‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 23 sur 137 · Michelet, Histoire de la Révolution, tome l". — Latude · texte numérisé non relu

Michelet, Histoire de la Révolution, tome l". — Latude

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1789 arriva. De tous côtés s'élevèrent des demandes de revision de jugeaient, et aie Moniteur Universel » lui-même, bien que toutdévouéà la monarchie, demanda dans ses colonnes que les cachots soient visités, les détenus interrogés, les procès revisés par des juges impartiaux et libres.

« Bicêtre, écrivait le rédacteur de cette gazette nationale (1), Bicêtre renferme sûrement des criminels, des brigands, des hommes féroces dont l'existence au milieu de la société, nous exposerait à tous les genres de désordre et d'insurrection, mais aussi, et l'on doit en convenir, il contient une foule de victimes du pouvoir arbitraire, de la tyrannie des familles, du despotisme paternel, le plus odieux comme le plus imbécile de tous les despotismes. Il est faux que les anciens cachots, cabanons et toutes ces inventions de la sottise barbare de notre ancien gouvernement soient détruits. Ils recèlent des hommes, nos fi'ères et nos égaux à qui l'air est refusé, qui ne voient la lumière que par d'étroites lucarnes; qui souffrent tous les tourments à la fois et à qui l'on ôle jusqu'aux instruments ([ui pourraient leur servir à terminer une si déplorable vie.

<( Nous nous devons aux pauvres et aux prisonniers, parce que incapables de travailler à leur propre bonheur et malheureux par l'effet de l'ordre social, c'est à la société de veiller sur eux. Nous devons donc demander, à haute voix, la revision des cadres de détention de tous les prisonniers de Bicêtre, s'il en est de coupables qu'ils y terminent leur criminelle existence. La captivité est une peine, mais que ceux qui sont innocents ou seulement soupçoimés, que ceux surtout qui n'y sont retenus que pour plaire à la sottise ou aux préjugés, au caprice des puissants, soient élargis. Nous sommes lâches d'oublier les absents, coupables ou non, ils doivent nous intéresser.

« C'est à l'Assemblée nationale d'ordonner qu'un ou deux de ses membres, réunis à ceux de la police actuelle, visitent ces antres allreux, qui pour la première fois entendront la liberté réclamer ses droits devant des hommes qui savent la faire respecter.

« Est-ce que ces hommes amoncelés et captifs ne sont point un objet assez pressant pour nous eu occuper? Les jours sont des années pour qui souffre dans les fers ; oublierons-nous les esclaves du pouvoir injuste, parce que nous sommes libres !

« Je sais qu'on oppose à ces raisons d'anciens préjugés, de prétendues convenances, des craintes chimériques. Mais est-ce avec de semblables moyens que l'on motive, ([ue l'on légitime tous les excès ? Conviendrons-nous donc enfin, que l'homme ne doit compte de sa conduite qu'à la Loi, et après en être convenus nous conduirons-nous conséquemment ? >>

Un incident fortuit vint décider l'Assemblée nationale à procéder à cette enquête que réclamait le Moniteur. Le président de l'Assemblée,

l. La Gazette nationale ou Moniteur universel, n" 19, 12 décembre 1789.

trouva un joui- sur son bureau une lettre d'un prisonnier de Bicêtre- L'auteur de cette lettre, un pauvre religieux dont le nom malheureusement est resté inconnu, offrait à la révolution un contrat de rentes qu'il possédaitet la totalité de safortune dont on l'avait injustement dépouillé autrefois, sous la simple condition que la lettre de cachet qui l'avait fait enfermer serait immédiatement révoquée.

La majorité de l'Assemblée paraissait disposée à faire une démarche auprès de Louis XVI, en faveur du prisonnier ; plusieurs membres, au contraire, proposaient de refuser pui'ement et simplement ce don d'un homme qui n'était pas libre. Le comte de Montmorency se leva sur ces paroles, et, agrandissante débat, proposa aussitôtl'abolitionde toutes les lettres de cachet. Ce fut une révélation. Immédiatement, la proposition fut prise en considération et un comité de quatre membres fut nommé afin de visiter les prisons, d'examiner les motifs de détention des prisonniers et d'en rendre compte à l'Assemblée, dans le plus bref délai possible. Ces quatre membres étaient : le marquis de Castellane, Freteau, Barrère et Mirabeau.

Les prisons de Paris étaient alors an nombre de trente-trois, situées presque toutes dans les quartiers les plus reculés, loin de l'œil des magistrats, loin du regard bienveillant des curieux qui auraient pu s'intéresser aux victimes jetées dans ces antres.

Sur les quatre membres du comité, deux surtout connaissaient d'autant mieux le régime intérieur des prisons qu'ils y avaient été enfermés naguère. Freteau avait, en 1788, été prisonnier au donjon de l'ile Sainte Marguerite, Mirabeau, au donjon de Vincennes. Tous deux tirent partager leur indignation à leurs collègues, et Bicêtre ne fut pas oublié dans leur visite.

La rédaction du travail fut confiée à Barère et au marquis de Castellane. Mirabeau, de son côté, publiait ses observations personnelles dans une remarquable étude intitulée ; Relation d'un voyageur anylais sur la Maison de force de Bicélre. Enfin, le 20 février 1790, le uiar(]uis de Castellane déposa son rapport sur le bureau de l'Assemblée nationale. Ce travail était divisé en quatre parties. La première, comprenait les détenus sans accusation juridique, la deuxième, ceux qui depuis leur détention avaient perdu l'usage de la raison, la troisième, ceux dont on avait commué la peine, enfin la quatrième, les individus dans les liens d'un

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décret. L'impression fut ordonnée et la discussion ajournée ultérieurement. Elle eut lieu le 13 mars suivant.

Lopmmior article portait que tout détenu sans jugement préalable serait mis en liberté dans les six semaines.

— « 11 s'agit de statuer sur le sort de malheureux qui ne sont accusés d'aucun crime, s'écria Robespierre répondant à l'abbé Maury, partisan de l'ancien régime. Ordonner des délais, ce serait consacrer l'acte illégal qui les a privés de liberté. Il vaut mieux sauver cent coupables que de punir un innocent ! »

L'Assemblée nationale vota les conclusions de la commission et, le maire de Paris, Bailly, fut chargé de faire exécuter le décret. Nous avons trouvé en effet, comme conséquence de cette délibération, la mention suivante inscrite fréquemment c'i la colonne des sorties sur les registres de Bicêtre : «- Sorti, en vertu d'un ordre de M. Baillij, à sa

séance teune en cette maison, le « Et cependant, huit jours après la

promulgation de ce décret, Louis XVI, envoyait encore au directeur de Bicètre, la lettre suivante :

« De par le Roy,

'< Chors et Iiien aînés, nuiis vims mandons et ordonnons de recevoir à l'hôpital « le sieur de Fontalard, genlilhomnic, et de le garder jusqu'à nouvel ordre de « notre part. Si n'y faites faute, car tel est notre lion plaisir. »

Sujné : Louis.

La lettre était datée de Versailles et contresignée du comte de Saint-Priest.

Aux registres d'écrou de Bicètre, on lit:

Du 19 mars 1790,

Le S' Marc de Fontalard, gentilhomme, garçon 30 ans, de Champagnac, en Auvergne.

Ordre du Roy.

En marge : Le 30 juin 1790, reçu un ordre de M. le garde des sceaux, portant d'accorder la liberté des cours au S'' Fontalard sans

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celle de pouvoir sortir de la maison. Eu conséquence, passé des cabanons au dortoir Saint-René, le 2 juillet 1790.

Sorti le {La date est restée en blanc sur le registre).

Ce fut la dernière lettre de cachet (1).

1. Voir Appendice. — Extrait ilu Bulletin Je l'Assemblée Nationale, séance du 13 mars 1790 (Moniteur universel).

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