‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 107 sur 137 · JE, PIE-DLX;, JE · texte numérisé non relu

JE, PIE-DLX;, JE

Fais défense à tout Fratiçiis baptisé, sans exception aucune (1), de l'un comme de l'autre aoxe, di'oser à partir de ce jouf, cinq mai 18S9... antipatrioliquement et salaniquement faite encore usage de ce mot lugubre, sinistre, néfaste... infâme, proscrit et maudit,— PARIS — imperavit ventes et mors et fada est tranquiilitasvrayna,

. masiyyia marpia.

Quiconque en France... et M'étranger... eu sa qualité de Français de cœur et d'âme, désire déterminer le retour espéré de Strasbourg et de Metz au giron de la Grande

■ Patrie navrée, oui, de .jour en jour de plus en plus navrée de sa mutilation — mutilation qui ne serait que l'avant-coureur mérité de son démembrement imminent — d'après l'étranger ennemi ; —

Se fasse un inviolable devoir de ne plus jamais prononcer le mot proscrit et maudit qui jusqu'à ce jour, depuis la disparition du mot Lutèce, a désigné la capitale de la R. F..., et que toujours, quand il devra prononcer le mot Paris, il fasse entendre le mot APIQA, lequel mot n'est pas aulre (il incombe à chacun de savoir le démontrer à tous) que ce nom même, PARIS, transfiguré, mais transfiguré..., je dis transfiguré par le chimiste du langage, devant rester le plus légendaire de ses contemporains en paraissant à toutes les générations futures... le plus... sagement sage... de tous les grands législateurs passés, présents et à venir... ayant été... l'instaurateur du sortége et l'organisateur du lemanat dans las cinq parties de ce monde sublunaire.

Au moment où Cotton était entré à Bicêtre, l'abbé Paganel venait d'y mourir.

Paganel, affecté d'un délire monomaniaque, s'imaginait êtreenbutte à une foule de persécuteurs. Le clergé principalement le poursuivait et voulait le séduire pour l'empêcher de dire la vérité.

A sa connaissance, le prêtre indigne qui avait poignardé Mgr Sibour avait été poussé par ceux mêmes qui firent tirer trois coups de fusil à Mgr Aftre. Il avait demandé à déposer devant la cour d'assises de tous les faits qu'il savait et il avait tant de choses à dire, écrivait-il au président, (jue sa déi»osition aurait duré pendant toute une audience. Arrêté, reconnu fou, il fut envoyé à Bicêtre.

Dès lors, il ne cessa de protester contre sa séquestration. On voulait l'assassiner et les médecins se liguaient pour lui ôter la vie « luédicalement ». Presque tous les jours, il écrivait de longues lettres, au procureur, à l'Académie de médecine, aux députés, aux savants, leur signalant les dépradations du clergé et surtout les manœuvres d'un certain abbé Trevaux, trésorier de l'archevêché, coupable selon lui, de prendre sur les fonds déposés dans la caisse pour les besoins du diocèse les sommes nécessaires pour payer dés « sbires » pour l'assassiner. Un des plus curieux mémoires qu'il écrivit dans sa cellule est une :

<•< Lettre adressée à M. le D"' Restau, président de rAcadéinie impériale de médecine de Paris, contre les sieurs Voisin, Delasiauve et Moreau, médecins de la maison d'aliénés de Bicêtre, qui ont été corrompus, par cet abbé Trevaux qui a volé les millions de l'archevêché et fait assassiner les deux derniers archevêques de Paris, pour me faire assassiner dans cette maison. »

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Après avoir déclaré que les coupables des meurtres de Mgr Sibour et de Mgr Affre avaient des intrigues auprès du président de la cour d'assises qui, au lieu de l'entendre, l'avait fait enfermer à Bicètre, il affirme qu'il ne peut y avoir de doute que le directeur de cette maison et « l'indigne docteur Voisin, auteur d'une brochure matérialiste et athée : VHomme-Animal », n'aient été corrompus l'un et l'autre par le grand vicaire qui vient de faire poignarder l'archevêque de Paris par Verger, pour l'assassiner à son tour « tout comme la vérité « d'un coup de fusil, de couteau ou de poignard.

Il a les preuves en main de ce qu'il avance et, s'adressant aux docteurs qui le persécutent, il s'écrie :

Vous êtes de nouveaux Castaings !... Si vous osez vous représenter aux séances académiques, vous verrez la savante et intègre compagnie se lever aussitôt, pour se séparer de vous, et vous laisser dans l'isolement, crainte que quelqu'un de ses membres ne soit souillé parle contact d'hommes aussi impurs et aussi scélérats que vous l'êtes... C'est ainsi que l'on vit autrefois le sénat romain, se lever en masse à l'approche de Catilina pour le laisser seul dans un coin.

Vous verrez même l'honorable M. Rostan, président de cette académie, qui est un homme aussi éminent par les qualités de l'càme que par celles de son esprit, et dont j'ai eu tant de fois occasion d'admirer les hons mots, les heureuses saillies et les vives réparties, se lever de son siège, pour vous apostropher en vous disant : « Jusques à quand, o nouveaux Castaings, abuserez-vous de notre patience? Ne voyez-vous pas, d'après ce qui vient de se passer, que toute la Compagnie est instruite de vos crimes et qu'elle ne voit plus en vous que des assassins qui ont compromis l'honorable profession qu'ils exerçaient? Si Dieu a créé la médecine, comme la sainte Ecriture nous l'apprend, c'est pour venir en aide à ceux qui soufTrent, et prolonger leur vie, autant du moins qu'il est possible à l'homme, et vous, vous vous en servez pour assassiner médicalement vos semblables, pourvu que ceux qui ont intérêt à se défaire de certaines personnes vous donnent une récompense honnête, si bien, que si nous pouvions souffrir de telles scélératesses parmi nous, l'on pourrait dire en toute vérité, que l'honorable corps médical est devenu un corps d'assassins, et ([ue la fameuse secte qui portait ce nom, revit dans nous...

Il y en a même parmi vous, si ce n'est pas tous les trois, qui ont des principes horribles, puisqu'ils sont matérialistes et athées, et auxquels par conséquent, il ne leur doit pas plus coûter, pour assassiner un homme médicalement, pourvu qu'on le paie, que de tuer une mouche. Dieul jusqu'où la corruption peutelle pousser certains hommes!

En effet, ici, de deux choses l'une : ou vous êtes des hommes ineptes, ce qu'on ne peut supposer de la part d'aussi grands docteurs que vous qui êtes si experts dans la science des maladies mentales, ou bien des hommes corrompus. Jamais vous ne sortirez d'un tel dilemme! Partant, vous êtes indignes de figurer

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dans une société pareille à la nôtre ! Huissiers, empoignez-moi ces gens qui ont cherché à avilir la noble profession qu'ils exerçaient (mais heureusement qu'elle est indépendante de leurs crimes), et faites-les sortir au plus tôt de la salle académique, qu'ils n'y remettent le pied à l'avenir, s'ils osaient se présenter encore dans cette enceinte!

Voilà certainement, ajoutait-il, ce que l'honorable président de l'Académie de médecine de Paris, n'aurait pas manqué de dire et il le suppliait d'écrire aux trois docteurs de Bicêtre pour leur reprocher leur indigne conduite ou de les réprimander à la séance prochaine parce que si.Ia conscience ne les retient pas, vu qu'ils n'en ont aucune, ni la crainte de Dieu, puisqu'ils n'y croient pas, la pudeur peut-être et le respect humain les contiendront dans le devoir.

Entré une première fois à Bicêtre en mai 1850, il en sortit en octobre de la même année, y fut réintégré quelque temps après, remis de nouveau en liberté. Enfin il y était enfermé une dernière fois en 1857. Pendant cette dernière séquestration, une de ses principales occupations fut de prouver que l'évêque d'Orléans avait envoyé à Paris l'un de ses grands vicaires, lequel l'avait fait enlever par la police, pour le séquestrer comme fou, et l'y faire assassiner. Aussi pour se venger de cet attentat contre sa personne, a-t-il l'intention de publier divers écrits « qui pourront soutenir le parallèle avec les oraisons funèbres de Bossuet en fait (Vélévation, de sublime, et les autres, avec les meilleures Provinciales de Pascal et les plus piquantes facéties de Voltaire sous le rapport de l'ironie, de la finesse, du caustique et du mordant du style. Il est en mesure encore de rétablir toutes les affaires de la papauté et d'opposer:

« une barrière infranchissable au schisme dont certains journaux parlent tant et qui menace d'envahir la France, l'Italie et même l'Europe entière, car une fois le branle-lias donné par la France et l'Italie, qui sait jusqu'où ça irait après? Il a même la certitude qu'une fois ces ouvrages parus, non seulement les protestants rentreront dans l'Eglise mais même que tous les peuples du monde se convertiront à la vi-aic foi, conformément à la prophétie deDaniel dont raccomjilissement approche puisque ce n'est pas à autre lin que l'électricité, la vapeur arrivent à point pour <[ue toutes les nations, tou testes langues servent le fils de l'Homme (Daniel, chapitre VII). Parmi les ouvrages dont il parle, il y en a deux qui ont trait à la question romaine et qui feront rendre tous ses Etats au pape. Dans une lettre qu'il adresse au journal le Monde il en cite les titres :

« .le vous donnerai ces ouvrages, écrit-il, pour les insérer dans vulre estijuable journal et puis je les publierai en volumi's. Voici le titre de ces deux écrits :

■< Véritable solution de la question romaine, suivie d'une nouvelle organisa- « tion des Etats de l'Eglise, laquelle fera un véritable paradis terrestre de ce

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« petit territoire et qui sera si parfaite que tous les autres états de l'Europe lui « porteront envie et voudront l'imiter. »

« Voilà pour le premier, le second sera intitulé :

« Manifeste adressé à tous les rois de l'Europe, dans lequel il est prouvé qu'il « est plus de leur intérêt que du ])ape lui-même, de conserver à Sa Sainteté l'in- << tégrité de ses Etals, puisqu'il a été prédit, dans la prophétie même, en vertu « de laquelle ils existent depuis quinze cents ans, et qui avait annoncé leur « venue près de mille ans avant leur naissance, qu'ils n'avaient été établis sur « les ruines de l'empire romain, (jui fut condamné à périr parce qu'il s'était ^< enivré du sang des martyrs^ que pour l'Eglise et en être les pères nourriciers, « comme par exemple le grand Charlemagne, etc., etc.. »

<•< Je ne puis citer ici le titre en entier parce qu'il est trop étendu. Ce manifeste se compose de 2.ï0 pages in-S" et renferme une multitude de pages qui surpasseront pour le sublime, tout ce qu'il y a de plus élevé dans Bossuet et renferme des découvertes étonnantes^ soit en politique, soit dans les prophéties de l'Ecriture qui concernent l'avenir dont personne n'avait eu la claire intelligence jusqu'ici. Dieu même en avait disposé ainsi lorsqu'il dit à son prophète Daniel : << Mettez le sceau sur ces prophéties a/in que le secret en demeure voilé jusqu'au temps marqué pour leur accomplissement. »

Le seul point qui tourmente Paganel, au sujet de l'apparition de ces volumes, c'est que son ennemi, l'abbé Trevaux, sachant bien qu'ils dépasseront par le style, l'ironie et la finesse de Pascal ou de Voltaire, a fait publier dans le Siècle que son grand ami Dupanloup est un pamphlétaire catholique égal à Paul-Louis Courier. Mais heureusement, « l'on n'est pas dupe de la comédie que l'évêque d'Orléans et le Siècle jouent depuis longtemps ensemble, et dont le Trevaux est l'entremetteur, et l'on a dû pénétrer le mystère. «

En 1863, il écrit un long mémoire pour démontrer que le procès du banquier Mirés a été fait à l'instigation de l'abbé Trevaux « l'homme le plus roué de ce temps » qui est parvenu à faire entrer dans le conseil des ministres, les sieurs Baroche, Rouland, Royer, Delangle etBillault. « Ce grand roué est parvenu à les faire nommer ministres de celui même qu'ils ont tenté d'assassiner, en ne prévenant pas le complot d'Orsini, quoiqu'il leur fût connu à l'avance puisque c'était lui, Trevaux, qui l'avait monté. »

Ce fut l'une de ses dernières lettres. L'exaltation àlaquelle il étaiten proie tomba dans les dernières années de sa vie. Il était devenu calme, inoffonsif, mais la paralysie générale faisant de rapides progrès, empêcha qu'on le rendît à la liberté. Il mourut à Bicètre le 17 jan-

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vier 1866, accusant le Préfet de police d'avoir reçu 100.000 francs pour l'assassiner et le médecin d'être complice de l'infamie.

Parmi les écrits que Paganela fait publier, l'un des plus anciens est le livre intitulé: Mémoires secrets sur Mfjr V archevêque de Paris ou Adresse au Corps épiscopal de VEnlise de France et à Sa Sainteté pour demander sa déposition (l). Ce livre ost antérieur à la séquestration de Paganel à Bicêtre. Il raconte dans un chapitre préliminaire ses débuts à Paris comme prêtre à Saint-Roch, à Saint-Nicolas-des-Champs. ses déboires, les difficultés surgissant de toutes parts dans l'exercice de ses fonctions, etc.. Déjà son caractère s'est aigri, et il ne formule pas moins de quatorze chefs d'accusation contre l'archevêque de Paris. Si exagéré qu'il paraisse, ce livre est fort curieux à lire. — Nous clorons à Paganel la liste des Excentriques de Bicêtre. Le cadre de notre ouvrage ne nous permet pas d'autres citations. Nous n'avons cité ici que les types les plus connus et surtout ceux dont l'internement a fait quelque bruit dans la Presse. — Nous espérons pouvoir réunir plus tard, en un volume, nos notes sur les habitants de Bicêtre à différentes époques (prisonniers ou aliénés), c'est un travail qui sera pour ainsi dire le complément de l'histoire que nous avons écrite.

1. Paris, Tenon, libraire, rue llautefeuille n" 30. 1831. 1 vol in-8».

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