‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 38 sur 137 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

I.a guillotini' à BiLêtre : Essai dii la guilloline sur les cadavres. — l.o Docteur \.n et (iuilloliii. — Une guillotine à neuf tranchants.

Une année avant la Révolution, Louis XVI avait supprimé les bas cachots du Châtelet, supprimé Vincennes, créé la Force pour y mettre les prisonniers pour dettes et les séparer des voleurs, mais il avait gardé la Bastille; il avait aboli la torture préparatoire, mais il avait laissé les peines inégales pour les délits de même nature, selon que ces délits étaient commis par un gentilhomme ou par un manant. Ce fut seulement le 1'' décembre 1789 que l'Assemblée nationale vola l'uniformité des peines sans égard pour le rang ou l'état des coupables. Il restait encore le préjugé barbare qui entachait d'infamie les familles des condamnés; elle abolit ce préjugé par décret du 21 janvier 1790. Enfin le 25 septembre 1791, les dispositions suivantes étaient inscrites au Code pénal :

« La peine de mort consiste dans la simple privation de la vie sans qu'il puisse jamais être exercé aucune torture sur les condamnés. Tout condamné aura la tête tranchée ! »

Ainsi était supprimée la potence, exclusivement réservée aux gens du peuple et considérée comme un supplice ignoble pour les gentilshommes. Telle était l'aristocratie de l'ancien régime, (jue même dans la manière de donner la mort s'établissaient des distinctions.

Cependant la décapitation par le glaive du bourreau paraissait cruelle à l'Assemblée. Celui-ci bien souvent manquait son coup, s'y reprenait à deux et trois foia. Il fallait chercher un moyen de donner la mort sans faire trop souftVir le condamné. Longtemps l'Assemblée hésita avant de se prononcer sur l'application de la peine capitale. L'année s'écoula sans que les criminels condamnés par les tribunaux pussent être exécutés. L'instrument manquait à la loi. C'est alors que le sieur Guillotin proposa de se servir d'une machine dont un nommé Schmidt, Allemand d'origine, se prétendait l'inventeur. Lntre deux poteaux, barrés par le haut d'une traverse, serait placé le corps du

criminel. Au-dessous de la poutre transversale serait hissé un couperet ea l'orme de croissant, glissant entre deux rainures. Une corde le retiendrait lixé à hauteur. Quand la tète du condamné serait posée sur le bloc, on lâcherait la corde; la hache, glissant perpendiculairement eutre les deux bras de la machine, viendrait s'abattre avec une force doublée par la rapidité de la chute (1).

Bien qu'il n'eiit pas à cet égard de plan très précis, Guillotin n'en était pas moins convaincu de la perfection de cet instrument. Aussi s'écriait-il en pleine Assemblée :

« Avec ma machine, vous ne souffrez pas ; ce supplice est si peu douloureux qu'on ne saurait ([uedire si l'on ne s'attendait pas à mourir. Jevous fais sauterla tête enunclin d'uL'il.à peine si on aletemps de ressentir une légère fraîcheur(2).»

A cette apologie bizarre l'Assemblée n'avait su que dire, et elle avait approuvé l'invention philanthropique du médecin. Il s'agissait maintenant de la mettre en pratique. Un sieur Guidon, maître charpentier, voulut bien se charger de construire la machine suivant les instructions que lui donnait Guillotin. Guidon demanda, rien que pour exécuter le plan, le prix exorbitant de cinq mille six cent soixante livres. Clavières, ministre des contributions publiques, autorisale Directoire à traiter avec tous artistes pour la confection de l'instrument. Aucun ne se présenta, il fallut céder aux exigences du sieur Guidon.

Le 7 mars 1792, le docteur Louis, secrétaire de l'Académie de médecine, donna son avis motivé sur la manière dont on procéderait à la décollation; le 20 mars, l'Assemblée législative, après avoir entendu le rapport de Carlier de l'Aisne, au nom du comité de législation, adoptait la machine de Guillotin comme mode uniforme de décollation sur tout le territoire français. Le docteur Louis fut invité à s'entendre avec Rœderer, procureur-syndic de la commune, le doc-

1. D'après le cfiroiiiqueur Jean d'Autun, l'invention remonterait au 13 mai KiO/. A cette époque, une niacfiine de ce genre aurait été expéiimentée pour la première fois à Gênes. En France même, le maréchal de Montmorrncy avait été décapité à Toulouse, en 1652, au moyen d'une machine que Puységur décrit ainsi dans ses mémoires :

« En ce pays-là, on se sert d'une doloire qui est entre deux morceaux de bois, et, quand on a la tète posée sur le bloc, quelqu'un lâche la corde, et cela descend et sépare la tête du corps. »

Enfin, quebiues années avant la Révolution, ces instruments de mort avaient figuré sur le théâtre d'Audinot, dans une pantomime intitulée Icf. Quatre /ils Ayinon.

Page 1