‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 4 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Grange-aux-Queuix. — Le château de Winchester. — Armagnacs et Bourguignons. — Cession de Bicêtre au Chapitre de Notre-Dame. — Le Diable à Bicétre. — La Commanderie de Saint-Louis. — Les Enfants Trouvés. — Réunion à l'Hôpital Général.

Lorsque l'on quitte Paris par la barrière de Fontainebleau, porte d'Italie, on aperçoit, à un quart d'heure de chemin à peine, sur la hauteur qui domine la vallée bourbeuse de la Biôvre, au sommet du coteau de Gentilly, un édifice immense, une ville presque, entre quatre murailles : c'est l'Hospice de Bicêtre.

Bicêtre dépend de la ville de Gentilly, une des plus anciennes communes de France. Le bon saint Éloi, ministre de Dagobert, y posséda un fief, le roi Pépin vint dans son église célébrer la fête de Pâques, et, sous Chai'lemagne, des prisonniers Saxons n'appartenant pas à la religion catholique s'y établirent et laissèrent leur nom de Gentils à la ville qu'ils avaient agrandie, sinon fondée.

L'histoire de Bicêtre ne commence qu'au milieu du xiii' siècle, vers 1250. A cette époque, Louis IX, voulant favoriser le développement des institutions monastiques, fît venir à Paris une colonie de Chartreux et leur donna le domaine situé sur le plateau de Gentilly. Ce domaine était la Grange - aux-Queulx (1). Il avait appartenu à un certain Bertrand Milhoë, maître-queulx ou premier cuisinier de Louis VIII.

Les Chartreux y étaient à peine installés que, profitant d'une nou-

1. Selon quelques chroniqueurs, la Grange-aux-Qumdx s'appelait Gniihje-aux-Gui'ux et tirait son nom des malfaiteurs, mendiants ou gueux, réfugiés en cet endroit et auxquels des bâtiments abandonnés servaient de repaire. Le nom de Grange-aux-Queulx nous paraît plus véritable.

rnSTOlRE DE lîlC.ETUE

velle libéralité du souverain, ils quittèrent ce manoir pour aller s'établir au midi et hors des murs de Paris, au castel Vauvert, au milieu de terrains vagues, occupés aujourd'hui par les jardins du Luxembourg. Ce château de Vauvert était un objet d'effroi pour les Parisiens (1). Il était hanté par les diables et les revenants, disait-on. On y entendait la nuit d'effroyables bruits.

Tandis que les moines allaient chasser les ombres qui troublaient le repos des habitants de la capitale ; que leurs prières en ce lieu remplaçaient les chants obscènes; les offices du culte, les sabbats étranges ; la Grange-aux-Queulx, complètement abandonnée, devenait à son tour le refuge des coupeurs de bourses et des vagabonds.

En 1286, au commencement du règne de Philippe le Bîl, il n'y avait plus que des ruines. Jean de Pontoise, évêque de Winchester, en fît l'acquisition. Bientôt, le cloître fut transformé en un magnifique donjon féodal et ses fièches orgueilleuses s'élancèrent dans les airs, semblant menacer le ciel. La Grange-aux-Queulx était devenue le château de Winchester (2).

Le prélat ne fut pas tranquille possesseur de son domaine. En 1294. Philippe le Bel, dans les guerres avec le nécessiteux roi d'Angleterre, Edouard P', et, par suite de représailles, confisqua au profit de la couronne le castel de l'évêque anglais. 11 le donna, avec ses dépendances, à Hugues de Bouille, seigneur de Milly, chambellan du roi. Cependant, en 1301, Jean de Winchester obtint la mainlevée du séquestre et rentra dans une partie de ses biens. Trois ans plus tard, à sa mort, le comte de Savoie, Amédée VI, dit le Grand, acheta des héritiers du prélat le manoir et les terres de Gentilly (vignes, prés elbois). En 1346, le domaine entier, acquis par échange, rentra une seconde fois à la Maison royale de France.

C'était l'époque de la guerre de Cent ans. Les Anglais envahis-

1. « La terreur qu'inspirait ce lieu s'était si puissamment emparée des imaginations « que le souvenir s'en est conservé longtemps après et a donné naissance à cette phrase « proverbiale : « Aller au diable Vauvert » pour signifier faire une course pénible et « dangereuse. » (Dulauie. — Histoire de Paris. Édit. 1864, tome III, page 432).

2. Nous laissons aux étymologistes le soin de savoir si, par corruption de ce mot, Winchester est devenu successivement Wincestrc, Wiccstre, Bicestre, ou si ce n'est pas simplement de Biheris Castra, château de la Bièvre, que vient le nom de Bicètre, porté actuellement par l'hospice.

HISTOIRE DE BlflÉTRE 3

saient notre territoire. Deux fois vainqueurs, à dix ans de distance, à Crécy et à Poitiers, ils parcouraient le pays à leur aise, presque librement, (c entrant partout sans coup férir, brûlant et pillant, chargés comme des portefaix, soûlés des fruits, des vins de France (1) ».

Le prince de Galles ravageait le Midi, une autre armée d'Edouard <mvahissait le Nord et venait, après avoir pris et brûlé Montlhéry, Arpajon et Lonjumeau, camper dans les environs do Vitry-Gentilly- Bicêtre, pendant la semaine de Pâques 1360. Mais le roi d'Angleterre n'osa pas attaquer Paris. Il retourna vers la Loire et le désastreux traité de Brétigny fut signé le 8 mai.

Une nouvelle invasion des Anglais, sous la conduite de Robert IvnoUes, capitaine d'aventures, à la tête de cinq à six mille hommes, fut fatale à Bicêtre. A l'approche de l'ennemi, les paysans se réfugièrent dans l'enceinte de la capitale.

« G'estoit alors, dit une chronique du temps, un spectacle digne de conipas- « sion de voir fondre dans Paris, tous les habitants des villages d'alentour, hom- « mes, femmes, enfants, tout épierez pour y trouver asile. »

L'armée de KnoUes s'avança jusqu'au faubourg Saint-Marcel. Elle se heurta aux barrières de Paris et recula, brûlant dans sa retraite, le 24 septembre 1371, Villejuif, Gentilly, Arcueil et Bicêtre. Pendant un jour et deux nuits, le roi put voir, de son hôtel Saint-Pol, la flamme des villages que les Anglais avaient incendiés.

En 1385, Charles VI céda le domaine de Bicêtre h Amédée le Rouge, comte de Savoie, pour prix des secours qu'il lui avait amenés. Ce fut d' Amédée VllI (2), fils du comte, que Jean, duc de Berry, oncle du roi, acheta en 1400 les ruines du casLel. Jean le fit rebâtir avec magnificence (3).

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