‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 94 sur 137 · D"^ BourneviUe. — Discours déjà cité · texte numérisé non relu

D"^ BourneviUe. — Discours déjà cité

■2. Delasiauve. — Des principes qui doivent présider à l'éducation des idiots. Paris 18n9, p. 12,

IlISTdlHK DE CICÊTHE 27;)

Seguin parti, il semble que l'Administration se soit désintéressée complètement de l'œuvre de régénération qu'elle avait entreprise. Malgré les réclamations successives des divers chefs de service, malgré les rapports de M. Davenne, directeur de l'Assistance publique, qui, dès 1852, signalait la mauvaise organisation du service « où les enfants vivaient confondus avec ceux qui étaient près d'atteindre l'âge adulte », ces jeunes malades restèrent placés dans deslocaux impropres à leur destination, insuffisants pour leur population, et dans des conditions déplorables au point de vue de l'hj'giène.

«Un seul instituteur pour un chiffre moyen de 110 enfants n'avait d'autres auxiliaires qu'un certain nombre de moniteurs choisis parmi les malades, péniblement façonnés à leur rôle et disparaissant souvent à l'heure où leur concours fructifierait. Impossible — écrivait M. le D-- Delasiauve, dans un remarquable rapport publié en 1859, impossible d'ailleurs, dans une enceinte unique, d'organiser les divisions convenables et de les soumettre à un fonctionnement profitable et régulier. L'incorrigibilité de la plupart des idiots y mettrait obstacle, sans compter même l'antagonisme des occupations, force est, en efTet, d'éloigner de la classe tous ceux susceptibles d'y porter le désordre par leur turbulence ou leurs cris. Beaucoup d'idiots demeurent ainsi livrés à l'abandon, vaguant dans les cours ou encombrant les salles au préjudice de la salubrité générale. L'enseignement lui-même n'est guère efficace que pour une moitié des individus, pour les épileptiques plus ou moins lucides, quelques sujets arriérés ou demi-imbéciles. Quant à la catégorie inférieure, les résultats ne compensent pas les soins imposés >> (1).

Après avoir démontré qu'il serait nécessaire d'exercer les enfants à des ouvrages manuels (menuiserie, cordonnerie, occupations a^-ricoles, etc.), qu'il faudrait ménager des localités pour leur apprendre à se vêtir, à se laver le visage, les mains et les pieds, à se peigner les cheveux, se nettoyer les dents et les ongles, ajuster leur costume, etc.; qu'il serait utile enfin, de solliciter d'eux une participation quelconque à certaines fonctions domestiques, M. Delasiauve ajoutait que ce serait une excellente pi'éparaLion pour des études d'un autre ordre, au premier rang desquelles se placent les moyens gymnastiques.

— « Sans sortir des exercices d'adoption vulgaire, écrivait-il, et pour ne citer que les nombreuses poses auxquelles il est possible de plier le corps et les mem-

). D' Delasiauve, déikcHé. — KovivneviUe. — Rechercher clini'jues et thcrapeuliquet, sur l'épilepsie, l'hystérie et l'idiotie. Année 1880, p. v, v;, viii.

27t) HISTOIRE DE BICÈTRE

bres, la marche, la course, le saut, les évolutions avec ou sans balancier, la montée .ou la descente des escaliers, échelles ou escarpements, le soulèvement des poids, la danse, l'escrime, les tirs au fusil et à l'arc, la balançoire, les barres, le ballon, le tonneau, le palet, la toupie, les boules, les quilles, les osselets, combien de ressources immédiates à l'insti-ucteur pour agir sur la constitution, répulariser les aptitudes, amender les infirmités et les tendances vicieuses, procurer l'animation, stimulerla volonté, remédier au défaut d'agilité et de grâce, en un mot pour récréer chez des êtres à l'état de mutilation ou d'ébauche, une sorte d'existence matérielle et morale ! L'essentiel est d'en faire une application méthodique et de ne pas se décourager d'une fructilication tardive >^ (1).

Malheureusement, il ne fut pas donné suite aux vœux émis parce praticien et par ses successeurs. Plus heureux que ses confrères, M. le D' Bourneville, nommé par concours médecin en chef de la 3" section des aliénés^ en 1879, devait^, grâce à son influence au Conseil municipal et au Conseil général, arriver à convaincre ces assemblées de l'urgence d'améliorer la situation des idiots de Bicêtre. Dès 1S78, avant sa nomination, dans un rapport au Conseil municipal, au nom de la Commission d'Assistance publique, le D' Bourneville disait (2) :

Il reste encore beaucoup à faire, à Bicétre, mais, parmi les travaux d'une urgence extrême, nous mentionnerons la Construclioii d'un quartier xpccial pour les enfanln idiots et épileptiques. A ce sujet, nous devons entrer dans quelques développements.

La classe et le dortoir des enfants qui vont à l'école sont en assez bon étal, mais beaucoup trop petits pour le nombre des enfants qui y sont accumulés, en violation de toutes les régies de l'iiygiéne. L'infirmerie et le dortoir des enfants les plus dégradés sont dans une situation absolument indescriptible. Nous avons vu cette année, une partie de cette section qui, en raison de sa position écartée, nous avait échappé l'an dernier et qui exige impérieusement que nous agissions sans retard: c'est une salle servant de refuge, pendant le jour, aux enfants idiots gâteux et, de plus, de parloir d'enfants les jours de visite. C'est dans ce local qui mesure 6 m. (iO c. de longueur, 3 m. 30 c. de largeur et 3 mètres de hauteur, soit 109 mètres cubes, et rjui est situé sur un ancien puits abandon né dont l'orifice est couvert d'un plancher, que se réunissent chaque jour cinquante ENFANTS, et c'est là que leurs parents viennent les voir ! Tous les membres de votre 3" Commission, présents à la visite, ont été péniblement impressionnés, par ce spectacle et nous ont chargé de vous signaler énergiquement une situation aussi barbare.

Voilà pour les eniants. Ce n'est pas tout. Leurs salles, l'école, sont comprises, ce qui est mauvais, dans le même bâtiment que les dortoirs, les réfectoires, etc., des adultes. Ceux-ci ne sont pas mieux partagés ; et l'un de leurs dortoirs devrait

Page 1