CHAPITRE II
Les Mendiants L'Hôpital Général
Depuis plusieurs siècles, Paris et ses environs étaient infestés d'une foule de vagabonds et de pauvres. La plupart, gens sans aveu, mendiants de profession, tenaient leurs quartiers généraux dans les Cours des Miracles (1). On nommait ainsi leurs repaires, parce, qu'en y entrant ils déposaient le costume de leur rôle. Les aveugles voyaient clair, les paralytiques recouvraient l'usage de leurs membres, les boiteux étaient redressés. Tous les moyens leur semblaient bons pour exciter la compassion des passants. Au besoin, ils demandaient effrontément l'aumône, l'épée au côté et la main sur la garde. C'était, au milieu de Paris, une société organisée, une peuplade indépendante, ne reconnaissant ni loi, ni religion, ni supérieur, ni police.
« Dans ces redoutables Cours des Miracles, jamais honnête homme n'avait pénétré. Les ofûciers du Chàtelet et les sergents de la Prévôté qui s'y aventuraient disparaissaient en miettes, cité de voleurs, hideuse verrue à la face de Paris, égout sordide, d'où s'échappait chaque matin et où revenait croupir chaque nuit, ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage, toujours débordé dans les rues de la capitale ; ruche monstrueuse où rentraient le soir avec leur butin tous les frelons de l'ordre social; hôpital menteur où le bohémien, le moine défroqué, l'écolier perdu, les vauriens de toutes les nations : Espagnols, Italiens, Allemands ; de toutes religions : juifs, chrétiens, mahométans, idolâtres, couverts de plaies factices, mendiants le jour, se transfiguraient la nuit en brigands ; immense vestiaire, en un mot, où s'habillaient et se déshabillaient à cette époque