CHAPITRE V
LosH}um LouiB d'Ori^DS, arfiète petit-Él» da rai Gluri'es V (braneh«cadetle)r parvint 8» trône, «(Hia le nom deLoais Xlt; it était âgé de trenle^x ans. Cette matunité que promettent leB aiDiét& quand les passions: de la jsuaesse cammencent à s'amortir , devait , pensait-oft , mnidacer déjit, diez ce prince , les élansd'one iuagioatioD. ambUieow ^ qù l'avail seavent égaré ; et la boDté naturelle de son «sur faisait présager un règne he»* reux. Hais l'ambition est la nkoins goérùs^le des maladies de l'sme , ]orst|a'elle (voit s'appuyer sar la joatice el peut ae pei^ péUier par la force. Louis XII, constamment lÎTPé atci. incitations de son droit sur le Milanais, fii acnns. peur la pay», malgré d'excellei^s vues, que le despote Louis XI, le pin personnel des aonverainiK
En ceignant la conronne de France , Louis y rénmt le dudiô d'Oidému ,. le comté de Bloia , cdut da Duncd» et tons les apa'
lOâ HISTOIRE DE BLOIS
nages composant ses fiefe : ils restèrent depuis lors indivis au domaine roya). Blois acquît cependant une importance politique qu'il n'avait pas ene jusqu'alors ; durant le règne de Louis Xn , cette ville fut presque toujours habitée par la cour : sans offrir la majesté d'une capitale, elle en réunissait quasi toutes les prérogatives.
A Blois s'accomplirent ces actes de grandeur d'ame qui mar* quèrent le début de Louis dans la carrière souveraine ; là ce monarque , en présence des députations du parlement et des autres grands corps de l'état, fit entendre ces belles paroles .
Ce n'est pas au roi de France à venger les injures faites au » duc d'Orléans n ; et il ajouta, enparlaDtdeLaTrémouille, son vainqueur à Saint- Aubin : n S'il a bien servi son maitre contre • moi , il me servira de même contre ceux qui seraient tentés » de troubler l'état. » Généreux avec ses ennemis, Louis XIl ne fut pas aussi reconnaissant envers ses anciens amis : Philippe de Commines , qui avait été persécuté et emprisonné pour l'avoir servi en 1487, dit expressément dans ses Mémoires, « que le
1 roi ne se souvînt point fort sur l'heure des troubles et pertes > qu'il avait éprouvés. « Mais le sire d'Argenson n'en fait pas moins preuve d'une noble impartialité , dans les détails qu'il donne sur les premiers temps du règne de Louis XIL C'est par cet écrivain qu'on a su qu'il n'exerça aucune vengeance , n'annula aucune des faveurs accordées sous le règne précédent , et confirma dans leurs charges tous les fonctionnaires qu'il trouva investis.
Nous ne rapporterons point ici les cérémonies qui furent célébrées à Blois au passage du convoi funèbre de Charles VIII , qne l'on transportait à Saint-Denis. M.delaSaussaye, dans son Histoire du château de Blois, a décrit cette solennité remplie de détails intéressants, mais d'une étendue qui excéderait nos limites. Nous ajouterons seulement que le trésor royal, apparemment épuisé , ne put acquitter les dépenses qu'occasionné reat les honneurs rendus au monarque défunt; Louis Xll paya
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de son épargne , dans cette circonstance , la somme de quarantecinq mille livres, équivalant à deux cent vingt-deux mille cinq cent neuf francs de notre monnaie actuelle. Le sacrifice était royal ; mais la succession de Charles VIII le couvrait amplement. Dès les premiet^ jours de son règne , Louis XII voulut donner nn témoignage éclatant de sa sollicitude aux habitants de Blois. Il les affranchit : « du fait et contribution de J^outes et chacune
• tailles , aydes , subsides , impositions équivallent ans aydes ,
> emprunts, compositions, impdts et autres charges quelcon-
• ques, mises ou àmettre sus dans le royaume, soit pour le fait » et entretenement des gens de guerre ou autrement, pour » quelque cause ou occasion que ce soit ou puisse être ores ne « pour les temps adveni; rensemble de la taille et souldes des » francs-archers et de leurs habillemens ou équivallent d'iceux;
• et aussi du huitième de vin que lesdils habitans vendront » dorénavant en ladite ville du cru de leurs héritages, seule- » ment sans fraude. Et d'icelles choses, disent les lettres -
> patentes , les avons affranchis , quittez et exemptez , affran-
> chissons, quittons et exemptons k toujours de nos plus amples . ■ grâces et auctorité royale par ces dites présentes. » Les lettres consacrant ces nombreuses et importantes immunités étaient contresignées Robertet.
Cette première page de l'histoire de Louis XII est belle ; celle qui va la suivre le sera moins.
Louis XII eut pour la jeune veuve de Charles VIII les égards les plus délicats , dit un historien moderne , grand panégyriste des têtes couronnées. Des seigneurs de la cour de Blois portèrent à cette princesse, qui n'avait pas encore c[uîtté Amboise, les prenaières consolations; puis lorsque les bienséances le permirent , le roi se rondit en personne auprès d'Anne ; et la douleur de celle-ci fut condescendante jusqu'au point de lui laisser prendre l'engagement d'épouser Louis XII , s'il parvenait à feiire rompre les liens qui l'unissaient à Jeanne de France. La reine douairière partit ensuite pour Nantes, où elle attendit le ré-
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sollat du pr«cia «■ rwpturs du veamge qu'elle avait ^e-m^ne provoqué.
Nous avoBS vui qnd avait lété le dév<»iemant de la dncfaesse d'Orléam durant 1^ captivité de ma nrari à Bnurge»; depui» lors , quoique n^Iif^e , pour ne pas dire dédaignée ^ catte fenune d'ODc Angélique bngaDimité D'avait cewé d'être épouse sovDHse, .aimante et aeuvent secouraUe, aa. prince ÏDgrat qi^ l'abreuvait de dégoàta. Hais lorsqu'elle vit à quelles fiai tendaient les projets du r»i , elle s'arma de courage et ^ disposa II soutenir ma droits avec fermeté. Les misérables moyens em^fés pour obtenir le divorce ont, été signalés par quelques historiens ; noua ne les re^voduirons' pas. Nos lecteurs croiront Toir, comme itoua, la rougeur d'une femme pudique forcée de dire devant nn tribunal : > Je ssi» bven que je oesois ni ■ ouasi belle ni aussi bien faite que beeuoonp d' autres ; mais je » ne m'en croiA pas moins propre aux fins du mariage et plus » incapable d'avoir des enfants. » L'historien Garnier, coAti- Btntenr de Velly, a tracé le tableau touchant de la situatiotL de Jeanna pendant ce' procès scandaleiu. « Qn'Mkse figurOfdit-il, une prvncesGe élevéeà l'ombre du trôna , acoontumée à recevoir ddsVenfancedtts marques de aéumissiiHketde re^Mct^tradoite devant des commissaires en état de suppfontc , réduite â> eiw tendre des dépositien» désagréables , à recevoir de la bouche d'un époux , dont elle ne pouvait encore se détacber y les déclarations les plus farmeUeB du dégoût et de l'aversiea qu'elle lui avort toQJowri inspirés; aSant ^ peine laisser éclater sea plaintes et donner an libre coors à ses lames , de peur d'a^rir encore celui dont son sort dépendait. Mais dans cet abandon général ,. dans oet abîme de doullear,peut^lreétait-.4tte moifis è plaindre que celui qui causait sesmattieuFs; ear die avsit dumains poor die son innoceoeo', et Ta fermeté qu'inspirenne consciaiefl saasi reproche. Au Ueu que Louis , latureifemeot juste , i^wds T«pro" cbes ne dut-il pas so ffàre ,. lorsque , par sutta d'nne proeéÂaro odiegea ^ il sa trouvait feccé d^ entendre discuter des fut» et
ET DK SON TERRFFWEIE. iOd
rappeler des déktâ» qui auraient d& rsater eowTelis dM» l'ombre du «leaee ^ «hëb , réduit it profener en quelque sorte lui>iDéme, la majesté du tràoa et ïasaioteté de la concbe nup- Maie, «l à [>eFsé<»iteF et couvrir de câBfusioa une princesse, SB parente , seo épouse , qui , loia d« mériter sa baine , avait été poiiir M uo aug* secoorable *. »
Il feUait plus que 1« scBlimeut de l'iiérédité , plus que la raisoa d'état; il fallût toittesles incitatious de l'amour, d'un amour partag!Ë , posr eotratoer h- de teUes extrémités un prince sur leqttrà les regards de l'Ëurt^ étaient fixés. Les juges , affranchis de scrupules , sous l'abri du manteau royal , prononcèrent la nullité du mariage; et se prévint de l'autorité ecclésiastique dont a» étfuent révélas , iis permirent au. roi de convoler à de nouvelle» noces, iewme de France se retira à Bourges , où elle fonda le couvert des Awiondades qui , six. ans plus tard , ou' vrit son sépulcre ^ cette malheureuse princesse.
Tandis c^e le procès se jugeait au gré de la volonté souveraine , tout »e préparmt pour le mariage de Louis XQ avec Anne d« Bretagne f et les ^paratils étaient terminés avant même que le divorce fût prononcé. Le fils du pape César Borgia, digne measi^r dans cette scandaleuse afiaire , apporta à la cour de Blois les dispenses de parenté obtenues d'avance du siège apostolique, si dérisoirenent appelé saint, soua un monstre tel qu'Alexandre VL
L'amour avait pressé la rupture desj^emiers liens du roi; ramtnir présida avec ua entier abandon d'intérêts et même de dignité^, à la conclusif»! du second mariage de ce souverain. Anne ne laissa à la couronne le duché de Bretagne , qu'à charge d* reveraion ii la maison de Uontfort , si le roi ne lui donnait point d'enfants. £Ue se réserva sa vie durante les revenus de ce duché , sans renoncer pour cela au douaire que Charles VIll lai avait assuré , al tout eu jouissant de celui q^ue Louis XII lui
• Bùmire de FTante, eonifnualloD de Telfy , année 1j
r/Googlc
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accordait. De plus , il était stipulé que le roi ne pourrait rien changer au gouvernement de la Bretagne; qu'il s'interdissait d'y dénaturer les offices et de destituer ceux qui eo étaient pourvus. Enfin, aucun impdt, aucune levée de troupes ne pouvaient être tirés de la province réunie sans l'aveu des états; et les Bretons seuls seraient appelés aux emplois. On peut juger, d'après ces dispositions , acceptées aveuglement par Louis XII , de l'empire que la reine douairière exerçait sur son esprit et son cceur.
Le roi , affranchi d'un hymen imposé jadis par Louis XI , et qu'il avait supporté comme une lourde chaîne , courut à Nantes et déposa de nouveau la couronne aux pieds d'une princessa dont il avait abandonné la main à Charles VIII, contre le voeu des deux cœurs; qui ne paraissaient pas s'être séparés. Le veuvage de la reine, commencé vers le milieu de l'année 1198, finit le 8 janvier U99 , jour où elle épousa Lonis XII dans la chapelle du château ducal. Les époux passèrent à Nantes les suaves journées de cette lune de miel , tant célébrée par les poètes; puis ils se rendirent à Blols , à travers une suite non interrompue de solennités qui, sur la route, les accueillit partout à leur passage.
Le premier soin de Louis Xn, après son mariage , fut de convoquer à Blois les notables pour reviser, avec eux , et son conseil l'administration du royaume. L'ordonnance dite de Blois, divisée en cent soixante-deux articles , est une haute et noble GODception, qui suffirait pour iUustrer un règne. EUe assignait On traitement aux magistrats , afin de les garantir de la corruption; et pour que les emplois de la magistrature ne fussent occupés que par des hommes capables, un examen précédait la nomination. Dans le parlement même , le roi établit un tribunal de censure , formé d'un certain nombre de présidents et de conseillers a pour informer sur la conduite des magistrats irré- » vérencieux, nonchalans, contrevenant aux ordonnances, on » faisant chose dérogeant à l'honneur et à la gravité de la cour ; » les réprimander et punir par amendes, suspension ou iater-
» dît. » Ce tribunal s'assemblait deux fois par mois le mercredi ; ce qui fit donner à ses opérations le nom de mercuriales. Une aatre partie de l'ordonnance de Blois , ou peut-être une ordonnance particulière , rédigée également dans celle ville , se rapportait à l'armée. Des dispositions, restées imparfaites depuis ■ Charles VIII, assurèrent la solde des troupes, pour qu'elles n'eussent plus de prétexte pour se livrer au pillage. Une pénalité Alt établie afin que les habitants des villes et des campagnes pussent obtenir justice des vexations que le soldat commettrait encore dans leurs foyers. Cette législation bienfaisante fut couronnée par deux mesures qui comblèrent le peuple de joie , savoir : la diminution des impôts d'un dixième, avec promesse de les diminuer davantage dès qu'on le pourrait ; et la suppression totale du droit de joyeux avènement , prestation vexatoire que ne justifiait aucune nécessité.
Dans la même année , c'est-à-dire au mois d'avril 1 499 , fut conclu à Blois un traité d'alliance avec la république de Venise, pour, de concert , porter la guerre dans le Milanais , et contraindre Ludovic Sforoe à restituer au roi ce duché, qui lui revenait comme nous l'avons dit.
Cette guerre, au début d'un règne , était impolitique : les sacrifices qu'elle allait coûter annuleraient assurément les immunités dont le peuple se réjouissait; et l'on ne pouvait prévoir jusqu'à quel point les charges de la nation seraient augmentéeSj car le roi annonça l'intention de ressaisir le royaume de Naples , échappé à l'aventureux Charles VIII.
Le fiineste effet des armements ne se &l pas attendre longtemps : le trésor royal était épuisé avant que les hostilités fussent commencées, tant il avait fallu donner d'argentà l'Angleterre pour prévenir une diversion de sa part; aux Suisses pour obtenir leur secours, et aux petits états d'Italie pour les maintenir au moins en état de neutralité. On dut recourir à la vente des charges et à des emprunts , double expédient qui annula en
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grande partie le bienfait de l'ordonnance de Hois, ayant même qu'elle eût été mise à exécution.
Louis Sil se rendit à Lyon pour surveiller de plus près l'expédition qui avait passé les Alpes ; le succès ayant été prompt et éïriliant , le roi rejoignît son armée afin de faire une eatrée fastueuse à Milan. Les souverains , plus encore que les antres hommes , sont souvent de grands entants, surtout dans les transports de leur vanité.
Pendant que Louis XII triomphait dans le Milanais, une épidémie sévissait à Blois, où elle causait une grande mortaHté. la reine Anne , elle-même , pour se soustraire à la cont^oo , Ait se réfugier à Romorantin.
Cette ville , dans le partage des domaines de la mais©» d'Orléans, était échue à Jean, comte d'Angoul^e , second Ste de Louis I." et de Valentine Visconti ; elle appartint ^uite à Charles d' Angoulême , père de François !." Louise de Savoie , mère de ce prince, y vivait retirée en 1499; l'austérîté ^1 régnait à la cour d'Anne de Bretagne étant loin de sTiarmonier avec les mœurs aisées de cette princesse. La reine fut «éaocwMOS Wen accueillie chez Louise de Savoie; et là elle mit au monde, au mois d'octobre , cette princesse Gaude , qui devait à son tour s'asseoir au tréne de France, mais accablée de tous les chagrins dwit le volage François I." remplit sa vie, et qui l'abrégèrent.
A l'issue de la première campagne , Louis revint à Biais ; il y revint également après la seconde, en sept^bre 4500. D«ns l'hiver de cette année, îl tint des états dont il n'est r^sté »boune trace. A !a m<^me époque, des ambassadeurs de Ferdinandie-Calbolique vinrent demander à Louis XJI Ta ratification d'un tj-aité conclu entre la France et l'E^gne, pour la conquête «t le partf^ du royaume de Napltô. I^ monarque frinçaie , tr^ aveuglé par lesdehors trompeurs de î'astueienx Ferdinand, trop oontiant dans l'habilsté diplomatique de Georges d'Affibsisa, sen premier mÎQÎstre, marqua , par oMte «on<4wion , le poiat 4e
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départ d'm vjftëms de déeepttou dont il fut dupe durant tant so» règne, 9t qui, en définitive, prouva qu'il avait eu 3ouv«Dt tort de liHster foin à Gaor^ , coaime il k disait eu répowe à toutes les objectioDS que sa politique s'aUirait.
Au commencement de l'année ^504 , le roi fiit atteiot à Slois d'une maladit! qui mit ses jours en danger ; mais l'iatetisité de SOS Qtaux phystqpies dut être adoucie par les témoignages d'iat<^rôt et d'affectic» qpie lui prodigua tout ^ qui l'entourait. La reine Ame etirbMt , au rapport de plusieurs lustM-ieDs , montra la phi8 vive sollicitude , et ne confia à porsomae le soin de veiller nuit et ja«ir son époox.
Dès que La convalescence du roi lui permit de voyager, il se rendit pour la fleoonde foie à Lyon , afin d'être à portée des événements militaires qui se passaient an Itetie ; mak il ue franchit pas les Alpes , et au retour de l'arrière-saiBOO , i revint à Mois attendre l'archiduc Philippe d' Auls'iohe , fils de l'enperew Maximilieu. O {«ince et Jeanne , surnomma |]lus tard ia Folle, sa femme , -venaient à Bleis arrêter définitivemeot le mariage de leur fils, le duc de Luxembourg , si célèbre depuis sous le nota de Charies-Quiiit , avec Claude de France, encore au benceau.
On venait de terminer la constriietioii de cette partie du.diAteau appelée 4a GtUerie, et dont la principale façade s'étend , du midi au nord^ sur la plaoe. ]>loiis paderons ailleurs de cet édifice , qui «vait été maataBDCé duie les premiers mois du règne de Louis XII.
Le roi leDvo^ me députation des plus ^autfi personnages de sa cour au-devant d^ illustres voyagera, qu'ils reneootrérent à Saint^Dyié; le 7 décembre 4 501 , ils firent leur entrée à Blois. • La princesse Jeanne, dit J'tiistorien ducbàteau^ montait une belle haqnenée , que couvrait entièrement une housse de velours crautoi«i; la duahesse de Veudâme, i]ui avait été au-devant d'elle jusqu'à la frootière , la suivait avec toutes se» dames, dievauchant sur des haquenées couvertes de velours noir. » Plus de six cents chevaux portaient les litières où traînaient les chariots
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appartoiant à la suite da prince étranger. Lorsque cet immense cortège entra àBlois, la nuit était venue; mais les mes coodoisant au château étaient édaîrées par de nombreuses tordies de dre jaune , attachées aux maisons , selon l'usage dn temps, dans les grandes stdennltés.
F L'archiduc, qoe n'avait pu suivre la princesse, parce qu'eQe s'était tronvée séparée de ioî par une foule compacte de curieux, parvint dans la cour, entre une double baie des archers de la garde , revêtus de lenr hoquetons d'orfèvrerie; puis il s'avança vers le grand escalier entre deux rangs de Suisses. Louis XD attendait le noble voyageur dans une salle située au fond de see appartements , que Philippe dut parcourir à travers nne donble li^e formée du surplus des quatre cents archers de la garde. Le roi était assis près de la cheminée , dans une salle richement tendue*; sa chaise au dossier sculpté et de forme pyramidale, sans doute, reposait sur un grand tapis velu. Prés du monarque se tenaient le jeune comte d'Angouléme, depuis François 1.°, et ie cardinal d'Amboise , que le pape Alexandre VI venait de nommer son légat à lalere dans le royaume de France. Là se trouvait encore M. de Brienne , remplissant les fonctions de grand-maltre des cérémonies.
< A l'entrée d'icelle salle, dit le chroniqueur contemporain , V l'archiduc esta son bonnet et dit H. de Brienne , Sire , voi'ià » monsieur l'archiduc. Et le roi, en souriant, respondit : Vo^ " un beau prince. L'archiduc fit jusqu'à trois honneurs ( révé- » rences ] avant qu'arriver au roy. Au commencement que l'arn chîduc entra dans la salle, le roi se leva et marcha vers lui à » petits pas ; au second honneur que fit ce prince , le roi s'avança « et esta son bonnet; et au troisième honneur, le roi l'em-
* Dès le mOieu du sIMe précédent , on Toyalt en France de beUee Upissnles , sur iexiuelles étalent repréneolés pile^méle des sujets blbUqiKS et desscèDesdn planisme : Charles V avait Tait tisser ï granils Trais de ces taplaeeries pour le palais de Salnl-Paul. On exécutait «ussi à cette époque des IcDlurea en cuir sur lesquelles Étalent moulés dirers fi^ita ta or.
ET DE SON TERRITOIRE. ill
I» brassa. Puis parlèrent quelques mots assez bas. » Il est à remarquer que les princes , en s'abordaDt , ont toujours à se feire des communications secrètes : on les trouve mentionnées dans toutes les réceptions de ce genre. Qu'en conclure, sinon que ces hauts personnages, posant sans cesse en présence des peuples , ne croient pouvoir s'entretenir qu'à voix basse de tout ce qu'ils ont de commun avec la vulgaire humanité. C'est l'à-parte du théâtre , jjue tous les acteurs qui se trouvent en scène ne doivent pas entendre.
Après les premiers embrassements , continue le chroniqueur, a Louis XII remit son bonnet; ledit archiduc restait toujours la n tête nue ; sur quoi le roi le pressa beaucoup de se couvrir; » mais il respondit qu'il estait en son devoir. »
Cependant l'archiduchesse, parvenue à la porte du château, où des dames de haute lignée l'avaient reçue , s'avança à son tour vers l'appartement du roi. Arrivée à l'entrée de la salle où se tenait sa majesté, a on lui demanda si elle baiserait le mo- » narque, de quoi elle demanda congé à l'évoque de Cordoue , D qui lui respondit qu'ouy. Elle entra dans la salle, et dès que » le roy sceust qu'elle venait , il laissa l'archiduc avec les au- » très seigneurs qui estaient là et s'en vint au-devant d'elle » jusqu'à l'huis ; tellement qu'elle n'eust le loisir que de lui faire » deux honneurs qu'elle fit bien bas, et la baisa le roi la teste s nue , puis la prit par le bras , la mit au-dessus de luy et la D mena le long de la salle jusqu'au lieu où estait Sà chaise , oii il 9 trouva l'ari^dnc et monseigneur d'Angouléme , lequel l'ai^ B chiduchesse baisa. Puis lui dit le roy : Madame , je scay bien n que vous ne demandez qu'à être entre vous , femmes ; allez n vous en voir ma femme , et nous laissez ici entre nous , 1 hommes.
« Lorsque l'archiduchesse arriva à l'appartement , la reyne esn tait assise en sa chaise devant la cheminée. Dès qu'elle aperçut n Jeanne de Castille, elle se leva debout, et ladite dame lui fil • honneur, seulement en pliant le genouil ; madame de Bourbon,
ilâ HISTOIRE DE BLOIS
■ qui la tenait par le bras , le fit jusqu'à terre. La reyne ne s marcha au-devant d'elle que deux ou trois pas , puis la baiaa , » eu lui Eaisaut trte bonne chère et grand accueil ; lui donnant à » entendre qu'elle estait très aise de sa venue. Autour du tapis B sur quoi estait la chaise de la reyne, estaient mesdames la » duchessed'Orléansetla comtesse d'Angoulên)e(inère deFran- » çois I." , alors âgé de sept ans) ; et an peu plus derrière , » estaient mademoiselle de Foii et la comtesse de DuMois. Tout a le long de la parroy de la salle, estaient toutes les femmes. s L'archiduchesse baisa les quatre dames susnommées, et non
pas les autres femmes , parce que madame de Bourbon l'en ) empêcha, car elle n'en eust jamais fait. De là elle passa devant
> la reyue , en lui faisant de rech^ l'honnear, et se retira dans
1 son logis. •
Les détails diaprés, toujours empnintés aux chroniqueurs oontemporains , et qu'a rapportés M. de la Saussaye avec toute l'ampleur que néoeasilail sa spécialité , ne peuvent être négligés : on y retrouve, nuancés d'un vif coloris, les mœurs des premiàres années du xn.* siècle. L'archiduchesse étant retirée dans sa chambre, on lui apporta des confitures, mets assez léger après un voyage , et qui , en récompense , fut présenté à cette princesse avec un cérémonial splendide. e Premièrement , il y
> avait un des maîtres d'hâtel du roy qui allait devant; après, ■ six petits pages Testas de damas jaune bordé de vdours crat moisy qoi t«iatent (^lascnn un diandeller d'or , avec an flam- » beau de cira viei^ ; et après eux madame de Bourbon , por- » tant ane grande boite d'or , pleine de diverses bottes de » confitures. Fuis venait madame d'Angoulesme, portant une » autre boite d'or |^ine de serviettes. Après , madame de Ne- » vers , portant une autre boîte d'or , pleine de couteaux et de j> fourdiettes, qui avaient des manches d'or. Puis venaient la
> duchesse de Valentinois et mademoiselle de Poix, tenant chasn cune un drageoir en leurs mains , rempli de diverses dragées , j> dont l'an estait merveilleusement beau; l'autre estait d'argent
ET SB SON TERRITOIIIG. tl3
9 doré qui estait si grand que quand on le tenait à la main , il » touchait presque jusqu'à terre. Et après vindrent cinq ou six n gentilshommes tenant chascun deux pots d'or pleins de toutes » sortes de confitures, ^t puis marchait l'apothicaire de la reyne, i> qui tenait en ses mains des bougiesde cire vîei^e avec un chan- » délier d'or. Mais il n'entra dans la chambre de l'archiduchosse » que les dames susdites; ce qu'apportaient les gentilshommes » fut pris à l'huys par aucuues dames, et ftit le tout mis tant » sur le buffet que sur le lict. »
Quant à l'archiduc, il soupa , plus solidement sans doute quQ son épouse , avec le duc de Nevers et le comte de Ligny. Le n» s'abstint d'assister à ce repas : il jeûnait au pain et i l'eau , parce que ce jour était la veille de Notre-Dame-des-Avents.
Il est aisé de reconnaître dans cette réception plus de feste que de franche hospitalité , surtout de la part de la reine. En effet , on eût dit que cette princesse craignait d'altérer .sa grandeur en descendant jusqu'à l'affabilité. Jamais sa noble et b^e ligure n'offrait cette suavité d'expression , qui captive encore plus que la beauté. On voyait toujours percer dans ses manières une dignité hautaine qui glaçait , peut-être contre son intention , les personnes auxquelles eUe voulait montrer le plus de bienveiÙaoce. Aussi la superbe Aune de Bretagne , dont 6n proclama les vertus-, elle fut généralement pen aimée , sinon par certains gentilshommes , adorateurs malhenreux^de ses charmes , et qui ensevelirent leur amour dans le plus profond mystère.
Après la cérémonie pompeuse des confitures, vint celle , non moins affectée , de la présentation des objets devant servir au coucher. Des valets apportèrent les reckauffoires , bassinoires et autres choses appartenant à ce service ; le tout en argent. Puis , dans un grand coffre de velours, apporté par les tapissiers, se trouvaient : a quatre miroUers enchâssez en argent doré, trois s pots où estaient les éponges et lessive , trois chandeliers à » queue à mettre les bougies, trois paires do.vergettesdont les j> manches estaient de velours cramoisy , trois estuis aussi cou-
* verlsde veloni^ cramoisy, tous pleins de peignes, an drap » pour servir de drap de pied, de toilette (petite toile) de Holn lande et des convre-chefs de toilette. »
On a peine à concevoir aujourd'hui l'nsage prodigue qu'on faisait, au moyen-âge, des matières précieuses; l'or et l'argent étaient chez les grands d'un emploi aussi fréquent que l'est à notre époque le cuivre. C'est qu'en fait de richesses comme en fait de grandeur, on n'appréciait que les valeurs réelles. De nos jours, au contraire, on consacre volontiers le triomphe de superficies trompeuses : nous nous contentons volontiers des vertus et des métaui dorés.
L'archiduc Philippe passa cinq jours à la cour de Blois, au milieu des fêtes et des festins splendides. Chaque soir, après souper, on dansait pendant trois heures; « puis cbascun prenait n congé avec de fort grands adieux et révérences; et les con- » vives estant retirés chez eux , estaient encore servis de con- » fitures tr^s excellentes et magnifiques. » Mais si les dames voyaient s'écouler leurs journées dans une suite non interrompue de plaisirs, le roi et le prince étranger échangaienl entre eux dès discours beaucc etgrands, dit le mémorialiste contemporain : discours qui, sans doute, tendirent k ratifier les conclusions d'un traité conclu à Trente par le cardinal d'Amboise, et dont voici les principales dispositions. Louis XII s'obligeait <i compter à l'empereur Haximilîen un subside de quatre ou cinq cent mille livres, pour l'aider dans la guerre contre les Turcs; de plus l'empereur, pour son alliance avec la France, devait recevoir deux cent mille livres, y compris quatre-vingt mille écuspour l'investiture du duché de Milan, Tels étaient, du cAté de Maximilien , les bénéfices d'un traité qui ne promettait à Louis XII que des avantages illusoires, dans une investiture du Milanais dont il n'avait pas besoin , puisque ce duché lui appartenait de droit. Il y a plus, cette investiture remettait ce droit en question^ Heureux encore si le mariage projeté enti'e le futur Charles-Quint et Claude de France, n'dit été qu'uû
avantage illusoire; mais cette union pouvait devenir funeste, iiinsi qu'on le verra bientàt. En généra) , cette conclusion accusait le défaut de portée politique du cardinal d'Âmboiso, et elle annonçait la plus imprudente confiance envers l'empereur Slaxiniilien, ennemi doclaré de la France. Les événements confirmèrent plus tard tout ce qu'il y avait eu de maladresse dans le traité conclu à Trente et ratifié à Bloîs.
Le jour même de cette ratification, l'archiduc et l'archidu- ' chesse, après des témoignages d'amitié fort démonstratifs, quittèrent la cour de Biois pour continuer leur route vers 1 Espagne, ou ils se rendaient. Peut-être, à leur arrivée, se féticitèrenUls avec l'astucieux Ferdinand, dit le Catholique, davoir joué, au milieu des honneurs et des munificences, le bon roi Louis XII et son ministre.
Car si , dans les conclusions arrêtées à Blois , Philippe avait été sincère, ni l'empereur Maximilien, ni Ferdinand-le-Catholique , ne tinrent compte des promesses faites en leur nom : le premier refusa l'investiture du Milanais; le second ne songea Ji la conquête de Naples que pour son compte. L'archiduc , revenu à Blois en 1503, jura qu'il maintiendrait un nouveau traité confirmatif du premier qu'il venait de signer à Lyon, au nom de Ferdinand ; mais pendant son séjour près de Louis XII , des ambassadeurs du Catholique arrivèrent â Blois , déclarèrent que l'ardiiduc ayant dépassé ses pouvoirs , ils étaient forcés de déclarer que le monarque espagnol refusait sa ratification au traité de Lyon.
Le roi , furieux de la félonie de Ferdinand , congédia avec colère ses ambassadeurs ; mais il n'en signa pas moins , en février 4 50i , une trêve do trois ans , sur ce terrain politique miné sous ses pas par la perfidie des princes dont il devait alors pénétrer les mauvais desseins. Trois autres conclusions, signées ii Blois, avec aussi peu de garanties que les premières, soulevèrent enfin la nation entière contre de si impolitiques conventions. Ces vives réclamations ne parent être dérobées au rv ,
dont la santé était chancelante depuis loog-temps; il s'en émut à tel point qu'une maladie, aussi rapide que dangereuse, le saisit eu avril 1605, au château de Hadon, à une petite distance de filois, sur la rive gauche de la Loire. Les progrès du mal furent si prompts , que dès le cinquième jour on n'espérait plus sauver le monarque. Les soins de la reine lui furent prodigués comme en 1 501 ; mais la sollicitude de cette princesse fut traversée par une préoccupation moins noble que prévoyante. Anne fit enlever secrètement des châteaux du Blésois beaucoup d'effets précieux , qu'elle fit embarquer sur le fleuve et diriger vers Nantes. Or , le maréchal de Gié , qui commandait'dans l'ouest, crut voir dans cette précaution une mesure qui lésait les intérêts de la France et du jeune comte d'Ai^ouléme, héritier présomptif de la couronne; lo convoi fut arrêté à Saumur , par ordre de ce dignitaire. Le pauvre maréchal faillit payer de sa tête cette disp(»ilion conservatrice : le roi s'élant rétabli , contre l'avis des médecins , et peut-être malgré leur médication inexpérimentée des premières années du xvi. 'siècle, la reine reprit tout son empire sur l'esprit de sa majesté , et Gié lut déclaré criminel au premier chef. Le parlement n'osa pas toutefois prononcer la peine capitale : le grand officier de la couronne ne perdit que ses emplois, et fut exilé dans une terre qu'il possédait eu Anjou.
Durant la maladie de Louis XH , le cardinal d'Amboise songea tardivement , mais non pas encore inutilement , h la puissance colossale que le mariage projeté entre Claudede France et Charles de Luxembourg ferait écheoir h ce prince ; il reconnut toute la prépondérance que ce fils de l'archiduc Philippe pourrait acquérir en Europe, non-seulement par l'héritage des Pays-Bas qui lui reviendtaient après son père , mais encore par celui des royaumes de CastJlle et d'Aragon, qui devaient lui appari«nir un jour ; enfin , par la concession de plusieurs belles provinces en France. Georges , plus dévoué alors aux intérêts de la France qu'il n'avait été heureux à les défendre dans les traités , fît coio-
prendre au roi l'extrême péril où ces Dooolasions , trop peu réfléchies, lui dit-il, pouvaient jeter Ir monarchie; et comme Louis, à peine convalesceat , se disposait à faire un testament , le ministre y fit comprendre une clause qui ordonnait le mariage de la princesse Claude avec François d'Angouléme. Cette disposition , éminemment française , obtint l'assentiment unanime du conseil; mais elle déplut à la reine. Anne ne voyait que le câté brillant d'un mariage qui promettait à sa fille de monter au trdne d'une des puissantes monarchies de l'Europe : c'était considérer la question sous un point de vue plus maternel que sage ; et la femme se révélait plus encore daus l'éloignement qu'elle moQtrait pour le jeune comte d'Angouléme , parce qu'elle haïssait sa mère. Nonobstant cette opposition, Louis XII, affranchi un moment par la raison de l'empire d'une princesse qu'il adorait, convoqua les étategénéraux à Tours, en 4&06, pour confirmer les dispositions de son testament. « Cette fi>ia, a dit un historien moderne, la cour fat d'accord avec les dépotés du royaume ; elle s'était elle-même condamnée à reconnaître que le souverain n'avait pas le droit d'aliéner la moindre partie du territoire , ainsi que cela avait eu lieu par le déplorable traité de Lyon. Cette convention fut dono rompue sur ce considérant que Louis, sans manquer aux lois les plus austères de l'honneur et de la probité, pouvait comme homme et devait coinme souve> rain , se rendre au vœu de la nation , en annulant un traité ca^ lieux et des nœuds aussi funestes à la France que mal assortis. » Claude de France, pendant la durée de ces états , fat fiancée à François d'Angouléme. Or , dans cette circonstenoe oiï l'enfont royal de Blois donnait, par une abnégation^ vertueuse, un témoignage authentique de popularité , un vote unanime lui décerna le titre de Père du Peuple. Le cardinal d'Amboise fit la cérémonie des fiançailles dans la grande salle du Plessis , en présence des notabilités que la tenue des états avait réunies à Tours , et cette ville fut, pendant huit jours, toute retentissante des réjouissances qu'on y célébra.
En 1 508 , Louis XIl , après avoir soumis les Génois , reviat à Blois, tandis que le cardinal d'Amboise signait à Cambrai un traité sinon aussi funeste , du moins aussi impolitique que «elui de Lyon ; car ce souverain ne pouvait attendre aucune franchise de l'empereur Haximilien , avec lequel il traitait , non plus que de Marguerite d'Autriche , sa SUe, qui haïssait autant que lut les Français.
Durant l'hiver , le roi fit célébrer au château de Blois les noces de Guillaume Paléologue, marquis de Montferat, avec Anne d'Alençon ; ce mariage donna lieu à des fêtes magnifiques , auxquelles assistèrent tous les ambassadeurs des puissances amies de la France. Or, par le traité de Cambrai, la république de Venise, naguère aihée du roi, devenait son ennemie, et les troupes coaUsées devaient marcher contre elle. Mais ces conventions étaient secrètes encore : l'ambassadeur vénitien n'avait reçu aocune notification ; seulement il se trouvait à la cour , de Blois en posture assez équivoque. Un jour qu'on lui demandait des nouvelles de sa santé : a Je me porte assez bien , ré- « pondit-il, si ce n'est que j'ai grand mal aux oreilles en enten- » dant joamellement ce qui se dit contre la république. » Toutefois , cet homme d'état , confiant dans l'urbanité ordinaire de Louis XU , assistait, comme le reste du corps diplomatique, aux fâtes célébrées pour le mariage d'Anne d'Alençon. Mais quelle ne fut pas sa confusion , lorsqu'au moment de s'asseoir à la table royale, lé roi lui déclara qu'il n'y avait pas de place pour lui». On conçoit difficilement que Louis XII , monarque rempli de bienveillance, ait pu s'oublier jusqu'à une sortie aussi crue, car le ministre de U république n'ayant pas reçu son congé, n'avait pas cessé d'être un personnage inviolable, et l'outrager était un attentat aux droits des nations. La victoire d'Agnadel n'effaça point cette tache hideuse, imprimée au caractère de Louis XII.
D'autres noces furent célébrées à Blois après la campagne
* R«cuefl (le Théoilore Geoffro} , page 383.
de 1 509 : campagne glorieuse aumoins par le triomphe des armes, et dont Louis XII put recueillir tout l'honueur , car l'empereur Haximilien lui en avait laissé, comme on sait, tout le danger. Le mariage qu'on célébrait au château de Blois était celui de Marguerite d'Angouléme avec Charles , duc d'Orléans, neveu du rot. La bénédiction nuptiale fut donnée aux époux daus l'église deSaïDt-Sanveur par l'archevêque de Sens ; Louis XII lui-même avait mené la mariée à la messe et l'en ramena ; mais la reine seule présida au banquet. Nous devons mentionner à ce sujet une distinction qui caractérise bien l'époque; la souveraine et les princes du sang étaient servis en vaisselle d'or; les autres convives, parmi lesquels on comptait des prélats et de très grands personnages, mangèrent dans la vaisselle d'argent. Il d'y avait alors de politesse et même de bienséance permises qu'en accordant une déférence choquante aux prérogatives du rang; cette loi suprême de la féodalité était passée à tel point dans les usages , que personne n'en paraissait blessé. Les temps anciens, où l'homme avait eu sa dignité par l'appréciation de ce qu'il valait, ne léguaient point encore leur autorité à la civilisation renaissante; le germe de la véritable grandeur se développait lentement sous l'accablante compression des privilèges.
Si l'imagination vous retrace la longue galerie construite par Louis XII , laissant jaillir une vive lumière de ses fenêtres aux riches et délicates découpures; si dans ce rêve du passé vous croyez entendre l'harmonie inhabile encore du xvi.* siècle, célébrant l'union d'un couple illustre et couvrant à peine le choc des coupes de vermeil , votre ame ne se sent-elle pas attristée en voyant , aux portes du château , ce peuple sur lequel des hérauts laissent tomber une pluie de petite monnaie, en criant largesse, comme la curée que l'on jetterait à une meute avide.
On connaît encore à Blois, sous le nom de lices , un terrain sur lequel, durant les derniers jours de la chevalerie, se donnaient les joutes et passes-d'armes. Il y en eut à l'occasion du mariage célébré alors àla cour : Saint-Gelais retrace ainsi cette pa-
120 HISTOIRE ai BLOIS.
rodie des prouesses qui ne devaient bienlAt exister qne dans les souvenirs. « Le comte d' Angoulesme , qui n'avoit encore que » seize ans, était ie tenant avecq le duc de Nemours, le comte » de Foix el quatre gentilshommes qui teooient le pas à tous
• venans. Le premier jour, H. d'Angoulesme, habillé de drap
> d'or, et les aultres, ses compagnons, de drap de soye jaune « (toujours et en tout les distinctions du rang), tiendrent le pas D à ta grosse jouste , et le roi mesme le vint accompagner , ha-
> bilIé de mesme et le servit au bruy de la jouste. Et il y eut
> tout plein d'assaillaus accoustrez de diverses couleurs et les » fesoit très bon voir ; combien que les lances estoient un peu » petites à cause des jeunes princes qui tenoient le pas. Le lenn demain, ledit seigneur d'Angoulesme, avec les cinq aultres I teoans, vindreot tout habillés de satin blanc, et courait B cbasGUQ ung coup de lance sans lice; et viendront après à n ['e3pée,.à douze coups par chascun ; et il y «a eost à l'espée de a bien battus, et les Taisait beau voir.... Enfin, l'aultrejoar, Us n combattirent à la barrière tout armez à blanc, et estoient à 9 pied combattant aux lances tant qu'elles duroient , et après & ■ courtes espées. Les prix furent donnés par les dames. Et asseï B tost, en suivant, chascun prit congé du roy et de la reyne
• pour s'en aller parachever l'fayver en leurs maisons*. •
En lisant ce récit, ne mesure-t-on pas, par un élan rapide de la pensée , la distance à laquelle les contemporains de Louis XII étaient parvenus des simples exercices où les paladins des un.* et xiT.* sièdles essaient leur adresse et la puissance de leur bras jusqu'à l'effusion du sang. Ce n'étaient plus ces dievaliers qui descendaient dans la lice couverts d'acier comme sur les (Àiamps de bataille ; ce n'étaient plus ces hommes d'armes qui , pour la plus légère étincelle tombée sur leur caractère inOam'-
• 8»\M-Gebis,Hlsloireile Louis X/f. — Vojei tuisi If CHileait éi Blait , p»T H. de k SauMare , pour de plus amples d£Ulli ma le* noce* de Cbarlet , due 4*011441111 deuils que iXMudevoiM abroger.
mable, se chargeaient à fer émouhi, et ne voyaient pas dans leur tenant ud adversaire moins sérieux que l'ennemi en temps d'hostiiités de puissance à puissance. Bref, les tournois du XTi.' siècle ressemblaient fort aux jeux de notre cirque olympique; et les coupi d'espée bien battus peuvent être comparés aux combats simulés des figurants de ce théâtre.
C'est de l'anuée 1340 que date l'ordonnance qui prescrivit la révision de toutes les coutumes du royaume , déjà prescrite par une précédente ordonnance qu'avait rendue Charies VU à Montils-les-Tours, en 4 ii3. Cet acte portait que « toutes les coutumes a seraient écrites et accordées à la diligence de chaque pays ; puis » examinées et autorisées par le grand conseil et par le parle- » ment; et que toutes ces coutumes, ainsi rédigées et approu- » vées , seraient observées comme lois sans qu'on pût en alléguer a d'autres, o Louis XII , portant surtout une vive sollicitude au Blésois , lui donna un nouveau témoiftnage d'intérêt, en pensant à faire fixer sa coutume par écrit. Denis Dupont [Pontanus], membre prépondérant d'une commission composée de quatre jurisconsultes, ftit tout à la fois le rédacteur etl'interprète de cette coutume ; il'nous apprend lui-même qu'il avait reçu , dans cette circonstance, une marque du suffrage unanime de ses concitoyens ; Cum iumtm civium meorum consenm hujus civitalis nostrœ coUigendis describendisque cum aliquot collegis prœfecius. Le travail se fil avec une sage lenteur, et Louis XII ne le vit pas terminer. Ce ne fut que par lettres-patentes de François I.", rendues en 45âS, que la rédaction si lentement élaborée fut soumise à des oommlssaires royaux , ainsi que nous le verrons plus tard.
On vit paraître pour la seconde fois à Blois,.en 4S10, Macèîavel , ce pcditique cauteleux , ce résumé vivant de toutes les arguties dii^omatiqueâ. 11 .était venu à la cour de Louis XII dès 1601 , pour défendre les intérêts de la république Florentine dans les débals internationaux dont l'Italie était l'objet ; il y revenait en 1310 avec la même mission. Peut-être &alua-(^il an
ISâ HISTOIRE DE BLOIS
mois d'octobre le berceau de Renée de France, dont la reine venait d'accoacher.
Cependant , à la fin de 1 51 1 , le pape Jules 11 , ce pontife gnerrierqui foulait aux pieds la devise de l'église : Ecclesia abhorret à mngwine , entretenait le feo de ia guerre en Italie. Il venait de former une coalition puissante contre Louis XII : ce monarque allait avoir à combattre Allemands , Espagnols, Suisses , Italien^. Dans cette réunion de forces, les Turcs mêmes devaient combattre près des soldats de Rome , et présenter dans une ligue nommée la sainte union, le croissant de Mahomet arboré près des clés de saint Pierre. Louis , résolu d'abattre à tout prix l'.audace du chef belliqueux de la chrétienté , quitta Blois pour se rapprocher du théâtre de la guerre. Il s'était fait précéder d'un manifeste terrible; et partout, à son passage , on répandait une médaille sur laquelle il avait fait graver cette légende : Perdam Babylonis nomen. En effet , le projet du roi était de marcher sur Rome à la tôle d'une armée formidable, d'entrer de vive force dans la ville sainte , de faire le pape prisonnier , et de terminer les hostilités par ce coup d'éclat.
Louis XII espérait aussi placer sur te trdne pontifical un pape dévoué à ses intéi'éts ; mais ce ne pouvait plus élre le cardinal d'Amboiae , qui , long-temps , avait aspiré à ceindre la tiare , en sacrifiant plus d'une fois les intérêts de la France à ce projet ambitieux. Le premier ministre de Louis XII avait cessé de vivre en 4510. En voyant approcher la mort, ce prélat s'était repenti..,, 1 Ahl frère Jean, frère Jean, mon ami , disait-il à un religieux placé pr^ delui durant sa maladie ; que n'ai-je été toute ma vie frère Jean, n Malgré ce mouvement de modestie in extremis, le cardinal reçut, après sa mort, des honneurs comparables à ceux qu'on eût rendus à une tête couronnée : huit mille prêtres assistèrent , dit-on, àsou convoi funèbre; et le tombeau, vraiment royal , qu'on lui éleva dans la cathédrale de Rouen , offre , à travers les siècles , un dernier reflet d'une magnificence dont il n'avait pas interdit l'appareil à son heure suprême. Après
avoir fait justice des vanités du premier ministre de Louis XH , et des graves conséquences qu'elles eurent , on doit tenir compte à la mémoire de cet homme d'état du bien qu'il fît : il ménagea toujours le peaple , sinon de fait au moins d'intention : sous sou ministère, la police fut exacte et sévère ; les fortunes particulières n'eurent jamais de plus attentif défenseur. Georges d'Amboise était d'un caractère doux, d'une humeur affable; il aimait à obliger , et sa générosité fut souvent expansive. En un mot , si l'on a pu conserver le souvenir des erreurs de sa politique , on ne doit point oublier que ses vertus le firent justement ho-
A la fin du xviii,* siècle , on voyait encore à Blois, au sud de la place du Château, un hôtel de modeste apparence, que Georges d'Amboise habitait lorsque la cour résidait dans cette ville. D'un balcon de cette maison, le «ardinal-ministre s'entretenait avec le roi , placé à l'une des croisées de la galerie. On était loin du temps où les ministres et même tes préfets devaient être logés aussi somptueusement que les souverains : la maison de Georges d'Amboise eut tourné dans le grand salon du nouveau palais appelé rUAtel-de-Ville de Paris.
Tandis que Louis XII surveillait les opérations de la guerre en Italie, la reine Anne , restée au château de Blois, y ouvrait une lice de poésie , où l'on s'efforçait de célébrer les exploits guerriers du roi. Au premier rang des panégyristes rimeurs, on comptait l'Italien Fautto Andrelini , qui chantait en latin le monarque français, et se faisait appeler Paustus, ni plus ni moins qu'un successeur immédiat de Sallusle ou de Tacite. Or, comme la reine , qui , en fait d'idiéme étranger au langage usuel, ne devait guère pratiquer que le breton , se faisait traduire les pastiches latins de Fausto , par un poète blésois nommé Marc de Villebresme , texte et traductions atteignaient le genre grotesque, sans y viser , bien entendu. On distinguait encore auprès de la reine Jean d'Auton, historiographe du roi : celui-là écrivait en français; et par malheur, c'est sur l'autorité de cet écrivain ,
fadte da foj-er royal , que Lonîs XII a été jngé dans plusieurs des actions de sa vie. 11 y avait encore à l'académie de Slois Francisque Suard, deBergame, qui, à l'imitation de son compatriote Fausbts, ne rendait hommage qu'aux Muses latines. De son cdté, Louis XII voiturail à sa suite , parmi ses bagages de guerre, des poètes chargés de répondre aux épitres , plus ou moins louangeuses qui lui parvenaient de Blois : Jean Lemaire était l'astre le plus lumineux de cette réunion cyclique.
De ces poésies , dont nous ne rapporterons aucun fragment , Anne de Bretagne fit composer un volume , écrit sur vélin , et illustré, comme on dirait aujourd'hui, des plus fines miniatures. Ce volume est bon à consulter, en ce qu'il offre des portraits fidèles de Louis XII , d'Anne de Bretagne et de jriusieurs persoanages éminents de leur cour. Le romancier , le poète et l'artiste y trouveront aussi la reproduction exacte des costumes da XTi.' siède , de l'ameublemeat des palais et même de quelques scènes d'iatérieur.
Si cependant nous professons le scrupule de l'historien jusqu'à vouloir donner à nos lecteurs une idée de ce recueil , nous en citons le chapitre le plus curieux. Là , Jean d' Auton , adoptant la fabuleuse version qui fait remonter le peuple français à Prancus, fils d'Hector , se pose en secrétaire intime du fils de Priam , et correspond , des Champs-Elysées , avec Louis XII , au nom de ce prince Iroyen. Le roi , enchanté de cette courtoisie d'outretombe, adresse incontinent au malheureux adversaire d'Achille une épitre en vers, façon Lemaire, par laquelle, entre choses obligeantes, il exprime le désir de voir sur le saint-siége un pape asseï bon pour tirer lui Hector des enfers , et le conduire an ciel, ainsi qu'un autre pontife fit de l'empereur Trajan. La miniature qui accompagne cette épitra représente Borée , des ailes au dos , l'épée au câté , attendant le message royal pour le porter à son adresse*.
* Vojez,pourdep1m amples détails sur l'fcbange de poésie dont nousTenoni
Cependant le pape guerrier Jules U n'était ni prisonnier ni même veiDcn en 1512; seulement, Louis XII avait obtenu du concile dePise une bulle qui déclarait ce pontife suspendu delà papauté, et qui fut promulguée à Blois au mois d'avril. A cette disposition illusoire, Jules répondit par une bulle du concile de Saint-Jean-de-Latran , où le royaume de France était déclaré en interdit : c'était opposer ane illusion à une autre. Enfin , les événements tournèrent de telle manière qu'au commencement de l'année 4B13, Louis XII avait presque toute l'Europe sur les bras.
En politique , tout ressentiment s'effece dans les nécessités impérieuses : la république de Venise devait conserver un souvenir amer de la rupture du roi avec elle ; mais , se trouvant mal de ses alliances actoellea , le sénat vénitien écouta fevorablement les propositions d'accommodement qui lui furent faîtes par la cour de France. Un traité de réconciliation et d'alliance fut signé à Blois, le 24 mars, d'un coté par le sénateur Gritti , d'autre part par Louis Xll lui-même qui , depuis ia mort du cardinal d'Amboise, ne voulut plus avoir de premier ministre.
La campagne qui suivit cette conclusion n'offrit qu'une suite de défaites ; la fortune des armes françaises en Italie fut compromise-dans lesdésastres de Novarre. Bientôt Louis Xlf , attaqué de toutes parts sur le territoire mémo du royaume , se vit réduit aux plus tristes extrémités après la déroute de Guinegate en Picardie. Là Bayard, le preui Bayard, qui fui, avec La Palisse , la dernière réalisation de la chevalerie , se vit contraint de remettre à un capitaine anglais cette bonne épée , dont aucun autre ne pouvait soutenir le cboc.
Aux larmes qu'arrachèrent à Louis XII ces déplorables évé-
deparler, U Châltau dt Bloit (imaie 1511 et 1513). M. de la Sïusuîe,ré9ume avec autant d'IntérCtque dégoût, cet épisode sljtgulier; Il explique 'plusieurs des mlDiaCures, et dte des fragments d'épi très que u'admettaieot ni le caractère ni t'Ëiendue de notre Une,
126 HISTOIRE DE BLOia
nements, devaient, à son retour à Bioîs , succéder les pleurs de l'époux au lit de mort d'une femme adorée. La reine , déjà coudamnée par les médecins, caressa jusqu'à son dernier momeât l'idée &se d'unir ses deux filles avec la maison d'Autriche. Chaque jour, dit un historien du temps, elle faisait appeler près d'elle un gentilhomme nommé Fleuranges.a pour quelques » menées qu'elle voulait faire avec le roi de Castille et toute la » maison d'Autriche ; ayant le cœur, merveilleusement affee- » tionné à fôire plaisir à cette maison de Bourgogne. « U est probable qu'Anne de Bretagne etit fini par feire adopter à Louis Xn cette double alliance , objet de tous ses vceux , et qui eut jeté la France dens les plus grands embarras; mais la mort ne laissa pas à cette princesse le temps de remporter cette victoire funeste sur la volonté de son mari. Anne, après avoir langui quelques mois avec une calme et pieuse résignation sur le sort qui l'attendait, expira dans les premiers jours de janvier 1514. La douleur qu'où éprouve en perdant ceux qu'on aimait est quelquefois hostile : les dames et les serviteurs de la reine, en la pleurant, accusaient, peut^tre avec raison, les médecins de n'avoir pas connu sa maladie.
Anne de Bretagne , à peine âgée de trente-sapt ans quand elle mourut , conservait encore tout l'éclat de sa beauté. Le roi qui l'avait si tant aimée qu'il avait déposé en elle tous ses plaisirs et toutes ses délices, dit Seyssel, fut long-temps inconsolable; il déclara que, nonobstant l'usage de la cour, où le deuil était porté en violet , il le porterait en noir , comme le dernier de ses sujets, n refusa de voir personne pendant plusieurs jonrs ; et ceux qui lui furent présentés ensuite, durent être habillés de drap noir.
Le roi d'armes Bretagne , le sieur de Fleuranges , et d'après eux Hontfaucon , ont décrit minutieusement la solennité funéraire qui fut célébrée à Blois en l'honneur de la reine Anne. H. de la Saussaye , résumant avec clarté la longue et difiuse nar* ration des deux premiers écrivains , a reproduit tout ce qu'elle
présentait d'intéressant. Nous analysons quelques fragments des divers récits.
Le corps de la reine resta six jours dans la chambre oti elle était morte; un grand nombre de dames , de seigneurs et de prêtres priaient en ce lieu jour et nuit. Pendant deux autres jours, le corps , revêtu des habits royaux, fut exposé dans la salle d'honneur du château , sur . un lit de parade couvert d'uu drap d'or de trente-six aunes dé long et fourré d'hermine, a La » reine, dit l'auteur du Château de Blois, était couchée sur le » dos, ayant les mains jointes, revêtues de gants blancs et sa
» couronne en tête Sa robe et son corsage étaient de velours
» pourpre, fourré d'hermine, et ses manchons en drap d'or, » garni de pierreries. Un grand manteau , aussi en velours pour- B pre, fourré d'hermine, était attaché à ses épaules. Sur deux » coussins placés h droite et à gauche de la reine , on avait posé » d'uncêté, le sceptre, de l'autre, la main de justice.* »
Le huitième jour après la mort de la reine, elle fut ensevelie, et l'on remarqua que ses traits n'avaient éprouvé aucune altération.... a Pour avoir tant aimé et servi Dieu durant sa vie , est-il exprimé dans les récits contemporains. Dieu lui préservait sa beauté après sa mort. » Alors, la salle fut tendue de noir , et le cercueil se trouva dérobé à la vue par les ornements du lit de parade. « La tenture de cette salle , dit le roi d'armes B narrateur , était de couleur dolente et mal plaisante à la veue B des assistans ; car ce fut velours noir , enrichy d'orfrayes et B armoyiées et remplies des armes de ladite dame et des cor- B deliéres de sa devise. » Le corps resta exposé ainsi jusqu'au 3 février ; pendant les vingt-quatre jours que dura cette exposition, tous les chapitres, toutes les abbayes, tout le clergé du Blésois vinrent, tour-à-tour, chanter des /^bera auprès delà défunte reine; tandis que les princes, princesses, seigneurs et dames y venaient journellement prier.
* Le CMleaa lU Btoit, édldoii In-lS , pages IBi et 105.
Le 13 février, le cDrp»fottr3tispK>rt^ avec oa appereil souïplueux dansl'église de Saint-Sauveur et placé sous nue diapeîle ^deute , éclairée per deux mille cierges. Après le service , qui fut célél^é perle cardinal de Bayeux, le prince de Cbalais, chevalier d'heODeur de la feue re^oe, le grand-maltre, le graot^ écuyer, lesdanea d'faoïmear, le roi et les béraut» d'armes restèrêDb auprès du eorps. Le lendemain , d'autrea ofHcea furent c^ébrésparlecardisat, assisté de quatre évoques. MaKref^ny, confesseur du roi , [}roBon<^ essuite l'otaîsoa hinèbre, qui , selon l'usage du temps, coonnença par la généalogie de la reine , qtt"A fit descendre de Bmtns. On ne sait jusqu'à quel point cette origine parut heureuse à VaSEislance ; mais il est certain qoe Is fUle du duo de ^elagUe , Françoia II , a^ait peu cottservé les- inspirations et les allures républicainefl de son premier aïeul. Cote le maître Parny (bob jeunes gens s'arrêteront aus^àee nom] étec blit que la reine ayant vécu trente-sept ans, il convenait de lui consacrer treute^sept éloges de trente-sept vertus différeaies : heureusement pour la cour de Blets , le panégyr^te n'abordï qu'en partie cette oomenclature ; mais il finit en groupaniles trente-sept vertus de la reine autour d'un chariot d'hôniietir, destiné à porter cette princease en paradis.
Eoâii, le convoi devant partir pour Satnt^Draii» *, il toi
■LactAird'Anuedt Brttafn* , Mparé de MU eorps, IM eflremi dkOE me botte d'or ayant la forme de ce\isctre, et placé dan* le traubcBu dePraiç(^iI,4ue de BTÈlagne , père de cette prlocesie. Ce mojiuinGut , possédé long-lcmpi par les CattMïdé I»aiies, se Yoll maintenant à la calhédrale; mais le cœur de la reine AnOt mt'j IRtme pDM. La Iwrtie d'or qnl le eonicnali fni exposée durant plusieurs aniiëa» au cabluat dee médailles il Parts,.. Triste letow des obosea 1*9 plu» utiles de ce monde I Après atotr inspiré la t^nérati«D,.c«MMir éMt devenu ut objet de curiosité. On Rsalt sur la boite d'or :
ET Dfi ara TZkRlIOgRE. i29
aErïioané âi sob de trompe, par }a ville, qu'ime torche de cira poEtaut VécuEaen aox armea de Bretagne devait être attacha à chaque maison des mes qae ce certége fuD^n'e' traverserait. La grandeur a ses paérilitéa: chaque jour depuis lamoct de la reioe ^qu'au^ départ du couvoi , en coatijuia de servir son dîner et son souper aux heures accoutumées; et les officiers qui devaient assister à ces repas étaient préseuls, comme si la souveraine eût été là. Ce jeabisarre de l'étiquette avait <|uelqu0 chose de ttavrant : ce fauteuil vae«iitprès d'une table servie; ces ofQciers couverts de deuil et gardant un mome siteoee ; le souvenir de& somptDo»té3 qui naguère régnaient an couvert royal, tout contribuait à rendre logubre ce sifmlaitre d'bofl»< mage aux. besoins de la vie ^ rendu à la mémoire d'une priBoesse morte.
Un poète, nommé André de Lavigne , ooiaposa ptoùetirs ran^ deaux e% forme d'épUapke et aampiamte. de mort. Il y avait me pensée poétique dans chacune deces crnnpositiona ; mais elle se noyait dans un déluge de divagalicMis étranges. Le germe de l'in-
Enfln , snrune ln)Mème fan , on lisait :
La botte d'or , rtclamée par l'autorité muiiioLpale de Nantes, est retournée dans cette \1He ; mais , sans doule tisltûe plusieurs fols Intérieurement , dans le cours de ses ïidsslttrdes, ene ne conilenl plus le cœur royal : le souffle proftme des wrkeu m a dbpent les atomes.
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vention , quelque chose comme l'étincelle du génie dislingnait surtout une pièce intitulée : Rondeau de l'esprit et du cœur du roi sur le trespas de la royne; mais l'auteur, à force de vouloir sublimer sa conception, l'avait rendue grotesque; tant il est vrai que le sublime, pour la moindre déviation, tombe dans le ridicide.
Anne de Bretagne était douée d'une chasteté assez peu commune à la fin du xv.' siècle et au commencement du seizième ; aussi se montrait-elle fort rigide à l'endroit des dames et demoiselles qui l'entouraient. Cette reine était impérieuse et fière dans ses relations avec la noblesse ; mais bienveillante envers le . peuple. Quoique ses entretiens lussent graves, sévères, elle compatissait aux maux d'autrui avec un abandonque prouvait la bonté de son cceur. La raison de cette princesse, si diversement jugée, subit constamment l'empire de sa vanité : ce qu'elle croyait utile à sa gloire l'emporta toujours , dans sa pensée, sur ce que la sagesse prescrivait. C'est ainsi qu'Anne de Bretagne domina souvent la politique de son époux par une ténacité qui fît commettre bien des ^utes à ce souverain. Louis XII motivait, mais ne justifiait pas sa faiblesse par cette phrase, qui revenait souvent dans ses discours : « U faut bien souffrir quelque chose d'une « femme quand elle aime son mari et son honneur, b Ceci eut été bien dans la bouche d'un bon bourgeois; mais le monarque personnel. jusqu'à rechercher la paix du ménage par le sacrifice des devoirs du souverain , a de graves reproches à se faire.
Anne de Bretagne avait institué, pour les dames de sa cour, l'ordre de la Cordelière , dans uoe intention diversement expliquée par les historiens : quelques-uns nous rapportent que ce fut en mémoire des liens dont le Sauveur du monde fut garotté durant la nuit de sa passion.
Les grandes douleurs, comme les grandes tempêtes, se calment promptement: quelques mois à peine s'étaient écoulés, lorsque Louis XII conduisit à l'autel Marie d'Angleterre , sceur d'Henri VIIL II est vrai que ce mariage, condupour rétablir en-
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fin la paix , était entièrement politique , et ne se fit pas sans de gros sacrifices de la part du roi. 11 reconnut avoir reçu quatre cent mille écus pour la dot de sa femme, somme quitte lui avait point été comptée , et abandonna en outre la ville de Tournai. Des fêtes magnifiques , qui durèrent six semaines , jetèrent un voile doré sur le contrat onéreiix de cette union : un moment le vieux roi se fit la suave illusion d'une vie caressée par tous les enchantements de la jeunesse , en couronnant une reine de dixhuit ans. Hais cette existence , si riante d'abord , devint bientôt un labeur. Louis avait quitté le paisible château de Blois , son berceau, le séjour qu'il avait toujours affectionné ; Marie d'Angleterre avait voulu qu'il transportât sa cour à Paris, oii l'humeur vive et galante de cette princesse rencontrait plus d'éléments de sympathie. Le roi , pour plaire à sa jeune épouse, changea sa manière de vivre , a car où il soûlait diner à huit heures, il conve- » nait qu'il dinât à midi; et où soûlait se coucher à six heures » du soir , souvent se couchait à minuit, u Ce que les historiens timorés du temps n'ont pas dit, c'est que le bonprince, au malaise que lui causa ce régime nouveau et quelques excès imposés avec vanité à ses cinquante- trois ans, se mêlèrent des chagrins dus à certaines assiduités du jeune comte d'Angoulême auprès de la reine. Par ces diverses causes , Louis fut atteint d'une dyssenterie qui , en peu de jours , le conduisit au tombeau. II cessa de vivre le premier jour de l'année 15)5 •, sans avoir revu le château de Blois qu'il avait tant aimé et eqnbelli.
Le règne de Louis XII , malgré les bonnes qualités de ce prince, ne fut ni l'un des plus sages, ni l'un des plus heureux du moyenâge. Le désir de recouvrer le royaume de Naples et le duché de Milan entraîna le Père du peuple dans une succession de fautes politiques qui ne finit pas avec lui ; et ce peuple qu'il aimait n'eut
* Od iflt que depuis la fin du m.* sitele Ju-squ'ï l'ddll de l&Sï , l'année conimenait k Piques. Du temps de Cbarlemagne elle arall commencé à Noël, et »DUï les TOlsde la première race le i." mars.
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pts iDoins à souffrir de ses pireurs tjae de la tyrannie d'îin m£nivais roi. On peut donc dire, malgré le panégyrique sans restriotitm de SainMîeletg et de Claude Seyssel , que la biemeillance de Louis XH résida -coostamment dans ses intentions et se produisit rarementda&s les résultats. Le second des historiens (jue nous venons de râter dît avec raison que , sous le règne du souveram né à'Bloi6,la popiilatitm s'accrut , les vitics furent mieux ^ties , les landes dëfriobées , le commerce favorisé , l'industrie encouragée; il est encore vrai, qu'à cette époque, il se dévelop^, non seulement parmi la noblesse, mais dans les classes bourgeoises, uo luxe éclatant et de {)on goût. L'élëgance des anteut^ments , la recfaerdie des objets d'art, la profusion des joyaux d'or, des jMerreries, delà vaisselle d'ai^nt et même de vermeil ; enfin , la magoifieenoe des haliits furent portés plus loin qu'on ne les avait encore vus. Mais Louis KH contrîbua-t-il beaucoup à cet essor rapide de l'émulation générale? Wous ne le pensons pas. Le temps était venu où l'esprit tumahi devait reprendre sa mardje ; la lumière , ranimée en Italie, prcgetait sur laFrance ses rayons nouveaux , et réveillait toutes les ambitions. Celte brillante époque, appelée la renaissance, avait commencé ; toas les arts , toutes les întelKgences , tous les émulateurs de la gloire étaient conviés an splendide banquet de l'imagination et de la pensée. Louis XU assista, sans y mettre obstaÀe, au progrés universel qui se préparait dés les premières années du XTi.* siècle , et que devaient bientôt comprimer, pour long-ten^ps encore, ces funestes guerres de religion, que le successeur de ce monarque pouvait étouffer dans leur germe , en faisant , de sa main royale, la part de la raison. Ce qu'on peut dire sans blesser la vérité , c'est que Louis KTl aima b justice et s'efforça de la pratiqser., tmrtes tes fois que son droit , cette idole à laquelle il ne cessa de sacrifier, ne paralysa point en lui le sentiment de l!équité.
Le règne de ce souverain fut trop court pour qu'il aii fm dooaar un grand lustre aux sciences, auxarta, aux lettreS'qiut menaient de
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reOèHite ; taM» il tm était le digne appréciateur, et les protégea. Motte avoQS signalé ailkurs Vél^Aisiemetit d'une bibliothèque Ui^àteftH de filois', Louis XH renriobit àa ocAe des roie de N»* pies Bl d)^ duce de Miiaii; puis il y ajovta les manusorits du cé^ ]èA)K Pétrarque ,' et la eoUactioa de La ftrtiltuise , «noinn chambeUan à.f> Sfanie d« Sourgogae. Ëa un mot , c«tte biUiotbàque devfiat UM eoHectuio Bt rïciie , qu'.dle r«t dtée dans tonte CËorope. Of, pour donner ici une idée de ûe qu'où appelait alors l'opulence littéraire , nous diroBequeleiioiiil>ra deUvneeréunis àiBloisiétaitdeiaîllelHutcfiDtquatre-'vingt-qaatFe volumes, doot C411I neuf seulfiDtciDt étaient imprimés. 'Le roi «oasidtait «ouvent et» ovxttiges, ^ jugeait avec sagesse , et «irant de ses leoturee d«s isductioBË touicurs justes, ses opinions, en faistoire surtout, Q'«u»«ttt^a él^déaayoikéesparJeeine«lIeaF6dtaleeticien8. aLee n Crées , dt»airt-H , n'ont (ail que de» exploits méCKocree , mais » H» ont eti va verveilleuxt^id pour kseaibelltr; tes Romains M eut Tait de plus grandes ^oses et lee ont digaenaeat ^rHes ; » les Français 4Hi:0nt fait diaussi grandes, mais fis «nt toujours » tnaoqué d'écrivains f>aur las raeoBter«ottveDablemeat. e
Onpeut,présuawrque si Louis XI! eiU vécu vingt ansenoore, la né^nécatioD àe» lettres se fût opérée , sans arriver awi limites de l'absuj^ic , oocaote elle y parvint sous l'igflueaoe de Bonsard et de son école, ëass doute ^b temps ancieiw ps^vaient (burair dladoural^es «xemples , icoessammeot feproduits par l'imprimerie, paifeaiice nouv^ alors, et qw devait gou^seroer le mande un jotv. jUais eètte -foUe qui décaraetérisa la littérstlure nationale jusqu'à la plus servile imitation de rauAiqutté , ne fit que retarder Je OM^Uvement progressif, et lestonoes^fricco-fatMet auewent -ité désavuié» par un monarque ^ eut été , ptas réellement que François 1.", U reMaurateur i^ lettres.
^ la pensée écrite et la poésie s'égarèreot 6«r les traeee de récx>le gré^toùe, l'aneÉdtecture , grâce à l'étude «les m<wum^its ilalieiis , sot naiens: ceubiuer ehes bous les Fiashasses de l'are gothique ae¥OeieBii»utée de l'ait gréa ikgà , sous Louis I.* d'Or-
léaDS , la ville de Blois avait été rebâlîe en entier , à l'aide du bois coupé dans les forêts du comte, qui, disait-il, « aimait mieux loger les hommes que les bêtes, n Dès-lors on avait orné les maisons de ces ciselures coquettes , de ces arabesques délicieusement bizarres , énigmes preque toujours malicieuses , dont les artistes du temps ont quelquefois emporté le mot dans la tombe. Et lorsque Blois devint le siège de la cour de France ; lorsque les seigneurs , politiquement tirés de leurs formidables manoirs , vinrent déposer au pied du trêne leur pesante armure , et revêtir les pourpoints de velours et de satin , on construisit dans la capitale du Blésois des hôtels d'un style remarquable, dont quelques-uns, que nous citerons ailleurs, ont échappé jusqu'à ce jour aux orra/M/eurj moderues , plus barbares que les démollisseurs eux-mêmes. Ainsi profita l'exemple de Louis XII qui , suivant l'expression de Jean d'Autun , avait fait tt refaire son cbasteau de Blois tout de neuf, tant somptueux <• que bien sembloit œuvre de roy, »
La bibliothèque de Blois contribua sans nul doute au développement des connaissances scientifiques et littéraires dans cette ville. Sous Louis XII, ce riche dépôt ne pouvait être un trésor clos : peut-être fut-ce là que Denis Dupont (Pùntanv>s) prit le goût des études sérieuses. Le principal auteur et le commentateur de la Coutume de Blois, le savant jurisconsulte que Dumoulin devait caractériser par ces mots : Vir hmaxs et doctissimus, Biesensis advocationis decus, était oé à Blois d'une Emilie noble, vers la fin du iv.' siècle; et tout porte à croire qu'à une époque où les livres étaient bien rares encore , le jeune gentil- Jwmme fut admis à consulter ceux du château. Louis XII put donc voir avec quelque orgueil croître cette vaste intelligence; et nous pensons qu'il eût à se flatter d'avoir contribué à l'instruction de celui qui devait être le législateur du Blésois. Ce concours de la bienveillance royale , dont nous aimons à ne pas douter , Louis en fut récompensé , puisque ce fat soos son règne c[ue Denis Dupont dirigea la première rédaction de la Coutume de Blois.
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ET DE SON TERRITOIRE. 13â
Le sentimenl de l'hérédité ea ligne directe est la dernière consolation des rois qui s'éteignent ; lorsqu'elle leur échappe , le crépuscule de la vie se voile pour eux de sombres nuages. II. y eut de l'amertume dans ces paroles de Louis XII mourant : « Nous avons beau Taire, cegrosgar^n (François d'Àngouléme] n gâtera tout. » Les événements justifièrent en partie cette triste prédiction ; mais la mémoire de Louis XII est-elle pure des fautes de son successeur?.... Il lui avait montré le cbemin de 1-ltalie.
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