‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 9 sur 291 · El raitMÎI I3 balaillc durer ei loa^menl · texte numérisé non relu

El raitMÎI I3 balaillc durer ei loa^menl

Qu'oïl no savait lequel avoil omcnJcinenl. - (Chronique de Berirand du (laescUn, pur Cuvelior, éd. thorriirc, i. I, p. 10, Ters Va cl ntt). Nouk avons rajeuni le langage <

« dans le tctlo de notre Tera dans les noies boaI loujoiira se rérèrenl, A moina d'indication tonne deux volumes ïn-4' piiblks &, dili eiir l'Iiialniredf Framr.

conirnïre, celles qu'on lioarcproduction litUralc. Nos renvois 'édition de Charriera, qui In collection des Dtjcuiiientt iiuf-

l'enfance de du guescun.

il est d'usage de ne vivre qu'avec des personnes de sotîf ' rang. Si l'on fréquente habituellement des supérieurs, on risque de passer pour un intrigant; et, si l'on fraye avec des inférieurs, pour un homme dégradé. Il n'en était pas ainsi au moyen âge. Il y avait à cette époque une compensation, à notre avis bien insuffisante, aux privilèges dont jouissaient la noblesse et le clergé, c'était la familiarité, on pourrait presque dire, la camaraderie des relations qui s'établissaient d'ordinaire, dans les campagnes surtout, entre ces deux classes et le peuple proprement dit. Nobles, prêtres, reh'gieux, clercs, gens du peuple exerçant les diverses professions manuelles, vivaient alors pour ainsi dire en commun; et on les trouve perpétuellement mêlés ensemble dans toutes leurs habitudes journalières, non-seulement à l'église et dans les confréries, mais encore au jeu et à la taverne. Le moindre village a déjà son débit de boissons , ou , comme on disait alors , sa taverne. Les curés y viennent boire sans aucun scrupule avec leurs paroissiens', et des chevaliers, des écuyers, y font des repas, où chacun paye son écot, avec des laboureurs et des charpentiers*. En ces temps où la plupart des revenus se composent de produits en nature, et où la rareté du numéraire, l'insécurité ou le mauvais état des routes, le manque de débouchés ne permettent pas toujours de vendre le vin autrement qu'en détail, des chevaliers*, des abbés*, des

1. JJ 108, n-95, U4, 358; JJ llO,n-267; JJ 114, n« 208; JJ 120, n"54, 279 ; JJ 122, n- 170 ; JJ 123, n- 158.

2. JJ 108, n- 202, 262, 334; JJ 109, n» 178; JJ 110, n- 181, 221.

3. En 1358, Pierre Bercherain, chevalier, lient taverne à Orléans. JJ 90,

4. En 1380, Tabbé de Saint-Lucien de Beauvais vend à boire dans son

hôtel aux compagnons. JJ 116, n* 64.

chanoines', des curés*, tiennent parfois eux-mêmes des tavernes et, à l'occasion, prennent part, comme cela se passait encore il y a quelque temps en Bretagne, aux luttes des paysans*. Du reste, cette communauté des habitudes, cette familiarité des mœurs, loin de ne se point concilier avec l'inégalité profonde des conditions qui caractérisait la société du moyen âge, en était, au contraire, le résultat. C'est là seulement où une ligne de démarcation bien nette ne sépare pas les diverses classes qu'elles affectent d'ordinaire de se tenir à distance les unes des autres.

Quand Bertrand ne fait pas ainsi la petite guerre avec les jeunes gars des environs de la Motte-Broons, il s'efforce de reproduire la plupart des exercices chevaleresques. Tantôt il établit des barrières ou lices à l'imitation de celles que l'on avait coutume alors d'installer pour les joutes et les tournois; tantôt il dresse des quintaines^ et donne des prix aux vainqueurs en récompense de leur courage.

Au sortir de ces luttes, on s'imagine aisément en quel état rentre le petit batailleur au manoir paternel, les vêtements en lambeaux, le visage tout en sang. Sa mère le gronde fort, lui rappelant la prédiction de la reli-

1. En 1379, Jean d'Apoigny, chanoine, tient taverne à Âuxerrc. JJ114, Ti- 287.

2. Les exemples de curés tenant taverne ne sont pas rares dans les ietlres de rémission. JJ 109, n" 142, 321; JJ 111, n«« 188, 241; JJ 114, n*62; JJ 122, n- 165.

3. JJ 108, n- 87, 181. «Et illec avoit luttié et travaillié moult forment contre un fort homme, preslre Cauchois, qui moult rudement le getta à terre par plusieurs foiz. » JJ 111, n* 153

4. La quintaine était un jeu ou passe-temps équestre consistant à charger avec une lance ou, à défaut de lance, avec un b&ton ou un épieu, ce qu'on appelait un quint, sorte de mannequin mobile sur un pivot, habillé et armé d'une épée ou de quelque autre instrument de percussion. Quand il arrivait ù un des champions de frapper le quint autrement qu'eu pleine

l'enfance de du GUESCLIN. 21

gieuse qu'il justifie si peu, mais Bertrand n'en recommence pas moins et fait encore pis le lendemain.

Pour mettre un terme à ces désordres et aux plaintes de sa femme, Robert du Guesclin défend, sous peine de cent sous d'amende, aux gens de sa seigneurie de laisser leurs enfanls suivre son iils ; mais cette défense est vaine. Les petits paysans ont beau le fuir, Bertrand va droit à eux, les provoque et les force à lutter avec lui. Quoique les chroniqueurs n'en disent rien, nul doute que le jeune du Guesclin, non content de la lutte, ne se soit adonné aussi à ce jeu violent de la soûle encore en usage aujourd'hui dans quelques cantons de la Bretagne. Son père, pour le punir, le fait renfermer à quatre reprises diiTérentes. La dernière fois, Bertrand a seize ou dix-sept ans, et, comme l'a dit spirituellement un de ses biographes*, il n'est plus aisé de tenir en cage un pareil oiseau. Un beau jour, il arrache la clef à la chambrière qui lui apporte à manger et renferme à sa place. Arrivé dans la campagne, le fugitif aperçoit un « ahannier ' » ou valet de son père qui laboure la terre avec une charrue attelée de deux chevaux. Bertrand dételle Tun de ces chevaux, saute dessus, Tenfourche à poil, et le voilà galopant sans selle ni bride sur la route de Rennes où il se réfugie chez un de ses oncles ^

poitrine, Tassaillant maladroit recevait un rude coup au passage. Du Gange, Glassariumf au mot quintana.

1. M. le baron Ernouf, auteur d'un fort bel article intitulé: La jeunesse de Bertrand du Guesclin. Revue contemporaine , n* du 15 décembre 1866| p. 403 à 430.

2. Du mot ahan, qui exprime la fatigue poussée jusqu'à Tépuisement. Cette belle et pittoresque expression, pour désigner un cultivateur, esl employée par Cuvelier (t. I, p. 13; v. 250 et 251) :

Trouva un ahenniev qui la terre ahcnnoit. Deux jumens de son père li ahenniers mcnoit.

3. Robert du Guesclin, père de Bertrand, n'avait que deux frères, Ber-

Cet oncle est marié à une femme riche et très-dévote qui, voyant arriver Bertrand dans cet accoutrement et ayant entendu parler de ces escapades, l'accueille fort mal. Mais Toncle prend la défense de son neveu dont Tair résolu Ta frappé. « Il faut bien que jeunesse jette sa gourme », répond-il invariablement à sa femme, lorsque celle-ci rappelle quelque peccadille du fugitif. Bertrand se tient là tranquille pendant trois mois, faisant des promenades à cheval avec son oncle et parfois aussi accompagnant sa tante à Téglise. Tout va donc à merveille lorsqu'un jour on fait crier par la ville qu'une lutte solennelle doit avoir lieu sur la grande place le dimanche suivant. A cette nouvelle, le jeune du Guesclin, en vrai Breton qu'il est, sent se réveiller toutes ses anciennes ardeurs.

Le dimanche arrive. La tante de Bertrand, qui connaît la passion de son neveu pour la lutte, afin de l'en détourner, le prie de l'accompagner à l'église. Le jeune homme maugrée intérieurement à celte proposition, mais le moyen de refuser cela à une tante qui vous donne le gîte et le couvert, il faut bien s'exécuter. Seulement, à l'endroit pathétique du sermon, alors que sa

trand, seigneur de Vauruzé, el Olivier, seigneur de la Ville-Anne (Anselme, l. VI, p. IHo). L'oncle donl il s'agit ici ne peut ôtre Olivier qui, seul de tous les du Guesclin, suivit le parti de Jean de Monlfort el auquel Charles de Ulois acoordn des lettres de rémission, le 31 décembre 1^)44, « pour plusieurs excès et malclices durant les guerres el rebellions de Bretaigne. » (JJ 75, n' 157, r* 79). C'est cet Olivier donl M. Kervyn de Leltenhove a retrouvé le nom sur les rôles du Ilecord Office ; d'où le célèbre érudit belge a conclu, par une méprise bien pardonnable, que le frère du connétable avait été pendant sa jeunesse au service du roi d'Angleterre {Œuvres de Froiêêartj Chroniques, t. IX, p. 510). L'oncle chez lequel Bertrand se réfugia est donc, selon toute probabilité, comme Ta supposé Hay du Chastelet (p. 8), Bertrand du Guesclin, soigneur de Vauruzé, marié à Thomassc le Blanc, dame de la Roberie et do la Bouvcrie, mort vers 1364, dont le petit-flU Bertrand fut un dos légataires du connétable.

l'enfance de du GUESCLIN. 23

tante est absorbée par l'éloquence du prédicateur, Bertrand s'esquive et court à la place où se tiennent les luttes. «Voilà celui qui terrassera tous les autres! » s'écrient les compagnons, aussitôt qu'ils Tout aperçu. « Seigneurs, dit le jeune du Guesclin, je ne prendra part à la lutte que si vous me promettez de n'en rien dire à ma tante. » Les compagnons lui en font le serment, et Bertrand, qui grille d'envie d'essayer ses forces, s'avance résolument dans l'arène.

Le fils aîné de Robert du Guesclin et de Jeanne Maiemains est alors âgé de dix-sept ans. Sa taille ne s'élève pas au-dessus de la moyenne, mais il est ramassé, trapu* il a de larges épaules et les poings carrés'. Tout en lui respire, à défaut de grdce et de beauté, la vigueur la plus concentrée. Il est impossible de le voir sans penser à ces chênes de sa Bretagne aux troncs épais, noueux et courts, que le peuple appelle des têtards et qui,dépourvus de hautes branches, dégarnis de vert feuillage, n'en bravent que mieux la tempête. Du reste, le sort a voulu que Bertrand ait à se mesurer contre un adversaire digne de lui. C'est un paysan breton, véritable athlète passé maître dans ces luttes. Ce robuste gaillard vient de jeter par terre une douzaine de champions. Fier de ce succès, il toise orgueilleusement l'assistance et semble défier quiconque oserait lui disputer la victoire dont le prix est « un beau chapeau d'or et d'argent ouvré*. » Bertrand va droit au triomphateur et le provoque. Us se prennent corps à corps et luttent quelques instants

1. N'éust que xvii anS; se l'istoirc ne ment; Mais groz fu et ossuz et fourmez grossemenL

(Chron, rimée, ms. de la Bibl. de TÂrsenal^ éd. Charrière, t. I, p. 14, en note.)

Page 1