Mirabeau, déjà cité. Voyez Appendice
inSTOIRir DE RICÊTIîK 41
étant cuite, en un seul repas, tous les jours de la semaine. Elle était plus débilitante encore pour ceux qui passaient les Grands Remèdes. Ou inscrivait à la vérité sur l'état des vivres cinquante livres de viande de plus pour faire particulièrement le bouillon des 102 malades, afin qu'il fût meilleur, muh la nande reslaïl à la rulwie{l). Les hommes et les femmes gâtés recevaient chacun une livre de pain blanc, une chopine de lait et deux œufs par jour. Suivant leur état, le chirurgien autorisait quelquefois qu'on leur délivrât un poisson ou un demi-septier de vin (2).
Les femmes de la Miséricorde façonnaient le linge nécessaire à l'entretien des vénériens, avec de la toile fabriquée dans la maison. Les deux sexes n'étaient entretenus, du reste, que de chemises, de draps et de linges à pansement. Le règlement dit qu'on devait changer les chemises chaque semaine, les draps tous les mois (3).
Les bâtiments de Saint- Eustache et de la Miséricorde étaient précédés d'une petite cour où les malades pouvaient se promener sans sortir de l'emploi. Lorsque leurs parents, ou leurs amis les demandaient au parloir, un portier pour les hommes, une portière pour les femmes, les j conduisaient. En aucune façon, on ne leur permettait de sortir et de communiquer avec les Bons Pauvres. Pour leur faciliter les moyens d'entendre la messe, ou avait construit, en 1777, sur le mur qui séparait la cour des hommes de celle des femmes, une chapelle où l'on célébrait régulièrement l'office divin, les dimanches et fêtes. Ces jours-là, les pensionnaires des deux sexes se mettaient aux croisées et assistaient ainsi à la cérémonie religieuse, sans sortir de leurs salles (4). Une fois par semaine, un ecclésiastique faisait le catéchisme.
A la tète de la section des hommes, un sous-gouverneur logi' dans le bâtiment était chargé de maintenir l'ordre et la police. Il rendait compte, tous les matins à l'économe de l'établissement, des faits qui s'étaient passés la veille. A la tète de la section des femmes, une officière et deux gouvernantes remplissaient les mêmes fonctions.
i. Règlement Je I7S1. Cliup. IV'--. Les Vi'mirwns, article ',)".
2. Le poisson valait 0 litre H centil. 64. Le 1/2 septier 0 litre 2.'^ rontil.
3. Règlement de I7SI. Cliap. IV"-'. les Yi'iirrinns, arlicle .'i^
4. Règlement de 1781. Cliap. IV''. Les Vcnéricns, article 6".
42 HISTOIRE DE lîlC.ÈTRE
Est-il besoin d'ajouter qu'enraison même du traitement qu'on faisait subir aux malades, la mortalité allait, d'année en année, en augmentant? Au débat de la réception des vénériens h Bicêtre on compta à Saint-Eustache 19 décès pour 100, à la Miséricorde 26 pour 100. En 1792, d'après CuUerier, ce nombre s'était élevé à plus de 46 pour 100 dans les deux endroits. Les femmes, surtout, supportaient mal les Grands Remèdes. Parmi les prostituées que les carrioles de l'Hôpital Général ramenaient, après soi-disant guérison, à la Salpêtrière, beaucoup ne revenaient qu' « avec les dents branlantes, les gencives ulcérées et la langue en lambeaux » (1). A toutes les douleurs, à toutes les humiliations qu'on leur infligeait, la torture de la faim s'ajoutait encore. Peut-être ces malheureux enfermés à Bicêtre, se seraient-ils contentés du maigre régime de la Maison, si la rapacité des gardiens chargés de prendre soin d'eux ne l'avait réduit bien souvent. Ces misérables infirmiers, mal payés, mal surveillés, profitaient des moindres circonstances pour voler les aliments qu'ils étaient chargés de distribuer, pour remplacer la viande par du mauvais fromage ou du beurre rance. Parfois, ces exactions amenaient des révoltes