‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 8 sur 137 · Vovez Appendick. — Le Diable à Bicêtre · texte numérisé non relu

Vovez Appendick. — Le Diable à Bicêtre

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malheur, tantôt un diable, enfin un homme capable de tout (1).

C'était, du reste , l'époque où la croyance aux sorciers était

universelle. Le démon lui-même ne prenait plus la peine de se cacher.

11 se montrait en plein jour ; ceux qui l'avaient vu dépeignaient ses traits (2). Les princes eux-mêmes contribuèrent beaucoup à propager ces erreurs dans les campagnes. Le peuple, en matière de croyance, imita la cour.

Profitant de cette crédulité générale , un prétendu magicien , nommé César dit Perditor (3), s'établit dans les carrières de Bicêtre, et là, au moyen de certaines invocations, prétendit faire apparaître à son gré la puissance infernale. Un grand nombre d'individus pris au piège, vinrent vider leur bourse entre les mains de cet exploiteur qui se vantait de faire tomber la grêle et le tonnerre, de composer des philtres d'amour, et qui, chose étrange, selon le bruit populaire, mourut étranglé dans son lit, par le Diable, le 11 mars 1613. Il est vrai qu'il était alors prisonnier à la Bastille !...

Les gens du roi, moins crédules que le peuple, purgèrent Bicêtre de ces malfaiteurs. Ce qui restait du domaine, en 1632, fut rasé jusqu'aux fondements, par ordre de Richelieu.

Voulant mettre à exécution le projet conçu par Henri IV , Louis Xlll acheta la même année l'emplacement de ces ruines et plusieurs terres dépendantes pour y faire élever un hôpital destiné à recevoir les officiers et soldats invalides. Déjà Bicêtre était érigé en

1. (a) Bibliophile Jacob. — Les Curiositéf du Vieux Paris, page 352. (6) « Hé bien, ne voilà pas mon enrayé de maître!

Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre ! »

Molière, l'Etourdi, acte V, scène vu.

•1. Le Diable a fait ses farces depuis l'an 1000. Le chroniqueur Raoul Glaber l'a vu apparaître au pied de son lit et l'a dépeint ainsi :

« Erat enim statura mediocris, collo gracili, facie macilenta, oculis nigerrimis, fronte rugosa et contracta, depressis naribus, os exporectum, labeliis turnentibus, mento subtracto ac perangusto, barba caprina, aures hirtas et praeacutas, capellis stantibus et incompositis, dentibus caninis, occipito acuto, pectore tumido, dorso gibato, clunibus agitatibus, vostibus sordidis, conatu œstuans, ac toto praîceps, arripiensque summitatem strati in quo cubabam, totuni terribiliter concussit lectum »

Voyez : Michelet. — Hii:toire de France, tome II, p. n9-210.

Henri Martin. — Sorcellerie et Mayie, tome XIV, p. 614.

3. AppbiNdice. — Manière employée par le n* César dit Perditor pour faire apparaître le Diable.

mSTOIRK 1)K rUCÈTlîK 13

Coramanderio de Saint- Louis (1634), une chapelle était construite sous l'invocation de saint Louis, les bâtiments s'élevaient ; on devait recueillir tous ceux qui avaient vieilli dans l'armée et que leurs blessures mettaient hors d'état de servir et de pouvoir subvenir à leurs besoins. Les pensions des Oblats devaient être affectées à ce nouvel établissement, tous -les bénéfices qui rapportaien t au moins deux mille livres de rentes auraient contribué à l'entretien delà Comraandorie. La mort de Richelieu, suivie de celle de Louis XllI, vint empêcher que ces plans ne fussent mis à exécution.

Ce fut alors que Vincent Depaul (1) obtint de la reine Anne d'Autriche la permission d'y recevoir, dans les bâtiments déjà construits, et d'y nourrir les Enfants-Trouvés. Comme si elle eût voulu conserver à ce lieu sa réputation maudite, la Nature se mit contre lui. L'intempérie des saisons, l'air trop vif, décimèrent ces pauvres petits êtres. Vincent Depaul fut contraint de les transférer dans une maison près de Saint-Lazare où les Sœurs de la Charité furent chargées de les soigner. Quelque temps après, la maison de Bicètre fut réunie à l'Hôpital Général (2).

1. Nous croyons devoir orthographier Vincent Depaul et non Vincent de Paul. Le célèbre créateur de l'œuvre des Enfants Trouvés a toujours signé son nom en un seul mot. Nous citerons ici pour preuve le fac-similé suivant;

!,■ l'Ass. piihl.).

i. D'après la notice laite en 1057, pour le cardinal Mazarin et extraite des registrci des délibérations du Bureau de l'Hôpital général :

« Bissesire estoit alors une maison vrayment royale si elle estoit achevée. Le dessein estoit d'y accueillir les soldats estropiez sous le titre de Coimnamlerh'^ de Saint-Louis, mais les fonds ayant manqué tant pour lr> bastimens que la subsistance, et 1rs désordres survenus par les misères publiques dos derniers temps, elle a esté presque ruinée par deux camperaens d'armée et depuis l'on en avoit donné quelques appartemens pour les Enfants Trouvés en attendant l'establissement de l'Hospital général; et enfin estant trop exposée et abandonnée de toutes parts, elle a esté jointe et unie à l'Hospital général.

Cette maison consiste en un corps de bastiment avec un emplacement de di-x-huit à

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Transformée de ce jour, elle devint successivement et à la fois, hospice, prison d'État et asile d'aliénés. Longtemps encore plana sur cet établissement le souvenir des superstitions populaires attachées aux ruines précédentes. Un rimeur, Claude Lepetit, écrivait vers la fin du xvif siècle :

« Auguste château de Bicestre Les lutins et les loups garous Reviennent-ils toujours chez vous Faire la nuit leurs diableries?...

Et les sorciers de suif graissés N'y trainent-ils plus leurs voiries, Des pendus et des trépassés?...

Ils n'ont garde les pauvres diables D'y venir remettre leur nez Depuis que vous emprisonnez Les quaîments et les misérables.

Depuis qu'on vous nomme hospital 11 n'en est pas d'assez brutal Pour oser y choisir un gite ! . .. »

vingt arpcns clos de grands murs hauts et élevés, accompagnés de quatre pavillons de cinq toises et demye de face sur quatre toises et demye.

Sur la face de l'enclos regardant la ville de Paris est basty un grand corps de logis de cinq toises de long sur six toises de large y compris deux pavillons qui ont six pieds de saillie. Ce corps de logis est orné à l'estage du rez-de-chaussée et à celuy de dessus de deux corridors à arcades et croisées qui servent à dégager les dortoirs qui ont leur entrée sur iceux...

Aux deux bouts de ce grand corps de logis et sur mesme allignement sont deux aisles plus basses de vingt-quatre toises de long chacune sur quatre toises de large ce qui fait vingt dix-huit toises de long sur le tout qui montre assez la grandeur du dessein... »

Citation de : A. Husson. — Elude sur les Hùpit aux, pa-ge 293 {\ vol. Paris, J8C1).

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