Max. Ducamp. Paris, ses organes, etc. T. IV, p. 27K
teur Cullerier, médecin de rHôpital général et le charpentier Guidon, pour choisir un emplacement convenable où l'essai du sinistre instrument pourrait être fait en toute sécurité.
Bicêtre fut le lieu choisi. L'essai eut lieu, sur des cadavres livrés par radiuinistration des hospices (deux prisonniers et une femme gâtée) le 17 avril 1792, à sept heures du matin, en présence des employés supérieurs de la maison, des médecins Philippe Pinel et Calianis, l'ami de Mirabeau; des docteurs Louis, Cullerier et Guillotin; du procureur-syndic de la commune; d'une foule de notabilités de l'Assemblée nationale, des membres du conseil des hospices ; etc. (1).
Le bourreau Sanson et ses aides couchèrent un cadavre entre les deux bras de la machine, la face tournée vers le plancher. Au signal donné par l'un des ouvriers, Sanson pressa le bouton qui retenait la corde. Le couperet, fort de son poids, glissa rapidement entre les coulisses et sépara la tète du tronc, avec la vitesse du regard, selon l'expression de Cabanis lui-même. Les os furent tranchés nets. Les deux autres essais, successivement effectués, réussirent de la même manière. C'était désormais un résultat acquis (2).
i. Voici, ù ce sujet, la lettre qu'écrivit le Docteur Louis au D'' Micliel Cullerier, alors chirurgien principal de l'Hôpital général :
« Le mécanicien, monsieur, chargé de la construction de la machine à décapiter, ne sera prêt à en faire l'expérience que mardi. Je viens d'écrire à M. le Procureur Général Syndic, afin iju'il enjoigne à la personne qui doit opérer en public et en réalité, de se rendre mardi à deux heures au Heu désigné pour l'essai. J'ai fait connaître au Directeur avec quel zèle vous avez saisi le vœu général sur cette triste affaire. Ainsi donc à mardi. Pour l'efTicacité de la chute du couperet ou tranchant, la machine doit avoir quatorze pieds d'élévation. D'après cette notion, vous verrez si l'expérience peut être faite dans l'amphithéâtre ou dans la jiotite cour adjacente.
Je suis, etc.. « Louis. »
(.\ Husson. — Elwlr sur /es hô/ti.luu.r.)
i. N'oUï croyons devoir rapportiT une anecdolr dont cependant nous ni' certilions nullement l'authenticité.
Pendant ((ue les spectateurs adressaient leurs félicitations aux deux médecins dont l'invention tendait à rendre plus jirompte et moins douloureuse l'application de la peine capitale, seul le vieux Sanson, les yeux fixés sur le dernier cadavre dont la tète avait roulé si rapidement, si facilement, sans que sa main exercée eût fait autre chose que de pousser un ressort, répétait avec tristesse : « Belle invention! pourvu i|u'on n'abuse pas de la facilité! »... Les spectateurs sortirent de l'enceinte et allèrent rendre compte de rinvi>ntion nouvelle, les uns à l'Assemblée, les autres par la ville. Quant aux prisonniers, ils se regardèrent les uns les autres et descendirent des appuis des fenêtres sur lesquelles ils avaient grimpé.
— « C'est, dit l'un d'eux, le fameux projet d'égalité. Tout le rnoude mourra de I,i même manière.
— <^ Oui. lépliqua un plaisant de Bicêtre, cela nivelle ! » {UiMoiir nncr'lntiijiii- i/c,> prisons ('■■ rEtt/'ope, jiar Allniize et A. Maquet.
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Huit jours api'ès cette expérience sur des cadavres, le nouvel échafaud se dressait sur la place de Grève. Celui qui inaugurait cet instrument de mort s'appelait Jacques Pelletier, arrêté pour vol avec violence le 14 octobre 1791, et condamné le 24 janvier 1792 par le tribunal criminel de Paris. L'exécution réassit parfaitement, et dès lors fonctionna, pour l'exécution de la loi, la terrible machine, que le peuple appela d'abord du nom de Louison ou de Louisette, par plaisanterie sur le nom du docteur Louis, puis ensuite Guillotine, du nom de son prétendu inventeur (1).
Un an après, en messidor, Bicètre était de nouveau le théâtre d'un essai de guillotine perfectionnée. Mais cette fois, ni le docteur Louis, ni Guillotin n'assistaient à l'épreuve. Le docteur Louis était mort depuis plusieurs mois ; Guillotin, enfermé comme suspect dans une prison de Paris, s'attendait, d'un jour à l'autre, à ce qu'on fit sur luimême l'expérience de la terrible machine qu'il avait autrefois si chaleureusement recommandée à l'Assemblée nationale.
Il s'agissait alors d'un progrès, si l'on peut appeler progrès les perfections apportées dans l'art de tuer son prochain. Un nommé Guillot, mécanicien, demeurant à Paris, rue des Sept- Voies, proposa au comité de Salut Public une machine à neuf tranchants, destinée à abattre autant de tètes à la fois. On lui accorda d'en faire l'essai à Bicêtre, mais l'épreuve ne réussit point. Quelque temps plus tard, ce Guillot était arrêté pour avoir fabriqué de faux assignats, et l'inventeur de la guillotine à neuf tranchants mourait décapité par la guillotine à un seul coup.