Michelet. Histoire de la Réoolution, tome III, page
4. Pétilion des Indigents de Bicêtre au Comité dé Salut public. Voyez Appendice.
IIISTOIHK DE RICÊTRE 29
raient mal soignés, dans les infirmeries où pour tout remède on se contentaii de leur appliquer, de temps càaulre.des emplâtres d'onguent styrax brûlants.
Selon l'expression poignante et vraie dont les indigents se servirent dans la pétition adressée par eux au Comité de Salut public : « cet asile de l'humanité souffrante ne fut plus que celui du désespoir er de la mort, résultat affreux de la misère et de la faim ». Un décret du Comité de Salut public (1) accorda à ces pauvres gens un supplément de pain, une délibération de la Commission des Secours publics fit dis'ribuer deux onces de viande de plus par jour dans les hôpitaux de la Commune de Paris. Soulagement momentané ! Longtemps encore, non pas seulement à Bicètre, mais cà la Salpètrière, à l'HùLel-Dieu, partout ailleurs, l'hospitalisation fut exercée dans des conditions déplorables au point de vue surtout de l'hygiène et de la propreté.
En 1801, M. de Pastoret, dans un rapport sur les Hôpitaux, écrivait au Conseil Général (2) des Hospices :
« La situation de Bieètre dans un lieu élevé, au milieu d'une vaste campagne, devait faire croire que ce serait un lieu salubre. Deux causes surtout produisirent un eflet contraire: le lirand nombre des pauvres que l'on y entassa, le placement de l'infirmerie au milieu des salles ordinaires d"où l'air s'infectait par des exhalaisons qui souvent communiquaient et propageaient les maladies. A ces causes générales s'en joignirent, avec le temps, d'autres qui tenaient à des circonstances particulières et que quelques soins, quelques dépenses, une police exacte auraient bientôt fait disparaître. La permission donnée à des marchands de vendre et faire cuire, dans les cours et ailleurs, des harengs et autres comeslibles, l'état des croisées devenues et restées si mauvaises qu'on ne pouvait plus les ouvrir autant que la circulation de l'air l'aurait exigé ; le défaut d'armoires, de cassettes pour resserrer les effets des pauvres, de manière qu'ils laissaient traîner sur leurs lits ou sur des tablettes voisines des bardes dont la mali/ropreté réunie entretenait dans les chambres beaucoup d'insalubrité.
«... Une pitié mal entendue multipliait le nombre des habitants de l'infirmerie ; et, dans les salles ordinaires, des personnes raisonnables et saines vivaient auprès d'elles et devaient supporter le spectacle aflligeant et quelquefois dangereux des fréquents accès des malades attaqués d'épilepsie ou frappés de démence. >>
Tel fut, pendant un siècle et demi, l'état lamentable de Bicètre.
1. Voypz le Dérret du Coiiiili'> de Salât imhlir. ;i I'Ai'Pe.ndick.
2. Citalidu de A. Husson. — Elwle sur Irs H'ipitaux, page i'Ji.
Les plus anciens registres conservés dans les archives de la maison remontent seulement à l'anaée 1716, soixante ans après la création de l'Hôpital Général. Les inscriptions des pensionnaires, faites sans doute pour la première fois, ne donnent que des renseignements très succincts sur les individus présents à la date de l'ouverture des registres. Le premier nom inscrit est celui d'un sieur Bartellemy Gauthier, entré en 1691, âgé de 22 ans, épileptique, et pour lequel il n'est fait aucune mention ni de date de sortie ni de décès. Successivement, nous trouvons parmi les catégocies diverses d'admis :
Des épileptiques, des insensés, des faibles d'esprit, des caducs, des scorbutiques, des escrovellés, des aveugles, des estropiez, des teigneux, des maltaillés, des galeux, des vénériens, des Bons Pauvres, des paralytiques, des soldats invalides, des enfants trouvés, et des orphelins (1).
Puis, jusqu'en 1792, inscrits avec les malades et les Bons Pauvres :
Des prisonniers par lettres de cachet; des pensionnaires de la Force, détenus pour vol, meurtre ou vagabondage; des enfants enfermés à la Correction.
Lesdiversescatégoriesd'administrés étaient alors réparties en cinq divisions principales, sous la dénomination d'e»ip/ojs, savoir :
Maison de force,
Prisonniers aux lettres de cachet, Cac Ilots, Cabanons, !«' Emploi. ( Inflrmerie de Sainl-Roch,
Cuisine, Lingerie, Habillement, Provision et panelerie.
1. En-Têle du 1"' registre conservé dans les Archives de Bicêtre, on lit :
Registre des Pauvi'es Receus en la Maison de St-Jean de Bicestre par Billetz
de Mesàieui-s Les Directeurs de l'Hôpital Général
où sont portez Ceux qui restent de l'Ancien Registre
Commencé Le i" Avril Mil sept cent treize.
HISTOIRE DE BIP, ÊTRE 3t
A l'époque où commencent les registres, le plus ancien prisonnier de l'emploi était un sieur Guyard, entré le 20 décembre 1712. Le nombre des prisonniers était de 413, le personnel, composé de sept filles de service, et de trente-sept hommes parmi lesquels un faiseur de prières à la l'orée.
2= Emploi. Bons pauvres. ( D"''l",''- Saint-Joseph.
234 pensionnaires. — Service : 24 hommes et 4 filles */™"'^'« paralytiques.
( Petits paralytiques.
En 1737, Le Dortoir Saint-Joseph comptait .... 1.3;i pensionnaires.
Grands paralytiques 53 »
Petits paralytiques 46 »
Total "23i pensionnaires.
Le plus ancien de l'Emiiloi s'y trouvait depuis l'année 1707.
I /' Dortoir Saint-Mayeul.
„ \ » Saint-Pliilippe.
Bons pauvres c ■ i » i •
•^ i » saint-AïuIre.
Qe c„,„i • / \ » Saint-Nicolas.
d' hmploi s 1 ■ ■ Il , ■
j Anciens lisserans Iraiynltuiii pour ta inai-
I son Dortoir Saint-René.
Enfants du la 1 ma'itrise . . Dortoir Saint-Augustin. Cet emploi renfermait 348 pensionnaires ayant à leur service 28 garçons et 5 filles, parmi lesquels un employé : lueur de poux, à l'infirmerie.
Ces 348 pensionnaires étaient ainii répartis:
Dortoirs : Saint-Mayeul 123
Saint-Philippe 35
Saint-André 6i-
Saint-Nicolas 68
Sainl-IHené 37
Enfants de Saint-Auyustin ....... 21
Total 3i8
Le plus ancien de ce quartier était entré en I70:i.
Bâtiment neuf et ses dépendances.
p ... y Dortoir de Saint-Jean.
A" Emploi { J .^Y'^'" 1 » Saint-François.
/ i\ J ^amt Prix { , ^.,■. ,'
(1) / /.viiénés) ] » la Visitation.
f » Saint-Fiacre.
1 Voir plus loin; « Les Aliénés.
32 HISTOIRE DE lîICÈTRK
Enfin :
Quartier de la Miséricorde (vénériennes). Quartier Saint-Eustache (vénériens).
, Dortoir Saint-Charles (convalescents).
"P °'' j QuartierSt-Martin(Enfantsdelacorrection).
Dortoir St-Louis(anc. gardes retraités).
Dortoir des matelassiers et couverturiers).
Le '■'>" emploi ;omiitait, en 1716, 203 pensionnaires ayant à leur service 31 garçons et ii filles.
Ils étaient répartis: La Miséricorde 113 femmes
Saint-Eustache. 21 hommes
Saint-Charles 44 —
Saint-Martin . «4 enfants
Saint-Louis 14 hommes
Dortoir des matelassiers et couverturiers. 17 —
Total 293 personnes.
Le idus ancien iiensionnaire de l'Emiiloi était un nommé Jean de la Roche du dortoir Saint-Charles, entré en 1091 et aux vénériennes une femme entrée en 1703.
Plus tard, le nombre des Emplois fut porté à six (1)^ puis à sept. Cette dénomination servit moins dans l'origine à indic[uer la réunion dans un même service des infirmités et des maladies semblables, •ciu'à désigner les localités renfermant pêle-mêle un certain nombre d'individus sous la surveillance d'un Gouverneur.
En 1792, le 12 mars, les vénériens furent transférés de Bicètre à l'hôpital des Capucins. « Un règlement d'octobre 1801 défendit d'admettre à l'infirmerie tout indigent qui ne serait pas malade, il ordonna de séparer les fous des valides, de placer les épilep tiques dans les quartiers séparés, dont dépendaient des promenoirs séparés aussi... On forma dans l'hospice plusieurs divisions qui classèrent les admis par âge et par infirmités. Les enfants furent envoyés, suivant, leur se.\e, aux Orphelins et aux Orphelines. Les malades auxquels des établissements spéciaux furent destinés, ne furent plus admis que dans ces établissements (2). »
Néanmoins, la promiscuité régnait encore. Pour une population de 2.793 individus, il y avait cà Bicètre 1.505 lits pour coucher seul,
1. Voir Api>eni)ige. — Etat de Bicètre en 1789. {Gazette Nationale n" 121. Lundi 21 octobre 1789.)
2. Rapport de M. Pastoret au Conseil Général des Hospices. Citation de A. Husson. Etude sur les Hôpitaux, page 294.
lUSTOIliE !)!•: RICÊTRE 33
232 pour deux pensionnaires, 244 à double cloison, 172 pour coucher seul, scellés dans le mur, pour les fous, 126 auges pour les gâteux et 38 lits de sangle.
Le Conseil général des hospices mit tout en œuvre pour faire cesser cette situation déplorable, ou tout au moins pour l'améliorer. Il lui fallut plus de trente ans pour arriver à un résultat. Enfin , en 1836 la séparation de l'Hospice-Asile du quartier de Force où l'on enfermait les grands criminels permit d'entrer hardiment dans la voie des réformes. Pour faire cesser ce rapprochement du crime et du malheur, le Conseil fit le sacrifice d'une somme de un million. Les bâtiments de la prison furent réunis à ceux de l'Administration des Hôpitaux dans le courant de décembre. Dès lors, les localités agrandies devinrent plus salubres, les lits des salles lurent convenablement espacés, la surveillance fut rendue plus facile et, par suite, la police exacte et plus sûre (1), '■
i. Rapport présenté au Conseil Général dans la séance du ISoctobre 1837 parM Boicervaise, membre du Conseil Général et de la Commission administrative, page xxxvii.
(Archives de l'Hospice de Bicêtre.)