‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 76 sur 137 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sorties des Administrés

Tous les administrés valides, non punis de consigne, peuvent sortir librement les dimanches, mardis et jeudis, et les autres jours, de onze heures du matin à quatre heures du soir.

Les administrés, anciens serviteurs des hôpitaux, qui n'ont pu être admis au repos, mais qui comptent dix ans de service dans l'administration, jouissent de la sortie libre permanente. Cette permission est quelquefois accordée pour un temps limité à des administrés jugés très méritants, et à raison de motifs suffisamment sérieux pour justifier cette exception. Mais ces autorisations ne sont accordées qu'avec beaucoup de réserve et sont supprimées dès qu'elles ne sont plus motivées, ou que ceux qui en jouissent cessent de s'en montrer dignes.

Des permissions de découcher sont aussi accordées. Enfin, les vieillards dont la conduite est habituellement bonne, et qui justifient de leurs moyens d'existence au dehors, peuvent obtenir des permissions de vingt-quatre à quatre-vingt-seize heures et des congés de cinq à quinze jours. Sur des demandes écrites et sérieusement motivées, les administrés obtiennent des congés d'une plus longue durée ; mais ces titres sont soumis par le directeur de l'hospice à l'administration supérieure. Les demandes doivent indiquer les noms et l'adresse des personnes chez lesquelles les administrés comptent demeurer pendant la durée du congé qu'ils sollicitent. Ils sont tenus, sous peine d'être sévèrement punis, de rentrer exactement à l'expiration de leurs congés; si leur absence irrégulière se prolonge, au delà de huit jours, sans qu'ils puissent justifier d'un cas de force majeure, ils sont défalqués de la population de Thospice.

Comme on le voit, la plus grande liberté est relativement laissée aux

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indigents de la maison de Bicètre. Il est juste de dire qu'ils n'en abusent pas.

La première réglementation concernant les sorties des indigents admis dans les hospices est celle de la loi du 16 messidor an VII, portant :

« Art, 35. — Les indigenls ne peuvent sortir de la maison plus de trois fois par mois. »

Le règlement adopté par le conseil général des hospices à la date du 17 septembre 1802 portait également : « La sortie libre ne pourra être permise aux indigents que de dix en dix jours. » Trois jours par mois, cela parut insuffisant aux administrés de Bicètre. Le 2 frimaire an XI, ils adressèrent une pétition pour la sortie libre au général Bonaparte, premier consul de la République française. Bonaparte lut cette pétition et de sa main écrivit en tête :

« Je prie M. le préfet de la Seine de s'y rendre et de me rendre compte si les plaintes sont fondées. »

Le i" Consul, Bonaparte.

Dans un rapport qu'il adressa à la suite de sa visite, le préfet de la Seine déclara au premier consul que les plaintes des indigents étaient mal fondées (1), et il n'y fut pas donné suite. Un arrêté du 15 octobre

i. Minute de la lettre du préfet au premier consul :

« Les plaintes des indigents retirés à Bicètre ne me paraissent aucunement fondées. C'est assez d'un jour ou deux par semaine pour l'admission des étrangers dans la maison et d'un jour de sortie sur dix pour les indigents.

Par là, on peut les assujettir à un travail régulier qui leur procure des secours et des douceurs et on les sauve des accidents qui exposent leur vie et des habitudes qui les ont corrompus.

L'exclusion des marchands de comestibles et de liqueurs est juste et nécessaire.

Peut-être n'est-il pas même sage de faire vendre par des préposés de l'administration des comestibles et des liqueurs spiritueuses. Les préposés peuvent abuser de cette autorisation et l'on ne voit pas qu'il soit nécessaire de rien vendre, dans ce genre, à des hommes qui sont nourris dans la maison.

Le Conseil d'administration a eu raison de n'accorder que la demi-portion à tout malade qui n'est pas à la diète et qui cependant est à l'infirmerie.

Ces sortes de réclamations s'élèvent toujours dans les commencements d'une réforme et il n'y a qu'une réponse à faire à ces indigents :

Ils ont été libres d'accepter cet asile, ils sont libres d'y rester, mais s'ils y restent, il faut qu'ils en subissent la discipline. »

{La minute de la lettre n'est pas signée).

.\rchives nationales. A. F. 394 d"- 1966, n° 84 — 439 d' 2429 n" 11 et 12 — 484 d' 2882 n"' 12 et 14 — 498 d"- 3007 n" 47 à 50).

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1817 confirma le nombre de trois sorties par mois accordées par le règlement de 1802.

Dans les années qui précédèrent 1848, l'administration se montra plus facile. Elle toléra qu'il fût accordé jusqu'à deux sorties par semaine. Elle en permettait même de plus fréquentes aux personnes qui étaient «jugées incapables d'en abuser (1) .. Après la révolution de lb48, 1 administration, cédant aux sollicitations des administrés leur accorda la faculté de sortir tous les jours. Cette faculté ne leur fût pas laissée longtemps. En 1850, les sorties quotidiennes furent supprimées Une seule sortie libre par semaine fut accordée de droit, une seconde pouvait être accordée à ceux dont la conduite n'avait, pendant la semaine précédente, donné lieu à aucune observation défavorable

Un arrêté du 21 avril 1874, approuvé par le préfet de la Seine, à la date du 30 du même mois, fixa à deux jours par semaine, le mardi et le jeudi, les sorties des vieillards ou infirmes des hospices. Par arrêté du -.0 avril Ibil, indépendamment des deux jours ordinaires de sortie Ils furent autorisés à sortir cous les dimanches. Enfin, une décision dû 27 novembre 1880 ajouta aux mardis, jeudis et dimanches de sortie libre, une sortielimitée, de onze heures àquatre heures.les autres jours de la semaine.

11 n'existe pas, dans les archives de Bicêtre, de relevé des punitions pour les années de 1848 à 1850, époque de la sortie complètement libre, mais diverses lettres du directeur de l'établissement, soit à M. Battel soit à M. Davenne. constatent que depuis que cette faveur a été accordée aux vieillards, le nombre des indigents qui se prennent de boisson n est pas plus considérable qu'auparavant. Seulement ils sont moins disciplinés et commettent plus de scandales lorsqu'ils se trouvent dans cet état. En général ce sont toujours les mêmes individus qui sont la cause des désordres.

Ce que le directeur de Bicêtre constatait il y a quarante ans est encore exact aujourd'hui que la liberté des sorties a été rendue beaucoup plus grande. Si le nombre, à priori, paraît grand des administrés qui se hvrent au vice dégradant de l'ivrognerie, il est minime en réalité,

1. Recueil des arrêtas et décisions de l'assistance pubUrjue, tome I", page 73.

^Ai-chives de Bicêtre.)

et l'on peut dire que l'ordre, la discipline, la morale sont rigoureusement respectés aujourd'hui, dans la maison, si l'on considère que sur une population de dix-huit cents individus, il n'en existe pas deux par jour qui se rendent coupables d'infractions au règlement (1).

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