CHAPITRE VII
Les pnfaiits de la correction.
Jusqu'en 1792, hors de l'enclos principal de la prison, sous la pre mière arcade à gauche, en entrant dans Bicètre (1), au-dessus d'une grosse porte pleine munie de verroux, on lisait ce mot : « Correction. »
Succursale de la maison de Force bien qu'elle appartint au cinquième emploi, c'était là que des enfants dont la plupart n'avait pas quinze ans étaient enfermés à la demande de la famille, d'un parent ou de leur patron. — Quels étaientleurs criraes?Des pécadilles bien souvent! Avoir dérobé quelques fruits à un étalage, injurié son maître, mal répondu à son père, flâné un peu plus que de coutume sur les places publiques, joué au palais ou aux dés dans les carrefours, étaient des motifs suffisants pour qu'un ordre de séquestration à la correction de Bicètre fut immédiatement lancé contre l'enfant dont une lamil'e désirait se débarrasser.
Nous avons relevé sur les registres des faits étranges :
— Un apprenti chaudronnier (2), pour avoir dérobé quelques parcelles de cuivre à l'atelier, est envoyé â la correction, avec cette note : (c Sera fouetté deux /ois par joar jusqu'à nouvel ordre.-»
Sans mentionner le motif do la détention, un orphelin de père et de mère est envoyé pour être retenu jusqu'à nouvel ordre à la Force (.'>), un autre, un enfant de 13 ans (4), est transféré des prisons de la Con-
I. Règlement de 1781, chap. 111, art. h". Emplacement de la correclion. -'. 11 octobre 17'23. Registre des entrées. Arcliives de Ricèlre. i. 17 février 1772. — Registre des entrées, .\rchives de Bicètre. 4. 23 novembre 1767. — Registre des entrées. Archives de Bicètre.
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ciergerie par un arrêt du parlement qui ordonne, avant de le conduire à Bicêtre, de le suspendre par les aisselles à une potence qui pour cet efl'et, sera plantée, sur la place publique, par l'exécuteur delà haute justice et de l'y laisser une heure. Puis, ordre de le renfermer à perpéluité. A perpétuité !... qu'avait pu faire cet enfant pour encourir une rigueur pareille ?... hélas !... on la rencontre presque, à chaque pas, cette terrible mention, en marge du livre des entrées. — A perpétuité !... des enfants !...
Lorsqu'un père, un maître ou tout autre personne, le curé de la paroisse même (1), voulait faire enfermer son tils, son parent, son apprenti ou l'un de ses jeunes paroissiens, il devait s'adresser au bureau de l'hôpital général. Le président de la Commission des pauvres déléguaitun ou deux directeurspour examiner le bien fondé des plaintes; le lieutenant général de police statuait sur leur demande, délivrait l'ordre d'admission sans fixer la détention, quelquefois sans en spécifier le motif. Ceux qui étaient arrêtés pour vol dans Paris, étaient incarcérés par ordre du roi. Le plus grand nombre arrivait à Bicêtre par arrêt du parlement ou sentence de la prévôté. Le temps de la détention était fixé sur ces ordres. Il variait de trois mois à plusieurs années. En général, les enfants étaient enfermés jusqu'à leur majorité.
On eût par la bonté sauvé la moitié de ces malheureux. Lorsqu'ils sortaient de la Correction de Bicêtre, meurtris de coups, couverts de cicatrices, ils étaient pervertis jusqu'à la moelle et allaient augmenter le contingent des voleurs, des vagabonds et peut-être des assasins. On eût dit que le gouvernement « avait voulu former un séminaire de voleurs pour empêcher le relâchement de la police (2). » Obligés de travailler treize heures par jour, ces jeunes détenus n'avaient de repos que les quelques minutes consacrées à un maigre l'epas ou à chanter des cantiques. A la moindre défaillance, à la moindre incartade, deux gardes enlevaient les coupables, les attachaient par les mains, parles pieds, parle milieu du corps, à cinq crampons de fer scellés dans le
1. Règlement du roy Louis XIV pour l'hospital général Je Paris au sujet des garçons l't des filles qu'on enferme par correction. Fait à Versailles le xs avril mvclxxxviv. Signé Louis, plus bas Colbert. (Voyez Appendice.) Le texte do ce règlement d'après Félibien. Histoire dr Paris revue et augmentée pur (iuy, Alexis Lobineau, Preuves et pièces juslificatives (tome IV, Paris, 1725, pages 26o, 266.)