‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 93 sur 137 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les enfants idiots et épilcpliqucs. — [Leur transfert à Bicêtre en 1838. — Edouard Seguin, instituteur des enfants. —Mauvaise organisation du service. — Desiderata de M. Uavenne et du docteur Delasiauve. — Anciinne section. — Rapports du docteur Bournevillo sur la création d'une section d'enfants épileptiques et idiots. — Création des ateliers. — l.a nouvelle section des enfants.

L'assistance des enfants idiots et épileptiques fut longtemps bornée cà des soins matériels. Relégués dans un coin obscur des établissements où ils étaient recueillis, considérés à peine comme des êtres humains, ils étaient abandonnés à eux-mêmes, livrés à leurs funestes habitudes, à tous leurs mauvais instincts.

Les essais tentés par Itard (1801), par Belliomme, par Félix Voisin, ne produisirent d'abord que de faibles résultats (1). Deux médecins de cœur et de talent, les D" Ferrus à Bicêtre, Falret à la Salpêtrière, appelèrent, en créant des écoles d'idiots, l'attention publique sur ces êtres « si dignes de pitié, dont les droits k l'intérêt des hommes étaient d'autant plus réels qu'ils avaient été plus disgraciés de la nature. Ils montrèrent, dit M. Davenne (2), que la société a aussi des devoirs à remplir envers ces infortunés, et qu'elle devait les faire participer au soulagement, aux bienfaits qu'elle accorde à toutes les souffrances, à toutes les infirmités humaines. Ils mirent en lumière ce lait important et jusqu'alors à peu près méconnu, à savoir que l'idiotie a ses degrés; que ceux qui en sont atteints ne sont pas tous également déshérités ; que la plupart d'entre eux sont susceptibles d'une certaine culture intellectuelle, et que, parmi les plus arriérés même, il existe

1 . D"- Bourneville. — Dhioiirs à la ilblribudon des jirix des enfants idiots et épileptiques de liicèlie, le 23 août 1887 [Propres moiical du 3 septembre 1887).

i. Davenne. — Rapport au j^ré/'et de la Svim; sur le service des aliènes. Paris 1832, chap. IV, p. 61.

encore certaines facultés dont on peut tenter le développement avec quelque espérance de succès. »

Considérés d'abord comme de simples infirmes, les enfants idiots et épileptiques avaient été placés à l'hospice des Incurables. Le Ministre de l'Intérieur ayant décidé que la loi de 1838 leur était applicable, le Conseil général des Hospices les fit alors transférer à Bicêtre. Un instituteur fut chargé de leur éducation morale. Cet instituteur fut Edouard Seguin.

Maître auxiliaire aux Soui-ds-Muets, sous Itard, après un essai d'un an aux Incurables, M. Seguin, connu d'ailleurs par quelques publications ingénieuses, fut appelé en 1842 (9 novembre), à diriger la classe des enfants idiots et épileptiques de Bicêtre, à la suite d'un rapport d'Orfila au Conseil des Hospices. Placé malheureusement entre des rivalités acharnées et au milieu d'impossibilités detoates sortes, il fut obligé, àla suite de dénonciations infâmes, de donner sa démission (1) le 21 décembre 1843. Grâce à un long contact, à une action de tous les instants, initié profondément à la connaissance des idiots, de leurs mœurs, de leurs habitudes, de leurs tendances, de leurs besoins, de leurs affinités, de leurs résistances, M. Seguin devait plus tard, dans un remarquable traité, consigner le fruit de ses observations et faire jaillir, dans une peinture animée, un ensemble des règles, un code complet où tout est prévu, précisé, circonstancié : développement des forces, régularisation des mouvements, éducation des sens, accroissement des sphères intellectuelles et artistiques, stiniulation des tendances morales et affectives, répression des instincts, choix et diversité des procédés, qualités du maître, caractère de sa mission, tous les autres aspects, enfin, que ce sujet comporte et rend nécessaires (2).

On ne peut malheureusement pas apprécier la portée d'un enseignement dirigé sur de telles bases, et quel profit en eût trouvé notre établissement puisque des motifs qu'il ne nous appartient pas d'approfondir motivèrent la retraite prématurée de ce professeur de génie.

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