‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 30 sur 137 · Voyez Api'emuce · texte numérisé non relu

Voyez Api'emuce

3. Nous ne cilons que les évasions qui nous ont paru les jilus curieuses à citer pendant nos recherches laites sur les registres de l'Hospice de Bicêtre. Nous renvoyons le lecteur à la lin de ce volume aux Notes justificatives. Nous avons inséré dans cette partie, la copie des Registres au sujet de chaque évasion.

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au cachot pendant trois mois (20 juin — l(j septembre 1774) L'année suivante une sédition plus grave ensanglanta Bicètre. Une dizaine de détenus se prirent de querelle, et se ruèrent les uns sur les autres, profitant de l'absence momentanée des gardiens. Quand ceux-ci arrivèrent trois prisonniers avaient été assassinés par leurs camarades. A la suite de cette affaire, quatre des adversaires furent rompus vifs dans la prison et un cinquième fouetté et inanjué comme complice.

Malheureusement, il y avait presque toujours mort d'homme dans ces révoltes. Les gardes, obligés de se défendre, tiraient des coups de de feu, la plupart du temps au hasard. Plusieurs fois même, impuissants à maîtriser les plus séditieux, il leur fallait demander qu'on vint leur prêter main-forte du dehors.

En 1772, le lieutenant général de police de Sartine se transporta à Bicètre avec M. Laboureur, commandant du Guet et quarante hommes de sa garde, pour réprimer une révolte. Un des insoumis fut tué, un autre eût le bras cassé d'un coup de feu. Le 8 décembre 1789, trente prisonniers parvinrent à remuer un pan de mur, à s'y ouvrir un passage. A l'instant où ils allaient s'échajiper ils furent arrêtés oi conduits au cachot.

L'une des révoltes les plus graves fut celle de la nuit du 17 au 18 février 1790. Depuis quelque temps, les détenus murmuraient de ne pa.^ recouvrer la liberté dont on les avaient privés illégalement. Les prisonniers du Grand Puits avaient même formé le projet de quitter leur travail pour faire manquer la maison d'eau. Ils attendaient les effets de la rigueur qu'on emploirait pour les contraindre à rentrer dans le devoir, pour motiver cette insurrection. Ce furent les prisonniers de l'infirmerie de Saint-Denys qui donnèrent le signal. Au nombre de soixante-dix, ils tentèrent de s'évader par un trou qu'ils avaient pratitiqué dans la mansarde du troisième étage. Plusieurs même avaient réussi à gagner les toits. Un gard du château s'en aperçut, tira sur eux. Un d'eux fut blessé et tomba d'une hauteur de vingt pieds dans une cour intérieure. On le transporta mourant dans une infirmerie libre. (1)

Pendant ce temps les prisonniers du Grand Puits s'étaient barricadés

1. U'Ili-r d'un (UNI ,lr la V-Jrilr a un ennemi ./r> /■/■(>;»j/is. Paris 1790. (,lrjà (-it.-).

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derrière des planches et se disposaient à une vigoureuse résistance, déterminés à se défendre pour recouvrer leur liberté. En présence de ces intentions hostiles, l'économe se rendit chez le maire de Paris pour demander du renfort. Le lieutenant du maire au département de la police, M. Duport du Tertre, accompagné de M. Manuel, administrateur du même département, se rendit à Bicêtre avec 80 canons et un piquet de 50 hommes à cheval, le 19 février à 10 heures du matin. Arrivé près de l'endroit où les prisonniers s'étaient retranchés, il les somma de se rendre. Les assiégés répondirent qu'ils ne se rendraient pas tant qu'ils verraient des armes et des baïonnettes. Les administrateurs insistèrent pour que la porte leur fut ouverte. Les détenus demandèrent alors à donner lecture d'un papier, ce qui leur fut refusé.

Le lieutenant du maire, pour leur apprendre les dangers où ils s'exposaient par leur opiniâtreté, leur fit lire la Loi Martiale. L'article qui ordonne de faire feu, occasionna aussitôt un grand murmure. Au troisième ordre de se retirer et d'obéir, M. du Tertre, leur donna cinq minutes pour délibérer sur ce qu'ils avaient à faire. Ils ouvrirent alors, ils écoutèrent avec plus d'attention le discours à la fois ferme et plein de sensibilité qui leur donnait l'espérance de la liberté, à la suite d'une bonne conduite et «le l'obéissance aux ordres de leurs chefs.

Les prisonniers fournirent comme garants de leur soumission quinze d'entre eux qui paraissaient mériter leur confiance et qui en avaient assez dans leur compagnons pour leur servir de caution. Le calme se rétablit et tout rentra dans l'ordre une fois encore.

C'est probablement pour éviter de pareilles tentatives que quelques années plus tard, sur la plate-forme qui tenait lieu de toit au bâtiment neuf, un chien nommé Dragon, fut chargé de prévenir par ses aboiements, en cas d'évasion, les gardes de la prison. Hélas, ce chien que l'administration croyait aussi vigilant qu'incorruptible « fut cependant suborné plus tard par des détenus, au moyen d'un gigot rôti qu'il eut la coupable faiblesse d'accepter. » (1) Si Dragon ne sut pas empêcher de fuir quelques détenus, l'un de ses semblables — disons-le à l'honneur

1. Cependant les am|ili}trions s'étant évadés, pendant que Dragon dégustait le gigot, il fut cassé et relégué dans la Cour des Chiens; là, mis à la chaîne, privé de l'air libre qu'il respirait sur la plate-forme, inconsolable de sa faute, il dépérit de jour en jour, et finit par succomber aux remords, victime d'un moment de gourmandise et d'erreur.

{Mémoires de Vidocq. — tome i"\ p, 200 et suiv).

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de la race canine, — fit avorter, le 13 octobre 1797, une évasion de trente-quatre prisonniers, parmi lesquels se trouvait le fameux Vidovfi, qui, de voleur, devint chef de la Sûreté (1).

De 1801 à 1815, plusieurs tentatives d'évasion eurent lieu encore. En 1806, quelques détenus montèrent sur les toits et gagnèrent les champs. Un d'eux se sauva, un autre fut tué, le reste fut promptement resaisi (2).

Tout prisonnier qui s'était rendu coupable de tentative d'évasion, d'excitation à la rébellion ou au tapage, était mis immédiatement aux cachots noirs. On le descendait alors dans les lugubres fosses de la cour Royale, et là, les fers aux mains et aux pieds, couché sur la terre humide, au pain et à l'eau, il restait jusqu'au jour où l'on daignait se souvenir de lui. Pour injures à leurs supérieurs, aux sergents, aux gardes, aux garçons de service, aux visiteurs; lorsqu'ils s'enivraient souvent ou qu'ils coupaient les sangles de leurs lils ou leurs draps; s'ilsenvoyaientdes lettres de menaces à leurs parents, « enfin lorsqu'ils écrivaient de ces lettres par lesquelles ils annonçaie'it de prétendus trésors cachés » (3), les détenus étaient placés aux cachots blancs. [Pour vol, ils étaient mis au carcan pendant plusieurs heures. Avant de descendre

) . A celte époque, la maison de Bicêtre qui n'était forte ([ue par l'extrême surveillance qu'on y exerçait, pouvait contenir douze cent détenus... Pour moi, toujours préoccupé de l'idée d'éviter le bagne et de gagner un port de mer, où je pourrais m'erabarquer, je combinais nuit et jour les moyens de sortir de Bicêtre : j'imaginai enfin qu'en perçant le carreau du FortMahon pour gagner les aqueducs jiratiqués sous la maison nous pourrions, au moyen d'une courte mine, arriver dans la cour des fous d'où il ne pouvait pas être difficile de gagner l'extérieur. Ce proj(it fut exécuté en dix jours et autant de nuits. Pendant tout ce temps, les dtUenus dont on croyait devoir se méfier ne sortaient qu'accompagnés d'un homme sur... Il fallut cependant attendre que la lune fut sur son déclin. Enfin, le 13 octobre 1797, à deux heures du malin, nous descendîmes dans l'aqueduc au nombre de trente-quatre. Munis de plusieurs lanternes sourdes, nous eûmes bientôt ouvert le passage souterrain et pénétré dans la cour des fous... Un chien aboie... le concierge suivi de guichetiers accourt... la garde arrive... la tentative avorte. {iVémoires de Vidoc(/, tome I''. p. 216-217).

2. Un seul, prisonnier d'état, encore sur un toit — d'où il criait qu'il se rendait — fut précipité du haut en bas par un féroce guichetier. Un autre prisonnier d'étal qui, malade dans un cabanon, n'en était pas sorti, fut arraché de son lit, frappé avec une barre de fer et mourut trois jours après. Dans une semblable circonstance, des gardiens armés de nerfs de bœufs descendirent pendant la nuit dans les cachots où les prévenus d'évasion étaient renfermés, les fers aux mains, serrés avec barbarie, et se relayèrent tour à tour pour les frapper pendant cinq heures. (H. AudilTret. — Dictionnaire de la Conversation et de la hectare, année 183."!.

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