître un si vaillant chevalier. Il rengage donc à se rendre au camp anglais, et, de l'avis du comte de Pembroke, un héraut est envoyé avec un sauf-conduit pour porter à Bertrand l'invitation du prince. Introduit dans la ville avec le cérémonial d'usage et au son des trompettes, puis conduit en présence du capitaine de la garnison, ce héraut demande du Guesclin; et comme on le lui montre à peu de distance très-simplement accoutré selon sa coutume, vêtu d'un jaque' aussi noir qu'une crémaillée, portant sur l'épaule une grande hache d'armes et suivi de six écuyers de son entourage :

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