Voir plus luiii, notre chapitre sur le Gnuni-l'uits
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achetèrent. Les cabanons donnant sur la rue devinrent l'entrepôt de la fabrication. Le prisonnier qui avait quelques fonds d'avance, faisait travailler dix ou vingt de ses compagnons. Pour peu que la localité le favorisât, il arrivait k monter une véritable entreprise. Des barreaux du rez déchaussée où se trouvaient les marchands en détail jusqu'au quatrième étage où se trouvaient les ouvriers, les uns correspondaient avec les autres au moyen de miroirs attachés à leur lucarne. Les prisonniers descendaient les ouvrages par une petite poulie iixée en dehors de leurs barreaux. La valeur du bibelot vendu était de même remontée. Ce genre de travail était à Bicètre poussé jusqu'à la perfection. Beaucoup d'échoppes étaient ornées avec goût et avaient des étalages magnifiques.
Dès qu'un prisonnier venait pour la première fois habiter un cabanon, il n'était pas rare de le voir dans les premiers jours triste et morose, eflrayé de la solitude. Après les premiers jours venaient les criailleries, les jurements, les menaces, les pleurs. Tout était inu-
l-i'e Alors venait la réflexion. Il entendait, à côté, des compagnons
d'infortune chanter et rire et chez qui se débouchait la bouteille. 11 apprenait par les gardes que ces avantages étaient le fruit d'un commerce productif. Aussi ces hommes,fussent-ils même les audacieux les plus redoutables, devenaient-ils bientôt paisibles et successivement se faisaient ouvriers, fabricants ou marchands, selon l'emplacement du corridor ou du cabanon qui leur avait été accordé. Toute leur turbulence se portait vers le travail et l'activité commerciale (1).
Chaque détenu valide recevait par jour pour sa nourriture 720 grammes de pain bis (seigle et farine), les malades, les septuagénaires et les infirmes, 500 grammes de pain blanc (froment pur). Le détenu non-travailleur avait par jour un demi-litre de soupe à la Rumfort, les travailleurs, les garçons de guichets, les porteurs, recevaient en plus 125 grammes de viande cuite et désossée, et un demi-litre de bouillon gras, avec légumes, les dimanches et les jeudis; les autres jours de la
l. Mercier. — Le TableaiK'^ Paris. — I{clation ,lu |irip IJirliard, Soiivmi qut's, eu. (Bibl. Carnavalet.)
102 HISTOIRE DE Rir.ÉTRK
semaine on leur donnait en supplément un demi-litre de bouillon maigre et une portion de légumes d'un tiers de litre (1).
Les convalescents recevaient chaque jour les distributions et la quantité de vin que comportait le cahier de visite. Les galeux n'avaient droit à aucune faveur, ils étaient, comme les non-travailleurs, nourris de pain et de la soupe à la Ruinfort. Le cuisinier recevait 38 centimes par jour de présence pour les malades, 13 centimes pour les ouvriers 7 centimes pour les non-travailleurs. Le fain fourni par l'entreprise revenait à la maison à 15 centimes la livre.
Les détenus valides couchaient deux par deux. Les non-travailleurs avaient une paillasse, une couverture, un traversin, une couchette ou un lit de camp, ils n'avaient point de draps. Seuls, les ouvriers en recevaient une paire, tous les mois. Ils avaient, outre la paillasse, un matelas. Les malades, les septuagénaires et les infirmes avaient deux matelas et deux couvertures. Le linge de corps était donné indistinctement à tous. On les en changeait tous les huit jours.
L'uniforme dont chaque condamné devait se vêtir en entrant était lin pantalon de toile mi-partie gris et noir. Cet habillement devait durer deux ans, les bas, six mois.
Avant 1792, les infirmeries des prisonniers étaient au nombre de cinq, situées dans le bâtiment de la Force :
1° Saint-Lazare, au l*' étage, contenant 26 lits. 2° Saint-Roch, au 2' étage, — 52 —
3° Saint-Denys, au 3" étage, — 62 —
40 Belle-Vue, d° — 20 -
5° St-Germain, au 4' étage, — -14 —
Total 174 lits
Saint-Roch recevait les vénériens et les galeux; Saint-Denys, les scorbutiques ; les autres salles n'avaient point de destination spéciale. Dans aucune des prisons de Pai'is il n'y avait alors d'infirmeries. Dès
I. 11 nous est, dillicile <le croire, quoi qu'en dise le père Richard, que la soupe des prisonniers fût meilleure que celle des autres pensionnaires de la maison.
HISTOIRK |)K BIC.ftTRK 1 (IL!
qu'un condamné tombait malade, soit à la Force, soit à la Tuurnelle, soit à la Conciergerie, on le transportait à Bicêtre pour y être traité.
— L'hôpital général agissait pour ses malades, eu sens diamétralement opposé, on s'en souvient. —
Souvent il}- eut dans les infirmeries de la prison de Bicêtre plus de deux cents malades. On était obligé de mettre les lits dans le milieu des salles ou bien de rapprocher deux lits pour faire coucher trois individus (1).
Après la révolution, ces infirmeries furent transformées en ateliers. Il n'en resta plus qu'une, suffisante pour les besoins de la prison. Un médecin et un chirurgien en chef visitaient les prisonniers chaque matin, recevaient ceux qu'ils reconnaissaient devoir y admettre, renvoyaient ceux qu'ils jugeaient guéris. Un pharmacien libre était attaché à la maison, un bandagiste venait tous les mois.
En aucune façon, et, sous aucun prétexte, les familles ne pouvaient visiter les détenus à l'infirmerie. Seuls les valides pouvaient être appelés au parloir.
Le parloir se trouvait cà l'entrée de la prison. Il se composait de deux grilles formées par d'énormes barreaux que recouvraient en outre un treillage serré de gros fils de fer. Ces deux grilles distantes entre elles de un mètre environ formaient couloir. Dans ce couloir se tenaient les gardes qui avaient conduit l'individu appelé et autorisé par l'administration à recevoir la visite de sa famille ou de ses amis. Ils assistaient à toute la durée de l'entretien.
— a Ainsi, pas un baiser, écrit un visiteur (2), pas une étreinte de main ne devient possible entre le prisonnier et sa femme et ses enfants ! Et de telles précautions, une semblable rigueur sont nécessaires ; sans cela, une étreinte ou un baiser glisserait, dans la main ou dans les lèvres, une scie en ressort de montre, pour enlever la nuit, les barreaux et faciliter l'évasion du prisonnier ; un mot à l'oreille indiquerait les intelligences préparées au dehors. Car ce sont des hommes entreprenans et hardis que les détenus de la prison de Bicêtre, gens habitués
1. Règlement de 1781. — Les prisonniers. — Iniirineries. — (Jliap. II, art. 21. (Arch. de Bicêtre).
2. S. Henry Berthoud. — Dec. 1833, une visite à Bicêtre, Musi'e des familles.
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dès l'enfance au vol, à la prison, au langage et aux habitudes des bagnes, aux chances périlleuses de l'éTasion. »
Aux heures de récréation, les prisonniers descendaient dans la cour Royale et, pèle-mèle, sous l'œil des gardes, jouaient, devisaient, causaient politique, ne se doutant pas pour la plupart que, sous leurs pieds, se trouvaient jadis les terribles cachots noirs. — En 1831, on prétend que le principal objet des conversations des détenus était un buste de Louis-Philippe placé au-dessus de la porte d'entrée principale. Les uns voulaient le faire disparaître, d'autres le maintenir.
Ce buste avait été inauguré dans des circonstances assez bizarres. « Le jour de la fête de la reine, en 1831, les prisonniers jouèrent la comédie sur un théâtre construit dans la cour. On représenta les Dangers de l'Inconduile, mélodrame de l'Ambigu, les Ouvriers, vaudeville des Variétés et une pièce de circonstance dont l'auteur était un forçat. Un détenu que sa bonne conduite, son caractère loyal et son influence sur ses compagnons rendaient une sorte d'autorité dans la maison, s'était institué directeur de la troupe et avait garanti, sur sa responsabilité personnelle, qu'il ne se passerait aucun désordre. En effet, le spectacle fut très réussi, les dames, qui n'avaient point craint de se mêlera l'étrange auditoire, ne reçurent que des marques de respect, tous les prisonniers écoutèrent attentivement la pièce et, une fois le rideau baissé, chacun se laissa boucler paisiblement (I), »
Un des endroits les plus lugubres de la prison était le cachot des condamnés à mort. On l'appelait la Chambre des morts. C'était un des cachots blancs de l'ancienne prison, dans lequel on avait placé un lit et une chaise. Le condamné restait enfermé jour et nuit dans ce cabanon qui recevait à peine d'air par un étroit soupirail. Il avait la camisole de force. Deux fois par jour, une heure le matin, une heure le soir, un garde, le sabre nu à la main, venait le chercher et le faisait promener dans une petite cour voisine delà chapelle. Il marchait à ses côtés, sans le quitter un moment des yeux ; l'heure de la promenade écoulée, on le ramenait au cachot. Sa nourriture était un peu plus soignée que celle des autres détenus, on lui donnait du rôti, de la salade et un demi-sep tier de vin, à chaque repas.